Dictionnaire du bon langage Contenant les difficultés de la langue française, les règles et les fautes de prononciation, les locutions vicieuses, les wallonnismes, les flandricismes, etc.

Part 23

Chapter 233,314 wordsPublic domain

=Meilleur, e=, adj. comp.—Ne dites pas: _vous chantez meilleur que moi_; dites, _vous chantez mieux que moi_:—_meilleur_ équivaut à _plus bon_ et _mieux_ à _plus bien_. (Fland.)

2. Ne dites pas, _j'ai meilleur que vous_; dites, _je suis mieux que vous_ (Wall.)—Voyez _bon_.

3. Dites, _je suis arrivé de meilleure heure que vous_ et non _de plus bonne heure_.—Voyez _heure_.

=Mélanger=:—voyez _mêler_.

2. _Mêler à, mêler avec_.—Dans l'acception de mettre ensemble plusieurs choses, les confondre, on dit _mêler avec_: _l'Ourthe mêle à Liége ses eaux avec celles de la Meuse; mêler de l'eau avec du vin_.—Mais au figuré on dit _mêler à_: _il sait mêler la douceur à la sévérité; mêler les affaires aux plaisirs_. (Acad.)—Voltaire a dit cependant: _les anciens Romains étaient trop austères pour mêler leurs plaisirs avec leurs affaires_: cet exemple n'est pas à imiter.

3. _Mêler, mélanger_.—_Mêler_ signifie mettre ensemble, confondre;—_mélanger_, signifie, assembler, assortir; en _mêlant_ les choses, on les dénature, on les brouille;—en les _mélangeant_, on les combine dans le but d'obtenir de leur composition un résultat avantageux, un produit nouveau.

=Mélisse=, s. f., plante, boisson: ne dites pas _milisse_.

=Melon=, s. m.—Ne dites pas _mélon_ ni _mèlon_.

=Membour=, ne peut pas se dire pour _tuteur_ ni _membournie_ pour _tutelle_: _cet enfant a perdu son tuteur_ et non _son membour_; _cet homme est en tutelle_ et non, _en membournie_. (Wall.)

=Membré, Membru=, adj.—_Membré_ ne s'emploie guère qu'avec l'adverbe _bien_ et signifie, qui a des membres bien faits, bien proportionnés: _il est bien membré_.—_Membru_, qui a les membres fort gros: _il est bien membru_.—Il s'emploie aussi substantivement: _un gros membru_, mais il est familier dans cette dernière acception.

=Même=, adj. et adv.—Ne dites pas: _j'entreprendrai tout de même ce long et pénible travail_; dites, _j'entreprendrai néanmoins, toutefois, malgré ça, ce long et pénible travail_.

2. Ne dites pas: _cette nouvelle paraît certaine, mais elle est tout de même étrange_; dites, _elle est pourtant, néanmoins étrange_;—_tout de même_ signifie de la même manière: _mon bureau est fait tout de même que le vôtre_.

3. Ne dites pas: _est-ce tout de même d'aller jouer_; dites, _est-ce que je peux, est-il permis d'aller jouer, me donnez-vous la permission de..._ (Wall.)

4. Ne dites pas: _c'est tout de même pour moi_, ou _c'est pour moi le même, c'est moi le même_; dites, _ça m'est égal, indifférent, m'importe peu_ ou _peu m'importe_.

5. Ne dites pas: _il a le même caractère de son frère_; dites, _que son frère_.

6. Ne dites pas: _voulez-vous venir avec nous?—Tout de même_;—dites, _volontiers, avec plaisir_.

7. _Tout de même, tout le même_.—Pour savoir laquelle de ces deux expressions il faut employer, il suffit de voir si, en supprimant _tout_, ou emploierait _de même_ ou _le même_: _il est tout le même qu'il y a dix ans;—ces deux robes sont faites tout de même l'une que l'autre_.—Prononcez _mê-me_ et non _min-me_.

=Mémento=, s. m., marque pour se souvenir.—L'Académie ne donne point d'exemple de pluriel; quant à nous, nous écririons _des mémentos_, parce que l'accent sur l'_é_ donnant à ce mot le caractère de mot français, il doit être soumis aux règles de la langue française et prendre une _s_ au pluriel.—Prononcez _méminto_.

=Menacer=, v. a.—Ne dites pas: _il menace une maladie, une étisie_, mais, _il est menacé d'une maladie, d'une étisie_ ou _il couve une maladie, une étisie_.

2. Prononcez _menacer_ (_e_ muet) et non _mènacer_.

=Mener=, v. a.—Prononcez _mener_ (_e_ muet) ou _m'ner_ et non _mèner_.—Il en est de même des mots _amener, emmener_; cependant dans les temps où l'_n_ est suivi d'un _e_ muet, le premier _e_ devient grave et se prononce comme dans _père_: _je mène, je mènerai_ (ne prononcez pas _je min-ne, je min-nerai_).

2. Ne dites pas: _mener du bruit, mener du train_; dites _faire du bruit, faire du train_:—ces _enfants font beaucoup de bruit, font du train dans la classe_.

=Menotte=, s. f., main d'enfant; liens de fer ou de corde cadenassés qu'on met aux poignets de certains prisonniers pour leur ôter l'usage des mains; dites _menotte_ et non _mènotte_ ni _manotte_ ni _minotte_.

=Menteur=, fait au féminin _menteuse_ et non _menteresse_: _elle est menteuse comme un laquais_.

=Mentor=, s. m., gouverneur, guide: prononcez _mintor_ et non _mantor, mennetor_.

=Menu=, s. m.—Le _menu_ d'un repas est la note de ce qui doit y entrer et non les mets comme on le pense assez généralement: _il y aura demain vingt personnes à la table, il faut dresser le menu_.

=Menuisier=, s. m.—Prononcez _menu-isier_ (_ui_ diphth.) et non _menouisier_ ni _mènuisier_.

=Méphitique=, adj., qui a une odeur fétide; qui produit des exhalaisons nuisibles: _air méphitique_:—ne dites pas _méphétique_.

=Mercredi=, s. m.—Ne dites pas _mécredi_ ni _mercrédi, mercrèdi_.—Voyez _jour_, 11.

=Mérelle=, s. f., jeu d'enfants où l'on pousse un palet (caillou, pierre) avec le pied dans des cases tracées d'avance sur le sol: on dit aujourd'hui marelle: _jouer à la marelle_.

=Mérinos=, s. m. (on prononce _mérinoce_); mouton de race espagnole, sa laine ou étoffe faite avec sa laine.—Il se prend aussi adjectivement et s'écrit _mérinos_ pour les deux genres: _bélier mérinos, brebis mérinos_.—Ne prononcez pas _mèrinos_.

=Méritant, te.=—On dit très-bien: _c'est une personne bien méritante_ (qui a du mérite). (Acad.)

=Mérite=, s. m., s'emploie généralement au singulier: _il ne faut pas être fier de son mérite_ et non _de ses mérites; cet homme a beaucoup de mérite_ et non _de mérites_; _son mérite est au-dessus de tout éloge_ et non _ses mérites_.

=Mésange=, s. fém., petit oiseau: _voilà une jolie mésange_: prononcez _mézange_ et non _messange_ ni _mézanche_.

=Mésentendu=, n'est pas français; dites _malentendu_: voyez ce mot.

=Messe=, s. f.—On dit _messe basse_ (et non _basse messe_) ou _petite messe_, qui se dit sans chant;—_messe haute_, ou _grande messe_ ou _grand'messe_, (et non _messe à chanter_), qui est chantée: _grand'messe_ fait au pluriel _grand'messes_.

2. On dit: _servir la messe_ et non _servir à la messe_. (Acad.)

3. On dit, _aller à la messe_ et non _aller à messe_; mais on dit, _aller à vêpres_ et non _aller aux vêpres_.

4. On dit, _manquer la messe_ et non _à la messe_; (Acad., au mot _messe_);—on dit _un livre de messe, un livre de prières_ et non _un livre à prières_; (Acad., aux mots _messe_ et _prière_).

5. _Faire la messe, lire la messe_, pour _dire la messe, célébrer la messe_, est un flandricisme;—_faire une messe_, se dit d'un musicien qui compose une messe.

6. _Messe_, pour signifier le fruit du néflier, n'est pas français; il faut dire _nèfle_: _une grosse nèfle_:—prononcez _nè-fle_ et non _nèfe_ ni _nèfèle_.

=Messieurs=, s. m. pl.—Ne dites pas: _les messieurs furent obligés de rester debout pendant toute la séance_; dites, _les hommes..._—Mais on peut dire _ces messieurs_, en parlant d'hommes désignés ou présents: _je vais me promener, quant à ces messieurs_ (présents), _ils resteront ici si bon leur semble_:—cependant, il est impoli de dire _ce monsieur_.

=Mesurer=, v. a. et pr.—On dit _se mesurer_ (lutter) _avec quelqu'un_ et non _contre quelqu'un_.

=Métal, Métail=, s. m.—_Métail_ est une composition de métaux;—_métal_ indique un pur minéral: _l'or est un métal, le bronze est un métail_.—Quoique _métail_ n'ait pas été admis par l'Académie, il figure pourtant dans plusieurs dictionnaires.

=Métallique=, adj., de métal; on prononce les deux _ll_: _métal'lique_.

=Métier, Profession, Art.=—_Métier_, profession d'un état manuel;—_profession_, carrière que l'on suit, emploi que l'on occupe;—_art_, talent qu'on cultive:—_il a embrassé la noble profession des armes; puisque vous voulez faire apprendre un état manuel à votre fils, que ne choisissez-vous le métier de tailleur; l'art fait l'artiste_.

=Métis, Métisse=, adj. et subst., né de deux espèces: on prononce l'_s_ de _métis_.

=Mets=, s. m., aliment préparé pour un repas; on l'écrit avec une _s_, même au singulier et on prononce _mè_;—l'_s_ se fait sentir devant une voyelle: _un mets exquis_.

=Mettre=, v. a.—Ne dites pas: _mettre_ ou _jouer dans la loterie_; dites, _mettre_ ou _jouer à la loterie_. (Fland.)

2. Ne dites pas: _il a mis ces pierres sur un_; dites, _il a mis ces pierres les unes sur les autres_. (Fland.)

3. Ne dites pas non plus, avec les flamands: _tout est sous un_; dites, _tout est sens dessus dessous_.

4. Ne dites pas: _mettre quelqu'un en bas de sa charge_; dites, _déposer quelqu'un de sa charge_ ou _le destituer_. (Fland.)

5. Ne dites pas, comme c'est généralement l'usage à Mons, à une personne qui vous rend visite et que vous invitez à s'asseoir: _veuillez vous mettre_; dites, _veuillez vous asseoir_, ou servez-vous de toute autre phrase équivalente.

6. Ne dites pas au condit.: _nous metterions, vous metteriez_; dites, _nous mettrions, vous mettriez_.

=Meublé=, garni de meubles, ne peut pas s'employer pour _tapissé_:—_aussitôt que ma chambre a été tapissée, je l'ai meublée_.

=Meubler=, v. a.—Ne dites pas _papier à meubler_; dites, _papier peint, papier-tenture, papier de tapisserie_;—_tapis_, dans ce sens, n'est pas français.—Voyez ce dernier mot.

=Meulière, Molière=, s. f., =Molaire=, adj. et s. f.—La _meulière_ est une pierre fort dure dont on fait les meules de moulin;—une _molière_ est une carrière d'où l'on tire ces pierres; on appelle aussi _terre molière_ une terre grasse et marécageuse.—On appelle enfin _molaires_ ou _dents molaires_, les grosses dents qui servent à broyer les aliments.

=Meurir= pour =Mûrir=.—Ne dites pas: _les fruits ne meuriront pas cette année_; dites, _ne mûriront pas..._

=Meurtre, Assassinat.=—Le _meurtre_ est un homicide commis avec violence;—l'_assassinat_ est le meurtre commis avec préméditation, de guet-apens.

=Mévendre=, v. a., vendre une chose moins qu'elle ne vaut; _il y a des temps ou les marchands sont obligés de mévendre_.—Il a vieilli. (Acad.)

=Mezzo-termine=, s. m., (littér., _moyen-terme_), parti moyen pour concilier; le pluriel s'écrit comme le singulier:—prononcez _med'zotèrminé_.

=Mi.=—Abréviation du mot _demi, mi-chemin, mi-corps_, etc.—Quand on le joint au mot _corps, jambe, chemin, mur, terme, sucre_, et _côte_, on ne l'emploie qu'adverbialement avec la préposition _à_ et sans article: _il n'y a de l'eau qu'à mi-jambe; cette poutre ne va qu'à mi-mur; des confitures à mi-sucre_, etc.—Joint au mot _carême_ et au nom des mois, il fait partie du substantif et doit être précédé de l'article _la_, quoique les substantifs soient du masculin: _la mi-carême, la mi-mai_;—excepté toutefois dans cette locution proverbiale, _mi-mai, queue d'hiver_.

2. _Mi-parti_ est un adjectif dont le féminin est _mi-partie_: _les opinions ont été mi-parties; cette robe est mi-partie de blanc et de rouge_.

=Miche=, s. f., pain d'une grosseur médiocre, pesant au moins une livre et quelquefois deux; il se dit aussi des pains ronds d'un poids plus considérable: _une miche de douze livres_. (Acad).

=Micheau=, s. m.—Ce mot n'est pas français:—au lieu de dire, _je vais faire un voyage, je vous rapporterai votre micheau_, il faut dire: _je vous rapporterai quelque chose, je vous rapporterai un cadeau_. (Wall.)

2. _Micheau_, n'est pas français non plus pour désigner de petits pains au beurre; dites simplement _petit pain_ ou bien _miche au beurre_.

=Micmac=, s. m., est un mot français qui signifie intrigue (et non _pêle-mêle_), manigance, pratique secrète dont le but est blâmable: _il y a eu bien du micmac dans cette affaire_.

=Midi=, s. m., =Minuit=, s. m.—Ces deux mots sont du singulier et du masculin; dites donc, _à midi précis, à minuit précis_, et non pas _à midi précise, à minuit précise_.

2. Dites de même, _sur le midi, sur le minuit, midi a sonné, à minuit sonnant, vers midi, vers minuit_, etc., et non pas _sur les midis, sur les minuits, midis ont sonné, à minuits sonnants_ ou _sonnantes, vers les midis, vers les minuits_.—Cependant, on dit très-bien _vers les dix heures, vers les onze heures_, etc.

3. Ne dites pas non plus avec les flamands et les wallons: _il est douze heures_; dites, _il est midi, il est minuit_.—Prononcez _minu-it_ (_ui_ diphth.) et non _minouit_.

4. Ne dites pas: _c'est midi, il est temps que je sorte_; dites, _il est midi..._—Mais à la question: _quelle heure sonne?_ il faudra répondre: _c'est midi_, c'est-à-dire, ce (l'heure) qui sonne est midi, puisqu'on dit, _voilà midi qui sonne_. (Acad.) Ces observations s'appliquent également au mot _minuit_.

5. Ne dites pas: _je vous verrai ce midi_; dites, _à midi_.

6. Ne dites pas: _il rentre toujours sur le midi_; dites _à midi, vers midi_; dites de même, _avant midi, après midi, avant minuit, après minuit, vers minuit_.

7. Ne dites pas: _midi et quart, minuit et quart_; dites, _midi et un quart, minuit et un quart_. Voyez _quart_ et _liaisons affectées_.

8. Ne dites pas: _avez-vous fait midi, avez-vous mangé le midi_, dites, _avez-vous dîné_?

9. _Après-midi_, s. f.: _je vous ai attendu toute l'après-midi_. —Plusieurs, dit l'Académie, le font du masculin;—le pluriel s'écrit comme le singulier: _il passe toutes ses après-midi à étudier_, c'est-à-dire, toutes ses heures de l'après-midi.

=Mier=, v. a., mettre le pain en miettes, n'est pas français; dites _émier_ ou _émietter_.

=Miette, Mie=, s. f.—_Miette_ signifie petite partie, petit morceau;—_mie_ ne se dit que de la partie du pain qui se trouve entre les deux croûtes: _des miettes_ (et non _des mies_) _de sucre; donnez m'en une miette; vous ne lui en avez donné qu'une miette_;—_il n'a plus de dents, il ne mange plus que de la mie_ (et non _de la miette_).—Prononcez _miette_ (_iette_ diphth.) et non _mi-ette_ ni _mi-iette_.

=Mieux=, adv. comp.—Dites, _c'est ma mère que j'aime le mieux, le plus_, et non, _la mieux, la plus_: _le mieux_ est ici superlatif et conséquemment invariable.

2. Lorsque _mieux_ est suivi de deux infinitifs, on met ou l'on supprime la préposition _de_ devant le second: _j'aime mieux vous déplaire que vous tromper_, ou _que de vous tromper_.—L'emploi de la préposition _de_ est néanmoins préférable.

3. _Aimer mieux_ et _il vaut mieux_, suivis d'un infinitif, ne doivent pas être suivis des prépositions _de_ ni _à_: _j'aime mieux étudier, il vaut mieux étudier_, et non _d'étudier_ ni _à étudier_.—Voyez _aimer_ et _valoir_.

4. Ne dites pas: _il chante, il joue des mieux_; dites, _très-bien, parfaitement_:—_des mieux_ n'est pas français dans ces sortes de phrases.

5. Ne dites pas: _il chante plutôt mieux que mal_; dites, _bien que mal_, en opposant l'adverbe positif _bien_ à l'adverbe positif _mal_.

6. Ne dites pas: _le temps s'est radouci, il fait mieux qu'hier_; dites, _il fait meilleur qu'hier_, en sous-entendant le mot _temps_, comme on dit, _il fait chaud, il fait froid, il fait bon_, etc.

7. Il ne faut pas employer l'un pour l'autre _mieux_ et _plus_: _mieux_ exprime la perfection, l'idée d'une supériorité de manière;—_plus_ exprime l'extension, l'idée d'une quantité supérieure.—On ne doit pas dire: _j'ai gagné mieux de cent francs, mieux que cent francs_; il faut dire, _plus de cent francs_.

8. _Mieux_, se met après les verbes dans les temps simples et entre l'auxiliaire et le participe dans les temps composés: _j'aime mieux, j'ai mieux aimé_.

=Mille=, adj. num. card.—Ne dites pas: _le premier mille francs est le plus difficile à gagner_; dites, _les premiers mille francs sont..._; _francs_ étant substantif, impose le genre et le nombre.

2. Ne dites pas: _il m'a comblé de mille éloges_; dites simplement, _... d'éloges_.

3. _Mille_ est adjectif numéral et substantif commun.—Comme _adjectif_, il s'écrit de deux manières (et est naturellement invariable): 1º _mille_, pour exprimer le nombre _dix fois cent_: _mille francs, dix mille francs_. 2º _Mil_, dans l'expression des dates: _Léopold premier, roi des Belges, est monté sur le trône l'an mil huit cent trente et un_. Cependant on écrit _mille_ dans l'expression des dates antérieures à la naissance de Jésus-Christ: _le temple de Salomon fut achevé l'an mille cinq cent avant Jésus-Christ_.—Comme _substantif commun_, c'est-à-dire, employé pour représenter une mesure de chemin, _mille_ s'écrit avec une _s_ au pluriel: _trois milles d'Angleterre font près d'une lieue de France_.—Ne confondez pas dans la prononciation l'adjectif _mil_ (qui se prononce _mile_) avec le substantif _mil_ (millet) où l'_l_ est mouillée comme dans _babil, péril_.

=Millésime=, s. m., date de monnaie; _millénaire_, adj., hérétique ou qui contient mille; _millimètre_, s. m., millième partie d'un mètre:—dans ces mots on prononce les deux _ll_.

=Milliaire=, _milliard, milliasse, millième, millier, million, millionnaire, millionnième, billion, trillion_, etc.:—dans tous ces mots les _ll_ sont suivies d'un _i_ et on ne prononce qu'une _l_.

=Minable=, adj., misérable, qui fait pitié: _air minable_;—qui indique une grande misère: _vêtements minables_.—Cette expression populaire est mauvaise sous tous les rapports, puisqu'elle ne tient à aucune racine française ni étrangère qui puisse en faire comprendre le sens et la rendre claire. (BESCHERELLE.)

=Minéral, Minerai, Mine, Minière, Carrière.=—On donne le nom de _minéraux_ (_é_ fermé) aux substances inorganiques qui entrent dans la constitution de la terre; ils ne vivent pas et ne se reproduisent pas, ce qui les distingue des végétaux et des animaux.—On donne le nom de _minerais_ (_e_ muet) aux minéraux que l'on utilise pour en extraire les métaux, tels que le fer, le zinc, le cuivre, le plomb, l'argent, l'or, etc.—On appelle _mines_ les exploitations de minéraux: la loi distingue les _mines_, les _minières_ et les _carrières_. Les _mines_ s'exploitent dans la profondeur pour l'extraction des minerais et de quelques autres substances, telles que la houille, le soufre, le sel, etc. Les _minières_ sont des exploitations superficielles ou très-rapprochées de la surface, et d'où l'on retire des minerais, de la tourbe, etc. Les _carrières_ s'exploitent à la surface ou dans la profondeur pour les matériaux de construction, calcaire, grès, ardoise, argile, sable, pierre à plâtre, etc.

=Miniature=, s. f., peinture délicate: on prononce ordinairement _mignature_, dit l'Académie; cette prononciation vicieuse n'est donc pas de rigueur, et l'on doit approuver ceux qui disent _mi-niature_.

=Minimum=, s. m., le moindre degré: prononcez _minimome_.—Voyez _maximum_.

=Minou=, _minet, minette_, petit chat: _le minet joue avec le chien; voilà une jolie petite minette_.—_Minou_ n'est pas français.

=Minuit=: voyez _midi_.

=Minute=, s. f.—Ne dites pas: _en une minute de temps; si vous avez une minute de temps_; dites simplement, _en une minute; si vous avez une minute_.—Voyez _heure_.

=Minutie=, s. f., bagatelle; _minutieux_, adj.—Prononcez _minucie, minucieux_.

=Mi-parti=, _mi-partie_: voyez _mi_.

=Miracle, Miraculeux=: l'_a_ est long dans le premier et bref dans le second.

=Mirmidon=: voyez _marmiton_.

=Misérable=, adj.—Ne dites pas: _faites-lui l'aumône, c'est une misérable femme, un misérable homme_; dites, _c'est une femme, un homme misérable_ et mieux, _malheureux_.—On emploie mieux cet adjectif, en l'appliquant à la condition: _être réduit à un état misérable; son sort est misérable_; car, en général, appliqué aux personnes et employé substantivement, il veut dire malhonnête, vicieux, débauché: _c'est un misérable, un grand misérable_.—Il n'y a que quelques exemples, pris dans le style élevé, où il emporte l'idée de _misère_: _il ne se faut jamais moquer des misérables; les misérables et les malheureux méritent des secours_.

=Miserere=, s. m., psaume, colique: prononcez _mi-zéréré_.

=Mite= ou =Teigne=, s. f., insecte qui ronge les vêtements: ne dites pas _motte_.

=Mitouche=: voyez _nitouche_.

=Mixte=, adj., mêlé, mélangé: prononcez _miks-te_ et non _mixe_.

=Mixtion=, s. f., mélange de drogues; _mixtionner_, faire ce mélange.—Dans ces deux mots, _ti_ conserve sa prononciation naturelle, c'est-à-dire, celle qu'il a dans les mots _menti, parti_: _miks-thion, miks-thioner_.

=Mode=, s. f.—Prononcez _mo-de_ et non _mo-te_ ni _môde_: _un habit à la mode_.

=Modeste=, adj.—Quoi qu'en disent certains grammairiens, _modeste_ se dit bien des choses et signifie _médiocre, simple, sans éclat_: _avoir un train, un équipage modeste, une table modeste; faire une dépense modeste; il s'est borné à conserver le modeste héritage de ses pères_. (Acad.)—Toutefois, nous croyons qu'on ne peut pas dire _un prix, une somme, une taxe modeste_, mais bien, _un prix, une somme, une taxe modique_.

=Moelle=, s. f., substance molle dans les os, dans les bois; _moellon_, pierre de construction: _moelleux_, rempli de moelle, souple, gracieux:—dans tous ces mots _oe_ est diphthongue; prononcez _moèle, moèlon, moèleux_; quelques-uns prononcent _moale, moa-lon_, etc.

=Mœurs=, s. f. pl.; il n'a pas de singulier.—Prononcez _meurce_ et non _meure_, soit seul, soit devant une consonne.

=Moi=, pr. pers.—Ne dites pas: _donnez-moi-le; donnez-moi-la_; dites, _donnez-le-moi, donnez-la-moi_.

2. Ne dites pas: _mène-moi-z-y, amuse-toi-z-y; donne-moi-z-en, sers-toi-z-en_, quoiqu'on puisse dire _mène-nous-y, amusez-vous-y, donnez-nous-en, servez-vous-en_:—la vraie construction est _mène-m'y, amuse-t-y, donne-m'en, sers-t'en_.—Cependant, comme ces finales sont trop dures, il vaut mieux employer une autre tournure: _mène-moi dans cet endroit, amuse-toi dans cette société_, etc.

3. Ne dites pas: _un ami de moi me l'a assuré_; dites, _un de mes amis...._

4. Dites, _c'est moi qui ai, qui suis; c'est nous qui sommes, qui avons; c'est vous qui êtes, qui avez_: et non pas, _c'est moi qui est, qui a; c'est nous qui sont, qui ont; c'est vous qui est, qui a, qui sont, qui ont_, etc.

5. Ne dites pas: _il a la jambe plus grosse que moi_; dites, _que la mienne_.

6. Ne dites pas: _le maître ne me refuserait pas cette permission, moi_:—_moi_, est ici un régime indirect, il faut donc dire _à moi_ ou prendre une autre tournure, comme: _quant à moi, le maître_, etc.

7. Ne dites pas: _moi, je me vengerais; moi, je vais jouer_; dites plutôt: _pour moi, je me vengerais, pour moi, je vais jouer_; ou bien, _je me vengerais, moi; je vais jouer, moi_.

8. Ne dites pas: _c'est moi, c'est vous la cause de son malheur_; dites, _c'est moi qui suis, c'est vous qui êtes la cause de son malheur_.

=Moindre=, est le comparatif de _petit_; ne dites donc pas: _sa position est plus moindre que la mienne_ ou _est la plus moindre de toutes_; dites, _sa position est moindre que..., est la moindre de toutes_.

2. _Le moindre_ est le superlatif de _petit_; vous ne direz donc pas: _il a relevé le moindre petit de mes défauts_; _petit_ est de trop; dites, _le moindre de mes défauts_.

3. Ne dites pas: _j'en ai moindre, je ne le donnerai pas à moindre_; dites, _j'en ai moins, je ne le donnerai pas à moins_.—_Moindre_ est adj. et ne peut pas s'employer pour _moins_ qui est adverbe.—Prononcez _moin-dre_ et non _mointe_ ni _moandre, moindère_.

=Moins=, adv.—_Au moins_ signifie pour le moins; _du moins_ exprime une correction, une restriction: _comment, vous n'êtes pas au moins général? vous êtes du moins colonel?_

2. Ne dites pas: _vous ne l'aurez pas, à moins que le demander_; dites, _à moins de le demander_, ou _à moins que de le demander_:—_à moins_ devant un infinitif veut la préposition _de_ seule ou précédée de _que_; la forme _à moins que de_ est plus ancienne.

3. Ne dites pas: _je ne le ferai pas à moins que de mille francs_; dites, _à moins de mille francs_.

4. Ne dites pas: _il est moins bon qu'il en a l'air_; dites, _qu'il n'en a l'air_.

5. Ne dites pas: _le moins que possible, le moins tard que possible_; supprimez le _que_ et dites, _le moins possible, le moins tard possible_.