Dictionnaire du bon langage Contenant les difficultés de la langue française, les règles et les fautes de prononciation, les locutions vicieuses, les wallonnismes, les flandricismes, etc.

Part 7

Chapter 73,178 wordsPublic domain

3. Ne dites pas non plus: _combien est-ce que vous avez payé pour ce livre?_ dites, _combien avez-vous payé ce livre?_

=Commandement=, s. m., ordre.—Prononcez comman-d'-ment (en faisant sentir le _d_) et non _comman-n'-ment_ (en remplaçant le _d_ par une _n_); il en est de même de, _je demandais, je demeure, mandement, admettre, admission, administrer_, etc.

=Commander.=—On commande _quelque chose à quelqu'un_ et l'on commande _à quelqu'un_; ne dites donc pas: _il faut savoir commander ses ouvriers_; mais, _à ses ouvriers_.

2. _Commander quelqu'un_, ne se dit que quand il s'agit de commandement militaire: _dix hommes furent commandés pour cette expédition; le régiment des guides est commandé par le colonel N._—_Commander à_ et _le_: voyez _présider_.

=Comme.=—Ce mot ne peut pas être employé pour _que_, à la manière des flamands; ainsi ne dites pas: _il est aussi grand comme moi; vous avez reçu autant comme moi_; dites, _il est aussi grand que moi; vous avez reçu autant que moi_.

2. _Il neige comme; vous êtes comme si gai_, sont des expressions barbares; il est bien plus simple de dire: _il paraît qu'il neige; vous me semblez_ ou _vous m'avez l'air d'être gai_.

3. _Comme pour._—Ne dites pas: _j'étais comme pour pleurer, comme pour mourir_; mais dites, _j'étais disposé à pleurer, j'étais sur le point de pleurer, j'allais pleurer; on aurait dit que j'allais mourir_, etc.

4. _Comme si_, ou _si_, ne doivent jamais être suivis du conditionnel (ce serait un flandricisme): _c'est comme si vous viendriez me voir; s'il aurait fait ses devoirs, il ne serait pas puni_; dites, _c'est comme s'il venait me voir; s'il avait fait ses devoirs_, etc.

5. _Comme de juste_, est un barbarisme; dites, _comme il est juste, comme il est raisonnable_, et mieux _comme de raison_.

6. _Comme il parle_, au lieu de, _à l'entendre_, est un flandricisme; ne dites donc pas: _comme il parle, on le prendrait pour le premier avocat du pays_; dites, _à l'entendre parler, on le prendrait..._

7. Ne dites pas: _il m'a dit comme ça, qu'il allait partir_: retranchez _comme ça_, qui est inutile et ridicule.

8. Ne dites pas: _comment est-ce qu'on dit, qu'on fait?_ dites, _comment dit-on, comment fait-on?_

9. Ne dites pas: _si j'étais comme vous, voici ce que je ferais_; dites, _si j'étais de vous, si j'étais à votre place..._

10. _Comme tout._—Ne dites pas: _il est sage comme tout_; dites, _il est fort sage, il est parfaitement sage_.

=Commencer, Finir.=—On dit, _commencer par, finir par_ et non _commencer avec, finir avec_: _il commence son déjeuner par le café et finit par des fruits_.

2. _Commencer de_, désigne une action qui aura de la durée: _il avait commencé d'écrire sa lettre_.—_Commencer à_, désigne une action qui aura du progrès, de l'accroissement: _cet enfant commence à parler, à lire; le jour commence à luire_.

=Comment.=—_Comment va-t-il avec vous; comment vous va; comment vous va-t-il?_—Remplacez ces expressions par: _comment vous portez-vous, comment va votre santé, comment vous en va?_ (Acad.)—_Comment va-t-il avec vous_, est un flandricisme; _comment vous va_ et _comment vous va-t-il_, sont des expressions incorrectes.

2. Il y a de ridicules façons de parler, auxquelles on se laisse aller quelquefois par insouciance ou par imitation; de ce nombre sont celles-ci: (_comment vous portez-vous?_) _comme vous voyez; pas mal et vous, et la vôtre; comme un homme qui vient de chez son notaire_; un spirituel magistrat, afin d'éviter un compliment banal, abordait ses amis en leur disant: _pas mal et vous?_

3. _Comment ce que._—_Comment ce qu'on fait; comment ce qu'on dit?_ locutions employées par le bas peuple; il faut dire, _comment fait-on, comment dit-on?_

4. Ne dites pas non plus: _comment est-ce qu'on raconte ce malheur? comment est-ce que cela est arrivé?_ Dites: _comment raconte-t-on ce malheur? comment cela est-il arrivé?_

=Commerce.=—Ne dites pas: _mon frère fait commerce_; mais, _est dans le commerce, fait le commerce; il est commerçant, négociant_.

2. Ne dites pas: _les commerces ne vont pas_; dites, _le commerce ne va pas_.

3. Ne dites pas: _je fais plusieurs commerces_; dites, _j'ai_ ou _j'exploite plusieurs branches de commerce_.

=Commodité.=—Ne dites pas: _cette famille a bien la commodité, a bien le moyen, est fortunée; mon cousin a bien la commodité de tenir un cheval_; dites, _cette famille est, vit dans l'aisance, elle est riche, elle a de la fortune_; _mon cousin a bien les moyens_ (et non _le moyen_) _de..., est assez riche pour_... _Moyen_, dans le sens de _richesses_, ne s'emploie qu'au pluriel; vous ne direz donc pas avec les wallons: _mon voisin a bien le moyen_; dites, _mon voisin vit dans l'aisance, a de la fortune_, etc.

=Commun, une=, adj.—_Commune voix_, désigne l'unanimité des suffrages, des voix; _la voix commune_ est la voix vulgaire, la rumeur publique.

=Compacte=, adj. des deux genres, très-resserré, peu poreux; cet adjectif s'écrit au masculin comme au féminin; prononcez _compak-te_ et non _compake_.

=Comparer.=—On dit souvent par inadvertance: _cette étoffe, cette maison n'est pas à comparaître à celle-là_; il faut dire, _à comparer_.

2. _Comparer à, comparer avec_.—Le premier suppose une analogie, un rapport commun de ressemblance entre les deux termes. _Comparer avec_ éloigne l'idée de ce rapport, de cette ressemblance: _il n'y a point d'église que l'on puisse comparer à celle de Saint-Pierre à Rome_;—_que l'on compare la docilité, la soumission du chien avec la fierté et la férocité du tigre_. (BUFFON.)

=Comparoir=, v. n., usité seulement à l'infinitif; mais il a vieilli et l'on dit aujourd'hui _comparaître_.

=Comparution=, s. f., action de comparaître devant le juge; ce mot s'écrit et se prononce _comparution_, quoique l'on dise _apparition_ et _disparition_.

=Compendium=, s. m., abrégé; prononcez _conpindiome_: _un compendium de théologie_.

=Comperose=, s. f., vitriol; écrivez et prononcez _couperose_.

=Complet=, adj. fait au fém., _complète_ et non _complette_.

=Complétement=, adv., d'une manière complète, s'écrit avec un accent aigu.

=Compliment=, s. m.—Ne dites pas: _allons, Monsieur, sans compliment, acceptez notre dîner_; dites, _sans cérémonie, sans façon_.—_Sans compliment_, signifie, sans flatterie: _je vous dis sans compliment que votre dessin est fort beau_.

=Compris=, part. passé de _comprendre_.—_Y compris, non compris_, sont invariables, comme prépositions, lorsqu'ils précèdent le substantif, et ils s'accordent avec lui lorsqu'ils le suivent: _combien y avait-il de régiments y compris l'artillerie? il a dix mille francs de revenu, non compris la maison où il loge_; ou bien, _la maison où il loge non comprise_.

=Compte= (_en fin de_) locution triviale, irrégulière et barbare; son équivalent consacré est, _au bout du compte_, qui n'est pas élégant. (FRANCIS WEY.)

=Compter.=—Ne dites pas: _il faut compter que je n'ai presque pas été me promener cette année_; dites, _à peine ai-je été me promener..._ On ne prononce pas le _p_ dans _compter, comptant, compte, comptoir, comptable, comptabilité_.

2. _Compter, espérer, promettre._—Ces verbes marquent une chose à venir; on dit, _compter, espérer, promettre qu'une chose sera_; ne dites donc pas: _je compte que vous êtes sage; j'espère que vous avez bien travaillé; je vous promets que j'ai dit la vérité_; dites: _je crois que vous êtes sage; j'aime à croire, j'ai la confiance que vous avez bien travaillé; je vous assure que j'ai dit la vérité_.

3. _Compter_, dans le sens de _se proposer, croire_, ne prend point la préposition _de_ devant un infinitif: ainsi vous direz: _il compte partir demain_ et non _de partir_ (Acad.)

4. Ne dites pas: _comptez que j'ai été malade et ne vous étonnez pas que j'aie perdu de l'embonpoint_; dites, _apprenez, sachez que j'ai été malade_.

=Concetti=, s. m. pluriel, pensées brillantes et sans justesse; ce mot, en France, est toujours pris en mauvaise part; le singulier est _concetto_, mais il est peu usité.

=Concombre=, subst., plante potagère, est masculin.

=Condamner, Condamnation, Condamnable=: prononcez _condaner, condanable, condanation_; l'_a_ de _dam_ est bref, tandis qu'il est long dans _damner, damnation, damnable_ (_dâner, dânation, dânable_).

=Conditionnel.=—C'est une faute d'employer le conditionnel après la conjonction _si_: _si vous feriez, si vous iriez, si j'aurais écrit_, etc.; dites, _si vous faisiez, si vous alliez, si j'avais écrit_, etc.: c'est là un latinisme et un flandricisme tout à la fois.

2. C'est encore une faute que d'employer le conditionnel présent ou passé pour l'imparfait ou le plus-que-parfait du subjonctif: _je voudrais que vous feriez vos devoirs, j'aurais désiré que vous auriez bien étudié_; cette faute est très-commune chez les wallons; pour l'éviter, il suffira de se rappeler que les verbes qui expriment _la volonté, le désir, un ordre_, fussent-ils même employés au conditionnel, gouvernent le subjonctif.

=Conduire, Conduite=: prononcez _conduire, conduite_ (_ui_ diphthongue) et non _condouire, condouite_, ni _condu-wire, condu-wite_.—Il en est de même de toutes les syllabes en _ui_, comme _lui, je suis, je puis, puissant, suite, fuite, fuir_.

=Confesse=, s., qui n'a point de genre; il ne s'emploie que précédé de l'une des prépositions _à_ ou _de_: _aller à confesse, venir de confesse_.

=Confiance=, s. f.—On a confiance, on met sa confiance _en_ ou _dans_; devant l'article il faut _dans_: _avoir confiance en quelqu'un; mettre sa confiance en Dieu; mettre sa confiance dans les richesses; avoir confiance dans l'avenir_.

=Confirmer=, v. a., conférer le sacrement de confirmation: _l'évêque seul peut confirmer_; ne dites donc pas: _j'ai confirmé l'année dernière dans l'église de St-Antoine_; dites, _j'ai été confirmé..._

=Confiteor=, au pluriel, _des confiteor_; on prononce _confitéor_. (Acad.)

=Confort= ou =Comfort=, s. m., assistance, secours: _donner aide et confort_; dans cette acception il est vieux.—Aujourd'hui il se dit, pour signifier le bien-être matériel, le bien-être de la vie: _les Anglais ont un grand amour pour le confort_; prononcez _con-fort_.

=Confortable= ou =Comfortable=, adj., qui a rapport au confort, au bien-être matériel de la vie: _les anglomanes emploient à tout propos le mot confortable; ils vous diront d'une maison qu'elle est confortable_, etc.—_Confortable_, s'emploie aussi substantivement et se dit de tout ce qui contribue au bien-être matériel: _les Anglais ont un grand amour pour le confortable_.

=Confrère, Collègue.=—_Confrère_ se dit de tous les individus d'un corps, d'une société; les gens du même état sont aussi confrères. _Collègue_ a une signification plus restreinte; il s'applique aux individus qui agissent ensemble et de concert.—Les professeurs d'un même établissement sont collègues, mais ils sont confrères par rapport aux professeurs d'autres établissements.

=Conjoncture, Conjecture.=—_Conjoncture_, signifie circonstance et _conjecture_, supposition. _Dans les malheureuses conjonctures, on fait de fausses conjectures._

=Connaissance.=—Dites: _j'ai rencontré quelqu'un de ma connaissance_ ou _une de mes connaissances_ et non, _quelqu'un de mes connaissances_.

=Connaisseur.=—On dit: _ce monsieur est connaisseur en musique, en peinture_; et non, _connaisseur de musique, de peinture_.

=Connaître=, v. a.—On ne dit pas: _je connais ma leçon; il connaît son discours_; mais, _je sais ma leçon; il sait son discours_; cependant on dit très-bien: _je connais tel livre, telle personne, telle maison, telle langue_.

=Consanguin, ine=, s.: voyez _germain_.

=Consanguinité=, s. f., parenté du côté du père; l'_u_ fait diphthongue avec _i_ (Acad.); il ne le fait pas dans _consanguin, consanguine_ où le _g_ est dur.

=Conscription, Milice.=—On dit, _tirer à la conscription, à la milice_, etc., ou bien: _tirer au sort pour la conscription, pour la milice_. On tombe _à_ la conscription, _à_ la milice et non _dans_ ou _de_ la conscription, etc. Voyez _réquisition_.

=Conseiller quelqu'un= et =à quelqu'un=.—_Conseiller quelqu'un_, veut dire en général, qu'on lui donne des conseils: _son avocat le conseille bien_, c'est-à-dire, lui donne de bons conseils; _les courtisans conseillent parfois mal les souverains_, c'est-à-dire, leur donnent de mauvais conseils.—Mais si l'on exprime l'objet du conseil que l'on donne, on doit dire, _conseiller à quelqu'un_: _je lui ai conseillé de changer de conduite; la prudence conseille aux jeunes gens de fuir l'oisiveté et les mauvaises compagnies_.

=Conseilleur.=—Ce mot est vieux et ne s'emploie plus guère que dans le proverbe: _les conseilleurs ne sont pas les payeurs_; il faut dans les autres cas se servir du mot _conseiller_ (n'écrivez pas _conseillier_).

=Consentir.=—Ne dites pas: _j'ai consenti dans la proposition qu'on m'a faite_; mais _j'ai consenti à la proposition..._

=Conséquent=, se dit d'une personne qui est d'accord avec elle-même ou avec ses principes: _cet homme est conséquent dans ses projets, dans sa conduite_; c'est-à-dire qu'il est _le même_ dans ses projets, dans sa conduite qu'en tout autre occasion. (Acad.)—Appliqué aux choses, il a à peu près le sens de l'adjectif _conforme_: _il a une conduite conséquente à ses principes_. (Acad.) Mais jamais ce mot ne peut signifier, _considérable, important_; il ne faut pas dire: _une affaire conséquente, une somme conséquente, des propriétés conséquentes_; mais, _une affaire importante, une somme considérable, des propriétés considérables_ ou _de grandes propriétés_. Ce qui a pu donner lieu à cet emploi vicieux du mot _conséquent_, c'est qu'on dit très-bien, _de conséquence_, pour signifier _qui peut avoir des suites importantes_: _une affaire de conséquence, une affaire de nulle conséquence_. (Acad.)

2. Prononcez _concéquent_ et non _conzéquent_ ni _conzèquent_.

=Consister=: prononcez _concister_ et non _conzister_.

=Consolable=, adj.—On ne le dit que des personnes (Acad.); cependant, au mot _consoler_, nous trouvons dans le Diction. de l'Académie l'exemple: _consoler la douleur_. Or, si l'on dit consoler la douleur, il suit nécessairement que _la douleur est consolable_. Il y a plus: d'après l'Académie, on peut dire: _douleur inconsolable_; et qu'est-ce qu'_une douleur inconsolable_ sinon _une douleur qui n'est pas consolable_? Voyez _inconsolable_.

=Consoler, Console, Consolation, Consolant=, etc.; prononcez l'_s_ dure et non _conzoler, conzole, conzolation_, etc.

=Consommer, Consumer.=—_Consommer_, v. a., achever, accomplir, mettre en sa perfection. Il se dit aussi en parlant des choses que l'on détruit en les faisant servir aux usages de la vie, comme vin, bière, viande, bois et toutes sortes de provisions: _nous avons consommé nos provisions_.

=Consulte= pour =Consultation=, conférence que l'on tient sur une affaire ou sur une maladie.—Ne dites pas: _mon père est très-malade, il y a eu hier trois consultes_; dites, _... trois consultations_. Prononcez _conçultations_ (_s_ dure) et non _conzultation_.

2. _Consumer_, v. a., détruire, user, réduire à rien, sans but utile ou nécessaire pour celui qui détruit: _le feu a consumé tout le bois; l'incendie a consumé la maison; la rouille consume le fer; les chagrins le consument_.—_Consumer_ signifie aussi, employer sans réserve; _j'ai consumé tout mon temps à cet ouvrage_.

3. Prononcez l'_s_ dure: _conçumer, conçomer_ et non _conzumer, conzomer_.

=Contact=, s. m., attouchement; prononcez les deux consonnes finales: _contak-te_; prononcez de même _compact, tact_.

=Contempteur=, s. m., qui méprise; il n'a point de féminin correspondant.—_Contemptible_, adj., vil et méprisable: dans ces deux mots on prononce le _p_.

=Contenir=, v. a.—Ne dites pas: _le bateau à vapeur contenait un prêtre, un officier et deux avocats_; dites, _dans le bateau à vapeur étaient..._

=Content=, adj.—On doit dire, _être content de quelqu'un_ et non _sur_ ou _après quelqu'un_.

2. Ne dites pas: _irons-nous à Verviers?—Je suis content_; dites, _volontiers_.

3. Ne dites pas: _je suis content de ce qu'il me quitte_; dites, _je suis content qu'il me quitte_.

4. Ne dites pas: _il était content pour avoir terminé ses devoirs_; dites, _d'avoir terminé..._

=Contenter= (_se_), v. pron.—Ne dites pas: _je me contente avec du pain et des fruits pour mon déjeuner_; dites, _je me contente de pain et de fruits..._

=Contigu, Proche=: voyez _proche_.

=Continuer à, Continuer de.=—_Continuer à_, c'est poursuivre sans interruption une chose commencée, avec une intention dirigée vers un but: _il continuait à lui dire des injures, à le frapper; continuer à bien vivre; il continuait à faire la guerre_.—_Continuer de_ signifie _ne pas cesser_, avec idée d'interruption: _continuez de vous former le style_; ou bien, _ne pas cesser_, sans interruption, mais en même temps sans que la phrase indique une intention dirigée vers un but: _il continue de pleurer; la rivière continua de couler_.

=Contradicteur=, s. m., n'a point de correspondant féminin.

=Contraindre=, v. a.—Devant un infinitif on dit, _contraindre à_ et _contraindre de_; Laveaux établit une distinction qui nous paraît assez juste.—_Contraindre à_ suppose un but, une tendance, une action; il faut donc préférer _à_ toutes les fois que ces idées sont comprises dans la phrase, et _de_, dans tous les autres cas: _on le contraignit à marcher, à s'avancer, à se battre_: il s'agit ici d'une action.—Mais on dira: _on le contraignit de se taire, de se tenir en repos, de prendre la fuite, de s'enfuir, de rester_; c'est ici une cessation d'action.—L'Académie a observé cette différence dans ces deux phrases: _on le contraignit à se battre; la ville fut contrainte de se rendre_.

=Contre.=—Ne dites pas: _je suis contre les plaisirs du monde, parce qu'ils détournent des devoirs envers Dieu_; dites, _je suis opposé aux plaisirs, j'ai de la répugnance pour...._

2. On ne dit pas, _être fâché sur quelqu'un; le chien aboie sur les passants_, mais, _être fâché contre quelqu'un; le chien aboie contre les, après les_ ou _aux passants_.

3. Ne dites pas: _laisser la porte toute contre_, mais _tout contre_.

4. Ne dites pas: _il a passé tout contre moi sans me reconnaître_; dites, _tout près de moi_; on dit, _s'asseoir près de quelqu'un_ et non, _contre quelqu'un_. Mais en parlant des choses, on dit bien: _j'étais assis contre le mur; ce champ est contre le bois_ (pour dire qu'il y touche).

5. L'expression _par contre_, n'est pas française, rendez-la par: _en revanche, mais, du reste, du moins, au contraire_: _il avait mal dîné, mais, en revanche, il a bien soupé; il est bourru, du reste il est bon et humain; si cet ouvrage n'a pas le mérite de la perfection, il a du moins celui de la nouveauté_.

=Contredire=, _dédire, interdire, médire, prédire_, font à la seconde personne du pluriel du présent de l'indicatif, vous _contredisez_, vous _dédisez_, vous _interdisez_, vous _médisez_, vous _prédisez_;—_maudire_ fait, vous _maudissez_.—Il n'y a que _dire_ et _redire_ qui fassent, vous _dites_, vous _redites_.

=Contrefaction=, s. f., action de contrefaire, de falsifier, terme de jurisprudence.—On dit plus souvent, dans le langage ordinaire, _contrefaçon_.

=Contremander=, révoquer l'ordre qu'on a donné; ne dites pas _décommander_.

=Contrevention=, s. m., infraction pour _contravention_; _contraventoirement_ pour _en contravention_ et _contraventaire_ pour _contrevenant_, ne sont pas français.

=Contumace=, s. f., t. de jurisprud. crimin., le refus, le défaut que fait un accusé de comparaître devant le tribunal où il est appelé: _être en état de contumace; condamner par contumace_. Il est souvent synonyme de _contumax_, adj. de deux genres, t. de jurispr. crimin., accusé ou prévenu qui est en état de contumace et auquel on fait un procès: _accusé contumax, il est contumax_; il s'emploie aussi substantivement: _le contumax vient de se présenter devant ses juges_.

=Convenir=, signifiant _plaire_, veut _avoir_; signifiant _être d'accord_ ou _avouer_, il prend _être_: _cette maison nous ayant convenu, nous sommes bientôt convenus du prix_; _le propriétaire est convenu lui-même que nous n'avions pas été difficiles_.

=Copeau=, s. m., éclat de bois (en wallon, _estalle_, en flamand, _spaender, krol_); dites, _brûler des copeaux_ et non des _skafelings_, de _l'escaufelin_.

=Coquemar=, s. m., espèce de pot de fer-blanc, de cuivre, etc., ayant un long bec, et qui sert à faire bouillir ou chauffer de l'eau, du café: _faire bouillir de l'eau dans un coquemar_. Dites _cafetière, chocolatière, théière, laitière_, pour désigner le vase d'argent, de terre, de fer-blanc, de porcelaine, etc., qui sert à faire ou à servir du café, du chocolat, du thé, du lait.

=Coran=: voyez _alcoran_.

=Corbeille d'enfant=, le linge, les langes, le maillot et tout ce qui est destiné pour un enfant nouveau-né; _corbeille_, dans ce sens, n'est pas français; dites _layette_.

=Coroner=, s. m., officier de justice en Angleterre; on fait sentir l'_r_ finale: _coronère_.

=Corpendu= ou =Court-pendu=, espèce de pomme rouge; ces mots ne sont pas français; dites _capendu_, s. m.: _un bon capendu_.

=Corps=, s. m.—_Corps à corps_: prononcez _cor à cor_ et non _cor za cor_.

2. Ne dites pas: _il réclamait à corps et à cri_; dites, _à cor et à cri_, c'est-à-dire, à toute force.

=Corpulence=, s. f., taille de l'homme considérée par rapport à sa grandeur et à sa grosseur: _cet homme a de la corpulence, il est corpulent_; _corporence_ et _corporent_ ne sont pas français.

=Coriace=, adj., dur comme le cuir: _cette viande est coriace_; ne dites pas, _tiliasse_.

=Correct, e=, adj., sans faute; on fait sentir les deux _r_ et les deux lettres finales, même au masculin: _cor-rek-te_; prononcez de même le _c_ et le _t_ dans _abject, contact, direct, exact, infect, strict, tact_.—Faites également sentir les deux _r_ dans _correcteur, correction, correctif, correctionnel, corrégidor, corrélatif, corrélation, corroborer, corroboration, corroder, corrodant, corrosion, correspondre, correspondant, corrompre, corruption, corrupteur, corruptible, corroyer, corroyeur_.

=Corridor=, s. m., galerie; ne dites pas, _colidor_; prononcez _coridor_.

=Corset=, s. m.—Les femmes seules portent des _corsets_; ne demandez donc pas à un homme, _avez-vous mis votre corset de laine, de coton?_ dites, _votre gilet de laine, de coton_.

=Corsionnaire=, plante potagère dont la racine, noire en dessus et blanche en dedans, se mange cuite, comme le salsifis; dites, _scorsonère_ (subst. _féminin_) et non _corsionnaire_; on la nomme autrement, _salsifis noir_ ou _salsifis d'Espagne_.

=Cortès=, s. féminin pluriel, assemblée des États (chambres, parlement) en Espagne et en Portugal: prononcez _cortèce_.

=Cosaque=, s. m.: prononcez _cozaque_ (_o_ bref) et non _côsaque_ (_ô_ long).

=Côté=, s. m.—Prononcez _cô-té_ (_ô_ long) et non _co-té_ (_o_ bref).

2. Ne dites pas: _de l'autre de côté_; dites, _de l'autre côté_.

3. Ne dites pas: _de tous côtés_ ou _de tous les côtés_ pour _partout_, à la manière des wallons: _on rencontre des injustices de tous côtés ou de tous les côtés_; dites, _partout_.

4. N'employez pas non plus _côtés_ pour pays, environs: _il demeure de vos côtés, ce malheur est arrivé de ses côtés_; dites: _il demeure dans vos environs, dans votre pays; ce malheur est arrivé dans son pays_. Cependant on dit très-bien: _il demeure du côté de Verviers; il est du côté de Namur_. (Acad.)

=Côte, Côtelettes=: prononcez l'_ô_ long et non _cote, cotelettes_.

=Cou=, s. m.—Quelquefois on dit par euphonie _col_, surtout en poésie. (Acad.)

2. Ne dites pas: _quelle belle cravate vous avez dans le cou_; mais, _quelle belle cravate vous avez au cou_.

3. _Cou-de-pied_, s. m., haut du pied; ne dites pas: _coude-pied, coup-de-pied, cou-du-pied_.—Le pluriel est _cous-de-pied_.