Dictionnaire du bon langage Contenant les difficultés de la langue française, les règles et les fautes de prononciation, les locutions vicieuses, les wallonnismes, les flandricismes, etc.

Part 1

Chapter 13,399 wordsPublic domain

Au lecteur.

L'orthographe d'origine a été conservée, mais les erreurs typographiques évidentes ont été corrigées.

Quelques erreurs plus importantes, entre autres sur le genre des mots, ont été rectifiées après vérification dans les dictionnaires spécialisés. La liste de ces corrections se trouve à la fin du texte.

Le texte en gras est rendu =ainsi=, le texte en italiques _ainsi_. Les caractères en exposant sont représentés comme «Mlle» pour les abréviations courantes, comme par exemple «M{de}» (Marchande) pour les autres.

DICTIONNAIRE

DU

BON LANGAGE

CONTENANT

LES DIFFICULTÉS DE LA LANGUE FRANÇAISE LES RÈGLES ET LES FAUTES DE PRONONCIATION LES LOCUTIONS VICIEUSES LES WALLONNISMES, LES FLANDRICISMES, ETC.

par

=l'abbé N.-J. CARPENTIER=

DIRECTEUR DE L'ÉCOLE MOYENNE DE St-BARTHÉLEMI A LIÉGE ET INSPECTEUR CANTONAL DES ÉCOLES PRIMAIRES DU RESSORT DE LA MÊME VILLE

Ce n'est pas assez d'apprendre à bien parler et à bien écrire; il faut encore et avant tout _désapprendre_ à mal parler et à mal écrire.

LIÉGE L. GRANDMONT-DONDERS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 1860

_Les formalités prescrites par la loi ont été remplies._

Tout exemplaire non revêtu de la griffe de l'auteur sera réputé contrefait.

[Signature de l'auteur]

PRÉFACE.

La difficulté de se corriger des vices de prononciation et de langage est un fait généralement reconnu par les hommes de l'enseignement, et par les personnes qui ont fait une étude quelque peu approfondie de la langue française. L'un des plus grands écrivains dont s'honore la littérature française, se fondant sur son expérience personnelle, ne craint pas de dire qu'il est rare que l'on se défasse entièrement de la rouille du provincialisme, à moins que l'on n'ait reçu de bonne heure, là où la langue se parle le mieux, c'est-à-dire dans la capitale, une éducation soignée.

A quoi faut-il attribuer cette infériorité du provincial dans l'usage de la langue?

Nous pensons qu'une des causes principales de ce fait, sinon la principale, est que, jusqu'à présent, l'on ne s'est pas assez attaché, dans l'enseignement de la langue maternelle, à signaler les taches qui en ternissent la pureté dans la bouche ou sous la plume de ceux qui la parlent ou l'écrivent. Cette partie _négative_, et pourtant essentielle, d'un cours complet de langue française a été, il faut le dire, singulièrement négligée dans nos écoles primaires et nos établissements d'instruction moyenne. Sans doute les bons traités de prononciation, les bonnes grammaires et les bons dictionnaires ne nous manquent point. Grâce à ces guides éclairés, nous parvenons à connaître les règles du bon langage; mais n'est-il pas vrai que ces manuels, pour la plupart, oublient trop qu'ils s'adressent à des personnes qui ont à se corriger des défauts originels de terroir? Ce n'est pas assez, à notre sens, d'apprendre à bien parler et à bien écrire; il faut encore, et avant tout, _désapprendre_ à mal parler et à mal écrire.

Nous nous sommes proposé de combler cette grave lacune de l'enseignement. Nous nous adressons donc aux wallons et aux flamands, voire même aux lecteurs que notre _Dictionnaire_ pourrait rencontrer en France, et nous les avertissons de prendre garde à certains défauts de prononciation qu'ils semblent ne pas soupçonner; nous leur signalons une foule d'expressions, de termes, de tournures, que réprouve le bon langage, ou que condamne un goût sûr et sévère: nous cherchons, en un mot, à les _déprovincialiser_, s'il nous est permis de parler ainsi.

Mais ce n'est que la moitié de notre tâche. Voulant donner à notre ouvrage un caractère de généralité qui en fasse un véritable manuel, même pour les personnes qui ont reçu une éducation complète, nous avons passé en revue les difficultés de la langue française. Nous avons désiré qu'à l'aide de notre _Dictionnaire_ on pût trouver la solution prompte et catégorique des doutes qui se présentent journellement touchant le genre des noms, la signification de certains mots risqués, la prononciation, la synonymie, la paronymie et les règles les plus controversées de la lexicologie et de la syntaxe.

C'est assez dire que notre ouvrage offre, à chaque page, deux parties bien distinctes: une partie _négative_, destinée à signaler les vices et les fautes de langage, et une partie _positive_, qui traite sommairement des difficultés qui sont de nature à embarrasser dans la conversation et dans la rédaction.

On nous demandera peut-être pourquoi nous avons cru devoir écarter la forme du _manuel_ proprement dit, pour adopter celle du _dictionnaire_.

Si l'on veut bien tenir compte de notre but, on comprendra sans peine pourquoi nous avons accordé la préférence à cette dernière forme. Nous avons eu en vue, en effet, non-seulement les élèves, mais encore les personnes qui ont terminé leur éducation. Or, si les élèves peuvent s'accommoder d'un manuel et s'en servir avec fruit, il n'en est pas ainsi des gens du monde qui demanderont surtout à trouver dans notre ouvrage un répertoire utile qu'ils puissent consulter à toute heure et sans difficulté. Il y a plus: si même nous n'avions eu en vue, en rédigeant notre _Dictionnaire_, que les élèves de nos établissements d'instruction publique, il nous eût été difficile, sinon impossible, d'adopter un ordre logique quelconque, par exemple, un plan calqué sur les grandes divisions de la grammaire. Car enfin nous écrivons non seulement pour les élèves des écoles primaires, mais encore pour ceux qui fréquentent les cours de l'enseignement secondaire ou moyen. Or, tel plan qui eût été parfaitement approprié au degré d'instruction et d'intelligence de ceux-ci, aurait présenté pour ceux-là d'inévitables inconvénients.

Ces considérations justifient pleinement, ce nous semble, le choix que nous avons fait de l'ordre alphabétique. D'ailleurs les numéros par lesquels nous avons eu soin de distinguer nos remarques, permettront aux maîtres qui feront usage de notre _Dictionnaire_ d'y joindre les avantages qui résultent d'une méthode plus logique et mieux adaptée aux besoins divers d'un enseignement gradué.

On nous reprochera peut-être d'avoir signalé certaines fautes de prononciation ou de langage, trop communes ou trop populaires. Ce reproche tombe de lui-même, si l'on veut bien ne pas oublier que nous écrivons pour les enfants des écoles primaires aussi bien que pour les élèves des établissements moyens ou pour les hommes instruits, et que, en définitive, le français est une langue à peu près étrangère pour tout le monde.

On n'est guère plus fondé, croyons-nous, à nous faire un grief de nos répétitions fréquentes. Qui ne sait, en effet, que la répétition est l'âme de l'instruction? Qui ignore que les élèves surtout ne savent bien que ce qu'on leur a fait répéter à satiété et sous toutes les formes? Nous en appelons ici à l'expérience de nos confrères dans l'enseignement.

Nous ne prétendons point donner notre _Dictionnaire_ comme un code du langage de tout point irréprochable. Nous sommes des premiers à reconnaître toutes les difficultés inhérentes à la rédaction d'un ouvrage de ce genre; et partant nous conviendrons sans peine qu'il est loin encore d'avoir ce degré de perfection dont il est susceptible, et qu'une critique éclairée pourra y découvrir plus d'une lacune et y signaler peut-être des inexactitudes.

C'est pourquoi nous sommes disposé à tenir compte des observations que l'on voudra bien nous communiquer. Ces observations même nous les appelons de tous nos vœux, convaincu que nous sommes que pour arriver à faire un bon ouvrage classique, ce n'est pas trop du concours des lumières de tous ceux qui s'intéressent au sort des lettres et aux progrès de l'enseignement.

OUVRAGES CONSULTÉS.

Dictionnaire de l'Académie.

Dictionnaire universel de la langue française, par M. Bescherelle, aîné.

Nouveau Dictionnaire universel de la langue française, par M. J. Poitevin.

Dictionnaire flamand-français, etc., par l'abbé Olinger.

Dictionnaire wallon-français, etc., par J. Cambresier;—item, par L. Remacle, 2 vol.;—item, par Hubert;—Dictionnaire étymologique wallon, par Ch. Grandgagnage.

Grammaire française, par l'abbé J.-J. Péters;—item, par Poitevin, Noël et Chapsal, Napoléon Landais, Girault-Duvivier, Mauvy, etc., etc.

Cours de Prononciation, etc., par Fréd. Hennebert;—item, par L. Remacle; item, par Joseph de Malvin-Cazal;—item, par le R. P. Mansion, de la Compagnie de Jésus, etc., etc.

Synonymes français, par l'abbé Girard.

Dictionnaire synonymique de la langue française, par J.-Ch. Laveaux.

Dictionnaire des synonymes de la langue française, par M. Lafaye.

Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue française, par J.-Ch. Laveaux, édition de Ch. Marty-Laveaux.

Dictionnaire raisonné des difficultés et exceptions de la langue française, par Th. Soulice et Sardou.

Dictionnaire des difficultés de la langue française, par C.-V. Boiste, édition de Ch. Nodier.

Remarques sur le Dictionnaire de l'Académie, par B. Pautex.

Les Omnibus du langage, par D. Lévi Alvarès et C.-L. Merle, dernière édition de Paris.

Dictionnaire wallon-français, à l'usage des habitants de la province de Luxembourg, par J.-B. Dasnoy.

Du bon Langage et des locutions à éviter, par Mme la comtesse Drohojowska.

Belgicismes ou les vices de langage et de prononciation les plus communs en Belgique, corrigés, etc., par Joseph Benoit.

Le Complément des grammaires et des dictionnaires français, par le même.

Nouveau manuel de la pureté du langage, par F. Biscarat, édition de A. Boniface.

Le Langage vicieux corrigé, par B. Jullien.

Flandricismes, Wallonnismes et expressions impropres de la langue française, par un ancien professeur (M. Poyart).

Dictionnaire des locutions vicieuses, etc., par M. D. R.

Manuel de la conversation ou traité de la pureté du langage; Bruxelles, chez Deprez-Parent.

Les Omnibus liégeois.

Les Omnibus montois, par L. Dethier, typographe.

ERRATA.

_Chambrale_, page 65, ligne 17: lisez _chambranle_. _Chambrale_, page 65, ligne 19: lisez _chambranle_. _Estompe_, page 153, ligne 15, dernier mot de l'alinéa: lisez _estombe_. _Alevain_, page 258, ligne 34: lisez _alevin_.

DICTIONNAIRE

DU BON LANGAGE.

A

=A=, prép.—Ne dites pas: _le cheval à mon père, le livre à mon frère, la fête à maman_, etc.; dites, _le cheval de mon père, le livre de mon frère, la fête de maman_.—_La barque à Caron_ fait exception à cette règle. (Acad.)

2. Ne dites pas: _un ami à moi, à lui_; dites, _un de mes amis, un de ses amis_; on disait autrefois, et bien gracieusement, _un mien ami, un sien ami_.

3. Ne dites pas: _nous étions à dix à table; nous avons soupé à huit_; dites, _nous étions huit à table; nous étions huit à ce souper_, ou _nous avons soupé au nombre de huit_.

4. Ne dites pas: _il a mis son fils aux Jésuites_; dites, _chez les Jésuites_, et mieux, _au collége des Jésuites_. (Wall. et Fland.)

5. Ne dites pas: _je demeure à la rue Hors-Château; à quelle rue demeurez-vous_; dites, _je demeure dans la rue Hors-Château_, ou simplement, _je demeure rue Hors-Château; dans quelle rue demeurez-vous_.

6. _C'est à vous de parler_, c'est à vous qu'il appartient, qu'il convient de parler, et, _c'est à vous à parler_, votre tour de parler est venu. (Acad.)

Cependant les bons écrivains n'ont pas toujours observé cette distinction: _Dieu me l'a donné, c'est à moi à en prendre soin._ (Bernardin de Saint-Pierre.)

7. La préposition _à_ s'emploie entre deux noms de nombre, lorsque le sens permet d'augmenter le premier; ainsi on dit: _il a fait cinq à six lieues; il a perdu quinze à vingt francs; il a invité trente à quarante personnes; il a perdu quinze francs et demi; il a fait cinq lieues et un quart; perdu quinze francs et demi, seize francs; invité trente et une, trente-deux personnes_, etc.—Mais lorsque le sens ne permet pas d'augmenter le premier des deux nombres, c'est la conjonction _ou_ qu'il faut employer; on dira donc: _il a perdu quinze ou seize centimes; il a invité trente ou trente et une personnes_, etc.

=Aa.=—Les deux _a_ se prononcent et sont brefs: _A-aron, Isa-ac, Ba-al_.

=Abaisser.=—Ne dites pas: _abaissez-vous pour ramasser ce qui est tombé_; dites: _baissez-vous_.

=Abasourdir=, v. a., rendre sourd, étourdir: prononcez l'_s_ dure.

=Abattoir=, s. m., endroit où l'on tue les bestiaux; le mot _abattage_, dans ce sens, n'est pas français.

=Abattue=, dans le sens de _remise, abri_, n'est pas français.

=Abbaye=, s. f., couvent régi par un abbé, prononcez: _Abé-î_ et non _abai-ïe_.

=Abbé=, s'écrit avec deux _b_, et fait au féminin _abbesse_: on ne prononce qu'un _b_ dans _abbaye, abbé, abbesse, abbatial_.

=Abîme=, s. m.: on écrit aussi, mais plus rarement, _abyme, abymer_.

=Abîmer.=—Ce mot signifie gâter, et non salir, souiller, comme en wallon; vous pouvez donc dire: _mon chapeau a été abîmé par la pluie_; mais ne dites pas: _mon pantalon est abîmé par la boue_; vous direz dans ce cas: _mon pantalon est crotté, éclaboussé, sali, couvert de boue_.

=Able=, s. f., ablette, petit poisson; prononcez _able_ (_a_ bref.)

=Able=, terminaison qui a l'_a_ long seulement dans les substantifs de deux syllabes: _diable, fable_ (_diâble, fâble_), excepté _table_, qui a l'_a_ bref. L'_a_ est bref dans tous les autres cas: _aimable, blamable, formidable_, etc.—Les wallons sont exposés à supprimer l'_l_ et à changer le _b_ en _p_; les flamands de leur côté, prononcent trop souvent _bèle_ au lieu de _ble_: ainsi les premiers diront: _fâpe, tape, diâpe, aimape, estimape_; les derniers diront _fâbèle, tâbèle, diabèle, aimabèle, estimabèle_. Il faut donc prononcer toutes ces lettres finales et particulièrement l'_l_, et les prononcer sans intercaler un _e_ entre le _b_ et l'_l_, et l'important, c'est d'y exercer impitoyablement les élèves dès leur plus tendre enfance.

=Abloucner=, attacher, serrer avec une boucle: ce mot n'est pas français; dites, _boucler_: _bouclez vos jarretières_. (Wall.)

=Aboutonner=, attacher avec des boutons: ce mot n'est pas français, dites _boutonner_. (Wall.)

=Aboyer.=—On ne doit pas dire: _aboyer quelqu'un ou sur quelqu'un_, mais aboyer _à, contre_ ou _après_ quelqu'un. _Un chien qui aboie aux voleurs, contre tous les passants, après tout le monde; tous ses créanciers aboient après lui_. En parlant des petits chiens, on emploie ordinairement le verbe _japper_: _le chien ne fait que japper_.

=Abraham=, n. pr.: prononcez _Abrahame_.

=Abre, Abrer; Adre, Adrer; Avre, Avrer= (terminaisons en): l'_a_ est long dans ces terminaisons, _sabre, sabrer, cadre, cadrer, navre, navrer_. Cette règle s'applique aux dérivés de ces mots, auxquels il faut ajouter les analogues _madré, madrée_.

=Abréviations.=—Les principales abréviations sont les suivantes:

J.-C. Jésus-Christ.

N. S. Notre Seigneur.

N. S. J.-C. Notre Seigneur Jésus-Christ.

S. S. Sa Sainteté (le Pape).

S. P. Saint Père (le Pape).

S. M. Sa Majesté.

S. M. I. Sa majesté impériale (un empereur).

S. M. I. et R. Sa majesté impériale et royale.

S. M. B. Sa majesté britannique (le souverain de la Grande-Bretagne).

S. M. C. Sa majesté catholique (le souverain d'Espagne).

S. M. T. C. Sa majesté très-chrétienne (le souverain de France).

S. M. T. F. Sa majesté très-fidèle (le souverain de Portugal).

S. H. Sa Hautesse (le Sultan).

S. A. Son altesse. (Se dit d'un prince du sang ou d'un prince régnant).

S. A. I. Son altesse impériale. (Idem).

S. A. R. Son altesse royale. (Idem).

S. A. S. Son altesse sérénissime.

S. Exc. Son excellence. (Se dit d'un ministre, d'un ambassadeur).

S. Em. Son éminence (se dit d'un cardinal).

Mgr. Monseigneur. (Se dit d'un évêque, prince, etc.)

M. Monsieur.

Me Maître. (Se dit des notaires, avoués, avocats).

MM. Messieurs.—Mme ou M{e} Madame.

Mlle Mademoiselle.—M{d} Marchand.

M{de} Marchande.—N{gt} Négociant.

=Acacia=, s. m., arbre: prononcez _acacia_ et non _acazia_.

=Acalender=, mot wallon; dites: _cette boutique est bien achalandée_, et non: _acalendée_.

=Accessit=, s. m.—Le _t_ se prononce au singulier et au pluriel: l'Académie écrit au pluriel _deux accessit_, et fait remarquer que plusieurs écrivent _des accessits_: nous admettrions volontiers cette dernière orthographe.

=Accourir, Apparaître, Disparaître= et =Résulter=, prennent indifféremment _avoir_ ou _être_: _j'ai accouru, je suis accouru pour la fête; un spectre lui avait apparu, lui était apparu; mon argent a disparu, est disparu; qu'a-t-il résulté de là? qu'en est-il résulté?_ (Acad.)—Mais _paraître, comparaître_ et _reparaître_ ne prennent qu'_avoir_, ainsi que _périr, contrevenir_ et _subvenir_: _la troisième livraison de ce livre a paru; satan et ses anges ont péri par orgueil; on a subvenu à ses besoins_. (Acad.)—C'est donc une faute de dire: _ce livre est paru; cet ouvrage est paru depuis quinze jours_.

=Accroc=, s. m., déchirure (le _cinq_ des wallons); obstacle, embarras; on ne prononce pas le _c_ final et on ne fait sentir qu'un des deux _c_: _acrô_ (_ô_ long).

=Accroche=, dans le sens d'_agrafe_, n'est pas français.

=Acculé.=—Ne dites pas _des souliers acculés_; dites _des souliers éculés_, pour signifier des souliers qui s'abaissent par derrière sur le talon.—On dit aussi: _éculer ses souliers, ses bottes s'éculent_.

=A ce que.=—Ne dites pas: _j'arrangerai cette affaire de manière à ce que tout le monde soit content_; dites simplement, _de manière que tout le monde soit content_.

=Achéron=, s. m., t. de mythol., fleuve des enfers: prononcez _achéron_ et non _akéron_.

=Acheter=, v. a.—Ne dites pas: _j'ai acheté ma maison pour dix mille francs; j'ai vendu mon cheval pour huit cents francs_; mais dites: _j'ai acheté ma maison dix mille francs; j'ai vendu mon cheval huit cents francs_. (Wall.) Mais on dira bien: _ce négociant a acheté hier pour mille francs; j'ai vendu des meubles pour deux cents francs_.

=Achever=, v. a.—Prononcez _achever, ach'ver_ et non _ach'fer_; il en est de même de _échevin, cheville, écheveau_, etc.—Voyez la lettre _v_.

=Aclaircir, Raclaircir=, ne sont pas français; c'est _éclaircir_ qu'il faut dire.

=Acolyte=, s. m., clerc qui a reçu un des quatre ordres mineurs, nommé l'ordre des acolytes; ce mot ne figure pas dans les dictionnaires dans le sens de _enfant de chœur_; cependant, vu son usage fréquent dans notre pays, nous n'oserions pas le condamner absolument.—_Choral_, dans ce sens, n'est pas français.

=Acte=, s. masculin et non féminin; prononcez: _ac-te_, en faisant sentir le _t_ et non _ake_; _acte de foi_, prononcez de même _pacte, tact, compact, entr'acte_, etc.

=Actualité=, s. f.—_question palpitante d'actualité_: cette expression, dit M. Francis Wey, est un des fruits de la révolution de Juillet; avant 1833, il n'était pas question de cette horrible façon de parler.

=Addition.=—Écrivez et prononcez les deux _d_.—Lorsqu'une consonne est doublée dans le même mot, ou se trouve à la fin d'un mot et répétée au commencement du mot suivant, les flamands n'en font ordinairement sentir qu'une; c'est une faute qu'ils doivent soigneusement éviter: ainsi ils prononceront: _adition, alusion, aluvion, acessit, colaboration, peti table, aide-camp_, au lieu de _ad-dition, al-lusion, al-luvion, ac-cessit, col-laboration, petite table, aide de camp_.

=Adéquat=, adj., entier, total, complet: prononcez _adekoua_.

=Adjectif=:—(prononcez _ad-jectif_, et non _at-jectif_ ni _ag'-jectif_). Les wallons placent quelquefois abusivement l'adjectif devant son substantif; ainsi ils disent: _un neuf chapeau, un blanc pantalon, une propre chemisette_, etc.; il faut dire: _un chapeau neuf, un pantalon blanc, une chemisette propre_.

Certains adjectifs pourtant peuvent ou doivent précéder le substantif; l'essentiel est donc de bien les connaître; par ex.: on dit très-bien: _une belle maison, un petit livre, un homme grand_ et _un grand homme_, etc.

=Ad libitum=, loc. adv., à volonté: prononcez _ad libitome_.

=Administration=, s. f.: ne dites pas: _on a porté hier l'administration à M. Pierre; M. Pierre a reçu hier l'administration_; dites: _on a administré hier M. Pierre, M. Pierre a été administré hier_; ou bien, _on a porté hier le viatique, l'extrême-onction, les derniers sacrements à..... M. a reçu hier le viatique, l'extrême-onction, les derniers sacrements_. (Fland.)

=Adorer=, v. n.—Ne dites pas: _j'adore la musique; j'adore les asperges, les petits pois_; dites: _je raffole de la musique, je suis friand des asperges, des petits pois_.

=Ad patres=, loc. lat., signifiant littéralement, _vers les pères_: _aller ad patres_, mourir; _envoyer ad patres_, faire mourir: prononcez _patrèsse_.

=Age=, s. masculin.—Ne dites pas: _c'est à nos âges surtout qu'il faut éviter les excès_; dites: _c'est à notre âge surtout...._ Cette faute est assez commune.

2. _Age_, dans le corps ou à la fin des mots, doit se prononcer _age_ et non _ache_: _âge, fromage, rivage, tapage, ménagement, déménagement_, etc., et non _ache, fromache, rivache, tapache, ménachement, déménachement_. (Wall.)—_Ache_, d'un autre côté, doit se prononcer _ache_ et non _age_: _hache, vache, cravache, il crache, crachement_, etc., et non _hage, vage, cravage, il crage, cragement_. (Fland.)

=Aéré=, adj., qui a de l'air, qui est en bel air.—Dites: _cet appartement est bien aéré_; ne dites pas: _cet appartement est bien airé_.

=Affaire= (_Avoir_).—_Avoir affaire de_, c'est avoir besoin de: _j'ai affaire d'argent; j'ai affaire de vous, ne sortez pas_.

2. _Avoir affaire à quelqu'un_, suppose pouvoir, autorité, force, supériorité de la part de ceux à qui on a affaire; et dépendance, infériorité, besoin de la part de ceux qui ont affaire; celui qui veut obtenir une grâce, une faveur, _a affaire au ministre_ ou _à ses commis_, et non _avec le ministre_, etc.; _il a affaire à un homme dur et méchant, à un homme plus rusé, plus fort que lui_.

3. _Avoir affaire avec quelqu'un_, suppose concours d'affaires, discussions, différends, contestations: _un commis a affaire avec le ministre; un associé a affaire avec son associé; il faut éviter d'avoir affaire avec les fripons; j'ai eu affaire avec cet homme-là au tribunal de commerce_. Remarquez qu'_avoir affaire_ s'écrit en deux mots (et non _avoir à faire_) dans les quatre acceptions qui précèdent.

=Affiler, Effiler.=—_Affiler_, signifie donner le fil à un tranchant; _effiler_, c'est défaire un tissu fil à fil: _j'ai affilé la lame de mon canif; j'ai effilé ma cravate_.

=Affligé=, adj.: ce mot ne peut pas s'employer comme synonyme d'_estropié_: _c'est un estropié_ (et non _un affligé_) _qui demande l'aumône_.

=Agace=, s. f., oiseau qu'on nomme plus communément _pie_; quelques-uns écrivent, _agasse_. (Acad.)

=Agenda=, s. m., carnet où l'on inscrit jour par jour ce que l'on doit faire: le plur. est _agendas_: prononcez _aginda_ et non _agène-da_.

=Ag, Agde, Age, Agme, Agne, Agre, Agru=, toutes finales brèves, excepté le seul mot _âge_. (M. J. BENOIT, _le Complément des Grammaires_, etc.)

=Agir.=—Ne dites pas: _il en a mal agi avec moi_; dites: _il a mal agi avec moi_.

2. Ne dites pas: _quand il a s'agi de parler_; dites _quand il s'est agi_; dites de même: _il se fût agi, il s'était agi, il se sera agi, il se serait agi, il se fût agi, qu'il se soit agi, qu'il se fût agi_.

=Agonisant=: prononcez _agonizant_ et non _agonis-sant_.

=Ai=, au lieu de _oi_.—Autrefois on écrivait: _connoître, paroître, j'aimois, il vendroit_, etc.: aujourd'hui on écrit communément: _connaître, paraître, j'aimais, il vendrait_.