Dictionnaire du bon langage Contenant les difficultés de la langue française, les règles et les fautes de prononciation, les locutions vicieuses, les wallonnismes, les flandricismes, etc.

Part 9

Chapter 93,348 wordsPublic domain

3. Les grammairiens prétendent que _davantage_ ne doit jamais être suivi de la préposition _de_ ni de la conjonction _que_. Cette règle est vraie, si _de_ ou _que_ forment, avec ce qui les suit, un _complément_ de l'adverbe _davantage_: _il a davantage de livres; il en a davantage que son frère_. Mais si _de_ ou _que_ et les mots qui suivent, sont un complément du _verbe_ de la proposition, il n'y a point de faute à les placer après _davantage_. Ainsi la phrase suivante est correcte: _ne nous étonnons donc pas et ne nous effrayons pas davantage des reproches que nous avons encourus_: dans cette phrase, _des reproches_ sont le complément des verbes _étonnons_ et _effrayons_.

4. Les bons grammairiens condamnent l'emploi de _davantage_ dans le sens de _le plus_; ne dites donc pas: _de tous les jeux celui des barres est celui qui me plaît davantage_: dites _le plus_. En général, _davantage_ ne doit se placer que là où le sens permet l'emploi des locutions équivalentes à _de plus, en outre, de surcroît_ et toutes les fois qu'il n'a pas de complément.—Voyez SOULICE et SARDOU, _Dictionnaire_, etc.

=De=, syllabe muette, dans le corps ou au commencement d'un mot; doit se prononcer _de_ et non _ne_: _command'-ment, man-d'-ment, ma-d'-moiselle, len-d'-main, je lui ai d'-mandé; panier d'-noix_, etc., et non _comman-n'-ment, man-n'-ment, ma-n'-moiselle, len-n'main; je lui ai n'-mandé; panier n'noix_, à moins toutefois qu'on ne veuille faire sentir l'_e_ de _de_ et prononcer: _comman-de-ment, ma-de-moiselle; je lui ai de-mandé, j'irai de-main, lendemain_, etc.—Prononcez de même _ad-mettre, ad-ministrer, ad-mission, ad-ministration_, etc.

2. Ne dites pas: _j'ai rêvé de la nuit, du jour_, dites: _j'ai rêvé la nuit, le jour_.

3. Faut-il dire: _quel est le plus habile de cet homme-ci ou de celui-là?_ ou bien: _quel est le plus habile, cet homme-ci ou celui-là?_ L'Académie adopte la première orthographe; elle ne partage donc pas l'opinion des grammairiens qui suppriment _de_.

4. Dites: _le livre de mon frère, la maison de mon cousin_, et non, _le livre à mon frère_ ou _d'à mon frère_; _la maison à mon cousin_ ou _d'à mon cousin_.

5. On dit, _le deux janvier, le trois février_, etc., et _le deux de janvier, le trois de février_, etc. (Acad.) Cependant la première manière de s'exprimer nous paraît plus usitée.

6. Ne dites pas: _il est le quart de huit heures_; dites, _il est huit heures moins un quart_. Voyez _quart_.

7. Ne dites pas: _mon frère est le 5e de 36 dans sa classe_; dites, _... sur 36..._

8. Ne dites pas: _d'un coup de massue il cassa la tête de son ami_; dites, _il cassa la tête à son ami_.

9. Ne dites pas: _cela ne me fait de rien, ne m'est de rien_; dites, _cela ne me fait rien, ne m'est rien_.

10. Ne dites pas: _j'y penserai de la nuit, j'y travaillerai du matin, du jour_; dites, _... pendant la nuit, dans la matinée, pendant la journée_.

11. La particule _de_, devant les noms propres de noblesse, s'écrit avec un petit _d_ et non avec le _D_ majuscule: _de Montmorency, de Ligne, d'Oultremont, d'Orléans_. On écrit _De_ avec une majuscule, lorsque ces noms ne sont pas nobles, alors même qu'on sépare la particule du nom.

12. Après les verbes _espérer, souhaiter, désirer_, on peut exprimer ou sous-entendre la préposition _de_ devant l'infinitif: _j'espère réussir_ ou _de réussir_; _je désire aller_ ou _d'aller avec vous_, etc.—_Compter_, dans le sens de, _se proposer, croire_, ne prend point la préposition _de_ devant un infinitif; ainsi vous direz: _il compte partir demain_ et non _de partir_. (Acad.)

13. Dans la conversation et le style familier, _de_ se supprime souvent après les prépositions _hors, près, vis-à-vis_, lorsqu'elles sont suivies d'un nom de chose: _il est logé hors la barrière, il demeure près la porte Saint-Antoine, vis-à-vis l'église_. (Acad.) Mais devant un nom de personne ou un pronom, on doit employer _de_: _il était près de Paul, vis-à-vis de vous_, et non _près Paul, vis-à-vis vous_.

14. L'emploi de la préposition _de_ est vicieux dans cette phrase: _la moitié de huit est de quatre_; dites, _est quatre_.

15. On peut exprimer ou sous-entendre la préposition _de_ devant un infinitif après _c'est... que, mieux... que, plutôt que_: ainsi vous pouvez dire: _c'est quelque chose que faire_ ou _que de faire un beau rêve_; _il vaut mieux étudier que de_ ou _que jouer_; _plutôt que de_ ou _que m'exposer à une correction, je préfère faire mes devoirs_. Néanmoins l'usage général est d'exprimer la préposition _de_.

16. _Il ne fait que sortir_, signifie, il sort à chaque instant; _il ne fait que de sortir_, veut dire, il vient de sortir.

17. L'usage permet également de dire: _on dirait un fou_, et _on dirait d'un fou_.

18. Ne dites pas: _si j'étais toi, si j'étais lui, si j'étais vous; si j'étais à la place de_, etc., _je ferais telle chose_; mais dites, _si j'étais que de toi, de lui_, etc., et mieux, _si j'étais de toi, de lui_, etc.

19. On emploie ordinairement la préposition _de_, devant un participe passé précédé d'un adjectif numéral ou d'un nom collectif; on dit: _il y eut cent hommes de tués et un grand nombre de femmes de blessées_, plutôt que: _il y eut cent hommes tués et un grand nombre de femmes blessées_;—mais on doit la supprimer devant un adjectif qualificatif: _dans cette ville il n'y a pas quatre monuments remarquables_. Cependant lorsque le nom qui précède le participe ou l'adjectif, est représenté par le pronom _en_, on exprime la préposition: _sur mille hommes, il y en eut cent de tués; parmi tant de monuments, il n'y en a pas un de remarquable_.

=Débâcle=, rupture et descente de glaces, est féminin; prononcez _débâ-cle_.

=Déballer.=—Ne dites pas: _ce marchand est déballé à l'hôtel de l'Europe_; dites, _... a déballé_, car il n'a déballé que ses marchandises, et il ne s'est pas déballé lui-même.

=Débine=, s. f.—_Être dans la débine_, c'est-à-dire, dans la gêne; cette expression est triviale et même tout-à-fait populaire. Voyez _blaguer_.

=Débiser.=—Ne dites pas: _j'ai les mains et les lèvres toutes débisées_; dites, _toutes gercées par la bise, par la gelée, par le froid; le froid gerce les lèvres, les mains_.

=Débit=, s. m., vente, trafic; le _t_ ne se prononce pas.—Ne dites pas: _vendre en gros et en débit_; dites, _... en détail_.

=Débiteur=, qui doit, fait au féminin _débitrice_.

=Débours=, argent qu'on a avancé pour le compte de quelqu'un; ce mot a vieilli; dites _déboursés_ (au plur.) et non _débourses_. (Acad.)

=Décaméron=, s. m., ouvrage contenant le récit des événements de dix jours; prononcez _décamérone_.

=Décanat, Doyenné.=—Le _décanat_ est la dignité du doyen: _ce curé a été promu à un décanat_. Le _doyenné_ est le pays qui ressortit à un doyen: _le doyenné de Sprimont se compose de vingt paroisses_.

=Décéder=, v. n., prend le verbe _être_ dans ses temps composés. Ce mot n'est guère usité, dit l'Académie, qu'en termes de jurisprudence et d'administration, et en parlant des personnes; il s'emploie aussi au participe passé dans les inscriptions; dans tout autre cas on se sert du verbe _mourir_. Ces observations s'appliquent également au substantif _décès_.

=Décemment=, adv., d'une manière décente; prononcez _déçaman_; prononcez de même, _apparemment, prudemment, négligemment_.

=Décemvir=, s. m., l'un des dix magistrats de Rome; prononcez _décèm'vir, décèm'virat_.

=Décennal=, adj., qui dure dix ans: prononcez _décèn'nal_.

=Décesser=, n'est plus en usage; il faut dire _cesser, discontinuer_.

=Décider=, devant un infinitif, demande la préposition _à_: _cette raison m'a décidé à partir_ (et non _de_ partir); _je me suis décidé à rester_. Cependant lorsqu'il signifie, prendre une résolution, déterminer ce que l'on doit faire, il prend _de_: _nous nous décidâmes de partir sur-le-champ_.

=Décime= (pièce de dix centimes), _centime, cents_, sont _masculins_: _un décime, un centime, un cents_. Voyez _centime_ et _cents_.

=Déclicher=, est un mot wallon: dites, _lever la clenche, le loquet_.

=Décombres=, débris, est un substantif _masculin_ pluriel sans singulier: _il faut faire enlever ces décombres_.

=Décommander=, révoquer un ordre, n'est pas français; dites _contremander_.

=Décorum=, s. m., bienséance; il n'est guère usité que dans ces phrases: _garder, observer le décorum_, garder les bienséances; _blesser le décorum_, choquer les bienséances; prononcez _décorome_; il n'a point de pluriel.

=Découcher= (_se_), n'est pas français; dites _se lever_.—_Découcher_, v. n. et a., signifie, coucher hors de chez soi, ou être cause que quelqu'un quitte le lit où il couche: _depuis huit jours, il a découché trois fois; le maître de la maison m'avait offert son lit, mais je n'ai pas voulu le découcher_.

=Décrémer= le lait, ôter la crème de dessus le lait; ce mot n'est pas français; il faut dire _écrémer_. Voyez _chrême_ et _crémer_.

=Décret=, s. m., loi, ordonnance; prononcez _décrè_ et non _decrè_.

=Décrottoir=, s. m., est une lame de fer destinée à décrotter la chaussure; _décrottoire_, s. féminin, est une brosse ronde pour décrotter la chaussure.

=Dedans=, adv. de lieu, ne prend pas de complément; ainsi ne dites pas, _dedans la maison, dedans ma chambre_, mais, _dans la maison, dans ma chambre_.

2. _Donner dedans_, c'est se laisser tromper comme un sot; _mettre quelqu'un dedans_, c'est le tromper: ces locutions sont populaires. (Acad.)

=Défaufiler= et =Défiler=, (défaire un tissu fil à fil) ne sont pas français; dites _éfaufiler_ et _effiler_.

=Déficeler=, ôter la ficelle, n'est pas français.

=Déficit=, s. m., ce qui manque; prononcez _déficite_. Quoique l'Académie dise qu'il est invariable au pluriel, nous pensons que _déficit_, qui a un accent sur l'_e_, est un mot tout-à-fait français, et qu'il doit par conséquent être soumis aux règles de la grammaire; ainsi nous écririons plutôt _des déficits_, avec une _s_ que sans _s_.

=Défier=, v. actif: _je l'en défie_ et non, _je lui en défie_.

=Définitive= (=en=), loc. adv., en résumé; ne dites pas et ne prononcez pas _en définitif_.

=Dégommer=, v. a., dans le sens de destituer, ruiner, déconsidérer, est français, mais il est populaire.

=Dégouttant=, signifie qui dégoutte: _ce linge n'est pas sec, il est encore tout dégouttant_. Ne confondez pas ce mot avec _dégoûtant_, qui donne du dégoût: _malpropreté dégoûtante_; prononcez _oû_ long dans _dégoûtant_ et _ou_ bref dans _dégouttant_.

=Dégrafer=, détacher une agrafe; ne dites pas _désagrafer_.

=Dégriffer=, n'est pas français; c'est _égratigner_ qu'il faut dire.

=Déguisé.=—Ce mot ne s'emploie pas comme substantif; ne dites donc pas: _j'ai vu plus de trente déguisés pendant le carnaval_; dites, _plus de trente masques_.

2. Ne dites pas: _la petite vérole l'a déguisé_; dites, _l'a défiguré_.—_Déguiser_ signifie masquer, travestir.

=Déhonté=, adj., éhonté; ce mot, rejeté par quelques grammairiens, est admis par l'Académie: _un homme déhonté, une femme déhontée_.

=Dehors=, adv. de lieu, opposé à _dedans_, comme _hors_ est opposé à _dans_; _dehors_ doit toujours être employé sans complément: _restez dedans, j'irai dehors_.

2. Il est ridicule de mettre _dehors_ après les verbes _boire, aller, tomber_, etc.; ainsi ne dites pas: _buvez votre verre dehors; le feu va dehors; la bouteille est dehors_; dites tout simplement, _buvez, videz votre verre; le feu s'éteint; la bouteille est vide_.

3. Ne dites pas non plus: _je sais ma leçon dehors_; dites, _je sais ma leçon par cœur_. (Fland.)

4. Ne dites pas: _quelques historiens racontent qu'il tomba autrefois des pluies de sang dehors le ciel_; dites, _qu'il tomba du ciel..._ (Fland.)

5. Ne dites pas: _on a sonné dehors que le pain est baissé_; dites, _on a annoncé au son de la clochette que..._ (Fland.)

6. Ne dites pas: _il m'a donné cela dehors; j'ai eu ma carte dehors_ (t. de jeu de cartes); dites, _il m'a donné cela; j'ai eu ma carte_ (en retranchant _dehors_). (Fland.)—Prononcez _dehors_ et non _déhors_.

=Déjà=, adv.: prononcez _déjà_ (_é_ fermé) et non _dejà_ ni _dèjà_.

_Déjeter_.—Ce verbe ne s'emploie que pronominalement et signifie se courber, se contourner: _le bois de cette table s'est déjeté; sa colonne vertébrale s'est un peu déjetée_.

2. Mais il ne faut pas l'employer dans le sens de bouleverser, déranger, mettre en désordre, bousculer, agiter, secouer: _bouleverser tout dans une chambre; on a bousculé mes livres; nous fûmes horriblement bousculés dans la foule_. _Se déjeter_ ne doit pas non plus s'employer au lieu de, _se débattre, s'agiter_: _se débattre comme un possédé; un oiseau qui se débat quand on le tient; ce malade s'agite continuellement_.—Prononcez _déj'ter_ et non _déch'ter_.

=Déjeuner, Dîner, Souper, Goûter.=—Ces verbes veulent la préposition _de_ devant le nom de la chose dont on déjeune, dîne, soupe, etc.: _déjeuner de chocolat, dîner de cotelettes, souper de fruits_. Cependant on peut aussi employer _avec_: _il déjeune tous les matins avec du chocolat; déjeuner avec du beurre et des radis_. (Acad. aux mots _matin_ et _radis_.) Nous ferons remarquer du reste que de bons écrivains n'ont pas craint de dire _déjeuner avec_, etc., devant le nom de la chose mangée.

2. Il est à remarquer que l'_u_ de _déjeuner_, s. ou v., n'est pas marqué d'un accent circonflexe, quoiqu'il soit formé de la particule _de_ et du verbe _jeûner_. Prononcez _déjeuner_ et non _d'jeuner_.

=Délabrement=, s. m., état délabré; l'_a_ est long de même que dans _encadrement_ et dans tous les autres mots où se retrouvent les syllabes _abre, adre, avre_. Voyez _abre_.

=Délibérer=, v. a.—Ne dites pas: _ce soldat est délibéré du service_; dites, _est quitte, délivré, libéré du service_.

=Délice= et =Orgue= sont masculins au singulier et féminins au pluriel: _un grand délice, de grandes délices; un bon orgue, de bonnes orgues_. Cependant ils sont masculins au pluriel lorsque dans une même phrase, ils s'emploient au singulier et au pluriel: _un de mes plus grands délices était d'étudier; cet orgue est un des meilleurs que j'aie entendus et un des plus beaux que j'aie jamais vus_.

=Déloger= et =Découcher.=—_Déloger_ signifie quitter le logement, décamper; _découcher_ veut dire, coucher hors de chez soi: _il déloge à la fin du mois; je vous ferai bien déloger de là; depuis huit jours il a découché trois fois_. Voyez _découcher_.

=Demain.=—On peut dire _demain au matin et demain matin_; mais cette dernière locution est préférable. (Acad.)

=Demander=, v. a.—_Demander excuse_ est une expression incorrecte; dites, _je vous fais, je vous offre, je vous présente mes excuses_.

2. Ne dites pas: _mon maître vous demande de venir_; dites, _vous prie de venir_ ou _d'aller le trouver_.

3. Ne dites pas: _demander après quelqu'un_ ou _après quelque chose_; mais, _demander quelqu'un, demander quelque chose_.

4. Après _demander_, il faut _que_ et non _à ce que_: _je demande qu'on répare mon honneur_, et non, _à ce qu'on répare...._

5. _Demander_, suivi d'un infinitif, régit les prépositions _à_ et _de_, suivant le sens: la prép. _à_, lorsque l'action, exprimée par chacun des deux verbes est faite par la même personne: _il demande à entrer; Philoclès demanda au roi à se retirer_.—La prép. _de_, dans le cas contraire: _je vous demande de m'écouter_.

=Déméfier= (=se=), barb.; dites, _se défier_ ou _se méfier_.

=Démêler=, v. a.—On ne dit pas, _démêler les cartes_, mais, _mêler_ ou _battre les cartes_.

=Demeurer=, prend _avoir_ quand il signifie: 1º _habiter_: _il a demeuré trois ans à Bruxelles; il demeure dans telle rue_ (plutôt que, _il reste_); 2º _tarder_: _il a demeuré longtemps en chemin_; 3º _employer plus ou moins de temps à quelque chose_: _il n'a demeuré qu'une heure à faire cela_.—_Rester_ prend également _avoir_ dans le sens de _séjourner_: _il a resté deux jours à Lyon_. (Acad.) Dans tout autre sens, _demeurer_ et _rester_ prennent l'auxiliaire _être_: _il est demeuré, il est resté mille hommes sur la place; elle est demeurée, elle est restée court, seule, veuve_, etc.

=Demi, ie=, placé devant un substantif, reste invariable: _une demi-heure, des demi bouteilles_; il reste également invariable lorsqu'il entre dans la composition d'un mot: _des demi-heures, des demi-lunes, des demi-tons, des demi-dieux, des demi-frères_.—Placé après son substantif, il en prend le genre, mais il s'écrit toujours au singulier: _deux kilo et demi, deux livres et demie_.—_Demi, demie_ s'emploient substantivement, le premier pour désigner _une moitié d'unité_, le second pour signifier _demi-heure_: _quatre demis valent deux unités; cette pendule sonne les heures et les demies_. (Acad.) Prononcez _demi_ et non _démi_ ni _dèmi_.

2. _Deux heures et demie, deux heures et un quart_; ne faites pas la liaison de l'_s_ finale du mot _heures_ avec le mot suivant. Voyez _liaisons affectées_.

=Demi-frère=, s. m., celui qui n'est frère que du côté paternel ou du côté maternel; les expressions _frère germain, frère consanguin_ et _frère utérin_ ne sont guère usitées qu'en jurisprudence. (Acad.)

=Démission=, s. f.—Ne dites-pas: _dès que j'aurai ma démission, je me retirerai à la campagne_; dites, _dès que j'aurai ma retraite, ma pension..._ La _démission_ est l'acte par lequel on se démet d'une dignité, d'un emploi: _démission volontaire, démission forcée; donner sa démission_.

2. N'employez pas non plus le mot _démission_, dans le sens de _destitution_, qui est la privation _forcée_ d'une charge, d'un emploi, etc.: _prononcer la destitution d'un fonctionnaire_.

=Demoiselle.=—Une dame, faisant allusion à ses jeunes années, dit ordinairement: _quand j'étais demoiselle_; il serait mieux de remplacer _demoiselle_ par le mot _fille_; mais il est encore mieux de dire _avant mon mariage_, ou d'employer quelque tour analogue à celui-là. Voyez _monsieur_ et _époux_.

2. Ne dites pas: _comment se porte votre demoiselle_ (en parlant à son père ou à sa mère)? dites, _comment se porte mademoiselle votre fille_ ou _mademoiselle N.?_ Il en est de même des mots _dame, madame_, quand on s'adresse au mari.

=Denier=, s. m., petite monnaie; ne dites pas _dernier à Dieu_, mais _denier à Dieu_: prononcez _de-nié_ et non _dé-nié_ ni _degnier_.—Voyez _ni_.

=Dénouement, dénouer, déjouer, jouer=, etc.; prononcez _dénoû-ment, dénou-er, déjou-er, jou-er_, et non _dénou-we-ment, denou-wer, déjou-wer, jou-wer_.

=Dent=, s. féminin: _une dent, de belles dents_.

2. On dit très-bien d'un enfant, _qu'il fait ses dents, qu'il fait des dents_, pour signifier que les dents lui viennent. (Acad.)

3. Ne dites pas: _j'ai les dents longues quand je mange du fruit vert_; dites, _j'ai les dents agacées, quand..._ ou bien, _ces fruits m'agacent les dents..._ Voyez _long_.

4. Ne dites pas: _se laisser tirer une dent_; dites, _se faire arracher une dent_. (Fl.)—Prononcez _dan_ et non _dante_.

=Dentelle=, disposition des dents, n'est pas français; dites _denture_.

=Denture=, s. f., ordre dans lequel les dents sont rangées; ce mot est français: _ce jeune homme à une belle denture_.

=Dépareiller, Déparier.=—_Dépareiller_, c'est ôter ou perdre une ou plusieurs choses pareilles; un ouvrage est _dépareillé_ par un seul volume égaré ou perdu, même quand on a remplacé ce volume, s'il n'est pas en tout semblable aux autres. _Déparier_, c'est ôter l'une des deux choses qui font la paire: _déparier des gants, des souliers; déparier des pigeons_, c'est séparer le mâle de la femelle. Il en est de même de _appareiller_ et _apparier_.

=Déparler=, cesser de parler, ne s'emploie qu'avec la négative; on ne doit donc pas dire: _il déparle_, mais on dit, _il ne déparle pas_ (il ne cesse pas de parler.)

=Dépêcher= (=se=), devant un infinitif, veut la préposition _de_: _dépêchez-vous de partir_ (et non _à partir_).

2. Gardez-vous de dire: _dépêchez-vous vite_; dites simplement _dépêchez-vous_.

=Dépendre=, doit être suivi de la préposition _de_ et non de _à_: _cela ne dépend que de vous_, et non, _cela ne dépend qu'à vous_. (Fland.)

=Dépenses.=—Ne dites pas; _il a fait beaucoup de dépenses autour de sa maison_; dites, _à sa maison_.

=Dépenseur=, n'est pas français; dites _dépensier_.

=Dépersuader=, n'est pas français; dites _dissuader, déconseiller_.

=Déplorable=, adj., se dit des choses: _un événement déplorable_; et quelquefois des personnes dans le style soutenu: _une famille déplorable_. (Acad.)

=Dépositaire=, subst. des deux genres, celui ou celle à qui on confie un dépôt; _déposant_ est celui qui confie le dépôt. Prononcez _dépô_ (_ô_ long) et non _dépo_ (_o_ bref). Voyez _légataire_.

=De profundis=, s. m.; prononcez _de profondice_.

=Depuis=, prép. et adv.—Ne dites pas: _il nous arriva hier plusieurs accidents, depuis que nous fûmes sortis_; dites, _après que nous..._

2. Ne dites pas non plus: _depuis Liége jusqu'à Huy il y a six lieues_; dites, _de Liége à Huy_.... _Depuis_ indique un certain espace de temps et non la distance.

3. Prononcez _depui_ (_ui_ diphthongue) et non _dépui_ ni _depoui_; prononcez de même, je _suis_, je _puis, lui, aujourd'hui, ensuite, puissant, puits, Huy_, etc. Voyez _ui_.

=Déranger=, dans le sens de déranger la santé, indisposer, incommoder, est français, quoi qu'en disent certains grammairiens: _j'ai mangé hier un peu plus qu'à l'ordinaire, et cela m'a dérangé_. (Acad.)

=Dernier, ière=; prononcez _der-nier_ et non _der-gnier_.

2. _La dernière année de sa vie_, est l'année où il est mort; _l'année dernière_, est l'an qui vient de s'écouler. Voy. _ni_.

=Derrière.=—Ne dites pas: _il me loue en ma présence, et, derrière moi_ ou _en arrière, il me déchire_; dites, _en mon absence, quand je suis absent, il me déchire_; ou bien, _par derrière il me déchire_.

2. Ne dites pas: _il est caché par derrière la porte_; dites, _... derrière la porte_.

3. Ne dites pas non plus: _il loge par derrière_; dites, _... sur le derrière_.

=Des, Les, Mes, Tes, Ses.=—Prononcez _dè, lè, mè, tè, sè_, et non _dé, lé, mé, té, sé_.

=Descendre=, v. a. ou n., se conjugue avec l'auxiliaire _avoir_ et avec l'auxiliaire _être_, selon que l'on considère l'action ou le résultat, ou selon que l'on peut répondre à l'une où à l'autre de ces questions: _qu'a-t-il fait?_—_où est-il? qu'est-il devenu_? _il a descendu_ (_qu'a-t-il fait?_) _la montagne au galop_; _votre père est-il en haut? non, il est descendu_ (_où est-il?_); _j'ai descendu_ (_qu'ai-je fait?_) _l'escalier en moins d'une minute_; _il y a plus de dix minutes que je suis descendu_ (_où suis-je, que suis-je devenu?_).

2. Ne dites pas, _descendre en bas, monter en haut_; dites simplement _descendre, monter_: il est clair en effet qu'on ne peut pas _descendre en haut_ ni _monter en bas_; voyez _haut_. Prononcez _dècen-dre_ et non _d'cendre_.

=Désagrafer=, n'est pas français; dites _dégrafer_.

=Déshonnête, Malhonnête=, adj.—Ces mots n'ont pas la même signification: _une action déshonnête_ est une action contraire à la pureté; _une action malhonnête_ est contraire à la civilité, à la bonne foi, à la droiture.

=Désir=, s. m.: prononcez _désir_ et non _desir_ ni _d'sir_; il en est de même de _désirer, désireux_.

=Désirer=, v. a.—_Désirer de faire_ ou _désirer faire_.—On doit le faire suivre de la préposition _de_, lorsqu'il exprime un désir dont l'accomplissement est incertain, difficile ou indépendant de la volonté: _désirer de réussir; il y a longtemps que je désirais de vous rencontrer; je désirerais bien d'en être débarrassé_. (Acad.)—Quand, au contraire, ce verbe exprime un désir dont l'accomplissement est certain ou facile et plus ou moins dépendant de la volonté, il s'emploie sans la préposition _de_: _je désire le voir; il désire vous parler_. (Acad.)

2. Nous ferons remarquer que l'on emploie l'infinitif quand le verbe régi se rapporte au sujet du verbe _désirer_, et que l'on se sert de _que_ avec le subjonctif, quand il ne s'y rapporte pas: _je désire partir; je désire que vous partiez_. (LAVEAUX).