Dictionnaire du bon langage Contenant les difficultés de la langue française, les règles et les fautes de prononciation, les locutions vicieuses, les wallonnismes, les flandricismes, etc.

Part 16

Chapter 163,247 wordsPublic domain

=Gloriette=, dans le sens de berceau, de cabinet de verdure, est français. (_Bescherelle, Poitevin_).

=Glorieux=, plein de vanité, de bonne opinion de lui-même, est français: _il a du mérite, mais il est un peu glorieux; il est sot et glorieux; c'est un esprit glorieux_. Il s'emploie quelquefois substantivement dans un sens analogue: _les glorieux se font haïr; c'est un glorieux, c'est une petite glorieuse_. (Acad.)

=Gne, Gn.=—Prononcez _ensei-gner, enseigne-ment, dési-gner, dési-gnation, dai-gner, i-gnorant, i-gnorer, a-gneau, ma-gnifique_, etc., et non _enseign'ner, enseign'nement, désign'ner, désign'nation, daign'ner, ign'norant, ign'norer, agn'neau, magn'nifique_.—Les flamands, de leur côté, doivent éviter dans la prononciation de ces mots de séparer le _g_ de l'_n_ et de donner au premier le son d'un _h_ ou bien le son guttural de leur _g_: _i-gnorant, ma-gnifique_, etc., et non _ih-norant, mah-nifique_ ni _igh'-norant, magh-nifique_.

=Godaille=, s. f., mauvaise boisson, mauvais vin; _godailler_, boire avec excès;—ces mots sont français mais populaires: _c'est un ivrogne, il ne fait que godailler_.

=Goëlette=, s. f., bâtiment léger; prononcez _goèlette_ (_oè_ diphth.)

=Golza=, s. m., plante oléagineuse; écrivez et prononcez _colza_ et non _golza_. Voyez _chausson_.

=Gomme=, s. f.; prononcez l'_o_ bref comme dans _homme_: _gomme_ et non _gô-me_.

=Goulée=, correspond à _gueule_ et ne se dit guère qu'en parlant des animaux: _brebis qui bêle perd sa goulée_.—En parlant des personnes, on doit se servir du mot _bouchée_: _une bouchée de pain_.

=Goulus= (_pois_), pois que l'on mange avec la cosse; ne dites pas _pois gourmands_.

=Gourmet=, s. m., celui qui sait bien connaître et goûter les vins, les mets; _gourmeur_ n'est pas français.

=Goût.= s. m.—Ne dites pas: _j'ai du goût de sortir, j'ai du goût de pleurer_; dites, _j'ai envie de pleurer, de sortir_.

2. Ne dites pas: _cela est-il à votre goût?_ dites, _cela est-il de votre goût?_

=Goûter.=—On dit _goûter un mets, goûter d'un mets_ et _goûter à un mets_.—On goûte _un mets_ pour savoir s'il est bon ou mauvais; on goûte _d'un mets_ quand on en mange comme aliment; on goûte _à un mets_ pour savoir s'il y manque quelque chose et dans le dessein d'ajouter ce qui y manque. Dites, _j'ai goûté ce vin-là et je l'ai trouvé bon; j'ai mangé du rôti, mais je n'ai pas goûté du lièvre; le cuisinier a goûté dix fois à cette sauce avant de la servir_.

2. Ne dites pas comme on entend dire tous les jours: _ce beurre ne me goûte pas; ce rôti m'a bien goûté; cela me goûte, cela ne me goûte pas_, pour exprimer que quelque chose est ou n'est pas de votre goût. Il est clair en effet que les personnes seules, et non les choses inanimées, peuvent goûter, c'est-à-dire exercer le sens du goût. Dites donc: _cela est de mon goût_ et non _cela me goûte_;—_j'ai trouvé ce rôti bon, excellent_ et non _ce rôti m'a bien goûté_;—_ce beurre est bon, a un bon goût, est de mon goût_ et non _ce beurre me goûte_;—_cela me semble bon, cela me plaît, cela a un bon goût, cela est de mon goût_, et non _cela me goûte_.

3. Ne dites pas, comme on dit en flamand: _cela goûte bon_; dites, _cela est d'un bon goût_.

4. Ne dites pas: _j'avais goût de sortir_; dites _... envie de sortir_.

=Goutte.=—Ne dites pas: _mon frère ressemble à mon père comme deux gouttes d'eau_; dites, _mon père et mon frère se ressemblent comme deux gouttes d'eau_ (se ressemblent).

2. _Goutte_, employé adverbialement pour donner plus de force à la négation, ne se dit que dans, _ne voir goutte, n'entendre goutte_: _il fait bien obscur ici, je ne vois goutte, je n'y vois goutte; c'est un homme qui ne voit goutte dans ses affaires; je n'entends goutte_ (_je ne comprends rien_) _à ce qu'il dit; cette affaire est fort embrouillée, je n'y entends goutte_. (Acad.)—Ne dites, _je n'y vois goutte_, que lorsque le pronom _y_ se rapporte à un objet dont on vient de parler, comme dans notre premier exemple où _y_ se rapporte à _chambre_; c'est donc une faute de dire _je n'y vois goutte_, pour exprimer simplement que vous avez la vue mauvaise, sans vouloir faire entendre que vous ne voyez rien dans une chambre, dans un livre, ou tout autre objet déjà exprimé.

3. Ne dites pas: _la marmite goutte_, pour exprimer que l'eau s'en échappe par une fente; dites _la marmite fuit_.

4. Ne dites pas: _avoir les gouttes_, mais _avoir la goutte_; voyez _fièvre_.

5. Prononcez _oû_ long dans _goûter, goûte, dégoûter, dégoûtant_, et _ou_ bref dans _goutter, goutte, dégoutter, dégouttant_.

=Goutter=, dans le sens de tomber goutte à goutte, n'est pas français; dites _dégoutter_: _il pleuvait il n'y a qu'un moment, les toits dégouttent encore_ (et non _gouttent_); _quand il pleut sur le curé, il dégoutte sur le vicaire_ (et non _il goutte_).

2. Ne dites pas: _il goutte, il commence à goutter_, en parlant de la pluie: dites, _il tombe des gouttes d'eau, il commence à pleuvoir_.

=Gouttière=, ne signifie pas, _eau de pluie_, mais un _canal_ par où l'eau s'écoule des toits; ne dites donc pas _un seau de gouttière_, mais _un seau d'eau de pluie_.

=Gouverne=, dans le sens de direction, est français: _je vous dis cela pour votre gouverne_.

=Gozette.=—Ne dites pas: _ce boulanger fait de bonnes gozettes_; dites, _ce boulanger fait de bons chaussons_. (Wall.) Voyez _chausson_.

=Grâce.=—_Avoir bonne grâce, avoir mauvaise grâce_, devant un infinitif, demandent la préposition _à_: _il a bonne grâce, mauvaise grâce à faire_ (et non _de faire_) _telle chose_.

=Gracier=, v. act., remettre la peine à un criminel, est français; on l'emploie souvent au passif: _il a été gracié_. (Acad.)

=Gracieux, euse=, adj.—N'écrivez pas _grâcieux_ mais _gracieux_ et prononcez _a_ bref;—il en est de même des mots _disgracieux, gracier, graciable, gracieuseté_, etc. Mais _a_ est long dans: _grâce, disgrâce, les trois Grâces, le Havre-de-Grâce, Grâce-Montegnée_.

=Gradué=, s. m., celui qui a pris des degrés dans une des facultés de théologie, de droit, de médecine, des lettres. On dit: _c'est un gradué; les gradués de l'université_.—Prononcez _gradu-é, gradu-el, gradu-er_ et non _gradu-wé, gradu-wel, gradu-wer_.

=Grain=, se dit du fruit et de la semence du froment, de l'épeautre, du seigle, de l'avoine, de l'orge, etc. Mais se serait une faute de l'employer pour désigner les froments, les seigles, l'épeautre en herbe et de dire: _les grains sont beaux; scier les grains; du grain en gerbe_; dites, _les blés, les froments_, etc., _sont beaux; scier les blés, les froments_, etc.; _du blé en gerbe_.—_Blé_ est un terme générique qui se dit de toutes les plantes qui produisent le grain dont on fait le pain.

=Grammaire.=—L'Académie ne dit pas que les deux _m_ se prononcent, et les personnes qui parlent bien n'en font entendre qu'une seule dans ce mot et dans _grammairien_ (gra-mairien), _grammatical_ (gra-matical) _grammaticalement_ (gra-maticalement), _grammatiste_ (gra-matiste).—Prononcez donc _gra-maire_ et non _gram'maire_, ni _gran-maire_ comme dans _grand'mère_, ce qui serait excessivement ridicule: _une grand'mère qui fait des fautes de grammaire_. Voyez _mm_.

=Grand.=—L'adjectif féminin _grand'_ est toujours invariable.—On dit _grand'chère_ (il n'a pas de pluriel).—_Grand'chose, grand'croix_; le pluriel est _grands-croix_ (Acad. au mot croix).—_Grand'garde_; le pluriel est _grand'gardes_.—_Grand'faim_: il n'a pas de pluriel.—_Grand'mère_; le pluriel est _grand'mères_. —_Grand'messe_: on peut dire aussi _grande messe_; le pluriel est _grand'messes_.—_Grand'oncle_: prononcez _grantoncle_; le pluriel est _grands-oncles_.—_Grand'peine_ (_à_), difficilement.—_Grand'père_: le pluriel est _grands-pères_.—_Grand'peur_.—_Grand'pitié_. —_Grand'soif_.—_Grand'tante_; le pluriel est _grand'tantes_. —_Grand'route_ ne se trouve pas dans les dictionnaires.

2. _Un grand homme_ est un homme d'un grand génie; _un homme grand_ est un homme de grande taille.—_Une grande dame_ est une dame de haute condition; _une dame grande_, une dame de haute stature. Mais on dit: _un grand homme noir, une grande dame blonde_. _Un homme à l'air grand_, dont la physionomie annonce de la noblesse d'âme; _un homme du grand air_, qui vit à la manière des grands seigneurs. (SOULICE et SARDOU.)

3. _Grande armée_: ne prononcez pas _gran-tarmée_, mais _gran-d'armée_, comme _darme_ dans _gendarme_.—Mais au masculin devant une voyelle ou une _h_ muette, ce _d_ final a le son de _t_: _grand_ (_t_) _homme, grand_ (_t_) _arbre_.

4. _Grand'chose_, s. fém.—On dit: _il n'a pas fait grand'chose de beau, de bon_, c'est-à-dire, _grand'chose de ce qui est beau, de ce qui est bon_.—Ne dites pas _grande chose_.—Voyez _chose_.

=Grandeur=, s. f.—Il ne faut pas employer ce mot comme synonyme de _gloire_: _la gloire_ (et non _la grandeur_) _le perdra; faire une chose par nécessité et non par gloire_.

=Grandir=, v. n., se conjugue avec _avoir_ ou avec _être_, selon que le sens permet de poser l'une ou l'autre des deux questions: _qu'a-t-il fait_ ou _que lui est-il arrivé?_—_cet enfant a bien grandi en peu de temps; vous êtes bien grandi_.—Voyez _vieillir_.

=Granit=, s. m., pierre dure: prononcez _granite_.

=Gras, asse=, adj.—Ne dites pas: _il fait gras_, mais _il fait chaud, l'air est étouffant_.

=Grasseyer=, v. n., parler gras: écrivez et prononcez =grasseyer=, _grasseyement_ et non _gracier, graciement_.

=Gratis=, adv., sans frais: prononcez _grâtice_.

=Gratte=, n'est pas français; il faut dire _égratignure, marque_: _se faire une égratignure_.

=Gratter=, signifie frotter, râcler et ne doit pas s'employer pour _égratigner_: _le chat l'a égratigné; s'il ne mord, il égratigne_. Mais on dira: _le chat gratte à la porte; gratter une muraille; se gratter l'oreille en signe d'embarras_.

=Gratuit, Gratuitement=: prononcez _gratuit, gratuitement_ (_a_ bref) et non _gratu-wit, gratu-witement_.

=Grave=, adj., pesant, sérieux: prononcez _grâ-ve_ (_â_ long) et non _grâ-fe_.

2. _Grave_ (_il_), du verbe graver: prononcez _gra-ve_ (_a_ bref).

=Greffe=, s., petite branche pour greffer, est _féminin_: une belle greffe de pommier.—_Greffe_, lieu d'un tribunal où sont déposées les minutes des jugements, des arrêts, etc., est _masculin_: _les pièces sont au greffe_.

2. _Greffe_, petit brin de bois, de baleine, etc., dont les enfants qui apprennent à lire, touchent les lettres qu'ils veulent épeler; ce mot est wallon;—en français on dit _touche_.

=Grelot, Grelotter=: prononcez, _grelot, grelotter_ (_e_ muet) et non _grèlot, grèlotter_.

=Grenade.=—Ne nommez pas ainsi les petites écrevisses de mer qu'on colporte aux estaminets; dites, _chevrette_ et mieux _crevette_.

=Grenier=: écrivez et prononcez _grenier_ (_e_ muet) et non _grènier_ ni _gregnier_.—Dites _au grenier_ et non _sur le grenier_.

=Grenouille=, s. f.: prononcez _grenouille_ (_e_ muet et _ll_ mouillées) et non _grènouille_.

=Grésil=, s. m., menue gelée: prononcez _grésile_.

=Grève= ou =Gravelle=, gros sable mêlé de fort petits cailloux, de fort petites pierres, sont des barbarismes qu'il faut rendre par _gravier_: _il n'y a pas de terre franche en cet endroit-là, ce n'est que du gravier_.—_Grève_, s. f., signifie proprement un lieu plat et uni, couvert de gravier, de sable, le long de la mer ou d'une grande rivière: _les vagues se déploient sur la grève; la grève était couverte de débris_.—_La Grève_ se dit, à Paris, d'une place publique qui est située sur le bord de la Seine et où l'on faisait autrefois les exécutions.

=Gribouillette=, s. f., jeu d'enfants; on dit _jeter une chose à la gribouillette_, c'est-à-dire la jeter au milieu d'une troupe d'enfants qui cherchent à s'en saisir.

=Grière.=—Ne dites pas: _du fromage de grière_, mais du fromage de _Gruyère_ (ville de Suisse).

=Grièveté=, s. f., énormité: prononcez _grièv'té_ et non _grièf'té_.

=Griffer=, v. n.—Ne dites pas: _le chat m'a griffé_; dites, _le chat m'a égratigné_.—_Griffer_ signifie, prendre avec la griffe: _les oiseaux qui griffent sont le perroquet_, etc.

=Griffon.=—Ne dites pas un _griffon_, pour indiquer une écriture mal formée qu'on lit difficilement; dites _un griffonnage_.

=Grignon=, est le côté jaune et doré de la croûte du pain; ne dites pas _grignot_ ni _grignotte_.

=Gril, Grille.=—Les _ll_ de ces mots sont mouillées, cependant _gril_, dans le langage familier, se prononce _gri_. (Acad.)—_Le gril_ (masculin) est un ustensile de cuisine sur lequel on fait rôtir de la viande, du poisson, etc.: _mettre du boudin sur le gril_.—_La grille_ est formée de plusieurs barreaux de bois ou de fer se traversant les uns les autres pour empêcher qu'on ne passe par une fenêtre, par une ouverture;—_grille_ signifie aussi des barres de fer sur lesquelles on place le charbon dans un fourneau, dans un poêle au-dessus du cendrier.

=Grillon=, espèce de cigale à chant monotone; ne dites pas _criquillon_ ni _criquion, crition_.

=Gringalet=, s. m., homme faible, débile, sans force; ce mot est français: _ce n'est qu'un gringalet_.

=Grippe=, s. f.—_Prendre quelqu'un en grippe_, ou _se prendre de grippe contre quelqu'un_, se prévenir défavorablement contre lui, sans pouvoir rendre raison de sa prévention.—Ces deux locutions sont françaises; la première était seule admise autrefois.

=Gripper=, attraper, saisir subitement; ce mot est français: _ce chat a grippé un morceau de viande; il a grippé la souris à la sortie du trou; on lui a grippé sa bourse_; on dit aussi _griffer_.

=Grogner=, v. n., gronder, gourmander, murmurer, réprimander; ce mot est français: _il ne cesse de grogner après moi_.

=Grognon=, adj., qui grogne actuellement ou qui a l'habitude de grogner; les vrais mots sont _grogneur_ et _grognard_; mais le mot _grognon_ est aujourd'hui fort usité et admis par l'Académie comme un adjectif des deux genres. Voyez _groin_.

=Groin=, museau du cochon, ne dites pas _grognon_.

=Gros.=—_Donner gros, valoir gros_, sont des expressions triviales et qu'il faut éviter d'employer; dites donc: _cette charge doit lui valoir, lui rapporter beaucoup_ et non, _cette charge doit lui valoir gros_. Dites encore: _je donnerais beaucoup pour avoir de l'instruction_, et non, _je donnerais gros..._

=Grossier=, _impoli, rustique_: voyez _rustique_.

=Groom=, s. m., petit laquais; prononcez _groûme_.

=Grouiller, Grouillement=: _le ventre lui grouille; grouillement des intestins_: ne dites pas, _grouler, groulement_.

=Gruger=, dans le sens de tromper, n'est pas français.

=Gruyère= (_fromage de_).—_Gruyère_ est une petite ville de Suisse d'où ce fromage a tiré son nom. Ne dites pas _fromage de Gruère_ ni _de Grière_.

=Gu= et =Guë= sont sonores à la fin des mots, mais ces deux terminaisons ne comprennent que les cinq masculins _aigu, ambigu, contigu, exigu, zagu_, les six féminins _aiguë, ambiguë, ciguë, contiguë, exiguë, besaiguë_ ou _besaguë_, et le verbe _j'arguë_. —L'Académie met le tréma sur l'_e_ et non sur l'_u_.

2. _Gu_ est également sonore, et fait diphthongue avec la voyelle suivante dans _aiguille_ et ses dérivés, _aiguillon_ et ses dérivés, _aiguillade_ (mais non _aiguillat_, terme d'histoire naturelle), _aiguiser, aiguisement, ambiguïté, contiguïté, exiguïté, arguez, nous arguons, vous arguez_, etc.—Ajoutez _consanguinité, sanguinification_ (mais non _sanguin, sanguinaire, sanguinolent, sanguine_ qui ont l'_u_ muet et où l'on ne fait entendre qu'un _g_ dur), _inextinguible, linguiste, linguistique, onguiculé, Guise_ (nom propre).—Il faut prendre garde cependant de prononcer dans ces mots _gui_ comme _goui_; on évitera ce défaut en s'exerçant d'abord à appuyer fortement sur l'_u_ et à le séparer en quelque sorte de la voyelle suivante; plus tard on rétablira la diphthongue.

3. Dans tous les autres mots, _gu_ a la valeur d'un _g_ dur et l'_u_ ne se fait pas sentir: _anguille, guérir, gui, guignon, guichet, guise_, etc.

=Guenille, Guenipe.=—Une _guenille_ est un haillon, un chiffon;—une _guenipe_ ou _guinche_ est une femme malpropre: _cet homme ne porte que des guenilles; cette femme est une franche guenipe_.—Prononcez _guenille_, (_ll_ mouillées), _guenipe_ (_e_ muet) et non _guènille, guè-nipe_.

=Guère=, ou =Guères=, adv.—On n'écrit _guères_ (_s_) que dans les vers, lorsqu'il est nécessaire à la rime ou à la mesure.

2. _Guère_ est toujours accompagné de la négation; dites donc: _il ne s'en est guère fallu_, et non, _il s'en est guère fallu_.—Quoique l'on dise: _il s'en faut de beaucoup_, on ne peut pas dire pourtant: _il ne s'en faut de guère_: dites, _il ne s'en faut guère_.

=Guêtre=, s. f., sorte de chaussure qui couvre la jambe: prononcez _guê-tre_ et non _guette_; dites _se guêtrer_, mettre des guêtres, et non _se guetter_.

=Guette.=—Ne dites pas: _ce chien est de bonne guette_, mais _de bon guet_.

=Gueule=, s. f., la bouche de certains quadrupèdes carnassiers et de plusieurs poissons. On dit la _gueule_ d'un chien, d'un loup, d'un lion, d'un crocodile, d'un requin, etc.—La _gueule_ est une grande bouche d'animal carnassier, armée de fortes dents: voyez _bouche_.—Prononcez _gueule_ et non _gueuille_.

=Gueuler, Gueulard=, termes bas; dites _criailler, criailleur_.

=Gueusard=, coquin, est populaire. (Acad.)

=Gueux=, adj., nécessiteux, indigent, mendiant; il signifie quelquefois aussi coquin, fripon: _ne vous fiez pas à cet homme-là, c'est un gueux_.

=Gui=, s. m., plante parasite qui naît sur les branches de certains arbres, du poirier, du pommier, de l'aubépine, du chêne, du peuplier, etc.: _le gui donne de la glu_.—Prononcez _ghi_ (_g_ dur) et non _gu-i_: voyez _gu_.

=Guide=, celui qui guide, qui conduit, est masculin;—_guide_, rêne, est féminin: _la guide du côté droit_.—Prononcez _ghi-de_ et non _gu-ide_ ni _ghi-te_; mais dans _le Guide_, nom de peintre, _gui_ fait dipthongue.

=Guignonnant=, adj.: _perdre cinq parties de suite, c'est guignonnant_ (c'est du guignon, du malheur, c'est contrariant). Ce mot figure dans les dictionnaires et est d'un fréquent usage au jeu.—Ne dites pas: _guignon guignolant_, mais _guignon guignonnant_.

=Guinée=, s. f., monnaie d'Angleterre, pièce de 25 francs: prononcez _ghinée_ et non _gu-inée_.

=Gutta-percha=, gomme résineuse: prononcez _gutta-perka_; ce mot est féminin: _de la gutta-percha_. (POITEVIN).

=Guttural=, adj., qui appartient au gosier: on prononce les deux _t_.

H

=H.=—L'_h_ est muette ou aspirée. Elle est _muette_, quand elle ne se prononce pas, comme dans _l'homme, l'histoire, adhérer, inhumer_, qu'on prononce comme s'il y avait _l'omme, l'istoire, adérer, inumer_. Elle est _aspirée_, quand elle se prononce un peu du gosier, comme dans _le héros, la haine, les hiboux_.—Cependant on peut aussi ne pas faire sentir l'_h_ aspirée et dire: _le éros, la aine, les iboux_. Cette prononciation est préférable, mais il faut éviter dans ce cas de faire l'_élision_ de la voyelle ou la _liaison_ de la consonne qui la précède avec la voyelle qui la suit: ainsi vous ne direz pas _l'éros, l'aine, lè-ziboux_, mais _le éros, la aine, lè iboux_.—L'usage seul peut servir de guide pour distinguer ces deux sortes d'_h_; dans le doute, il faut avoir soin de recourir au dictionnaire; cette recommandation est d'autant plus importante, surtout pour les étrangers, que l'erreur ici prêterait souverainement au ridicule.—Dans notre _Dictionnaire_, l'astérisque * indique que l'_h_ est _aspirée_.

=Habile=, adj.—Il régit la préposition _à_ devant un infinitif et les prépositions _en_ ou _dans_ devant un nom: _habile à manier le pinceau; habile dans les affaires, habile en affaires_.

2. _Habile_, signifie capable, intelligent, adroit, savant: _un ouvrier habile, un avocat habile, un habile général_; on le dit quelquefois en mauvaise part: _il est habile à tromper; c'est un habile fripon_.—_Habile_ signifie aussi, en terme de jurisprudence, qui est capable ou qui a droit de faire une chose: _être habile à succéder_.

3. _Habile_ se dit aussi populairement pour _diligent, expéditif_: _ce copiste est habile, il aura bientôt écrit ce mémoire_. (Acad.)

4. Mais _habile_ (ou _habïe, abïe_) ne peut jamais s'employer adverbialement dans le sens de _vite_: _accourez habile; allez habile; habile! habile!_ dites, _accourez vite; allez vite; vite! vite!_ (Wall.) Prononcez _abile_ et non _abille_ (_ll_ mouillées).

=Habileté= et =Habilité.=—Il ne faut pas confondre ces deux mots; l'_habileté_ est la qualité de ce qui est habile, le talent, le savoir, la capacité, l'intelligence.—_Habilité_ n'est guère en usage que comme terme de jurisprudence et dans cette locution, _habilité à succéder_ (aptitude à). (Acad.)

=Habiller= _de neuf_: voyez _neuf_.

=Habit.=—Ce mot indique plus spécialement un vêtement d'homme; en parlant d'une femme, employez le mot _vêtement, robe, jupe_, etc.: _maman a mis sa plus belle robe_, et non, _son plus bel habit_.

2. _Un nouvel habit_, est un habit différent de celui que l'on vient de quitter; _un habit nouveau_ est un habit de nouvelle mode.

*=Hache.=—L'_h_ est aspirée ainsi que dans tous les mots dérivés, _hacher, hachette, hachis_, etc.—Prononcez _ha-che_ et non _hage_.

*=Haie=, s. f., clôture d'épines, de ronces, etc.; prononcez _haî_ (_aî_ long) et non _hai-ïe_.

*=Haïe=, interj., cri pour animer les chevaux: prononcez _ha-î_ (deux syll.)

*=Haine=, _haïr, haïssable, haineux_.—Dites, _je hais, tu hais, il hait, hais_ (impératif) et non, _je haïs, tu haïs, il haït, haïs_.—Partout ailleurs écrivez et prononcez _ha-ïr, ha-ï, ha-ïssais_, etc.

*=Haire= et =Hère=.—_Haire_, s. féminin, est une espèce de petite chemise rude que l'on met sur la peau par esprit de mortification: _revêtir la haire et le cilice_.

2. _Hère_, s. masculin, se dit par dérision d'un homme sans considération, sans fortune, sans mérite; on ne l'emploie guère que dans la locution: _pauvre hère; c'est un pauvre hère_. (Acad.)

=Hakcelle=, n'est pas français; dites _paille hachée_ (à l'aide du _hache-paille_).

=Haleine, Alène.=—L'_haleine_ est le souffle de la respiration; l'_alène_ est un instrument de cordonnier.

*=Haleter=, être hors d'haleine.

*=Halo=, s. m., cercle lumineux autour des astres.

*=Halte=, s. f. et interj.—Prononcez _halte_ et non _hale_.

*=Hamac=, s. m., lit suspendu dans les navires: prononcez _hamaque_.

=Hameçon=, s. masculin, crochet pour prendre les poissons; l'_h_ est muette: _prendre du poisson à l'hameçon_.

*=Han=, s. m., terme populaire pour exprimer le bruit sourd que fait un homme qui frappe un coup avec effort.

*=Hanche=, s. f., partie du corps où tient la cuisse; prononcez _han-che_ et non _han-ge_.

*=Hanneton=, s. m.:—l'_h_ est aspirée: _les enfants font la guerre aux hannetons_.

*=Happelopin=, est un mot français qui signifie valet fripon et gourmand.

*=Happer=, se dit proprement d'un chien, lorsqu'il prend avidement avec la gueule ce qu'on lui jette: _on lui jeta un morceau et il le happa_.—Il signifie figurément et familièrement, attraper, saisir, surprendre à l'improviste: _il s'est laissé happer par les huissiers; les gendarmes l'ont happé_.—Mais il ne signifie jamais _voler_ comme en wallon.

*=Haquet=, s. m., espèce de charrette longue et étroite, sans ridelles, qui sert surtout à voiturer des tonneaux: _un haquet de brasseur_;—_haquetier_ est le conducteur du haquet.

*=Hardes=, s. f. pl., tout ce qui est nécessaire pour l'habillement; il n'a pas de singulier.

*=Hardi=, _hardiesse, hardiment_, etc.: l'_h_ est aspirée.

*=Hareng=, (le _g_ ne se prononce pas), _harengaison, harengère, harangade, haranguière_; l'_h_ est aspirée dans tous ces mots.

*=Haricot= (le _t_ ne se prononce pas): ne dites pas _des zaricots_, mais _des haricots_ (_h_ aspirée).

*=Haridelle=, s. f., un mauvais cheval maigre: _une vieille haridelle_.

=Harlequin=, n'est pas français; écrivez _arlequin_: _un habit d'arlequin_.

=Harmonier, Harmoniser=, v. a. ou pr., mettre en harmonie: le dernier verbe, quoique mal fait, est le plus en usage.