Part 2
_Céliante se donne la torture pour mettre son gant trop étroit pour sa main; vous n’oseriez jamais lui dire: Madame, voulez-vous que je vous le mette? ni même: que je vous l’ôte? parce que notre esprit corrompu va plus loin que les termes propres ne signifient, et qu’il suppose que, pour l’ôter, il faut l’avoir mis, et qu’il soit dedans._
_Si vous vous servez de ces termes simples, vous passez pour un sot, ou du moins pour un mauvais plaisant._
_A peine est-il permis de dire que la Marne se décharge dans la Seine, ou qu’un fusil est chargé._
_Nos dévots, même de la première classe, avoient voulu faire passer cette réformation prétendue de style jusque dans la manière de faire des enfants à sa femme, et trouvant une idée trop libertine, et une façon trop peu décente de se mettre dessus à nu, ils avoient imaginé de faire un trou chacun à leur chemise, pour opérer, disoient-ils, plus modestement et plus convenablement le grand œuvre de la propagation du genre humain._
_Je laisse à juger si ceux qui en agissent ainsi n’ont pas l’imagination plus déréglée que ceux qui tout uniment se mettent dessus, dans la simple nudité que la sage nature nous a donnée._
_Avec quelque pureté d’intention que vous employiez les mots d’enfiler, remuer, branler, large, étroit, se retirer et cent autres, ils réveillent à présent des idées licencieuses. Personne n’ignore le rire scandaleux qu’ont excité, dans les derniers temps, ces quatre vers du grand Corneille:_
Dis-moi donc, lorsqu’Othon s’est offert à Camille, A-t-il paru contraint? A-t-elle été facile? Son hommage auprès d’elle, a-t-il eu plein effet? Comment l’a-t-elle pris? Et comment l’a-t-il fait?
_La saine raison, lorsqu’elle conduisoit les hommes, ne leur avoit point appris à faire une distinction imaginaire d’une expression supposée gratuitement malhonnête, avec une autre qui ne blesse point la pudeur._
_On prononce le mot crime sans remords, comme celui de vertu sans édification; on croit avec justice n’être point garant des idées opposées que l’un et l’autre présentent. Par quel égarement va-t-on déshonorer d’autres termes, qui ont le même droit d’être au rang de ceux qui composent la langue? Pourquoi les exclure de la conversation et des ouvrages littéraires, où souvent ils seraient si naturellement amenés?_
DICTIONNAIRE EROTIQUE
PAR
UN PROFESSEUR DE LANGUE VERTE
A
ABANDONNER (S’). Se livrer complétement à un homme, lui ouvrir bras et cuisses, lui laisser faire tout ce que lui conseillent son amour et sa lubricité.
_Ce n’est pas le droit naturel A fille de s’abandonner._
_(Farces et Moralités.)_
Si ma femme, impatiente de ma langueur, à autrui se abandonne.
RABELAIS.
_Lise, qui partout s’abandonne, Ne fait qu’en flatter son mari._
THÉOPHILE.
ABATTEUR DE BOIS. Fouteur,—son outil étant considéré comme une cognée, et la nature de la femme, à cause de son poil, comme une forêt.
Il n’étoit pas grand abatteur de bois, aussi étoit-il toujours cocu.
TALLEMANT DES RÉAUX.
Les beaux abatteurs de bois sont, comme les rois et les poëtes, des _raræ aves_.
Baron WODEL.
Ce Jacques était un grand abatteur de bois remuant.
(_Moyen de parvenir._)
Il lui présenta cent mille choses que ces abatteurs de femmes savent tout courant et par cœur.
(_Les Cent Nouvelles nouvelles._)
_Je me connais en gens; Vous êtes, je le vois, grand abatteur de quilles._
RÉGNIER.
ABBAYE DE CLUNIS (L’). Le cul,—de _clunis_, fesse, croupe,—une abbaye qui ne chômera jamais faute de moines.
ABBAYE DE S’OFFRE À TOUS. Bordel, dont les victimes cloîtrées s’offrent volontiers à tout venant qui tient à communiquer avec elles sur l’autel de leur dieu des jardins.
ABBESSE. Grosse dame qui tient un pensionnat de petites dames à qui on n’enseigne que les œuvres d’Ovide et de Gentil-Bernard: autrement dit Maîtresse de bordel,—le bordel étant une sorte de maison conventuelle habitée par d’aimables nonnains vouées, toutes au dieu de Lampsaque.
_Lorsque tu vas rentrer, ton abbesse en courroux Te recevra bien mal et te foutra des coups._
LOUIS PROTAT.
ABEILARD. Nom qu’on donne à tout homme qui se trouve dans le cas de cet abbé, dont il est question dans les _Contes d’Eutrapel_, lequel en ses jeunes ans «avoit perdu ses deux témoins instrumentaires.»
ABEILARDISER. Rendre un homme impuissant en le châtrant, comme fit le chanoine Fulbert à l’amant d’Héloïse.
_D’un colonel vous courtisez la femme; Surpris, il vous abeilardisera._
POMMEREUL.
ABOUCHER (S’). Avoir trouvé chaussure à son pied, et mettre son pied—à moelle—dedans.
_On veut chercher A s’aboucher._
COLLÉ.
ABOULER DE LA BRAISE. Payer une fille, lui donner le salaire du plaisir qu’elle va vous donner—avec la vérole ou la chaude-pisse.
Ça me semble tout drôle d’avoir à abouler d’la braise au lieu d’en recevoir.
LEMERCIER DE NEUVILLE.
_—Ange! murmurai-je, plein d’aise Comme un amoureux innocent. —Il faut abouler de la braise, Me dit-elle en me repoussant._
A. DELVAU.
ABRICOT DE LA JARDINIÈRE (L’). La nature de la femme,—qu’elle soit jardinière ou princesse.
ABRICOT FENDU. La nature de la femme, qui ressemble, en effet, à ce fruit,—ce qui permet de supposer, vu l’absence de toutes preuves contraires, que le Paradis terrestre était un immense abricotier.
ABUSER D’UNE FEMME. En jouir charnellement, soit de gré, soit de force,—mais le plus souvent de gré, les femmes se plaisant à être ainsi abusées.
Vous êtes un infâme, vous avez lâchement abusé de moi pendant mon sommeil...—Vous m’en voulez donc?...—Oui, parce qu’il fallait attendre que je fusse réveillée.
Baron WODEL.
ACADÉMIE D’AMOUR. Lieu où on va pour jouer au jeu de Vénus—et de Mercure: en bon français, Bordel.—Le mot se trouve dans le _Francion_ de Ch. Sorel et dans les _Aventures burlesques_ de Dassoucy.
Allons-nous à l’Académie, ce soir?—Non, je ne suis pas en queue.
J. LE VALLOIS.
ACCIDENT. Manque d’haleine dans le discours amoureux; hasard malencontreux qui fait tomber (_accidere, ad cadere_) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.
_La malheureuse Hortense Vient de perdre, à Paphos, Un procès d’importance Qu’on jugeait à huis-clos; Son avocat, dit-elle, Resta court en plaidant: Voilà ce qui s’appelle Un accident._
COLLÉ.
ACCIDENT FÉMININ. Avoir ses règles. Événement _prévu_ qui arrive juste quand une femme, ayant un ou plusieurs bons coups à tirer, donnerait tout pour qu’il y eût retard.
Nul autre que Pinange ne m’avait enfilée; peu de jours avant de le rendre heureux, j’avais eu mon accident féminin; il était donc bien avéré que ce qui allait se développer dans mes flancs était son paternel ouvrage.
A. DE NERCIAT.
ACHETER UNE CONDUITE. Se ranger après avoir été très dérangée par les michés; épouser un seul homme après avoir été mariée au genre humain.
Les filles qui ont fait des économies en suant le plus possible du con, peuvent seules s’acheter une conduite; il y a des messieurs qui ne sont pas plus délicats que Vespasien et qui, comme cet empereur, prétendent que l’argent n’a pas d’odeur.
A. FRANÇOIS.
ACCOINTANCES (avoir des). Commercer charnellement avec un homme lorsqu’on est femme, avec une femme lorsqu’on est homme.
Je supposai qu’elle avait eu des accointances avec le baron ou avec son laquais.
A. LIREUX.
_De quelque valet l’accointance Serait-ce bien votre désir?_
THÉOPHILE.
_C’est qu’à l’ombre du crucifix, Souvent faites filles ou fils, En accointant les belles-mères._
G. COQUILLART.
Il faut que quelqu’un se soit accointé que notre ménage a ainsi renforcé.
(_Les Cent Nouvelles nouvelles._)
ACCOLADE. Baiser qui engendre l’envie de baiser,—à ce point que le même mot sert aux deux actions, la chaste et la libertine.
_Une catin s’offrant à l’accolade, A quarante ans il dit son introït._
PIRON.
ACCOLER. Faire l’acte vénérien,—dont le début est presque toujours une accolade mutuelle.
_Quand le jeune et charmant champion Accola la charmante Armide, Notre morpion se hâta De gagner la forêt humide Qui devant lui se présenta._
B. DE MAURICE.
C’était un adieu que lui disaient toutes les femmes, filles et garces qu’il avait accolées.
(_Moyen de parvenir._)
ACCOMMODER UNE FEMME. La baiser convenablement de manière qu’elle ne réclame pas—à moins qu’elle ne soit trop gourmande.
Mon drôle met pied à terre, descend la demoiselle, et l’accommode de toutes pièces.
D’OUVILLE.
ACCOMPLIR SON DÉSIR. Faire l’acte copulatif, qui est et sera l’éternelle _desiderium_ de l’humanité—mâle et femelle.
Il disait à ses gens de la tenir par les bras, tandis que Robin accompliroit son désir.
CH. SOREL.
ACCORDER SA FLÛTE. Se préparer à l’acte vénérien; bander,—la pine de l’homme étant l’instrument dont les femmes connaissent le mieux l’embouchure et dont elles jouent le plus savamment, soit avec la langue, soit avec les doigts, soit avec le cul.
Allons, mon bel ami, accordez votre jolie petite flûte.
DURAND.
_Mais Jeannot plus se délectait D’accorder sa flûte avec elle._
THÉOPHILE.
ACCORDER SES FAVEURS. Se dit d’une femme qui ouvre son cœur, ses bras et ses cuisses à un homme pour qu’il use et abuse de cette ouverture.
Ne sera-ce qu’une déclaration de sentiment? Faudra-t-il lui accorder les faveurs?
LA POPELINIÈRE.
ACCOUPLEMENT (L’). L’acte copulatif, qui accouple souvent un jeune homme avec une vieille femme, un vieillard avec une jeune fille, un libertin avec une presque pucelle, une bête avec un homme d’esprit.
_A tout prix je voulus la renvoyer chez elle; Mais elle résista,—ce fut mon châtiment, Et jusqu’au rayon bleu de l’aurore nouvelle, J’ai dû subir l’horreur de notre accouplement._
HENRI MURGER.
ACCOUPLER (S’). Faire l’œuvre de chair, qui consiste dans une conjonction de deux créatures de sexes différents.
Il en est de certains hommes comme des animaux; ils n’aiment pas, ils s’accouplent aux femmes, qui pour eux ne sont que des femelles.
Baron WODEL.
ACCROC AU MARIAGE (Faire un). Faire son mari cocu; donner une rivale à sa femme.
_Mais quand tu s’ras dans ton ménage, Faut pas pour ça t’ priver d’amant, Car les accrocs faits au mariage, C’est du nanan._
E. DEBRAUX.
ACCROCHE-CŒURS. Petites mèches de cheveux que les femmes se collent sur les tempes, afin de se rendre plus séduisantes aux yeux des hommes et d’accrocher ainsi le cœur qu’ils portent à gauche—dans leur pantalon.
_Sur nos nombreux admirateurs Dirigeons nos accroche-cœurs._
LOUIS FESTEAU.
ACCROCHER. Faire l’acte vénérien—pendant lequel l’homme est accroché à la femme avec son épingle, qui la pique agréablement pendant quelques minutes.
Et elle rit quand on parle d’accrocher.
(_Moyen de parvenir._)
Deux minutes encore, et je l’accrochais sans vergogne sur la mousse.
EM. DURAND.
ACHEVER UN HOMME. Le sucer, ou le branler, ou le faire piner tellement, dans la même soirée, qu’il tombe épuisé sur le flanc comme un lapin.—Les anciens avaient le même verbe; ils disaient, soit: _peragere viros_; soit: _exhaurire crebro concubitu_.
Tu l’as éreinté, ton homme; encore un coup, et tu l’achèveras.
LEMERCIER DE NEUVILLE.
ACTE. Coup tiré avec une femme,—par allusion sans doute à la chemise qu’on lève et qu’on abaisse, comme le rideau d’un théâtre, avant et après chaque acte. Plus il y a d’actes, plus le vaudeville amuse la femme—qui se garde bien de siffler.
Quand nous en arriverons à l’acte, je te prouverai, carogne, que les petits en ont plus gros que les grands.
EM. DURAND.
ACTÉONISER. Tromper son mari.
Une marchande qui dès le lendemain de ses noces a actéonisé son mari.
(_Les Caquets de l’accouchée._)
ACTEUR (L’). L’homme qui joue le rôle d’amoureux dans la comédie à deux personnages dont l’auteur a désiré garder l’anonyme, et qui porte pour titre: _La Fouterie_.
Lui, un acteur! dit la dame, qui savait à quoi s’en tenir sur le jeu secret du sire. C’est un cabotin vulgaire, plutôt, qui s’est usé en jouant avec des drôlesses.
LÉON SERMET.
_A peine fut cette scène achevée, Que l’autre acteur par sa prompte arrivée, Jeta la dame en quelque étonnement._
LA FONTAINE.
ACTION (L’). Le jeu de la pine et du con,—qui est l’action par excellence.
Arrivons tout de suite à l’action, veux-tu?
LA POPELINIÈRE.
_Et puis l’action ordinaire Est si sale après la façon._
THÉOPHILE.
ACTION FRÉQUENTE (L’). La fouterie, qui est la chose que l’on fait le plus souvent quand on est jeune, vigoureux et bien membré.
Il concède indulgence plénière à tous les religieux de l’ordre de nature, de corps véreux que la débilité de l’âge ou l’action fréquente causera.
MILILOT.
ACTION HONTEUSE (L’). La fouterie, dont rougissent le plus en public les gens qui la font le plus sans vergogne en particulier.
L’œil pour regarder l’action honteuse avec une chaleur vive et représenter à la personne aimée l’image du plaisir de son âme...
MILILOT.
ADMINISTRER UNE DOUCHE—Faire pleuvoir le sperme dans le cul brûlant de la femme,—cette adorable folle dont nous sommes tous fous.
_Le dieu des jardins en ce lieu Une heureuse douche administre._
_(Le Cabinet satyrique.)_
Je lui administrai une douche qui l’inonda et lui fit crier comme à Panurge: Je _naye_, je _naye_, je _naye_!
Baron WODEL.
ADROITE EN AMOUR (Être). Se dit d’une femme ou d’une fille qui connaît sur le bout du doigt et de la langue l’art de faire jouir les hommes.
_Adroite en amour, Elle y sait plus d’un tour. C’est une aisance! Une indécence! L’on croit voir une femme de cour!_
COLLÉ.
AFFAIRE. L’acte vénérien, le membre viril de l’homme, ou le con de la femme.
Le grand cordelier ayant achevé son affaire.
(_Moyen de parvenir._)
_Macette, on ne voit point en l’amoureuse affaire Femme qui vous surpasse en traits d’agilité._
(_Cabinet satyrique._)
_Pense que peut en cela faire Qui se plaît à l’affaire._
JODELLE.
Elle disait qu’il n’y avait si grand plaisir en cette affaire que quand elle était à demi forcée et abattue.
BRANTÔME.
_Dites-vous que l’amour parfait Consiste en l’amoureuse affaire._
THÉOPHILE.
_Le jeune homme puceau l’appelle son affaire._
PROTAT.
_Mon cher ami, j’ai l’habitude De me couvrir, en me baignant, D’un sac qui me cache et me serre Des pieds jusques à l’estomac... —Parbleu! c’est prudent, dit Voltaire, Et votre affaire est dans le sac._
C. FOURNIER.
Que voulez-vous que je vous donne pour me permettre d’arracher un poil de votre affaire?
D’OUVILLE.
AFFAIRE AVEC QUOI L’HOMME PISSE (L’). La pine,—un mot que n’osent pas avoir à la bouche les femmes qui ont le plus au cul la chose qu’il représente.
N’en as-tu pas vu quelqu’un qui pissât, et cette affaire avec quoi il pisse?
MILILOT.
AFFAIRE DE CŒUR. Coucherie,—_cœur_ étant mis là pour _cunnus_.
Vous êtes en affaire? me cria-t-il à travers la porte, pendant que j’accolais ma drôlesse et la suppéditais avec énergie.—Oui, répondis-je en précipitant mes coups, je suis en affaire... de cœur.
J. LE VALLOIS.
AFFAIRES (Avoir ses). Avoir ses menstrues, qui sont toute une affaire, en effet.
_Ce n’est pas le jour des affaires Qu’il paraît le plus affairé._
EUGÈNE VACHETTE.
AFFILER LE BANDAGE. Bander,—_arrigere_.
Ainsi que des amants temporels pigeonnaient la mignotise d’amour, affilant le bandage.
(_Moyen de parvenir._)
AFFRIANDER UN HOMME. Le tenter du gaillard péché de luxure en lui montrant un mollet bien tourné, une gorge bien ferme, des fesses bien blanches, etc.
Serais-je étonnée de te voir un caprice pour ces princesses-là (des fesses)? Va, va, mon cher, elles en ont affriandé bien d’autres.
A. DE NERCIAT.
AFFRONT (Faire un). Débander juste au moment où il faut bander le plus roide,—seule impertinence que les femmes ne pardonnent pas.
_Tournez en ridicule Ceux qui n’avancent pas Plus d’un pas, Ou qui font Un affront Au second._
COLLÉ.
AGACER LE SOUS-PRÉFET. Se masturber.—L’expression est tout à fait moderne, et fréquemment employée, quoique d’une étymologie difficile.
AGENT. Celui qui agit: le doigt, le vit ou le fouteur. Ce mot s’emploie aussi pour les sodomites; le nom d’agent appartient à celui qui encule par opposition au mot _patient_, donné à celui qui se fait enculer.
Mais en un mot, si Monrose, agent de plein gré, ne devint pas patient avec autant de résignation que le père, c’est que...
(_Félicia._)
AGIR. Faire l’acte vénérien,—celui qui exige la plus grande dépense d’activité: _Res, non verba!_
Les poètes chantent la femme, les goujats la baisent; les uns agissent pendant que les autres pensent: les goujats sont plus heureux que les poètes.
Baron WODEL.
AGNÈS.—Jeune fille embarrassée de son pucelage; fausse ingénue qui affecte de croire que les enfants se font par l’oreille, bien que son petit cousin lui ait appris par quel autre endroit ils s’improvisent.
Je n’aime pas ces Agnès-là, je leur préfère des garces franchement déclarées.
LIREUX.
AGRÉMENTS NATURELS. Le membre viril.
Il arrive de province ce matin, et la fatigue du voyage fait un peu de tort à ses agréments naturels.
(_Les Aphrodites._)
AIDE-MARI. Amant,—qui aide en effet l’époux dans sa besogne conjugale, mais à son insu, bien entendu.
Il est assez égal que les enfants qu’elle pourra donner à son époux soient de lui ou du plus fécond des aide-mari qu’elle favorise.
A. DE NERCIAT.
AIGRETTE CONJUGALE. Au figuré: ornement de tête de MM. les cocus; les cornes que leur font porter mesdames leurs épouses.
X... a couché avec madame Z...? Encore un fleuron à ajouter à l’aigrette conjugale de son mari.
(_Diable au corps._)
AIGUILLE. Le membre viril, avec lequel on _pique_ les femmes,—qui en enflent pendant neuf mois.
_Mariette est femme très honnête, Et si ce n’est un jour de fête, Elle a toujours l’aiguille en main._
THÉOPHILE.
Un vieil homme est comme une vieille horloge, plus elle va avant, plus l’aiguille se raccourcit.
TABARIN.
AIGUILLON. Le membre viril, avec lequel on pique les femmes pour les réveiller quand elles sont endormies.
_Et profitant d’un moment de faiblesse, Il lui glissa son fringant aiguillon._
PIRON.
AIGUILLONNER. Travailler du bout de la langue sur un vit, ou sur un clitoris.
... Dès lors, il a le nez sur la céleste mappemonde, et sa langue amoureuse aiguillonne le brûlant bijou.
(_Aphrodites._)
AIMANT. Ce qui attire l’homme à la femme, et _vice versa_.
Quand mes baisers passionnés lui coupent la parole, quand mes téméraires mains et le reste ont mis le feu partout... nos aimants se joignent, s’attirent, s’unifient... L’univers est oublié!...
MONROSE.
AIMER. Synonyme élégant et pudique de _foutre_. Quand un homme dit à une femme: «Je vous aime,» il veut lui dire et elle comprend parfaitement qu’il lui dit: «Je bande comme un carme, j’ai un litre de sperme dans les couilles, et je brûle de l’envie de te le décharger dans le con.» Il n’y a que les poètes, les impuissants et les mélancoliques qui aient osé jusqu’ici donner à ce verbe éminemment actif un sens passif—et ridicule.
_... La fille entretenue Dit: Aimons!!!..._
PROTAT.
AIMER ÇA. Avoir un goût fort vif pour les choses de la fouterie et pour la fouterie elle-même.
_Monsieur, tout ce qu’il vous plaira. J’aime assez ça, J’aime bien ça._
COLLÉ.
AIMER LA FEMME. Avoir le tempérament amoureux, aimer à aimer—quelque femme que ce soit.
Que voulez-vous, mon père? j’aime la femme et je le lui prouve le plus souvent que je peux.
J. DU BOYS.
AIMER LA MARÉE. Aimer à gamahucher une femme, se dit par allusion à l’odeur _sui generis_ qu’exhale son vagin.—L’expression date seulement du XVIIIe siècle, et elle vient de l’académicien Saint-Aulaire, le même qui avait fait sur la duchesse du Maine le fameux quatrain où il est déjà question de Téthys. Il serait dommage de priver la postérité de ce second quatrain, qui méritait de devenir aussi fameux que le premier:
_De l’écume des mers, dit-on, Naquit la belle Cythérée: C’est depuis ce temps que le con Sent toujours un peu la marée._
AIMER LE COTILLON. Aimer la femme—surtout quand elle est déshabillée.
Vous aimez trop le cotillon, mon cher, il vous en cuira.
E. DURAND.
AIMER LE GOUDRON. Aimer à enculer, soit les femmes, soit les hommes,—ce qui embrène la queue.
_Pour Jupiter, façon vraiment divine, Le con lui pue, il aime le goudron._
(_Chanson anonyme moderne._)
AIMER L’HOMME. Avoir du goût pour la pine, s’en servir le plus souvent possible; jouer franchement des fesses lorsqu’on est sous l’homme.
Les femmes qui aiment l’homme sont assez rares, aujourd’hui que les femmes aiment si volontiers la femme et que les tribades ont remplacé les jouisseuses.
A. FRANÇOIS.
AIMEUSE. Petite dame—galante,—qui fait profession d’aimer.—Synonymes: putain, lorette, cocotte, grue, catin, vache, etc., etc.
_Les Juifs avaient leurs Madeleines; Les fils d’Homère leurs Phrynés. Délaçons pour tous les baleines De nos corsets capitonnés. Rousses, blondes, brunes ou noires, Sous tous les poils, sous tous les teints..., Qu’il pourrait raconter d’histoires, Le cercle de nos yeux éteints! Folâtres ou rêveuses, Nous charmons; Nous sommes les aimeuses: Aimons!_
EUG. IMBERT.
AIR COCHON (Avoir un). Avoir un visage provoquant, qui appelle l’homme, qui le convie à manquer de respect à la femme qui a ce visage; avoir les yeux égrillards, la bouche voluptueuse, etc.
Je vous ai un petit air cochon comme tout.
LEMERCIER DE NEUVILLE.
AJUSTER UNE FEMME. La baiser,—ce qui est ajuster le membre viril dans son vagin avec la raideur d’une flèche lancée d’une main sûre.
ALCIBIADISER. Agir en pédéraste passif, se laisser enculer—comme Alcibiade par Socrate.
ALLER À CYTHÈRE. Ce que les délicats appellent _Ad summam voluptatem pervenire_, et les voyous, _Aller au bonheur_,—le seul voyage que l’on ne puisse faire seul, et que l’on fait toujours à cheval sur une belle jument.
_J’aime, dit Ros’, quand on m’mène à Cythère, Qu’on se promèn’ pendant plusieurs instants; Dès qu’on r’ssort, ça n’ m’amuse guère._
DIDA.
ALLER À DAME. Baiser; coucher avec une femme.—Cette expression, empruntée au jeu de dames, a été inventée par un _pion_ de l’institution Sainte-Barbe.
ALLER À LA VISITE. Se dit des filles publiques qui, au jour fixé par les règlements de police, doivent se rendre au Dispensaire pour subir un examen de santé de la part de médecins _ad hoc_, qui les renvoient si elles sont saines et les retiennent si elles sont malades.
_C’est demain, ô mes sœurs, le jour de la visite._
ALBERT GLATIGNY.
ALLER À PINADA.—Faire l’acte vénérien,—à _dada_—sur une _pine_.
ALLER AU BEURRE. Baiser une femme, dont le con ne tarde pas à devenir ainsi une baratte.
Zut! je veux aller au persil pour aller au beurre, moi, na!
LEMERCIER DE NEUVILLE.
ALLER AU BONHEUR. Jouir en baisant, parvenir à la félicité suprême.—Cette expression, une des plus justes de la langue érotique moderne, est précisément celle qui se lisait comme enseigne sur les bordels de Pompéï: _Hic habitat felicitas_.
Tu as donc envie d’aller au bonheur, mon petit homme!
LEMERCIER DE NEUVILLE.
ALLER AU CAFÉ. Gamahucher une femme. On dit aussi: _prendre sa demi-tasse_ au café des Deux-Colonnes.
ALLER AU GRATIN. Baiser une femme publique,—à l’œil,—ce qui est une gourmandise pour certains _travailleurs_. Allusion au gratin que laisse un mets au fond de la casserole et qui trouve toujours un amateur—quand _tout le monde_ est servi.