Dictionnaire du bon langage Contenant les difficultés de la langue française, les règles et les fautes de prononciation, les locutions vicieuses, les wallonnismes, les flandricismes, etc.

Part 35

Chapter 353,275 wordsPublic domain

=Sonnant=, part. prés., du verbe _sonner_.—Il est adjectif verbal, lorsqu'il se dit d'un objet qui rend un son clair et distinct: _de l'étain sonnant, airain sonnant_.—Il est aussi adjectif dans les locutions _horloge, montre sonnante, espèces sonnantes_ (monnaies d'or ou d'argent); _à l'heure sonnante; arriver à sept heures sonnantes; à midi sonnant_, etc.:—et dans cette phrase du langage théologique, _propositions mal sonnantes_, qu'on écrit aussi, _propositions malsonnantes_, en un seul mot.

=Sonner=, v. n. et v. a.—Quand il a pour sujet un mot qui désigne l'heure, il prend l'auxiliaire _être_: on dit _minuit est sonné, midi est sonné, huit heures sont sonnées_, et non _minuit a sonné, midi a sonné, huit heures ont sonné_.—On dit aussi, _la messe est sonnée, les vêpres sont sonnées_.

2. Ne dites pas, _on sonne à messe, à vêpres_; dites, _on sonne la messe, les vêpres_.

3. Ne dites pas, _sonner à mort_, mais _sonner pour un mort_;—ni _sonner une transe, une agonie_, mais _sonner le glas, un glas_.—Voyez _transe_.

4. On dit _sonner du cor, de la trompette_ et _jouer du cor, de la trompette_.—Voyez _jouer_.

=Sont.=—Ne dites pas, _cinq et cinq sont dix_; dites, _... font dix_.

=Sor, Soret=, adj. m.: voyez _saure_.

=Sôrot= ou =Saurot=: cette orthographe est vicieuse; dites, _sarrot_ et mieux _sarreau_.

=Sorte=, s. f.—Il est tout aussi incorrect de dire: _j'ai fait toute sorte_ que de dire _j'ai fait toute espèce_; le sens n'est complet qu'en ajoutant un des substantifs, _chose, marchandise, étoffe_, etc.; il faut donc dire: _j'ai fait toutes sortes de choses_.

2. Ne dites pas: _il a fait si bien en sorte qu'il a réussi_; dites, _il a si bien fait qu'il a réussi_.

3. _Toute sorte_ et _toute espèce_, se mettent indifféremment au singulier et au pluriel, excepté lorsque le substantif qui suit ne s'emploie pas au singulier: _nourrir toutes sortes de bêtes; souhaiter toutes sortes de prospérités, toute sorte de bonheur à quelqu'un; toute sorte de livres ne sont pas également bons; lire toute sorte d'écriture; il ne faut pas se fier à toutes sortes de gens, à toutes sortes de personnes; des marchandises de toute espèce_.—L'accord du verbe ou de l'adjectif se fait, non pas avec _sorte, espèce_, mais avec le substantif qui suit: _toute sorte de personnes sont_ (et non pas _est_) _venues_; _une sorte de fruit qui est mûr_ (et non _mûre_) _en hiver_.

=Sortir=, v. n., demande _avoir_ ou _être_, selon que le sens permet de répondre à l'une ou à l'autre de ces questions: _qu'a-t-il fait_, ou bien, _où est-il, qu'est-il devenu?_—_il a sorti_ (qu'a-t-il fait?) _mais il vient de rentrer_; _il est sorti_ (où est-il? qu'est-il devenu?) _mais il va rentrer_.

2. Ne dites pas, _il est sorti hors de la chambre, hors de la ville_; dites, _il est sorti de la chambre, de la ville_.

3. Ne dites pas, _sortez dehors_ ou _hors d'ici_; dites simplement _sortez d'ici_.

4. On dit très-bien, _sortir d'entendre la messe, sortir de dîner_, etc., dans le sens de sortir du lieu où l'on a entendu la messe, où l'on a fait le dîner. (Acad.) Mais on ne peut pas dire: _je sors de faire telle chose, je sors d'être malade_; il faut dire, _je viens de faire telle chose, je viens d'être malade_.

5. Ne prononcez pas, _je sors z'avec vous_; prononcez, _je sor avec vous_.

6. Ne dites pas, _sortez votre casquette et dites bonsoir_; dites, _ôtez votre casquette..._

7. Ne dites pas, _connaissez-vous le nouveau règlement qui vient de sortir?_ dites, _qui vient de paraître_.

8. _Sortir_ s'emploie aussi comme verbe actif dans quelques phrases du style familier où il signifie, _faire sortir, tirer_:—_il est temps de sortir les orangers de la serre; sortez ce cheval de l'écurie; sortez la voiture de la remise; on l'a sorti d'une affaire fâcheuse_. (Acad.)

9. _Sortir_, v. a. et déf., usité en terme de jurisprudence; il signifie, _obtenir, avoir_:—_cette sentence sortira son plein et entier effet dans quinze jours_.—Dans ce sens, _sortir_ se conjugue comme _finir_, mais il n'est usité qu'à la 3e personne: _il sortit, ils sortissent; il sortissait, ils sortissaient_; subj. prés., _qu'il sortisse, qu'ils sortissent_; part. prés., _sortissant_.

=Sot, Sotte=, adj.—On ne prononce le _t_ de _sot_ que lorsqu'il est suivi d'un mot commençant par une voyelle ou une _h_ muette: _un sot enfant_ (_so-t'enfant_), _un sot_ (_so_) _personnage_; _c'est un sot_ (_so_).

2. Dites d'un homme qui est tombé en démence, _qu'il est devenu fou_ et non, _qu'il est devenu sot_.

=Sottise=, s. f., signifie aussi _injure_: _il m'a dit des_ ou _cent sottises_ (_injures_). Cette expression pourtant paraît être de mauvais ton.

=Soucier= (=se=), signifie s'inquiéter, s'intéresser, faire cas, etc.: _de quoi vous souciez-vous?_—Ainsi lorsqu'on veut exprimer une idée d'indifférence, d'insouciance, de mépris, il faut accompagner le verbe _se soucier_ de la négation: _je ne me soucie pas_ (et non _je me soucie_) _de cet homme-là_; _je ne me soucie pas_ (et non _je me soucie_) _qu'il vienne_; _je ne me soucie pas_ (et non _je me soucie_) _de ce que l'on dit de moi_; _faites tout ce qu'il vous plaira, je ne m'en soucie guère_ (et non _je m'en soucie_).—On peut cependant dire ironiquement: _je me soucie bien de cet homme-là; qu'ai-je besoin de lui?_

=Soucoupe=, s. f., espèce de petite assiette de porcelaine, de faïence, etc., qui se place sous une tasse ou sous un gobelet de même matière, propre à prendre du café, du chocolat, etc.: _verser son café dans la soucoupe; la tasse et la soucoupe sont d'ancienne porcelaine_.—_Soutasse_ n'est pas français.

=Souffler, Siffler.=—Il existe entre ces deux verbes la même différence qu'entre les substantifs _souffle_ et _sifflet_: _le vent lui soufflait au nez; ce soufflet est troué, il ne souffle plus; siffler pour faire boire un cheval; le vent siffle dans la serrure; il entendait les balles qui lui sifflaient à l'oreille; cet acteur à été sifflé_.

=Souguenille=, s. f., long surtout de grosse toile: écrivez et prononcez _souquenille_.

=Souhaiter=, v. a.—Devant un infinitif, il est suivi ou non de la préposition _de_: _souhaiter d'avoir un emploi; je souhaiterais pouvoir vous obliger_.

=Soûl=, adj., au fém. _soûle_.—On écrit plus rarement _saoul, saoule_; on prononce _soû, soûle_, en ne faisant sentir l'_l_ qu'au féminin.

2. Dans le sens de _ivre_, il est bas et de mauvais goût. Voyez _saoul_.

=Soûlée=, employé substantivement dans le sens _d'ivrogne_, n'est pas français; _mon voisin est un ivrogne_ et non _une soûlée_.—On dit cependant, mais populairement, _soûlard, arde_, et _soûlaud, aude_. Voyez _saoul_.

=Soûler=, rassasier avec excès, enivrer; on écrit plus rarement _saouler_.—Ce terme est bas.

=Soulier=, s. m., chaussure; l'_l_ ne se mouille pas: _sou-lié_ et non _souil-lié_ ni _souyié_.

=Soupe=, s. f.—Ne dites pas: _je vous invite à la soupe, à manger la soupe_; dites _je vous invite à dîner_. (Popul.)

=Souper=, s. m.: on écrit aussi _soupé_.

2. _Après-soupé_, s. féminin; on dit mieux _après-soupée_.

=Soupied=, s. m.—On écrit plus ordinairement _sous-pied_: au pluriel, _des soupieds_ et _des sous-pieds_. (Acad.)

=Soupoudrer=, v. a.—Écrivez et prononcez _saupoudrer_, poudrer de sel, de poivre, de farine, de sucre, etc.

=Sourcil=, s. m., ligne de poils au-dessus de l'œil; prononcez _sourci_.

=Sourciller=, v. n., =Sourcilleux=, adj.: mouillez les _ll_.

=Sourd-muet, sourd et muet.=—Le _sourd et muet_ a deux infirmités distinctes et indépendantes l'une de l'autre;—le _sourd-muet_ n'est muet que parce qu'il n'entend pas, et il recouvrerait la parole, si l'on pouvait lui rendre l'ouïe.—Cette distinction est fondée; mais, dans la pratique, on n'en tient presque pas compte, attendu que le résultat est le même.—Prononcez _mu-et_ et non _mu-wet_.

=Sourdité=, n'est pas français; dites _surdité_.

=Sous= _votre respect_, locution vicieuse: dites _sauf votre respect_.—Voyez _respect_.

=Souscription, Suscription.=—La _souscription_, c'est la signature que l'on met au-dessous d'un acte pour l'approuver; c'est un engagement de fournir une certaine somme pour une entreprise; c'est aussi une reconnaissance donnée à un souscripteur.—La _suscription_ n'est autre chose que l'adresse qui est écrite au dos d'une lettre.

=Sous-curé=, s. m:—C'est l'_onder-pastoor_ des flamands; mais en français on doit dire _vicaire_: _j'ai rencontré le curé et le vicaire de la paroisse_.

=Sous-diviser, sous-division=: on dit plus ordinairement _subdiviser, subdivision_.

=Sous-louer=, v. a., donner ou prendre à loyer une partie d'une maison, d'une terre, etc., déjà louée par un locataire principal: _j'ai sous-loué ma maison_.—Ne dites pas _sur-louer_.

=Sous-main.=—Ne dites pas, _on a intrigué en sous main_, ni _en dessous main_; dites, _on a intrigué sous main_.

=Sous-pied=: voyez _soupied_.

=Soutasse=, n'est pas français; dites _soucoupe_.

=Soutenement=, s. m., t. de maçonnerie, appui, soutien.—Quelques-uns, dit l'Académie, écrivent _soutènement_; nous pensons que cette dernière orthographe est préférable, puisque l'Académie écrit _entretènement_ avec un _è_, et _ténement_ avec un _é_. V. _ège_.

=Souvenir=, v. et s. m.: prononcez _souvenir_ et non _soufenir_ ni _soumenir_.

=Souvent=, adv.—Ne dites pas: _je l'ai fait, je l'ai dit plus souvent_, pour dire simplement que vous l'avez fait _souvent, assez souvent_: dans ce cas il n'y a pas de comparaison; dites donc _je l'ai fait, je l'ai dit assez souvent_. (Fland.)

=Soye.=—Ne dites pas, _il faut que cela soye_; dites, _il faut que cela soit_.

=Spécimen=, s. m., modèle, échantillon: prononcez _spécimène_ au singulier et au pluriel.

=Spégulaire=, pour signifier la résine dont les musiciens se servent pour frotter l'archet; ce mot n'est pas français; il faut dire _colophane_, et ce mot est féminin: _de la colophane_.

=Sphynx=, s. m., monstre fabuleux, insecte: prononcez _sfainkce_.

=Spiral=, adj. ou s.—On dit _le ressort spiral_ ou simplement, _le spiral d'une montre_; mais on ne peut pas dire _l'aspiral_ ni _la spirale d'une montre_.

=Spiritueux=, adj.—Ne dites pas, _une liqueur spirituelle_; mais _une liqueur spiritueuse_.

=Spleen=, s. m.; dégoût de la vie: _avoir le spleen; être dévoré du spleen_; il n'a pas de pluriel;—prononcez _spline_ et non _spléne_ ni _splène_.

=Squelette=: s.—Ce mot est masculin: _un squelette d'homme_;—écrivez et prononcez _squelette_ et non _squèlette, squélette_ ni _esquelette_.

=Ss.=—Les deux _ss_ se font entendre dans _assentiment, dissension, disséminer, essence, essentiel, transsuder, transsudation_.—Il en est de même de _sc_ dans _adolescence, ascension, condescendre, effervescence, efflorescence, résipiscence_.

=St, St=, terme invariable, signe qu'on emploie dans l'écriture, pour exprimer un son que forme quelquefois la voix, lorsqu'on appelle quelqu'un: _st, st, venez ici tout de suite_.—Il se prononce _sit, sit_, et on ne fait sentir l'_i_ que très-faiblement (Acad.)

2. _St_ (_terminaisons en_): voyez _t_.

=Stagnant, ante=, qui ne coule point: eau stagnante.—Stagnation, s. f., état de ce qui ne coule point et au figuré, _stagnation des affaires_, affaires de commerce qui languissent, qui sont suspendues.—Dans ces deux mots, _gn_ se prononce dur.

=Staminet=, s. m., cabaret; écrivez et prononcez _estaminet_: _les estaminets de Bruxelles sont élégants_.

=Stathouder=, s. m., chef de l'ancienne république de Hollande; prononcez _stade-houdère_ ou _stade-oudère_.

=Statue=, s. f.: écrivez et prononcez _statu_ et non _estatue_. Voyez _ée, ie, oue, ue_.

=Steam-boat=, s. m., bateau à vapeur: prononcez _stime-bote_.

=Steamer=, s. m., bateau à vapeur: prononcez _stimère_ ou _stémère_.

=Steeple-chase=, s. f., mot anglais, course à cheval faite à travers des obstacles: prononcez _stipel-tchèsse_.

=Stentor=, s. m., nom d'un guerrier grec au siége de Troie, et dont la voix, dit-on, faisait seule plus d'effet que celle de cinquante hommes: _il a une voix de stentor_; ne dites pas _une voix de centaure_. L'Académie écrit _stentor_ avec une petite _s_.

=Sterling=, s. m., monnaie d'Angleterre; il ne se dit point seul et il est invariable: _cinquante livres sterling_;—la _livre sterling_ vaut vingt-cinq francs;—prononcez _sterlain_.

=Stigmate=, s. masculin, marque que laisse une plaie, cicatrice: _il porte les stigmates de la petite vérole_.—_Stigmatiser_, v. a., marquer avec un fer rouge, etc.: le _g_ se prononce dur dans ces mots.—On écrit aussi, mais rarement, _stygmate, stygmatiser_.

=Stockfisch=, s. masculin, sorte de morue salée et séchée à l'air; on prononce et l'on écrit aussi _stokfiche_.

=Store=, s. m., sorte de rideau qui se lève et se baisse; ce mot est masculin: _des stores élégants_.

=Stras=, s. m., composition qui imite le diamant; prononcez _strâce_: on n'écrit pas _strasse_.

=Strict, icte=, adj., étroit, resserré, sévère: on prononce le _c_ et le _t_ final: _strik'te_. Voyez _finales_, _q_ et _t_.

=Subitement=, adv.—Dites, _cet homme est mort subitement_ et non, _est mort subite_.

=Subjonctif=, s. m., mode verbal.—C'est une faute d'employer le _présent_ pour l'_imparfait_ du subjonctif: _il faudrait que je retourne à pied_; dites, _il faudrait que je retournasse à pied_.—Sans doute, beaucoup de personnes se servent de cette tournure pour éviter les formes disgracieuses de certains imparfaits du subjonctifs, terminés en _asse, insse_, etc.—Quoi qu'il en soit de cette raison d'euphonie, elle ne nous paraît pas suffisante pour se dispenser des règles touchant la concordance des temps du subjonctif avec ceux de l'indicatif; au surplus, dans les cas où l'oreille serait affectée d'une manière désagréable, nous conseillons de faire disparaître le subjonctif en recourant à un autre tour de phrase; ainsi au lieu de dire, _il faudrait que je retournasse à pied_, dites simplement, _il me faudrait retourner à pied_.—Voyez _conditionnel_ et _imparfait_.

=Subsister=, _subsistance, subside, subséquent_: prononcez _subcister, subcistance, subcide, subcéquent_ et non _subzister, subzistance, subzide, subzéquent_.

=Substance=, _substantiel, substituer_, etc.; faites sentir l'_s_ qui suit le _b_: _subs'tance_ et non _subtance_.

=Substanter=, v. a., entretenir la vie au moyen des aliments: ce mot n'est pas français; dites _sustenter_: _il n'a pas de quoi se sustenter_.

=Subtiliser=, v. a., tromper, attraper: ce mot est français: _c'est un voleur qui en subtilise un autre_.

=Subvenir=, v. n., secourir, soulager: dans ses temps composés il prend toujours l'auxiliaire avoir: _on a subvenu à ses besoins_.

=Sucandi=, n'est pas français; dites, _sucre candi_.

=Succade=, n'est pas français; dites, _sucrerie_: _cet enfant est malade parce qu'il mange trop de sucrerie_, et non, _trop de succades_.

=Succession=, s. f.—Prononcez _suk-cession_ et non _su-cession_.

=Succès=, s. m., réussite, avantage, prononcez _sukcè_ (_è_ long).

=Succinct, incte=, adj., =succinctement=, adv.—On fait sentir les deux premiers _c_, en séparant les syllabes _suc-cinct_, mais le dernier _c_ est nul;—le _t_ de _succinct_ se prononce.

=Succomber=, v. n.—Il prend toujours _avoir_ dans ses temps composés: _il a succombé glorieusement_.

2. On dit _succomber sous_, lorsque le complément est représenté comme un poids qui nous accable, qui nous fait ployer: _succomber sous le poids, sous le faix, sous le travail_. (Acad.)

3. On dit _succomber à_, pour signifier, céder à, se laisser aller à: _succomber à la douleur, à la tentation_. (Idem.)

=Sucre=, s. m., suc très-doux qu'on tire de la canne à sucre, de la betterave: prononcez _sucre_ et non _suc_ ni _sukère_.

2. Ne dites pas _du sucre andi_ pour signifier du sucre dépuré, cristallisé; dites, _du sucre candi_.

=Sucrer=, v. a.—On sucre l'eau, le lait, le café, les fraises, mais on ne se sucre pas soi-même; vous ne direz donc pas à vos convives: _sucrez-vous, êtes-vous sucré_, mais, _sucrez votre café, votre thé_, etc.; _votre café, votre thé est-il sucré, avez-vous pris du sucre_, etc.

=Suer=, v. n.—Ne dites pas, _faites suer le linge au soleil_; dites _faites sécher..._—Prononcez _suer_ et non _su-wer_.

=Sueur=, s. f., liquide qui sort des pores: prononcez _sueur_ (_ueu_ diphth.) et non, _su-eur_ ni _su-weur_.

=Suffisant, ante=, part. et adj. verb.—_Assez suffisant_ est un pléonasme vicieux; dites donc, _vos raisons sont suffisantes_, et non _assez suffisantes_.—Prononcez _suffizant_ et non _suffissant_.

=Suggérer=, v. a., insinuer, inspirer: prononcez _sugh'gérer_ (le premier _g_ est dur).

=Suggestion=, s. f., instigation: prononcez _sugh'jesthion_ (le premier _g_ est dur et _ti_ se prononce comme dans _question_); ne prononcez pas _suggécion_.

=Suicider= (=se=), v. pr., se tuer, se donner la mort.—L'Académie n'a pas admis ce mot, attendu qu'il présente étymologiquement, un pléonasme ridicule; mais l'usage n'a pas tenu compte de l'arrêt de la cour suprême ni des prescriptions du bon sens; et cette expression est aujourd'hui généralement reçue malgré les lamentations de quelques grammairiens boudeurs.

=Suicidé=, qui s'est donné la mort.—Ce mot n'est pas français; il faut dire _suicide_: _autrefois le corps des suicides était traîné sur la claie_.—Prononcez _suicide, suicider_ (_ui_ diphth.) et non _su-wicide, su-wicider_.—Voyez _ue_.

=Suie=, s. f., =Suif=, s. m.—La _suie_ est une matière noire qui s'attache à l'intérieur de la cheminée.—Le _suif_ est la graisse de mouton ou de bœuf dont on se sert pour faire la chandelle: _chandelle de suif_; _de la suie de cheminée_ et non _du suif_ ni _du soufre de cheminée_.—Prononcez _sui, suif_ (_ui_ diphth.) et non _soui, souif_.

=Suite=, s. f.—_De suite, tout de suite_.—_De suite_, loc. adv., l'un après l'autre, sans interruption: _faites-les marcher de suite; j'ai reçu vingt visites de suite; il ne saurait dire deux mots de suite_. Il se dit encore de l'ordre dans lequel les choses doivent être rangées: _ces livres, ces médailles ne sont pas de suite; mettez-les, rangez-les bien de suite_.—_Tout de suite_, autre loc. adv., signifiant sur-le-champ, aussitôt, sans délai: _il faut que les enfants obéissent tout de suite; il faut aller chercher tout de suite le médecin_.—La différence entre le sens de ces deux locutions n'est pas tellement marquée qu'on ne puisse, dans beaucoup de circonstances, les prendre l'une pour l'autre. En effet, combien de phrases où _sans délai_ et _sans interruption_ présentent absolument le même résultat! C'est ce que reconnaît très-bien l'Académie:—_tout de suite_, dit-elle, signifie aussi _sans interruption_: _il but trois rasades tout de suite; il a couru vingt postes tout de suite_. Dans ce sens, ajoute-t-elle, souvent on dit simplement de suite.—Quoi qu'il en soit, il vaut mieux ne pas confondre ces deux locutions et leur conserver leur signification propre; la clarté du langage n'a qu'à y gagner.

2. Ne dites pas, _toute de suite_ pour _tout de suite_.

3. _De suite que_.—Ne dites pas, _je vous préviendrai de suite qu'il sera venu_; dites, _dès qu'il sera venu, aussitôt qu'il sera venu_.

=Suivre=, v. a., fait au part. passé, _suivi_ et non _suit_: _il m'a suivi_ (et non _suit_) _toute la journée_.

=Sujet=, s. m.—Ce mot ne peut pas s'employer dans le sens de domestique: _il change tous les jours de domestiques_, et non, _de sujets_.

=Sujétion=, s. f., dépendance, assiduité: prononcez _sujécion_.

=Superstition, Superstitieux.=—Prononcez _supers'ticion, supers'ticieux_ (en faisant sentir la seconde _s_), et non, _superticion, superticieux_.

=Suppléer=, v. a.—_Suppléer quelque chose_, c'est l'ajouter, le fournir, lorsqu'il manque; fournir ce qu'il faut de surplus, et dans ce cas on ajoute une chose de même nature: _il lui manquait six mille francs, son père les a suppléés_; _suppléer ce qui manque dans un auteur_, c'est-à-dire, remplir les lacunes qui se trouvent dans ses ouvrages.—_Suppléer à quelque chose_, c'est le remplacer, en réparer l'absence, le défaut, c'est-à-dire, remplacer cette chose par un équivalent; _dans les temps de disette, on supplée au pain par le riz et par les pommes de terre; la valeur supplée au génie_. Ici la chose qui remplace n'est pas de la même nature que la chose remplacée.

2. Quand il se dit des personnes, _suppléer_ est toujours actif;—_suppléer quelqu'un_, c'est tenir sa place, faire ses fonctions: _si vous ne pouvez venir, je vous suppléerai_.—Prononcez _suplé-er_ et non _suplé-ïer_.

=Suprématie=, s. f., supériorité: prononcez _suprémacie_.

=Sûr= et =sur=.—_Sûr_, signifiant certain, s'écrit avec l'accent circonflexe;—_sur_, qui a un goût acide et aigret et _sur_ préposition, s'écrivent sans accent circonflexe.

2. _Sûr_, adj., ne peut pas s'employer pour _sûrement, certainement_: _j'irai vous voir certainement demain_, et non _sûr demain_.

3. _Sur_, prép.—Ce mot donne lieu à beaucoup _d'omnibus_.—Ne dites pas: _sur la rue, sur la foire, sur une chambre, sur le grenier, sur le monde, sur un jour, sur un dimanche, sur une fois, jouer sur le piano, sur le violon_, etc.; dites, _il est dans la rue_, ou _en rue_, _à la foire, il a acheté ce cheval à la foire, dans une chambre, (il demeure dans une chambre garnie), au grenier, (il est monté au grenier), dans le monde, (il y a beaucoup de dangers dans le monde), un jour, un dimanche, une fois (j'irai vous voir une fois, un jour, un dimanche); il joue bien du piano, du violon_.

4. Ne dites pas, _j'ai lu cette nouvelle sur le journal, sur la gazette, sur un cahier_; dites _dans le journal, dans la gazette, dans un cahier_. (Wall.)

5. Ne dites pas, _mon père écrit sur un bureau_, mais, _dans un bureau_. (Wall.)

6. Ne dites pas, _j'ai fait la route sur trois heures_; mais, _en trois heures_. (Wall.)

7. Ne dites pas: _Ce monsieur vit sur ses rentes_, mais, _de ses rentes_. (Wall.)

8. Ne dites pas: _il est fâché sur vous_, _il est mécontent sur vous_ ou _après vous_; dites, _il est fâché contre vous, il est mécontent de vous_. (Wall.)

9. Ne dites pas: _faites bouillir cela sur un litre d'eau_; dites, _dans un litre d'eau_. (Fland.)

10. Ne dites pas: _il a changé ses tableaux sur des meubles_, mais, _contre des meubles_.

11. Cependant l'usage permet de dire: _tirer sur quelqu'un; sur la fin de l'hiver; il y a deux fenêtres sur la rue_; _je m'y rendrai sur les neuf heures_ (vers les neuf heures).

12. Ne dites pas: _sur le temps que vous irez en ville, j'écrirai ma lettre_; dites, _pendant que vous irez..._ (Wall.)

13. Ne dites pas: _le professeur en a toujours sur moi, tandis qu'il laisse faire les autres_; dites, _le professeur m'avertit, me gronde, me punit toujours, tandis que..._ (Wall.)

14. Ne dites pas: _il a beaucoup appris sur le peu de temps qu'il a étudié_, dites, _il a beaucoup appris pour le peu de temps qu'il a étudié_. (Wall.)

15. Ne dites pas: _sur cela, il est aisé de conclure que..._ dites, _d'après cela, il est aisé de conclure_.

=Surdité=, s. f., état sourd; ne dites pas _sourdité_.

=Surfaire=, v. a., demander un prix trop élevé; il se conjugue comme _faire_: _vous surfaites_.

=Surjet.=—Ce mot, fort en usage pour désigner _la bonne mesure, le bon pieds_, n'est pas français.

=Surlouer=, n'est pas français; dites _sous-louer_: _j'ai sous-loué la maison_ et non, _... surloué_.

=Surplis=, s. m., =Rochet=, s. m., vêtement d'église, ordinairement en toile et qui couvre le corps jusqu'au jambes; les manches du surplis sont très larges, tandis que celles du _rochet_ sont des manches ordinaires: ne dites pas _suplis_ ni _supplice_.

=Surpris, e, Surprenant, te.=—Ne dites pas: _vous êtes surpris, il est surprenant qu'il n'a pas fait votre commission_; dites, _qu'il n'ait pas fait..._ (_subj._)

=Sus=, prép., sur; il n'est guère usité que dans cette phrase: _courir sus à quelqu'un_.

2. _En sus_, adv. au delà, en outre: _il a touché des gratifications en sus de ses appointements_.

3. _Sus_, interj. famil. dont on se sert pour exhorter, pour exciter: _sus, mes amis, sus donc, levez-vous; or sus, dites-nous..._ Prononcez _suce_ et non _su_.