Dictionnaire des calembours et des jeux de mots, lazzis, coqs-à-l'âne, quolibets, quiproquos, amphigouris, etc.

Part 5

Chapter 53,846 wordsPublic domain

Un capitaine qui avait été barbier, partant pour aller au siége d'une ville, on lui dit:--Si l'on rase cette ville, vous pourrez bien y avoir de l'emploi.

EMPORTER

Voici un proverbe:

«Ne nous emportons pas, nous ne nous en porterons que mieux.»

EN

Prête au calembour dans plusieurs circonstances. Un riche bourgeois disait, dans une réunion:--On doit du respect et des honneurs aux _gens en place_.--Je suis dans ce cas-là, dit un jeune homme qu'on ne remarquait pas, et je me contenterai d'un peu d'aide.

--Dans quel cas êtes-vous?

--Dans le cas assez triste des _gens sans place_.

On a fait ce quatrain sans rime sur les bonnets de juge:

L'huissier s'en glorifie; Le procureur s'en pare; L'avocat s'en joue; Tandis que le juge s'endort.

ENCORNÉ

Un farceur se vantait d'avoir mangé d'un veau qui n'était pas _encorné_.

ENCRE

Un voyageur revenant d'Angleterre s'excusait auprès de sa femme de ne lui avoir pas écrit.--C'était mon intention, disait-il, mais je ne l'ai pas pu, parce qu'en arrivant à Douvres on a jeté l'ancre.

ÉNIGME

CONTENANT QUELQUES CALEMBOURS

Il faut qu'ici chacun devine Qui je suis et quel est mon nom; Sans moi, vous n'auriez pas Racine, Sans moi, vous n'auriez pas Pradon. C'est toujours par moi qu'on hérite; Je renferme et sucre et poison; Et je boirai cent ans de suite, Sans jamais perdre la raison.

Plus d'un critique impitoyable M'emploie en son malin esprit; Sans que je puisse être coupable, On me déchire, on me noircit. En France, en Russie, en Espagne, J'ai des succès, j'ai des revers; Si les uns perdent quand je gagne, Les autres gagnent quand je perds.

Quoiqu'assez gênant par ma forme, Chacun m'emporte quand il sort: Je suis mince; je suis énorme; Je suis délicat; je suis fort. Petit, je sers beaucoup aux dames. Je suis Français, Grec, ou Romain; Je fais des bateaux; j'ai des rames; Et sans bras j'ai beaucoup de mains[1].

[Note 1: Le mot est le _papier_.]

ENNEMIS

Lorsque les Bourbons revinrent, ils firent ce calembour que Napoléon avait des _N mis_ partout. On détruisit les N sur les monuments. Un inspecteur, voyant un N sur la porte Saint-Denis, s'écria:--J'aperçois là un N qu'il faut enlever.--Mais, lui dit-on, elle fait partie de l'inscription _Ludovico Magno_: si vous l'ôtez, on lira _Ludovico mago_, ce qui ne plaira peut-être pas à Louis XVIII.

On remplaça les N par les L; et les plaisants dirent: Les chiffres maintenant sont tous L. Mais quand vinrent les C de Charles X, on se récria sur ce qu'on ne faisait plus que tous C.

ENSEIGNES

On remarquait, il y a quelque temps, rue des Petits-Champs, une pension de jeunes filles et un charcutier dont les deux enseignes n'en faisaient qu'une, si bien qu'on lisait sur la même ligne: Pension de jeunes demoiselles. _À la Renommée des bonnes langues._

Une enseigne de marchand de ferrailles, au passage du Dragon portait: _Au Juste pris_. Le tableau représentait un saint attaqué et pris par d'affreux bandits.

Le Chat qui _pèche_, est un chat qui fait la faute de ronger un fromage.

Le Vert galant; ce n'est pas Henri IV, c'est un gobelet, un verre orné de guirlandes de fleurs.

Les Deux Amis sont deux A rangés sur la même ligne.

Les Trois Forbans, qui vous annoncent la mer et des pirates, sont trois escabeaux de bois solidement construits. Trois forts bancs.

_Au Bon Coing_ est l'enseigne d'un marchand de vin, au coin d'une rue.

On a remarqué dans Paris une enseigne ainsi conçue: T....., culottier de la reine.

On lisait sur une autre, en 1811; B....., chirurgien-accoucheur de la grande armée.

Et sur une autre, rue Dauphine: Grégoire, tailleur d'hommes.

Dans la rue Chartière, près du Collége de France, on lisait sur la porte d'une maîtresse d'école qui venait de déménager: Madame Prudent est maintenant enceinte du Panthéon.

Aux _Trois sans hommes_, à Arras, est un rébus au-dessous d'un tableau où sont trois femmes seules.

On disait, dans le même sens, que l'église de Saint-Denis, qui avait cinq clochers, avait cinq clochers et quatre sans cloches.

ENSEIGNER

Un homme s'était piqué jusqu'au sang de la pointe d'une grosse alêne. C'était un cordonnier.--Le voilà devenu professeur, dit un plaisant.--Et comment cela? s'écria un témoin intrigué.--Mais, riposta le farceur, il s'est piqué et il _en saigne_.

ENTENDRE

Dans une audience où l'on faisait beaucoup de bruit, le juge dit:

--Huissier, imposez silence; il est étrange qu'on fasse tant de bruit. Nous avons jugé je ne sais combien de causes sans les entendre.

ENTERRER

L'ancien usage de l'Académie était que le directeur fît les frais d'enterrement de ceux de ses confrères qui décédaient sous son directorat. Corneille mourut dans la nuit du jour où Racine devait succéder au directeur Lavaux. Il y eut entre eux un combat de générosité. Lavaux prétendait qu'étant encore directeur au moment où Corneille avait expiré, il devait payer les frais d'inhumation; Racine soutenait que cet honneur lui était dévolu, puisque l'inhumation n'avait eu lieu que le jour qu'il avait été installé directeur. Lavaux l'emporta; ce qui fit dire à Benserade:--Lavaux a enterré Corneille; mais personne plus que Racine n'était fait pour l'enterrer.

ENTRE DEUX

Un bon maire de campagne se trouvait à table, à Paris, entre deux jeunes étourdis qui cherchaient à le persifler.--Je vois bien, Messieurs, dit-il, que vous voulez vous moquer de moi; je ne suis pourtant pas tout à fait un sot ni un fat, je suis entre les deux.

ENTRER

Un vétéran de l'armée de Condé montrait un jour à Martainville un sonnet commençant par ce prétendu vers:

«Marie-Thérèse dont les vertus...»

--Le début est heureux, dit Martainville; mais malheureusement Marie-Thérèse ne peut pas entrer dans un vers.--Monsieur, répartit le vétéran, je vous croyais bon royaliste, mais je me suis trompé. Vous saurez, pour votre gouverne, que Marie-Thérèse peut entrer partout.

Le comte de C., qui connaît beaucoup Vienne, racontait un fait qui prouverait la bonhomie des soldats de police de la capitale de l'Autriche.

La consigne leur avait été donnée d'arrêter tous ceux qui, après une certaine heure, feraient du tapage ou chanteraient trop bruyamment _en rentrant chez eux_. Le comte revenait de l'Opéra; il fredonnait assez haut un des airs qui lui avaient plu. Une patrouille le rencontre, lui défend de chanter ainsi, et lui rappelle qu'il faut _rentrer_ chez soi paisiblement et sans bruit.--C'est juste, dit le comte: mais je _ne rentre pas_.--Oh! alors, c'est différent, dit le chef; et votre excellence peut faire ce qu'elle voudra.

Ce trait, que nous empruntons au _Journal des anecdotes_, qui ne paraît plus, ne vous rappelle-t-il pas la naïveté de ce bon Suisse, à qui on avait donné en garde une porte du palais de Versailles, avec défense de laisser personne _entrer dedans_. Un grand seigneur, qui ne devait pas être compris dans l'exclusion générale, et qu'on attendait, se présente. Le Suisse barre le chemin.--Mais j'ai droit d'entrer.--Point, mon sir.--Mais je suis le prince de Poix.--Quand vous seriez le roi des haricots, vous point entrer dedans.--Mais qui vous parle de cela? dit le gentilhomme intelligent. Je ne veux pas entrer, je veux sortir dedans.--Sortir dedans? mon sir; ah! c'est autre chose. Allez.

Et le grand seigneur sortit dedans.

--Quand est-ce que les chiens entrent dans l'église?--Quand la porte est ouverte.

ENVIEUX

Il y a des marchands en vieux qu'on n'évite pourtant pas et qui ne se confessent pas du péché d'envie; ce sont les fripiers.

ENVOYER

Un paysan fin matois, qui avait reçu d'un avoué quelque bon conseil, avait promis de lui envoyer un lièvre. L'homme de loi, ne voyant rien venir, va chez le paysan, et lui demande quand il compte tenir sa promesse.--Comment! monsieur, le lièvre n'est pas encore arrivé?--Non.--C'est étonnant! je vous l'ai pourtant envoyé hier. Je l'ai aperçu au bout de mon champ, et je lui ai crié: Va-t-en vite chez mon avoué.

ÉPICIERS

En temps de moisson, on voit en campagne des masses d'épis sciés, dont beaucoup sont en bottes.

Nos pères avaient mis l'esprit pointu dans leurs enseignes. On voyait encore, il y a quelques années, au boulevard du Temple, à Paris, au-dessus d'un magasin d'épicerie, une enseigne qui représentait un champ de blé où un homme sciait un épi; au-dessous on lisait: _À l'Épi scié._

ÉPICTÈTE, ÉPICURE

Louis XV demandait, dit-on, au marquis de Bièvre de quelle secte de philosophes étaient les puces? Il répondit:--De celle des piqûres.--Et les poux?--De celle des pique-têtes.

ÉPIGRAMME

Certain ministre avait la pierre, On résolut de le tailler; Chacun se permit de parler, Et l'on égaya la matière. --Mais comment, se demandait-on, A-t-il pareille maladie? --C'est que son coeur, dit Florimon, Sera tombé dans sa vessie.

ÉPOUVANTABLE

On complimentait la femme d'un homme de lettres en disant qu'elle avait un époux vanté.

--Ce n'est que justice, répondit-elle; car il est époux vantable.

ÉPOUVANTÉ

Un jeune homme allait épouser une beauté. On lui dit:--Vous épousez une femme charmante, dont vous serez bientôt époux vanté.

ÉPOUX LAID

Un mari, peu favorisé des dons de la nature, crut voir un calembour insultant dans une parole de sa femme, qui disait qu'elle n'aimait pas les poulets.

ESPRIT

--C'est agréable d'avoir de l'esprit, dit Alcide Tousez, on a toujours quelques bêtises à dire.

ESTROPIÉ

Un homme était blessé à la main.--Vous êtes estropié, lui dit-on.--Non pas, répondit-il, je suis estro-main.

ÉTAIN

Les Parisiens, en apprenant la mort de Pothier, ont fait cette exclamation ingénieuse:--Voilà un potier d'éteint!

ÉTAMAGE

--Quelle est la place de Paris où les chaudronniers ne peuvent pas étamer?

--C'est la place Vendôme. On y lit en effet en grandes lettres: _État-major de la place._

ÉTATS

Louis XIV disait au duc de Vivonne:--Ne trouvez-vous pas surprenant que M. de Schomberg, qui est né Allemand, se soit fait naturaliser Hollandais, Anglais, Portugais et Français?--Sire, répondit le duc, c'est tout simplement un homme qui essaie de tous les États pour vivre.

ÉTÉ

On boit tant de thé en hiver dans les soirées de Londres, qu'on a dit que les Anglais faisaient de l'hiver la saison des thés.

ÉTENDRE

--Quel rapport y a-t-il entre un morceau de beurre frais, un avocat et un paresseux?

--C'est que le premier s'étend sur du pain, le second sur son sujet et le troisième sur son lit.

ÉTRILLE

Un palefrenier se présentait comme choriste à l'Opéra, parce qu'on lui avait dit qu'il était fort dans _les trilles_.

EU

On prétend que cette ville est celle où l'on fait le plus d'omelettes.

On dit que son maire rougit toutes les fois qu'il est obligé d'exprimer sa fonction.

EUX

Les cuisiniers font acte d'orgueil quand ils prétendent qu'on ne peut pas faire d'omelettes sans _oeufs_.

EXÉCUTIF

Quand l'Assemblée constituante eut restreint, comme on sait, l'autorité royale de Louis XVI, on fit cette épigramme:

Entre savants, quelquefois on dispute. D'où vient ce nom: _pouvoir exécutif_ Que donne au roi le corps législatif? Eh! le voici: trop faible pour la lutte, C'est un pouvoir, hélas! qui s'exécute.

EXERCICE

Louis XIV raillait le duc de Vivonne sur son embonpoint excessif, en présence du duc d'Aumont qui n'était pas moins gros, et lui reprochait de ne point faire assez d'exercice.--Sire, répondit Vivonne, c'est une médisance; il n'y a point de jour que je ne fasse au moins trois fois le tour de mon cousin d'Aumont.

EXPOSITION

On a dit, à propos de l'exposition universelle de Londres, que ce qu'il y avait de plus exposé au Palais de Cristal, c'étaient les poches des visiteurs.

EXPRESSIONS

Fontenelle se trouvant à table avec deux jeunes poëtes avantageux, il fut beaucoup question au dessert des différentes manières d'exprimer la même chose en français. Nos deux étourdis lui demandèrent, sur le ton badin, s'il était mieux de dire: Donnez-nous à boire, qu'apportez-nous à boire. Fontenelle leur répondit en souriant:--Vous devez dire: menez-nous boire.

F

Les lettres les plus embarrassantes sont les lettres F A C.

FACÉTIES

Un huissier qui voulait faire une chanson n'accoucha que du premier vers, et il demandait si la rime était bonne.

On voulait marier un épicier avec sa jeune tante.--Je ne le veux pas, dit-il; car si j'épousais ma tante, je serais mon oncle.

--Le pavé est bien fier, disait un bonhomme qui, par le verglas, s'était laissé tomber.--Je ne le trouve pas fier du tout, dit un autre, car voilà trois fois déjà qu'il me baise le derrière.

On demandait à un homme un peu distrait:--Quel jour est-ce demain?...--Ma foi, je ne vous dirais pas trop; tout ce que je sais, c'est que c'est aujourd'hui samedi.

Un homme riche, qui s'était marié trois fois, ayant perdu sa troisième femme, répondit à quelqu'un qui lui proposait une fort aimable demoiselle en quatrième noce:--J'accepte volontiers la demoiselle, même sans dot, pourvu que vous fassiez stipuler dans le contrat qu'elle ne mourra pas; car je suis las d'épouser des femmes qui meurent.

On présenta à un maire de village, dans les premiers temps où l'état civil fut confié à ces officiers ministériels, un enfant de trois ans, qu'on avait négligé de faire inscrire sur le registre communal. Le maire écrivit: «Aujourd'hui est né de légitime mariage un enfant âgé de trois ans....»

Une dame marchandant une chaise percée en offrait trop peu. Le bahutier, pour l'engager davantage, la priait de considérer la bonté de la serrure et de la clef.--Pour ce qui est de cela, dit la dame, je n'en fais pas grand cas, car je n'ai pas peur qu'on me dérobe ce que j'ai dessein d'y mettre.

GYBLOTTE.--Si j'ai été obligé de quitter le poste, ce n'est pas ma faute, je ne pouvais plus y revenir.

LE PRÉSIDENT.--Pourquoi?

GYBLOTTE.--J'étais cuit. (Rires.) J'étais rôti à point comme un jeune dindonneau au sortir de la broche. (Rire général.)

LE PRÉSIDENT.--Comment cela?

GYBLOTTE.--Imaginez-vous que j'avais appris que l'on faisait des portraits à la minute au daguerréotype. Comme j'éprouvais le désir de me faire dessiner en garde national, je profitai de l'occasion de ma garde pour me rendre chez l'artiste, je m'esquivai du poste.

LE PRÉSIDENT.--Vous avez eu tort.

GYBLOTTE.--J'en suis bien puni.--Monsieur, lui dis-je, faites-moi mon portrait.

--Voilà! Monsieur, me répond l'artiste. Mettez-vous le nez au soleil et ne bougez pas. (Rire général.) Je me plaçai au vis-à-vis de cet astre, et je le regardai en face... ce qui du reste ne laisse pas d'être fort gênant. (Nouveaux rires.) Lorsque j'eus demeuré dix minutes dans cette attitude, que je prendrai sur moi de nommer incommode, je sentis que ma peau se gonflait par la chaleur... Je devenais croustillant. (Rire général.)

--Monsieur, dis-je à l'artiste, est-ce fini?--Pour l'amour de Dieu, ne tournez pas la tête, me répondit-il; votre portrait sera ressemblant comme deux gouttes d'eau. Des gouttes d'eau, il ne m'en manquait pas sur le visage... Je demeure encore un quart d'heure au soleil; je roussissais à vue d'oeil, je sentais mes sourcils qui grillaient comme les plumes d'un poulet flambé.--Monsieur, dis-je alors au peintre par le daguerréotype, je renonce à votre procédé; je ne veux pas être peint dans l'attitude d'un rôti. (Hilarité générale.) Veuillez me rendre mon chapeau.--Monsieur, dit cet homme, si vous vouliez rester encore une petite minute, vous seriez frappant...--Frappant! m'écriai-je, c'est-à-dire que je serais à l'étuvée: je sors d'en prendre. Et, en disant cela, je me traînai à mon domicile, où je me couchai.

LE PRÉSIDENT.--Pourquoi ne pas revenir au poste?

GYBLOTTE.--Parce que je serais tombé en ruine. Je parie que l'on m'aurait enlevé un bras ou une jambe rien qu'en me posant la fourchette dans le dos.

Le président condamne le délinquant à une garde hors de tour, et lui recommande de se méfier à l'avenir des portraits à la minute.

GYBLOTTE.--Quand j'y retournerai, il fera ch... non, il fera froid. (Rire général.)

--Un diseur d'anecdotes raconte les facéties suivantes:

«J'ai lu autrefois, dans les Mémoires de M. le maréchal de ***, qu'il examinait toujours le soir ce qu'il avait dépensé le jour; et comme il avait donné cent écus au maître d'hôtel qui le servait, pour faire la plus grande chère qu'il pourrait à sept ou huit personnes de l'un et de l'autre sexe, et de qualité, ce maître d'hôtel lui porta ses comptes, lorsqu'il était près de se coucher. Dans son mémoire, il ne trouva que quatre-vingt-dix écus pour la dépense du repas, et M. le maréchal lui dit après l'avoir lu: «Faites que le compte soit juste, si vous voulez que je l'arrête.» Le maître d'hôtel descendit au même instant, rapporta le compte après avoir ajouté au bas: «_Item_, dix écus pour faire les cent écus.»

Le savant Bouilleau, que son père, procureur, envoyait étudier à Paris, fit un mémoire pour rendre compte des dépenses qui avaient employé l'argent qu'il avait reçu. Il exagéra par plus de soixante _item_ jusqu'aux moindres minuties, et, comme il n'y trouvait pas encore son compte, il mit au bas d'un article: _Item, mon père, il faut vivre_.»

--«Je suis si malheureux, disait Saint-Péraire, que si je me faisais chapelier, personne n'aurait plus de tête.»

--«Au 15 septembre 1848, _je paierais_ à M. Coquardeau la somme de trois cents francs.»

--Après?

--Eh bien! payez-moi, c'est aujourd'hui le 15.

--Impossible, je n'ai pas d'argent.

--Que m'importe! vous m'avez souscrit un billet.

--C'est vrai; mais il y a un _s_ à _je paierais_.

--Après, Monsieur?

--Après?... vous n'êtes pas fort: l'_s_ indique le conditionnel, par conséquent, je ne vous paie pas, puisque c'était à condition... que j'aurais de l'argent.

--Quelqu'un, à Paris, pour se moquer d'un provincial, cherchait à lui faire des questions singulières. Il lui demanda, un jour, en compagnie: «Qu'est-ce qu'une obole, une faribole et une parabole?» Le provincial, sans se déconcerter, lui répondit: «Une parabole est ce que vous n'entendez pas; une faribole, ce que vous dites; une obole, ce que vous valez.»

LE PÈRE COUPE-TOUJOURS.

LE JUGE, au marchand de galette.--Vous avez fait assigner le sieur Bazoteau. Qu'avez-vous à dire?

LE MARCHAND DE GALETTE.--J'ai à dire de lui que c'est indigne. Voilà ce que j'ai à dire.

LE JUGE.--Mais, encore, expliquez-vous.

LE MARCHAND DE GALETTE.--Ah! mon Dieu! c'est tout expliqué; monsieur est cause que j'ai perdu toutes mes pratiques... Voilà tout... Il me semble que c'est bien assez, cristi!

BAZOTEAU.--Allons donc! vous voulez rire.

LE MARCHAND.--Du tout, du tout... Moi, un des principaux marchands de galette du boulevard... vous m'avez mis dans le pétrin. (Rire général.)

LE JUGE.--Comment cela?

LE MARCHAND.--Monsieur est fabricant de lunettes... J'avais perdu les miennes, il m'en fournit... Et v'lan! comme par enchantement, voilà toutes mes pratiques qui filent chez le marchand d'à côté.

LE JUGE.--Mais, enfin, pourquoi?

LE MARCHAND.--Pourquoi! Parce que depuis ce moment je suis là à me croiser les bras et les jambes comme un commissionnaire; je chauffe mon four, je mets la main à la pâte, j'aiguise mes couteaux, et moi, _père Coupe-Toujours_, je ne coupe plus rien du tout. Voilà pourquoi. (Longue hilarité.) Du reste, en voici la raison.

LE JUGE.--Ah! c'est bien heureux.

LE MARCHAND.--Monsieur, que voilà, au lieu de me fournir du petit zéro, qui est mon numéro, m'a mis des verres grossissants, oh! mais grossissant au point que je trouvais les plus petits morceaux toujours trop gros, et que je finissais par ne plus rien donner du tout de pâte ferme pour deux sous... (Rire général.)

BAZOTEAU.--Ah! c'est pour ça?

LE MARCHAND.--Vous pensez bien que ce n'est pas le moyen de faire son beurre; aussi je suis bientôt resté sur le flanc. (Rire.) On ne m'appelait plus que le _père Coupe-Trop-Court_. (Rire général.)

BAZOTEAU.--Ça ne me regarde pas, c'est votre femme qui m'a demandé les verres que j'ai mis. Elle trouvait que vous serviez trop largement la pratique.

LE MARCHAND.--Elle est bien avancée, à présent que je ne la sers plus du tout. (Nouveaux rires.)

Pour comble de malheur, Bazoteau est renvoyé de la plainte, et le marchand de galette est condamné aux dépens.

LE PÈRE COUPE-TOUJOURS À SA FEMME.--Chaud! chaud! là, j'espère que vous m'en faites avaler... des brioches... Pour une marchande de galette, madame mon épouse, vous êtes une fameuse galette. (Longue et vive hilarité.)

--En creusant des fondations à Écouis (Eure), on a trouvé un squelette et deux crânes dans un même tombeau. Les archéologues ont prétendu que le squelette était celui de Pierre III de Roucherolles, seigneur d'Écouis; mais comment expliquer les deux crânes? Le sieur P. a découvert une solution; il a mis les deux crânes sur un rayon de sa bibliothèque, et il explique gravement aux curieux «que le petit crâne appartenait à Pierre de Roucherolles encore enfant, tandis que le plus gros était sa tête lorsqu'il fut devenu homme!»

--Un fermier écossais, qui ne savait ni lire ni écrire, et qui avait quelques épargnes, voulut faire donner de l'instruction à son fils, et l'envoya dans un pensionnat d'Édimbourg. Après y avoir passé deux années, le jeune homme revint chez ses parents, et rentra dans la ferme au moment où son père et sa mère se mettaient à table devant un plat de viande et un plat de légumes.

Après les embrassements d'usage, le fermier dit à son fils, tandis que la mère préparait un troisième couvert:--Eh bien! garçon, as-tu bien employé ton temps?--Es-tu devenu savant là-bas?--Oh! que oui, père, répondit l'écolier avec suffisance.--Sais-tu compter, surtout, garçon?--J'étais le plus fort en arithmétique, répondit encore le jeune drôle, et je puis vous donner la preuve que je sais faire des comptes que ne feriez pas vous-même.--Je ne dis pas non... Mais voyons la preuve de ton savoir.--Voilà: Combien croyez-vous avoir de plats sur votre table?--Deux, répondit le père: un plat de mouton, un autre de pommes de terre.--Eh bien! vous vous trompez... Il y a trois plats sur votre table.--Pardi je serais aise d'entendre ton raisonnement à l'appui de ce compte-là.--Rien de plus facile; nous disons: plat de mouton, ça nous fait un; plat de pommes de terre, ça nous fait deux; j'additionne, et je dis: un et deux font trois.--C'est juste, dit le fermier. Pour lors, je vais manger un plat, ta mère mangera le second, et toi tu mangeras le troisième en récompense de ton savoir.

--On lisait dans un journal de 1848:

«En entendant les crieurs hurler sur le boulevard: _Le Journal_, par Alphonse Karr et son supplément, on se demandait naturellement si ce supplément était l'associé de M. Alphonse Karr, ou tout simplement une double feuille de papier. Cette tournure de phrase nous rappelle l'embarras de ce brave homme, propriétaire d'un bain sur la Seine, qui passa toute sa vie à rédiger l'enseigne de son établissement et n'y put jamais parvenir. Il avait d'abord trouvé _Bains à quatre sols pour les femmes à fond de bois_. Mais il vit qu'on riait: il changea en _Bains à fond de bois pour les femmes à quatre sous_. On rit encore plus, et sa clientèle, se trouvant insultée, l'abandonna; il mourut de désespoir de n'avoir pas pu rédiger son enseigne convenablement.»

--J'ai lu autrefois, dans une publication périodique, intitulée avec un peu de vanité _Recueil encyclopédique belge_, une page singulière, intitulée _Pensées sur l'homme_. Il m'a semblé tout d'un coup que ces pensées avaient été écrites par un homme marin. Vous allez juger comme c'est liquide:

Première pensée: «Vois le _ruisseau_; il fuit...; enfin il va se perdre dans la _mer_.» N'est-il pas vrai que c'est là un début très-mouillé?

Deuxième pensée: «Un _océan_ d'amertume environne l'esprit de l'homme, comme l'immensité des _eaux_ enveloppe la terre.» C'est encore de l'humidité.