Dictionnaire du bon langage Contenant les difficultés de la langue française, les règles et les fautes de prononciation, les locutions vicieuses, les wallonnismes, les flandricismes, etc.

Part 22

Chapter 223,449 wordsPublic domain

=Majorer, Majoration.=—Ces mots ne sont pas français; dites _augmenter, payer une surtaxe, enfler_, selon le sens: _les lettres chargées en sus du port des lettres ordinaires, paient une surtaxe fixe de vingt centimes_; on ne peut donc pas dire, _les lettres chargées sont soumises au port des lettres ordinaires, majoré d'une taxe fixe de vingt centimes_.—Dites de même _mes appointements ont été augmentés_ et non _majorés_; _mon compte a été enflé_ et non, _majoré_; _j'ai obtenu une augmentation de traitement_ et non, _une majoration_.

=Majuscule=, s. f. ou adj., lettre capitale ou simplement, capitale: ne dites pas _majescule_.

=Mal=, subst. m. ou adv.: prononcez l'_a_ bref et non _mâl_, ce qui serait insupportable.

2. Ne dites pas: _ce vin n'est pas mal_; dites, _ce vin n'est pas mauvais_;—_mal_, ancien adjectif, ne s'emploie plus dans ce sens, que dans quelques locutions particulières: _à la male heure, mourir de la male faim_; partout ailleurs on dit _mauvais_.

3. Ne dites pas: _il a des maux à la figure_; dites, _il a du mal à la figure, il a des boutons, des humeurs..., à la figure_.

4. Ne dites pas non plus: _j'ai un mal à un doigt_; dites selon le sens, _j'ai du mal à un doigt, j'ai une plaie, une coupure, un petit abcès à un doigt, j'ai un panaris..._

5. _Avoir mal, faire mal_.—Ces locutions ne doivent jamais être suivies d'un régime direct, et ce serait une faute grave et même ridicule de dire: _j'ai mal la tête, les dents, les pieds; faire mal quelqu'un_, au lieu de dire, _j'ai mal à la tête, aux dents, aux pieds; faire mal à quelqu'un_.—De même on doit dire: _j'ai de mauvais pieds, j'y ai souvent mal; on m'a arraché la dent à laquelle j'avais mal; prenez garde, vous allez faire du mal à cet enfant; je ne lui ai pas fait mal_, et non pas: _je les ai souvent mal, la dent que j'avais mal_, etc.

6. Il serait encore plus ridicule de dire: _j'ai mal à ma tête_ ou _ma tête, à mes dents_ ou _mes dents_, etc.

7. Ne dites pas: _j'ai mal aux dents, c'est un mauvais mal_; dites, _c'est un vilain mal_, car y a-t-il un mal qui soit bon?

8. Ne dites pas: _je m'ai fait mal_; dites, _je me suis fait mal_.

9. Ne dites pas: _je me suis fait mal de ce pauvre_; dites, _j'ai eu pitié, compassion de ce pauvre_.

10. Ne dites pas de quelqu'un qui vient d'échapper à un danger: _il ne peut plus mal_; dites, _il est hors de danger_.

11. _Ne pouvoir mal._ (Wall.)—Cette expression ne devrait jamais sortir de la bouche d'une personne qui tient tant soit peu à parler correctement; il faut dire _n'avoir garde, se garder de_:—_il n'a garde_ (et non _il ne peut mal_) _de tromper, il est trop honnête homme; irez-vous dans cette maison? je n'ai garde_ (et non _je ne peux mal_), _on s'y ennuie trop; je me garderai bien_ (et non _je ne peux mal_) _d'en manger_.—Rendez encore cette locution selon le sens par: _il n'y a pas de risque, il n'y a pas de danger_:—_prenez garde de tomber: il n'y a pas de danger_ (et non _je ne peux mal_); _ne parlez pas de telle chose: il n'y a pas de risque_ (et non _je ne peux mal_).—Voyez _pouvoir_.

12. _Mal parler_ et _parler mal_: voyez _parler_.

=Malade=, adj.—Faites les deux _a_ brefs.

2. Ne dites pas: _il fait malade aujourd'hui_; dites, _il fait malsain_ ou _... étouffant_, s'il s'agit d'un temps chaud.

3. Ne dites pas non plus: _il se fait malade_; dites, _il se rend malade_:—_se faire malade_ signifie _feindre une maladie_.

=Maladieux.=—Ce mot n'est pas français; dites, _maladif, valétudinaire_.

=Malcomplaisant=: ce mot n'est pas français; dites, _peu complaisant_.

=Malcontent, Mécontent.=—Ces deux mots expriment le déplaisir que nous éprouvons, lorsque quelque chose ne réussit pas au gré de nos espérances ou de nos désirs; mais _mécontent_ dit plus que _malcontent_, en ce sens qu'il exprime l'humeur, le dépit, le ressentiment contre la cause de ce déplaisir.—Un maître est _malcontent_ (peu content) d'un domestique qui le sert maladroitement; un maître est _mécontent_ (pas du tout content, fâché contre) d'un domestique qui le trompe, qui le vole, qui lui manque de respect, qui fait mal son service, par négligence ou par paresse;—un domestique est _malcontent_ d'un maître qui ne lui donne pas des gratifications qu'il avait espérées; il en est _mécontent_, s'il ne lui paie pas ses gages;—nous sommes _malcontents_, lorsqu'après avoir conçu un dessein, formé un plan, le succès ne répond pas à nos espérances, sans qu'il y ait de la faute de personne; nous sommes _mécontents_ des autres ou de nous-mêmes, si c'est par la faute des autres ou par la nôtre.

=Malentendu, Quiproquo.=—Un _quiproquo_ consiste à prendre une chose pour une autre; un _malentendu_ vient de ce qu'on a mal compris.—Un sourd qui n'entend pas distinctement répond à une question sur son père, en parlant de son chien: c'est un _quiproquo_. Un ami à qui l'on donne rendez-vous à une heure, n'arrive qu'à deux heures, parce qu'il a mal compris: c'est un _malentendu_.

=Malfaire=, v. n., faire de méchantes actions; il n'est usité qu'à l'infinitif: _il ne se plaît qu'à malfaire_.

=Malgré, Quoique.=—_Malgré_ est une préposition qui demande un régime direct (un substantif, pronom, etc., mais jamais un verbe ni une proposition);—_quoique_ est une conjonction qui ne peut pas avoir de régime direct et qui régit toujours un verbe ou une proposition.—Ne dites donc pas: _quoique ça_, mais _malgré ça_; ne dites pas, _malgré qu'il soit pauvre_, mais _quoiqu'il soit pauvre_.

2. _Malgré que_ dit l'Académie, ne s'emploie qu'avec le verbe _avoir_ et dans ces sortes de phrases seulement: _malgré que j'en aie, malgré qu'il en ait_, etc., c'est-à-dire, malgré moi, malgré lui, en dépit de moi, en dépit de lui: _malgré qu'il en ait, nous savons son secret_, c'est-à-dire, en dépit de lui ou _quel que soit le mal_ (mauvais) _gré qu'il en ait_: le _que_ de _malgré que_ est donc ici pronom relatif et complément direct de _aie, ait_, etc., et non la conjonction _que_.

=Malhonnête=, adj.—Il a deux sens différents et se dit des personnes et des choses.—Appliqué aux choses, il se met toujours après le substantif; avec un nom de personne, il précède ou il suit le substantif selon le sens: _un malhonnête homme_, est un homme qui manque d'honneur, de probité; _un homme malhonnête_ est un homme impoli, incivil, grossier.—Voyez _honnête_.

=Malin=, adj., fait au féminin _maligne_ et non _maline_.—Ce mot signifie proprement _méchant_, mais il peut aussi s'employer dans le sens de _rusé, adroit_: _il est trop malin pour se laisser attraper_.—Mais appliqué aux personnes, dans le sens de, qui a de l'esprit, des moyens intellectuels, il n'est pas français; ne dites donc pas: _cet enfant n'est pas malin_; dites, _cet enfant a peu d'esprit_. (Wall.)

=Malle=, et mieux =Mallette=, s. f., se dit de l'espèce de giberne en cuir où les écoliers serrent leurs livres, cahiers, etc.:—_couverte, couverture, portefeuille_, ne sont pas français dans ce sens.

=Malle-poste=, s. f., voiture qui transporte les lettres et les dépêches; le pluriel est _malles-poste_.

=Maltraiter=, _traiter mal_.—_Maltraiter_, v. a., c'est traiter durement en paroles et en actions, ou bien faire préjudice à quelqu'un: _il l'a maltraité de coups, de paroles; cet homme a fort maltraité son fils dans son testament_.—_Traiter mal_ signifie, mal régaler quelqu'un ou bien en user mal avec lui. Aux temps composés, le génie de la langue exige que l'adverbe _mal_ passe avant le participe: _il m'a mal traité_;—de sorte qu'à la prononciation, cette expression peut se confondre avec celle-ci, _il m'a maltraité_.—Pour éviter l'équivoque, il suffira d'ajouter un modificatif, tel que _bien, fort, assez_, à l'adverbe _mal_, qui alors pourra se placer après le participe: _il m'a traité fort mal_.

=Maman=, s. f., mère, terme enfantin: prononcez _maman_ et non _man-man_.

=Mameluk=, s. m., cavalier égyptien: prononcez _mam'louk_.

=Mamezelle.=—Ce mot ne se trouve pas dans les dictionnaires; il faut dire _mademoiselle_. Voyez ce mot.

=M'amie=, abréviation de _mon amie_; ce mot s'écrit avec une apostrophe.

=Manche.=—On dit _le manche_ pour désigner la poignée de tout instrument, et _la manche_, quand il s'agit du vêtement du bras; dites donc, _le manche d'un couteau, la manche d'un habit_.—Mais ne dites pas, _le manche ou la manche du panier, de la marmite_; dites _l'anse_.

2. Ne dites pas: _je n'étais pas dans sa bonne manche_; dites, _dans ses bonnes grâces_, ou, _je n'étais pas bien sur ses papiers, dans ses papiers_.—L'Académie fait remarquer que _être bien, être mal sur les papiers, dans les papiers de quelqu'un_, est une locution familière.

=Manchette, Garde-manche.=—Une _manchette_ est un ornement de mousseline, de dentelle qui se met au bras, au poignet.—Un _garde-manche_ ou _bout de manche_, est une fausse manche que l'on met par-dessus la manche de l'habit, ou même de la chemise, quand on fait un travail qui peut les salir.

=Mânes=, s. m. pl., âmes des morts: _les mânes plaintifs_ (et non _plaintives_) _de nos ayeux_: il est masculin et n'a pas de singulier.—Prononcez _mânes_ (_â_ long).

=Manger=, v. a.—Ne dites pas, _manger un fruit, un raisin_; dites, _manger du fruit, du raisin_.

2. Ne dites pas, si l'on vous consulte à table sur votre goût, _je mange tout_; ce serait annoncer un appétit de Gargantua; dites, _je mange de tout_.

3. Ne dites pas: _nous avions dix personnes à manger_; dites, _nous donnions à manger à dix personnes_. L'équivoque ici est mauvaise.—Cependant on dit très-bien: _nous avions dix personnes à dîner_.

4. Les locutions, _venez manger ma soupe, j'irai demain manger votre soupe_, sont familières et la bonne compagnie n'en fait point usage.

=Mange-tout=, s. m., celui qui dissipe follement tout ce qu'il a, tout ce qu'il gagne.

2. Les wallons désignent par ce mot une espèce de haricot, mais il n'est pas français dans ce sens.

3. Le pluriel s'écrit comme le singulier: prononcez _man-ge-tout_ et non _man-che-tout_.

=Mangeure=, s. f., endroit mangé d'une étoffe, d'un pain, etc.: _mangeure de vers, mangeure de souris_: prononcez _manjûre_.

=Manier=, _manière, maniéré_, etc.—Prononcez ces mots comme ils sont écrits et non _ma-gnier, ma-gnière, ma-gniéré_.—Voyez _ni_.

=Manique=, s. f., morceau de cuir que les cordonniers mettent à leur main pour qu'elle résiste au travail; ne dites pas _manicle_.

=Manne=, s. f., nourriture que Dieu fit tomber du ciel pour nourrir les Israélites dans le désert;—espèce de suc concret qui découle naturellement ou par incision de certains végétaux et entre autres du frêne à fleurs et du frêne à feuilles longues; dans ces deux acceptions, on prononce _mâne_ (_â_ long).—L'_a_, au contraire est bref, lorsque _manne_ désigne une espèce de panier à deux anses dont on se sert pour mettre du linge.—Ne dites pas _mande_ (Flandr.)

=Manœuvre, Manouvrier.=—Le premier est l'homme de peine qui sert un autre ouvrier: _le maçon ne travaille pas sans un manœuvre_;—le second se dit de tout homme de peine travaillant au compte d'un entrepreneur.

=Manquer=, v. a. et n.—On peut dire _manquer la messe, l'école, ses prières_: voyez le Dictionnaire de l'Académie au mot _messe_.

2. _Manquer_, signifie aussi courir quelque risque, être sur le point d'éprouver quelque accident: _nous avons manqué de verser; il a manqué d'être tué_.—Il est familier. (Acad.)

=Manuel.=—Prononcez _manu-èle_ et non pas _manu-wèle_ ni _manu-éle_.

=Manufacture=, s. f.: ne dites pas _manifacture_.

=Manus= (=in=), s. m.—_Dire son in-manus_, recommander son âme à Dieu avant de mourir: prononcez _ine-manuce_.

=Maquée=, s. f., est un mot wallon, qu'il faut rendre par _caillebotte, fromage blanc, fromage mou_.

=Maraîcher, ère=, jardinier qui cultive un de ces terrains qu'on appelle _marais_, où l'on fait venir des légumes, des herbages; ne dites pas _maraîchier_.

=Maraude=, s. f., pillage clandestin des soldats; se dit aussi des écoliers qui vont à la picorée: on dit: _aller à la maraude_ et mieux, _en maraude_; mais on ne dit pas: _aller à maraude_, (Acad.)—Prononcez _marau-de_ et non _marau-te_.

=Maravédis=, s. m., petite monnaie d'Espagne: prononcez _maravédi_ et non _maravédice_, encore moins _maradévice_.

=Marbre=, s. m., pierre calcaire: prononcez _mar-bre_ et non _mar-pe_ ni _mar-bère_.

=Marc=, s. m., poids;—résidu de fruits d'herbes ou d'autres substances pressurées;—_du marc d'huile, du marc de café_ (et non _de la marc de café_): on ne prononce pas le _c_, mais on le fait sentir dans _Marc_, nom d'homme;—le _c_ est muet dans la _place St-Marc_ (_mar_), _le lion de S.-Marc_ (_mar_), à Venise, _au marc_ (_mar_) _le franc_.—Voyez _c final_.

2. Une _mare_, est un amas d'eau dormante.

=Marchand=, s. m.—Ne dites pas: _il fait le marchand de toiles; je fais le marchand, je fais le brasseur_; dites _il est marchand..., je suis marchand, je suis brasseur_.

2. Ne dites pas non plus: _j'ai marchand_, pour signifier que vous savez à qui vendre; dites, _j'ai acheteur, chaland, acquéreur_.

=Marché.=—Ne dites pas: _le marché de grains, de légumes_, etc., mais, _le marché aux grains, aux légumes_.

2. _A bon marché_, loc. adv.—On dit _acheter, vendre à bon marché, à trop bon marché, à meilleur marché_, et non, _acheter, vendre bon marché, trop bon marché, meilleur marché_.—Il n'est pas plus permis de supprimer la préposition _à_ devant _bon marché_ que devant _bon compte, bas prix_: _avoir une chose à bon marché_ (et non _bon marché_); _donner sa marchandise à bon marché, à trop bon marché; je l'ai eu à meilleur marché_.—Cependant on peut dire: _cela ne vous coûte que dix francs, c'est bon marché, c'est grand marché; le bon marché m'a tenté_, tout comme on dirait, _c'est un bas prix, le bas prix m'a tenté_.

=Maréchal=, s. m.—_Maréchal de France, maréchal-ferrant_; prononcez _maréchal_ (_é_ fermé) et non _marchal_ ni _marichal, marèchal_.

=Marguerite=, s. commun et nom pr. de femme: écrivez et prononcez _marguerite_ et non _marguérite_.

=Marguillier=, s. m., celui qui a soin de tout ce qui regarde la fabrique et l'œuvre d'une paroisse ou les affaires d'une confrérie; mais il ne se dit pas du clerc, sacristain ou chantre d'une église.—Prononcez et écrivez _marguillier_ et non _marguèillier_.

=Margotte=, s. f., branche qu'on met en terre pour qu'elle y prenne racine; ce mot n'est pas français: dites _marcotte_.

=Mari=, s. m., époux.—_Mon époux, mon épouse_, ne sont admis à aucun titre par les gens de bon ton; on dit simplement _ma femme, mon mari_, ou bien avec un peu plus de cérémonie, _monsieur_ ou _madame_, suivis toujours du nom de famille (ce sont les domestiques seuls qui désignent leurs maîtres par _monsieur_ et _madame_);—mais _mon mari, ma femme_, sont préférables parce qu'ils sont plus simples.

=Marier=, v. a., ne s'emploie jamais pour, _prendre en mariage_.—Ainsi au lieu de dire: _il a marié une telle_, dites, _il a épousé une telle_.—_Marier_, signifie unir un homme et une femme par le lien conjugal, selon les lois de l'État ou en leur administrant le sacrement de mariage. Dans cette acception il ne se dit que du prêtre ou de l'officier de l'état-civil qui remplit l'une ou l'autre de ces fonctions: _l'échevin N. les a mariés à défaut du bourgmestre; c'est le vicaire qui les a mariés_. (Acad.)—Il se dit aussi de ceux qui font ou procurent un mariage, soit par autorité paternelle, soit par office d'amitié: _son père l'a marié à la fille, avec la fille d'un de ses amis; cet homme a la manie de marier tout le monde_. (Acad.)

2. _Marier_, joint au pronom personnel, signifie, lorsqu'on parle d'un homme, prendre une femme, et lorsqu'on parle d'une femme, prendre un mari: _il est d'âge à se marier; il s'est marié richement; il ne se mariera pas_.

3. Il s'emploie aussi dans le sens réciproque: _quand se marieront-ils? ils se sont mariés l'an dernier_. (Acad.)

4. Cependant on peut dire: _cette demoiselle s'est mariée_ (a épousé) _à un étranger_; mais c'est une faute grossière de dire: _cette demoiselle s'est mariée avec un étranger_.—_Avec_ s'emploie en prose pour les choses: _sa voix se marie bien avec ou à son instrument_.

=Marmelade=, s. f., confiture de fruits presque réduits en bouillie: _marmelade d'abricots_.—_Cela est en marmelade_ (famil.), se dit d'une chose _trop cuite et presque en bouillie_: et, figurément, de ce qui _est fracassé, broyé_: _il a reçu un coup qui lui a mis la mâchoire en marmelade_.—Ne dites pas _marmolade_.

=Marmiton, Mirmidon, Mirliton.=—On appelle _marmiton_, celui qui est chargé du plus bas emploi d'une cuisine.—_Mirmidon_ se dit, par mépris, par raillerie, d'un jeune homme de très-petite taille et figurément, de ceux qui ont des prétentions exagérées et ridicules.—Un _Mirliton_ est une espèce de flûte formée d'un bout de roseau, de sureau, de branc-ursine, et bouché par les deux bouts, avec une pelure d'oignon ou un morceau de baudruche: _il est sale comme un marmiton; voilà un plaisant mirmidon; ces mirmidons prononcent sur ce qu'ils ne connaissent pas; les enfants jouent du mirliton_.

=Marmonner=, v. n., signifie murmurer à voix basse; ne dites pas, avec le peuple, _marronner_ qui signifiait autrefois, friser les cheveux en grosses boucles.—Quelques dictionnaires emploient aussi _marronner_ pour errer dans les bois en volant comme les nègres marrons:—il est vieux dans ce sens.

=Marquer.=—Ne dites pas: _il est marqué sur la gazette, sur une lettre de..._; dites, _on lit dans la gazette, dans une lettre de..., etc._, ou employez une phrase équivalente.

=Marraine=, s. f., celle qui tient un enfant sur les fonts: prononcez _mârène_ (_â_ long).

=Marron, Marronnier=; prononcez _mâron, mâro-nier_ (_â_ long) et non _maro-gnier_.—Voyez _ni_.

=Mars=, dieu de la guerre; 3e mois de l'année;—il signifie également, au pluriel, les menus grains qu'on sème au mois de mars, tels que les orges, les avoines, les millets, etc.; _le temps a été bon pour les mars cette année; s'il ne pleut pas, tous les mars sont perdus_.—Quelques auteurs disent que _mars_, dans cette dernière acception, peut aussi se rendre par _marsèche_ (la marsèche) ou par _marsage_; mais nous pensons que _mars_ est préférable.—Dans toutes ces acceptions, prononcez _marce_ et non _mâre_.

2. Ne dites pas: _mars en carême_; dites, _marée en carême_.—Cette expression signifie _à propos_: _arriver comme marée en carême_.

=Marteau=, s. m.—Ne dites pas, _jeter la cognée après le marteau_; dites, _jeter le manche après la cognée_, ce qui signifie renoncer de dépit ou de désespoir à une entreprise. (Acad.)

=Martyr, Martyre.=—_Martyr_, s. m., (au féminin _martyre_), est celui qui a souffert pour la foi chrétienne, pour une doctrine ou une foi quelconque;—_martyre_, s. m., est la mort ou les tourments qu'endurent celui qui est martyr: _un évêque martyr, une vierge martyre; le martyre de saint Laurent_.

=Masque, Mascarade.=—Ne dites pas _un masqué_, pour indiquer une personne déguisée; dites _un masque_.—Une _mascarade_ se dit d'une réunion de _masques_, c'est-à-dire, de gens déguisés: _une troupe de masques, un joli, un vilain masque; il faut laisser entrer les masques; venez voir une belle mascarade_.

=Massacrante=, adj. fém.—Il n'est usité que dans cette locution familière: _humeur massacrante_, c'est-à-dire, humeur bourrue, maussade, grondeuse, menaçante.—Cette expression est approuvée par l'Académie; cependant elle n'est pas jolie, mais elle est énergique.

=Masse=, s. f.—_Une masse de monde_, est une expression triviale; dites, _une grande foule, une grande multitude, une grande quantité de monde_.

=Mastic=, est masculin: _du mastic_; et non _de la mastic_.

=Mastouche.=—On donne abusivement ce nom à la _capucine_; dites donc, _une belle capucine, couleur capucine_.

=Mat, Mate=, adj., qui n'a point d'éclat: _argent mat, couleur mate_: le masculin se prononce _mate_.—_Mat_, s. m., terme du jeu d'échecs, coup où le roi, mis en échec, ne peut bouger sans être pris: _voilà un beau mat, être échec et mat_.—Prononcez également _mate_.

2. =Mât=, s. m., pièce de bois longue, ronde et droite qui porte la voilure d'un navire: on ne prononce pas le _t_.

3. =Mate=, adj., humide, un peu mouillé:—ce mot est wallon; dites, _moite_ pour les deux genres: _il a le front moite; ces draps ne sont pas bien séchés, ils sont encore moites_.

=Mater=, v. a., rendre mat, mortifier: prononcez _mater_ (_a_ bref);—_mâter_, v. a., garnir de mâts: prononcez _mâter_ (_â_ long).

=Matériaux=, s. m. pl., les différentes matières qui entrent dans la construction d'un bâtiment; il n'a pas de singulier.—Ne dites pas _matéréaux_.

=Mâtin=, s. m., gros chien de garde: l'_â_ est long;—_matin_, s. m., la première partie du jour; l'_a_ est bref.

2. =Matin.=—On dit très-bien, _hier matin, demain matin, demain soir_; on peut dire aussi _demain au matin, demain au soir_; cependant par une singulière bizarrerie, on doit dire _hier au soir_ et non _hier soir_.

3. Ne dites pas: _au matin, je prends une tasse de café_; dites, _le matin_ et mieux _chaque matin, tous les matins..._—Voyez _soir_.

=Matinal, Matineux, Matinier=, adj.—_Matinal_, qui s'est levé matin: _vous êtes bien matinal aujourd'hui_; l'Académie ne donne aucun exemple du pluriel masculin; nous pensons qu'il est inusité.—_Matineux, matineuse_, qui est dans l'habitude de se lever matin: _il faut être plus matineux que vous n'êtes_.—_Matinier, matinière_, qui appartient au matin; il n'est guère usité que dans cette expression: _l'étoile matinière_.—Prononcez _mati-nière_ et non _mati-gnière_.—Voyez _ni_.

=Matou=, s. m., chat mâle; ne dites pas _marou_ ni _marcou_.

=Maudire=, v. a., fait à la 2e pers. du près. de l'indic. et de l'impér., _maudissez_, et non _maudisez, maudites_.

=Mauvais, e=, adj.,—Ce mot peut s'employer dans le sens de _méchant_, mais jamais comme synonyme de _fâché_: _que cet enfant est mauvais (méchant)! oh! le mauvais; oh! la mauvaise_;—_il était si fâché, je suis fâché_ et non _mauvais_. (Wall).

2. _Mauvais mal, mauvaise maladie_, ne peuvent pas se dire pour _cruel mal, cruelle douleur, cruelle, dangereuse maladie_:—_vous avez mal aux dents, c'est un cruel mal_, et non _un mauvais mal_; _le typhus est une dangereuse maladie_ et non _une mauvaise maladie_.

3. Ne dites pas, _un mauvais doigt, une mauvaise jambe_, pour indiquer que vous y éprouvez un mal quelconque; dites _j'ai mal au doigt, à la jambe_, et non _j'ai un mauvais doigt, une mauvaise jambe_.

4. _Mauvais air_, air ignoble;—_air mauvais_, air terrible.—Prononcez _mo-vai_ (_o_ bref) et non _mó-vai_ (_ô_ long).

=Maximum=, s. m., le plus haut degré: prononcez _mak-cimome_ et non _mak-zimome_;—en terme technique, on dit au pluriel _maxima_ et _minima_.

=Me, le.=—Les personnes ignorantes seules disent: _donnez-mê-le_ pour _donnez-le-moi_.

=Méchant= _comme la gale_.—Dites, _mauvais comme la gale_: la raison de ce choix est évidente; on dit que la gale est mauvaise, mais on ne dit pas qu'elle est méchante.

2. _Une méchante épigramme_, est une épigramme sans sel, sans mérite, mal faite;—_une épigramme méchante_, est une épigramme mordante: il en est de même de _méchants vers_ et de _vers méchants_, etc.

=Mécontent, e=, adj.—On est mécontent _de_ quelqu'un et non _après, sur_ ou _contre_ quelqu'un: _il est mécontent de vous, de son fils_.—Voyez _malcontent_.

=Mécredi=, s. m., barbar.:—écrivez et prononcez _mercredi_.

=Médical, Médicinal=, adj.—_Médical_, qui appartient à la médecine considérée comme science: _l'art médical, instrument médical_;—_Médicinal_, qui a la vertu d'une médecine, d'un médicament: _plante médicinale_.

=Médire=, v. n., fait au présent de l'indicatif et à l'impératif, _médisez_ et non _médites_.

=Méfaire=, v. n., faire le mal, ne s'emploie qu'à l'infinitif et au participe passé, _méfait_, qui se construit toujours avec l'auxiliaire _avoir_.

=Mégarde= (_par_), loc. adv., par inadvertance: _je me suis blessé par mégarde_;—ne dites pas _par mégard_ (_mégar_).