Dictionnaire du bon langage Contenant les difficultés de la langue française, les règles et les fautes de prononciation, les locutions vicieuses, les wallonnismes, les flandricismes, etc.

Part 24

Chapter 243,191 wordsPublic domain

6. Ne dites pas: _à moins que vous jugiez à propos_; dites, _à moins que vous ne jugiez à propos_:—_à moins que_ est toujours suivi de la négation.—Prononcez _moins_ et non _moans_.

=Mois=, s. m., douzième partie de l'année.—Les noms des mois s'écrivent avec une petite lettre: _février, mars, avril_, et non _Février, Mars, Avril_. (Acad.)

=Moitié=, s. f.—Ne dites pas: _la moitié de six est de trois_; dites, _est trois_.—Voyez _quart, tiers_.

2. On dit _plus d'à moitié_ et non _plus qu'à moitié_: _ce vase est plus d'à moitié plein_.—Prononcez _moiti-é_ et non _moi-tchié_.—Voyez _ti_ et _di_.

=Mon, Ton, Son=, etc., adj. pos.—Ne dites pas: _j'ai mal ma tête_ ou _à ma tête; Pierre s'est cassé sa jambe_; dites, _j'ai mal à la tête; Pierre s'est cassé la jambe_.

2. Prononcez _mon, ton, son_, devant une voyelle ou une _h_ muette, en conservant à ces mots leur prononciation propre et en ajoutant une _n_ au mot suivant: _mon âme_ (_mon n'âme_), _ton âge_ (_ton n'âge_), _son ouvrage_ (_son n'ouvrage_) et non _mo n'âme, to n'âge, so n'ouvrage_.

=Monnaie=, _monnayer, monnayeur_: on a abandonné l'ancienne orthographe, _monnoie, monnoyer, monnoyeur_.

=Mons=, s. m., abréviation du mot _monsieur_.—Le roi de France écrivant à un archevêque ou à un évêque disait: _mons l'Archevêque, mons l'Évêque_; mais entre particuliers, cette expression est méprisante: _mons un tel, mons Remy_.—Prononcez _monce_.

=Monseigneur=, s. m., titre d'honneur, s'écrit en un mot.—Le pluriel est _messeigneurs_; on l'emploie en parlant ou en écrivant collectivement à plusieurs des personnes qui ont droit au titre de _monseigneur_.—On disait autrefois _nosseigneurs_ dans les requêtes présentées au conseil du roi, aux cours du parlement et aux autres cours souveraines. (Acad.)—Cependant on ne tient généralement pas compte de cette décision de l'Académie et l'on dit aujourd'hui _nosseigneurs_ aussi bien et même mieux que _messeigneurs_: _nosseigneurs les évêques de Belgique_;—on écrit aussi _Nos Seigneurs_ en deux mots et avec des majuscules.

2. _Mon seigneur_, s'emploie dans les prières: _mon seigneur et mon Dieu_;—le vassal voulant désigner quel était son suzerain, disait aussi: _un tel est mon seigneur, vous êtes mon seigneur_.

=Monsieur=, s. m.—Prononcez _mocieu_ (en ne faisant sentir ni l'_n_ ni l'_r_; cependant en poésie on fait quelquefois sentir l'_r_) et non _m'cieu, mon-cieu_ ni _mon-cieure_;—le pluriel est _messieurs_ qu'on prononce _mècieu_ (en supprimant l'_r_ et l'_s_) et non _mècheu_ ni _mècieurce_.

2. Si, vous adressant à un homme, vous lui parlez de sa femme, ne dites pas simplement _madame_, mais ajoutez le nom de famille: _madame Durand, madame la comtesse de Vergy_, ou bien dites, _madame votre femme_.—De même si vous parlez à madame Durand de son mari, ne dites pas, par exemple: _comment se porte monsieur?_ dites, _comment se porte monsieur Durand?_—Un enfant, une femme, en parlant de son père ou de son mari, ne dira pas non plus: _monsieur est sorti_, mais _mon père, mon mari, est sorti_.

3. Si vous parlez à un domestique de ses maîtres, vous direz simplement _monsieur, madame, mademoiselle_, sans y ajouter le nom: _monsieur est-il à la maison?_ et non _monsieur Durand est-il à la maison?_

4. Les mots _monsieur, madame, mademoiselle_, sont de rigueur pour toutes les célébrités vivantes; on dira donc: _monsieur de Lamartine, monsieur Guizot_, et non _Lamartine, Guizot_ tout uniment.—Les acteurs seuls peuvent faire exception.

5. _Ce, cette_, devant _monsieur, dame, demoiselle_, _ce monsieur, cette dame, cette demoiselle_, est impoli; dites simplement _monsieur, madame_:—_dites bonjour à monsieur, à madame, à mademoiselle_, et non _à ce monsieur_, etc.

6. Abstenez-vous de même, quand il s'agit de personnes présentes ou respectables, de ces locutions: _cet homme, cette femme, cet individu, celui-ci, celle-ci, cet homme-là, cette femme-là, cet individu-là, lui, elle_, etc.; les gens bien élevés ne suppriment jamais les mots _monsieur, madame, mademoiselle_, quand ils parlent d'un tiers, absent ou présent:—cependant il faut éviter, en écrivant aussi bien qu'en parlant, de répéter trop souvent ces mots: on se rendrait insupportable.

7. Il est contraire au bon usage d'apostropher une personne par son nom à la suite du mot _monsieur, madame, mademoiselle_; ainsi en parlant à monsieur Durand, dites simplement, _monsieur_: _oui, monsieur; non, monsieur_; dites de même, _oui, madame; oui, mademoiselle_—et non _oui, monsieur Durand; oui, madame Durand; oui, mademoiselle Durand_.

8. On donnait le titre de _monsieur_ (absolument) au frère du roi de France qui n'était pas destiné à occuper le trône.—Voyez _mademoiselle_.

=Monter=, v. n.—Les temps composés se conjuguent avec l'auxiliaire _avoir_, lorsqu'on veut exprimer l'action, et avec _être_, si l'on veut exprimer _l'état_, ou bien, en d'autres mots, selon que l'on peut répondre à l'une ou l'autre de ces questions: _qu'a-il-fait?—où est-il, qu'est-il devenu?_—_il a monté_ (qu'a-t-il fait) _quatre fois à sa chambre pendant la journée;—il est monté_ (où est-il) _à sa chambre depuis une heure et il y est resté_.—Lorsque _monter_ est employé activement, il prend toujours _avoir_: _il a monté l'escalier en courant_.

2. _Monter en haut, descendre en bas_, sont généralement des pléonasmes vicieux; dites simplement _monter_ et _descendre_.—Voyez _haut_.

=Monteuse=, une ouvrière en modes, une modiste: _monteuse de bonnets, monteuse de modes_. (POITEVIN).

=Monticule=, petite montagne, est masculin: _un monticule_.

=Moquer= (=se=), v. essentiellement pronominal;—ne dites donc pas: _il me moque toujours_; dites, _il se moque toujours de moi_.

2. On dit indifféremment: _tu te ferais moquer de toi_ ou _tu te ferais moquer_. (Acad.)

3. Le participe passé _moqué_ s'emploie aussi dans un sens passif avec le verbe être: _il fut moqué de tout le monde_. (Acad.)

=Mordicus=, adv., avec ténacité:—_soutenir son opinion mordicus_: prononcez _mordicuce_.

=Mordre=, v. a.—_Il mord à belles dents_: prononcez _il mor à_ et non _il mor t'à belles dents_.—Dans les mots terminés en _ord_ ou _ort_ le _t_ final ne se lie point avec la voyelle ou l'_h_ muette qui suit.

2. Ne dites pas: _les cousins m'ont mordu à la joue_; dites, _m'ont piqué..._ (Acad.)

=More=, s. m., peuple africain; _moresque_, adj.; _moricaud, aude_, adj. et s.;—on écrit aussi _maure, mauresque, mauricaud_.—L'Académie ne donne point le féminin correspondant de _maure_; quelques-uns disent, _une maure_, d'autres, _une mauresque_.

=Morigéner=, v. a., corriger;—ne dites pas _moriginer_ ni _morigérer_.

=Mors=, s. m., frein:—on ne prononce pas l'_s_ excepté devant une voyelle: _prendre le mors aux dents_; cependant beaucoup de personnes ne font pas cette liaison.

=Mort=, s. m.—Ne dites pas _un billet de mort_; dites _une lettre de faire part, un billet d'enterrement, un billet d'obsèques_.

2. =Mort, morte=, adj.—Dans quelques locutions, il a un sens différent, selon qu'il précède ou qu'il suit le substantif.—_Mort-bois_, les espèces de bois de peu de valeur, comme les ronces, les genêts;—_bois mort_, arbre séché sur pied, branches qui ne reçoivent plus de sève.

3. _Morte-eau_ se dit des marées les plus faibles;—_eau morte_, qui ne coule point.

4. _Mort-ivre_ se dit d'un homme; mais en parlant d'une femme, il faut dire _ivre-morte_: voyer _ivre-mort_.

5. _Mort-gage_, s. m.: le pluriel est _morts-gages_.

6. _Mort-né_.—_Mort_ est invariable; il fait au féminin _mort-née_ et au pluriel _mort-nés, mort-nées_: _une fille mort-née, des enfants mort-nés_.

7. _Morte-paye_, s. f.: le pluriel est _mortes-payes_.

8. _Morte-saison_, s. f.: le pluriel est _mortes-saisons_.

9. Ne dites pas du _mort-papier_, pour désigner du papier non collé propre à faire sécher l'encre; dites du _papier brouillard_.

=Mortuaire=, adj.—Ne dites pas _un service mortuaire_; dites _un service funèbre_.

2. Ne dites pas _une carte, un billet mortuaire_; dites, _une lettre de faire part, un billet de faire part, un billet de part_, s'il s'agit de la lettre destinée à annoncer le décès;—dites _billet d'enterrement, billet d'obsèques_, s'il s'agit du billet destiné à être lu au prône à l'église.

3. _Domicile mortuaire_, terme de jurisprudence, lieu où une personne avait son domicile légal au moment de son décès; dans le langage ordinaire, on ne dit pas _domicile mortuaire_ ni _maison mortuaire_: on dit, _domicile du défunt, de la défunte; maison du défunt, de la défunte_.

4. _Mortuaire_, adj., veut dire qui appartient au service, à la pompe funèbre: _un drap mortuaire_. (Acad.)

5. _Registre mortuaire_, registre où l'on inscrit les noms des personnes décédées.—_Extrait mortuaire_, extrait qu'on tire de ce registre.

6. _Droits mortuaires_, droits perçus pour les cérémonies funèbres.

7. _Mortuaire_, comme substantif, n'est pas français; ne dites donc pas _la mortuaire_, pour _la maison, le domicile_ du défunt, de la défunte.

=Mot=, s. m.: prononcez _mô_ et non _mote_.

=Mote=, s. f., petit insecte; ce mot n'est pas français; dites _mite_, s. f: _ce fromage est plein de mites_.

=Motus=, interj., silence!—prononcez _motuce_.

=Moucher=, v. a. et pr.—Ne dites pas: _je mouche vingt fois en une heure_, mais, _je me mouche_.

2. Ne dites pas non plus: _mouchez votre nez_, mais simplement, _mouchez-vous_.

3. Pourtant, on peut dire absolument, dans le même sens que s'il était accompagné du pronom: _si cet enfant pouvait moucher, il serait soulagé; il ne mouche presque point_. (Acad).

4. On peut encore dire dans le sens absolu, _moucher, fatiguer_: _cet enfant mouche beaucoup; ce cheval fatigue beaucoup_.

5. Ne dites pas: _moucher une lumière_, mais _moucher une chandelle_;—ne dites pas _émoucher_.

=Moucheron=, s. m., bout de la mèche d'une chandelle allumée; —_mouchures_, s. f. pl., ce qu'on a retranché ordinairement avec les mouchettes.—_Moucheron_ se dit aussi de toute espèce de petite mouche, mais _mouchette_, pour moucheron, n'est pas français.

=Mouchettes=, s. f. pl., n'a pas de singulier: dites donc _les mouchettes_ et non _la mouchette_ ni _l'émouchette_ ni _les émouchettes_.

=Mouchoir=, s. m., carré de toile qui sert à se moucher.—_Mouchoir de cou_ se dit du fichu d'une femme; mais quand on parle d'un homme il faut dire _cravate_ et non _mouchoir_ ni _mouchoir de cou_.

=Moudre=, v. a.—Dites, _nous moulons, vous moulez, ils moulent, je moudrai, il faut que je moule, il fallait que je moulusse_.

=Moufle=, s. f., gros gant de cuir ou de laine où il n'y a pas de séparation pour les doigts, excepté pour le pouce; prononcez _mou-fle_ et non _moufe, moufèle_.

=Moule=, s. f., mollusque bon à manger;—_moule_, s., est masculin, quand il signifie un modèle creux donnant la forme déterminée à la matière que l'on moule: _retirer un vase du moule_.

=Moulin=, s. m.—Ne dites pas: _moulin à filer_; dites, _rouet_:—prononcez _rou-et_ et non _rou-wet_.

=Mourir=, v. n.—Ne dites pas: _il a été fait mourir_; dites, _il a été exécuté, mis à mort; on l'a fait mourir_.

2. Dites, _je meurs d'envie d'aller revoir mon pays_, et non, _je meurs d'aller revoir mon pays_.

=Mouron=, s. m., plante que l'on donne aux oiseaux; ne dites pas _moron_.

=Moussu, Mousseux=, adj.—_Moussu_ se dit de ce qui est couvert de mousse;—_mousseux_, de ce qui mousse: _il a jeté une bouteille de champagne mousseux sur ce rocher moussu_.

=Moustache=, s. f.—Ce mot s'emploie généralement au singulier; ne dites donc pas: _cet homme porte de longues moustaches_, mais, _une longue moustache_; _il relève sa moustache_ et non _ses moustaches_; _sa moustache grisonne_ et non _ses moustaches..._

=Moyen=, s. m., se dit, au pluriel seulement, des richesses, des facultés pécuniaires: _je ne connais pas ses moyens; ses moyens ne sont pas considérables_. (Ac.)

2. Ne dites donc pas avec les wallons: _ce fermier a bien le moyen; tu as bien le moyen de faire cette dépense_; dites, _ce fermier est riche, a de la fortune; tes moyens te permettent de faire cette dépense_.—Prononcez _moi-ien_ et non _moi-en_ ni _mo-ien_.—Voyez _fortuné_.

3. Ne dites pas: _les étrangers sont admis au moyen d'une légère rétribution_; dites, _moyennant une légère rétribution_.

=Moyennant que=, est une mauvaise expression qu'il faut remplacer par _pourvu que, à condition que_;—_on vous donnera ce livre, pourvu que vous soyez sage_ et non _moyennant que vous soyez sage_.—Prononcez _moi-iènant_ et non _moi-ènan_, ni _mo-iènan, moi-ien-nan_.

=Moyenné, ée=, adj.—Ne dites pas _un homme moyenné, un homme qui n'est pas moyenné_; dites, _un homme riche, qui a de la fortune, qui n'a pas de la fortune_.—Voyez _fortuné_.

=Muffle=, s. m.—Ne dites pas: _c'est un muffle_; dites, _c'est un orgueilleux, un vaniteux_.—_Muffle_ est une expression de bas étage.

=Mufti=, s. m., le chef de la religion mahométane; on écrit aussi _muphti_.

=Mur=, s. m., clôture de pierres: prononcez l'_u_ bref;—_mûr_, adj. (fruit), bon à cueillir; prononcez l'_u_ long; écrivez et prononcez de même _mûrir, mûrement_.

=Murailler=: voyez _emmurailler_.

=Mûre=, s. f.—Ne dites pas: _feuilles de mûre_; dites, _feuilles de mûrier_, comme on dit feuilles de chêne, de noyer, de vigne, etc.—Voyez _orange_.

=Muséum=, s. m., musée; l'Académie ne donne pas d'exemple du pluriel, mais nous pensons qu'il faut écrire _des muséums_ avec l'_s_ comme on écrit _des factums_: prononcez _muséome_ et non _musé-i-ome_.

=Mustache=, n'est pas français; dites, _moustache_: _une moustache noire_.—Voyez ce mot.

=Mutuellement=, adv.—Ne dites pas: _ils se sont entre-nui, entraidés mutuellement_; dites simplement, _ils se sont entre-nui, ils se sont entraidés_. (Pléon. vicieux).

=Myope, Presbyte.=—Une personne qui voit de près et non de loin, est _myope_;—une personne, au contraire, qui voit de loin et non de près, est _presbyte_.

N

=N.=—A la fin des mots, on doit faire sentir l'_n_ dans _abdomen, Éden, hymen, le Tarn_ et dans tous les mots où elle est unie avec le mot qui le suit, lorsque ce mot commence par une voyelle ou une _h_ muette: ainsi, _ancien ami, vilain homme_ se prononcent _ancien n'ami, vilain n'homme_.—Mais si l'_n_ se trouvait à la fin d'un _substantif_ suivi immédiatement d'un adjectif commençant par une voyelle ou une _h_ muette, on ne devrait point la prononcer: ainsi l'on dira, _une passion aveugle_ et non _une passion n'aveugle_ ni _une passio n'aveugle_, parce que le substantif n'est pas nécessairement lié avec l'adjectif dans l'ordre grammatical.

2. Il en est de même du mot _en_, soit préposition, soit adverbe.—L'_n_ finale se fait sentir lorsque ce mot est suivi d'un autre mot commençant par une voyelle ou une _h_ aspirée avec lequel il a un rapport nécessaire, comme dans ces phrases: _agir en ami, voyager en Allemagne_, que l'on prononce comme s'il y avait, _agir en n'ami, voyager en n'Allemagne_.—Mais on dira: _allez-vous-en au jardin, donnez-m'en un peu_, sans faire sentir l'_n_, parce que dans ces phrases, le mot _en_ n'a pas un rapport nécessaire avec le mot qui le suit.

3. =Nn.=—Les deux _n_ se font sentir dans la prononciation de _inn_ au commencement des mots, comme dans _inné, innover, innommé, innombrable_, etc.; excepté _innocent_ et ses dérivés.—Elles se font également sentir dans tous les mots qui sortent du langage ordinaire, et dans les noms propres, tels que _annal_, adj., _annales, annaliste, annate, biennal, bisannuel, conné, décennal, triennal, vicennal, septennal, surannation; Anna, Annibal, Apennins, Brennus, Cinna, Enna, Ennius, Porsenna_, etc.; mais _Cincinnatus_ se prononce plus communément _Cinci-natuce_.—On prononce également les deux _n_ dans _annuaire, annuel, annuité, annexe_, (l'Académie ne dit rien d'_annexé_), _annihilation, annihiler, annoise, annoter, connexe, connexion, connexité, annoter, annotation, annotateur, connivence, ennéagone, henné_; et aussi dans _Jenny, Sennachérib_.—On ne prononce qu'une _n_ dans les mots suivants: _banne, banneau, banner, banneret, banneton, bannette, bannière, bannir, bannissable, bannissement_. (HENNEBERT.)

4. =N=, se redouble: 1º dans les mots commençant par le son _conn_ suivi d'une voyelle, comme _connaître, connétable, connexe, connivence_: il faut excepter _cône, conoïde_.

2º Dans les terminaisons en _onner_, comme _couronner, tonner, patronner_, etc.: on écrit cependant _détrôner_.

3º En général _n_ se double devant une voyelle dans les dérivés des mots terminés en on: _raison, raisonner_; _son, sonner, résonner_; _pardon, pardonner_; _ton, entonner, détonner_ (sortir du ton); _bon, bonne, bonnement_; _condition, conditionnel, conditionnellement_.—Cette règle admet de nombreuses exceptions; ainsi quoique _don_ fournisse _donner_, on écrit _donataire, donateur, donation_; on écrit aussi _démoniaque_, qui dérive de _démon_; _détoner_, (faire explosion) et _détonation_ (explosion); _limonade_ de _limon_; _patronal, patronage_ de _patron_; _colonie, colonisation_ de _colon_; _bonifier, bonification_ de _bon_; _cantonal_ de _canton_; _national, nationalité_ de _nation_; _septentrional_ de _septentrion_; _sonore_ de _son_; _bonheur, bonhomme_ de _bon_, etc.

4º _N_ se double presque toujours après les voyelles _a, e, o_, quand la syllabe est brève: _canne, colonne, méridienne_.

5º Avec le son _en_ prononcé comme dans _moyen_, précédé d'un _i_ ou d'un _y_, on double l'_n_ lorsqu'elle est suivie du son de l'_e_ muet: _païen, païenne_; _il tient, ils tiennent_.

5. Quand _n_ est redoublée, elle ne donne jamais à la voyelle précédente le son nasal, si ce n'est dans _ennobli, ennui_ et leurs dérivés.—Ainsi deux _nn_ ne servent qu'à rendre brève la syllabe précédente: _anneau, année, innocent_ se prononcent comme s'il n'y avait qu'une _n_. (SOULIER et SARDOU.)

=Nacre=, s., matière blanche et brillante qui forme l'intérieur d'un grand nombre de coquilles; ce mot est féminin: _de la nacre_.—Prononcez _na-cre_ et non _nake_ ni _nakère_.

=Naguère= ou =Naguères=, adv., il y a peu de temps.

=Nain=, s., qui est d'une taille bien au-dessous de l'ordinaire; le féminin est _naine_ et non _nine_: prononcez _nène_ et non _nain-ne, nine_.

=Naphte=, s. masculin, espèce de bitume très-subtil et très-ardent, qui brûle dans l'eau: _du naphte_.—On le faisait autrefois du féminin.—Prononcez _naf-te_ et non _nafe_.

=Narrer=, v. a., raconter;—_narration, narratif, narrateur_:—dans tous ces mots, faites entendre les deux _rr_.

=Nasal, ale=, adj.—Quelques grammairiens disent que le pluriel masculin est _nasals_; cependant l'Académie dit _os nasaux_.

=Natal, ale=, adj.—Il se dit du lieu et de l'époque de la naissance: _endroit natal, jour natal_.—Ce mot n'a pas de pluriel masculin (Acad.); quelques grammairiens ont dit au pluriel _natals_.

=Natif, ive=, adj., se dit des personnes en parlant du lieu où elles ont pris naissance, et suppose ordinairement l'établissement fixe des parents, l'éducation, etc.; à la différence de _né_, qui peut supposer seulement la naissance accidentelle: _Grétry était natif de Liége_; _Rubens est né_ (accidentellement) _à Cologne_. (Acad.)

2. _Né natif_ est un sot pléonasme qui est assez commun chez les personnes du peuple, mais qu'il faut éviter: _je suis natif de Namur_ et non, _né natif de Namur_.

=National, ale=, adj.—_Garde nationale_ et _garde national_: voyez _garde_.—_National_ ne double pas l'_n_.

=Naval, ale=, adj., qui est relatif aux vaisseaux de guerre; il n'a point de pluriel suivant l'Académie; Laveaux, Levizac, etc.; MM. Noël et Chapsal disent _navals_; Boinvilliers dit des _combats navaux_.—Nous sommes de l'avis de l'Académie; on fait disparaître la difficulté en remplaçant le substantif masculin par un synonyme féminin: ainsi au lieu de dire _des combats navaux_, dites _des batailles navales_.

=Navet=, s. m., plante dont la racine sert à la nourriture des hommes et des bestiaux; écrivez et prononcez _navet_ (_et_ bref) et non _navai, navau_.

=Navire, Vaisseau=, s. m.—_Vaisseau_ désigne un grand bâtiment de guerre, un bâtiment de l'État;—_navire_ se dit plutôt des bâtiments de commerce: on dira donc _un navire de soixante tonneaux, un vaisseau de quatre-vingt-dix canons_.—Une frégate, un brick de guerre, une gabarre même, ne sont pas des _vaisseaux_, ce sont des _navires_, ou mieux des _bâtiments_.

=Nayer= (=se=), =Se Nier=, v. p., ne sont pas français;—ne dites pas _ces enfants se nayent, cette femme s'est nayée dans l'Ourthe_; dites, _ces enfants se noient, cette femme s'est noyée..._

=Ne=, adv.—Il faut avoir soin de ne supprimer _ne_ que dans les locutions reçues et autorisées; partout ailleurs ce sont de grossiers solécismes.—Ne dites donc pas: _c'est délicat, point tortueux, point cupide_; dites, _ce n'est point tortueux, ce n'est point cupide_.—Prononcez _ne_ (_e_ muet) et non _nè_.

2. _Ne... que_: voyez _seulement_.

=Néanmoins=, adv., toutefois: prononcez _néan-moins_ et non _néamoins_.

=Néant=, s. m.: prononcez _né-ant_ et non _né-iant_.

=Nec-plus-ultra=, loc. adv., pour indiquer un terme qu'on ne peut dépasser; on dit aussi, mais moins souvent, _non-plus-ultra_: _l'Apollon du Belvédère est le nec-plus-ultra de la statuaire_. —Prononcez _nèk-pluce-ultra, nonne-pluce-ultra_.

=Nef=, s. f., navire (en style poétique); partie d'une église: _la grande nef_.—Prononcez _nèfe_ et non _nève_.

=Nèfle=, s. f., fruit du néflier; ne dites pas _messe_ pour _nèfle_.—Prononcez _nèfle_ et non _nèfe_ ni _nèfèle_.

=Négative=, s. f., proposition qui nie; mot qui sert à nier: _soutenir la négative_.—Écrivez et prononcez _négati-ve_ et non _négatif_.

=Négligemment=, adv., avec négligence; prononcez _néglijaman_ et non _néglijan-man_.

=Négoce=, s., trafic, commerce, est masculin: _un bon négoce_. —Prononcez _négoce_ (_o_ bref).

=Neige=, s. f.: prononcez _nei-ge_ et non _nei-che_.

=Nenni=, mot invariable dont on se sert pour refuser; il n'est usité que dans la conversation familière:—on prononce _nani_ et non _nèni_.

=Néologie=, s. f., =Néologisme=, s. m.—_Néologie_, invention, emploi de mots nouveaux;—_néologisme_, abus de la néologie.—Distinguez et dites donc: _j'aime la néologie pleine de goût, dont Racine nous a laissé tant d'exemples, mais je désapprouve le néologisme des poètes romantiques_.

=Nerf=, s. m., tendons des muscles.—L'_f_ ne se prononce pas au pluriel; souvent même au singulier elle s'annule dans la conversation.—On ne la prononce pas dans _nerf de bœuf_ où l'on ne doit faire entendre que l'_f_ du mot _bœuf_.—Voyez ce dernier mot.

=Nescio vos=, formule familière de refus, empruntée du latin; prononcez _nes'cio voce_.

=Net=, adj., propre, clair: prononcez _nète_ (_è_ bref); quelques-uns prononcent _nè_ sans faire sentir le _t_.

=Neuf=, nom de nombre.—L'_f_ de _neuf_ ne se prononce pas quand il est suivi d'un substantif commençant par une consonne: _neuf plumes, neuf livres_ (_neu plumes, neu livres_).—On la prononce, au contraire, quand elle n'est suivie d'aucun mot, ou lorsqu'elle n'est suivie ni d'un adjectif ni d'un substantif: _ils ne sont que neuf; neuf et demi; ils étaient neuf en tout_.—Quand _neuf_ est suivi d'un substantif qui commence par une voyelle ou une _h_ muette, on prononce l'_f_ comme un =v=: _neuf écus, neuf ans, neuf hommes_ (_neuv écus, neuv ans, neuv hommes_).

2. =Neuf, euve=, adj., nouveau, se place après le substantif: _des habits neufs, des souliers neufs_, et non _de neufs habits, de neufs souliers_.

3. Les flamands sont exposés à confondre les adjectifs _neuf, nouveau, moderne_, attendu qu'ils rendent dans leur idiome ces trois mots par le même adjectif; l'usage leur apprendra mieux que les règles l'emploi de ces trois adjectifs; ainsi on doit dire: _un habit neuf, une maison neuve, une nouvelle mode, un auteur moderne_, etc.

4. Remettre, refaire un tableau, un bâtiment _à neuf_, c'est réparer le tableau, le bâtiment; mais habiller quelqu'un _de neuf_, c'est lui donner des habits entièrement neufs.—Faites sentir l'_f_ du masculin _neuf_, au singulier et au pluriel, _neufe_ et non _neu_.