Des postes en général, et particulièrement en France

Part 10

Chapter 103,648 wordsPublic domain

L’envoi des sommes d’argent déposées dans les bureaux de poste, qui, après avoir eu lieu de bureau à bureau, avait été restreint à Paris seulement, cesse également d’avoir ce cours; les directeurs restent chargés de cette recette, et s’en débitent journellement. L’excédant des produits accrus par cette mesure continue à être versé dans les caisses des receveurs particuliers des finances.

Il est fait défense aux étrangers et particulièrement aux Anglais résidant en France, d’expédier leurs lettres par l’intermédiaire de leurs ambassadeurs. Nous avons déjà remarqué combien un abus de cette nature avait nui aux recettes des postes.

Une convention est conclue, par la médiation de M. le duc de Doudeauville, entre les maîtres de poste et les entrepreneurs des messageries, rue Notre-Dame-des-Victoires, à Paris[121]. Elle a pour objet de rendre ces derniers exempts du droit de 25 centimes envers les premiers, à la condition d’employer les chevaux de la poste à la conduite de leurs voitures.

[121] Un semblable traité n’a pu être encouragé qu’à cause des avantages qui doivent en résulter pour les maîtres de poste. On a dû chercher à compenser la privation des priviléges qui leur avaient été accordés originairement, et qui leur ont été retirés en 1790. Les exemples passés, et celui plus récent de la perte de trois cents chevaux occasionnée par le poids des voitures établies en 1791; l’état des routes; les ressources présumées des maîtres de poste pour conduire avec un égal succès les nouvelles malles et les messageries qui en diffèrent, tant par leur pesanteur que par leur surcharge; la réduction (au moins d’un tiers) des recettes sur les voyageurs, suite naturelle d’une concurrence tout au désavantage de l’administration, causée par l’infériorité des prix des messageries; tout, dis-je enfin, a dû être subordonné à une expérience de plus de trois siècles, pour assurer à ce nouveau mode d’organisation la stabilité qui réalisera les espérances tant de fois déçues des maîtres de poste.

En établissant les malles-postes sur les principales routes du royaume, M. le duc de Doudeauville s’est proposé, sans doute, d’étendre le bienfait de cette mesure à toutes celles où le besoin des relais le commande si impérieusement.

Il est aisé de prévoir les avantages qui en résulteraient pour les maîtres de poste, dont les chevaux seraient constamment employés à leur véritable destination, pour le public qui verrait plus de sécurité dans le transport des dépêches confiées aux seuls agens de l’administration; enfin, pour les entrepreneurs mêmes de ces services, qui, séduits par les prix toujours réduits à chaque bail qu’ils en retirent, cherchent à s’opposer, par ce faible avantage, aux concurrences qui s’élèvent continuellement. Elles cesseraient dès l’instant que l’administration userait de son privilége exclusif, et la ruine d’un grand nombre d’individus, qui ne savent sur quelle branche d’industrie porter leurs capitaux, serait arrêtée par l’effet de cette mesure aussi politique que morale.

La guerre entreprise en 1823, pour la délivrance de l’Espagne, exige de nouveau que le paiement à vue des reconnaissances adressées aux militaires de terre et de mer soit rétabli.

Elle donne lieu à une instruction réglementaire sur l’organisation des postes d’armée, dont le service ne pouvait être assujetti aux mêmes mesures que celui des postes civiles. De tout tems, dans des circonstances semblables, elles subirent diverses modifications; mais elles furent toujours maintenues sous la dépendance de l’administration générale.

Leur composition est réglée d’après les bases suivantes: Un agent supérieur, sous le titre de commissaire[122], est chargé de les diriger. Il réside au grand quartier-général, travaille ou correspond seul avec l’intendant-général, pour tout ce qui concerne le service des postes militaires. Il a sous ses ordres des inspecteurs, des directeurs, des contrôleurs, des employés et sous-employés: on comprend sous cette dénomination les courriers et les postillons.

[122] M. le marquis de Regnon.

Il était facile de prévoir les dépenses[123] que devait occasionner la création d’un service de cette importance dans un pays où les libérateurs faisaient eux-mêmes les frais de leurs victoires; elles se sont élevées à 2,422,167 fr. Les estafettes journalières ont beaucoup contribué à l’augmentation de ces frais.

[123] L’établissement de la ligne télégraphique de Paris à Bayonne a coûté 300,000 francs.

En 1824, ce service a subi des modifications qui ont été reglées par les conventions faites, au nom des deux puissances, par le marquis de Talaru, ambassadeur de France, et le comte Ofalia, premier secrétaire-d’état, surintendant-général des courriers et postes d’Espagne et des Indes.

On y remarque, entr’autres articles, que toutes les lettres de service de l’armée française, qui seront contresignées, seront reçues aux bureaux ordinaires de poste, et remises franches de port;

Que les estafettes, courriers et voyageurs militaires paieront les chevaux et autres rétributions de poste sur le même pied que les courriers espagnols: ils seront, ainsi que les convois militaires, transports de vivres, équipemens et munitions, exempts des droits de chaîne établis pour l’entretien des routes;

Que pour la sûreté des communications et de la correspondance, le gouvernement espagnol fera placer des postes qui seront disposées de manière à pourvoir au service des escortes, pour les convois, expéditions d’effets ou approvisionnemens, officiers en mission et courriers de l’armée française;

Que les employés des postes de l’armée française seront chargés de l’expédition et de la réception de la correspondance française; le transport des dépêches closes sera exécuté par les courriers ordinaires du service espagnol, sur toutes les routes où il n’y aura point de malle française établie. Il sera ouvert un livret d’émargement pour constater la remise qui sera faite des dépêches, tant pour le départ que pour l’arrivée, entre les deux offices français et espagnol;

Enfin, que dans les petites garnisons et cantonnemens où il n’y aurait pas d’employés de la poste française, la correspondance pour le service arrivera contresignée, et elle sera remise, franche de port, par le directeur de la poste civile.

Plus tard, l’armée d’occupation ayant été considérablement réduite, le service des postes françaises en Espagne a été supprimé. Le transport des dépêches a lieu par l’entremise des postes espagnoles, et les payeurs de l’armée française sont chargés de les expédier et de les recevoir.

M. le comte de Kerespert est nommé administrateur des lignes télégraphiques.

Une nouvelle instruction pour la poste aux chevaux était devenue indispensable, tant pour éclairer les maîtres de poste sur leurs obligations, que les voyageurs sur leurs droits. Les nombreuses modifications apportées par les circulaires en rendaient l’interprétation sujette à des contestations sans cesse renaissantes et auxquelles il était tems de mettre un terme. Tous ces élémens rassemblés dans un nouvel ordre ne laisseront plus d’incertitude sur l’application des mesures réglementaires relatives à la poste aux chevaux.

On voit combien les heureuses réformes introduites par M. le marquis d’Herbouville, continuées avec le même succès par M. de Mezy, ont reçu de développemens par les soins de M. le duc de Doudeauville[124], sous la direction duquel l’organisation des Postes a atteint un grand degré de perfection.

[124] Il est juste de dire aussi qu’il a été parfaitement secondé, dans ces utiles améliorations, par les lumières, le zèle et l’expérience de MM. de Bouthillier, Gouin et de Rancogne, administrateurs des Postes, qui ont concouru de tout leur pouvoir à en assurer le succès.

Tout prouve que l’administration de M. le marquis de Vaulchier[125], appelé à succéder à M. le duc de Doudeauville, nommé ministre de la maison du Roi, dans cette charge aussi élevée qu’importante, ne sera pas moins remarquable que celle de ses prédécesseurs.

[125] 18 août 1824.

M. Barthe-Labastide remplace, presqu’à la même époque, M. de Bouthillier, nommé directeur général des eaux-forêts.

On a pu juger, au milieu des variations que les Postes ont subies depuis leur création, que les bases sur lesquelles elles reposent n’ont pu être renversées.

D’après l’édit de leur fondation, des relais étaient établis de quatre lieues en quatre lieues sur les grands chemins, où on entretenait des chevaux propres à courir le galop pendant leur traite; chaque relais était dirigé par un maître chargé de conduire ou faire conduire les courriers porteurs des dépêches et munis d’un ordre du grand-maître, ainsi que les voyageurs ayant des passeports: tous les courriers devaient suivre les routes où les relais étaient montés, afin de faire constater leur activité et leur ponctualité à remettre les paquets qui leur étaient confiés.

Certes, dans ce peu de mots, il serait impossible de ne pas reconnaître l’organisation actuelle des postes. Les maîtres ont conservé leur dénomination primitive, les relais leurs distances, les courriers la même responsabilité constatée par le port d’aujourd’hui[126].

[126] Feuille signée par les agens des Postes, qui indique le nombre des dépêches que le courrier reçoit pour les remettre sur les divers points de la route qu’il doit parcourir.

Que restait-il à faire pour étendre les bienfaits de cette institution toute politique? Il ne fallait qu’établir les relais suivant les localités, et multiplier le nombre des bureaux de poste à mesure que les relations augmentaient. Les progrès furent si rapides, qu’en moins de deux siècles on comptait plus de mille relais occupés par des maîtres de Poste, qui entretenaient des chevaux pour le service public des dépêches et des voyageurs qu’ils conduisaient en voitures; neuf cents bureaux, où le travail des lettres dirigées avec ordre sur tous les points de la France se faisait, sous la surveillance d’inspecteurs, par des directeurs, des contrôleurs, des commis, des facteurs et des distributeurs. Tout était déjà si bien ordonné, que des cartes géographiques indiquaient la position des bureaux sur lesquels les lettres devaient être acheminées; que des tarifs en fixaient la taxe, et que la marche des courriers n’éprouvait aucun retard, même dans la saison la plus rigoureuse de l’année.

Quels changemens remarque-t-on aujourd’hui? Une augmentation dans les relais, qu’on peut porter à 1463; dans le nombre des bureaux de poste[127], qui est de 1371, non compris les distributions; un accroissement dans les produits; une activité aussi merveilleuse dans le travail, mais facilitée par des moyens plus perfectionnés. Quelques variations dans les dénominations attachées aux emplois supérieurs, auxquels les mêmes attributions étaient dévolues, constatent-elles une création? Ces légères modifications ne peuvent en avoir le caractère. Mais tout ce qui tient à l’organisation des Postes se reproduit ici comme il y a plus d’un siècle. Les surintendans généraux et leurs conseils sont remplacés par les directeurs généraux et les administrateurs; les inspecteurs remplissent les mêmes fonctions; les directeurs chargés des mêmes opérations, ont la même responsabilité; les contrôleurs exercent encore la même surveillance sur ce travail auquel les commis participent comme par le passé; les facteurs, les distributeurs portent et remettent les missives de la même manière; les courriers employés au transport des dépêches sont toujours responsables de celles qu’ils reçoivent; les maîtres de Poste fournissent exclusivement des chevaux au terme des réglemens; et les postillons conduisent, comme dans l’origine, les voitures, ou accompagnent les voyageurs qui courent à cheval.

[127] Il était de 1541; mais ce nombre a été réduit depuis plusieurs années.

Le mouvement journalier et continu qui a lieu entre Paris et les provinces, peut donner une idée du travail et des opérations des Postes.

Le nombre des lettres taxées, qui circulent annuellement par la Poste, est de 60 millions; celles expédiées en franchise peuvent être portées à pareil nombre; ce qui forme un total de 120 millions de lettres ou paquets transportés par la Poste.

La petite Poste perçoit annuellement, à Paris seulement, quatre millions et demi environ[128], à peu près le sixième des produits que rendent les Postes. Le maximum des recettes a lieu en janvier, et le minimum, en septembre. On jette tous les jours dans les boîtes de la capitale 25 ou 30 mille lettres, dont 8 ou 10 mille pour la petite-poste, et 35 mille feuilles périodiques ou prospectus. On met en rebut, chaque année, près de 144,000 paquets pour Paris seulement.

[128] 1815, 3,802,343. 1816, 4,179,507. 1817, 4,269,074. 1818, 4,376,267. 1819, 4,375,300. 1820, 4,353,025.

Les registres, états et autres imprimés[129] destinés spécialement aux opérations, soit journalières, soit mensuelles, sont multipliés à l’infini. Les réglemens, les circulaires, les ordonnances, modifiés sans cesse par de nouvelles instructions, sont aussi très-nombreux; et, malgré tous ces détails, le travail doit être d’une célérité extrême et d’une exactitude rigoureuse dans les calculs.

[129] Ceux qui sont employés pour toutes les opérations relatives aux Postes, s’élèvent à plus de 1200.

Qu’on juge, par cet exposé d’un pareil service, de l’ordre, du soin, de la scrupuleuse attention des agens des Postes à classer, taxer et diriger ces innombrables missives, afin de leur faire suivre la seule direction convenable pour éviter le moindre retard dans la réception; de l’intelligence nécessaire pour interpréter le code si étendu qui leur sert de guide dans ces opérations aussi délicates que rapides. Nous ne parlerons point des états et des pièces qui servent à établir une comptabilité de cette nature, et qui leur rendent la science des chiffres si familière. Il y a dans tout cela plus qu’une simple manipulation de lettres, et moins que de la routine.

L’accroissement du produit des Postes a été prompt dans l’espace d’un siècle; mais on n’y remarque plus d’amélioration dans les époques suivantes. La comparaison des trois périodes des Postes, qui embrassent le tems où elles sont devenues profitables aux revenus du Roi, fera naître les réflexions de l’observateur.

En 1663, la ferme des Postes rapporte, pour la première fois 1,200,000 fr. En 1788, 12,000,000 En 1825, _régies pour le compte du Roi_ 12,690,000[130].

[130] Les produits bruts des postes ont été, en 1823, de 25,350,000 fr., et sont portés, par prévision, à la même somme pour 1825. La dépense est de 12,660,000 fr.; la taxe fictive des paquets qui circulent en franchise, peut être portée à 18,000,000.

La progression de la première à la deuxième offre une amélioration sensible, et dans l’organisation et dans les produits; mais aucune différence notable ne paraît exister de la deuxième à la troisième, malgré les innovations qu’on a introduites dans les Postes, la surveillance qu’on exerce sur toutes les parties qui les composent, le système de comptabilité opposé à la gestion des fermiers-généraux, enfin, l’augmentation du port des lettres qu’on peut évaluer à moitié.

Si l’on voulait en chercher la cause, on la trouverait peut-être dans les moyens de correspondre qui n’ont pas multiplié les relations en les rendant plus fréquentes; dans les frais pour faire parvenir les lettres sur les points les plus reculés du royaume, soit trois fois la semaine, soit même tous les jours, et avec une accélération telle, qu’elles mettent à peine 40 heures pour parcourir une distance de 100 lieues et être remises aux destinataires; dans la facilité de voyager plus promptement et à bas prix, ce qui a porté la plupart des négocians et des fabricans à expédier des commis qui entretiennent ainsi les liaisons ou en forment de nouvelles. Cette facilité de se transporter rapidement d’un lieu à un autre est si remarquable, qu’où l’on mettait autrefois dix jours, il ne faut plus aujourd’hui que soixante-dix heures. Il en est de même des distances qui n’étaient parcourues qu’en trois jours et qui le sont actuellement en douze heures. Il y a, comme on le voit, économie de tems et de dépense, et par conséquent, diminution de correspondance. Ne doit-on pas aussi conclure de là que le transport frauduleux des lettres et paquets n’ait pris encore de l’extension par la fréquence des occasions moins coûteuses que la Poste.

Mais la principale raison, n’en doutons nullement, est dans l’état actuel de la société dont les postes ont étendu successivement les relations, satisfait les besoins, multiplié les ressorts, et établi, par un concours réciproque et régulier, ce mouvement nécessaire à sa conservation. Tant que ce but n’a pas été atteint, les avantages qu’elles lui procuraient ont dû être en proportion de la perfection vers laquelle tendait cet établissement. Il y semble parvenu, et on ne doit pas raisonnablement espérer de voir les produits des postes subir d’augmentation notable.

Ce qui appartient essentiellement à notre époque, c’est l’ordre introduit dans les recettes et les dépenses par des hommes habiles qui ont perfectionné les nouveaux systèmes de comptabilité; c’est cet ensemble de tant de rouages et d’opérations portées à l’infini et ramenées, avec un art surprenant, au point central d’où tout émane; ce sont, enfin, ces bases larges sur lesquelles repose une administration tellement importante que rien ne peut en entraver la marche rapide et régulière, ni en suspendre, sans danger pour la société, le mouvement continu.

Cette institution, n’en doutons point, reprendra toute son influence primitive sous un Roi qui, à l’exemple de ses prédécesseurs, est si digne de la faire fleurir dans l’intérêt de la morale publique; et les postes, enfin, seront moins considérées par leurs produits que par leurs rapports politiques et sociaux.

TROISIÈME PARTIE.

DES POSTES CHEZ TOUS LES PEUPLES.

Nous avons vu de quelle manière les postes, après avoir été établies en Orient, se sont répandues chez quelques nations de l’Occident, et plus particulièrement en France. Nous désirerions compléter notre travail en suivant leur histoire chez tous les peuples du monde. Mais, si elle se réduit pour le plus grand nombre à quelques notions générales, du moins est-elle susceptible d’offrir plus d’intérêt en Europe, où les Français ont été les premiers à introduire ce moyen rapide de correspondre avec régularité. A la gloire d’avoir été les créateurs de cette institution chez les modernes, se joint, pour eux, celle de l’avoir portée à un point de perfection auquel leurs imitateurs ont vainement cherché à arriver jusqu’à ce jour.

ALLEMAGNE.

Ce ne fut qu’un demi-siècle après l’introduction des postes en France, que l’Allemagne suivit, la première, cette heureuse impulsion, qui devait se communiquer insensiblement à toute l’Europe.

Le comte François de Taxis les établit vers la fin du règne de Maximilien I.er, et en eut la direction générale, après avoir été autorisé à faire les avances qu’exigeait une institution de cette importance. L’empereur, qui avait toujours de grands intérêts à ménager avec son petit-fils l’archiduc Charles, souverain des Pays-Bas, voulut que les premières postes fussent mises en activité, de Bruxelles à Vienne, avec l’agrément des états dont cette route traversait le territoire.

Cet établissement reçut de grandes améliorations sous le règne de Charles-Quint, par les soins de Jean-Baptiste de Taxis; et Philippe II prolongea un embranchement de sa poste d’Italie, pour joindre celle des Pays-Bas à Augsbourg.

L’empereur Mathias, en récompense des services importans que ne cessaient de lui rendre les princes de la maison de Taxis, dans la conduite de cette entreprise déjà si répandue, érigea la surintendance générale des postes d’Allemagne en fief de l’empire, en faveur de Lamoral, baron de Taxis et de ses descendans. Et, comme les successeurs de Charles-Quint possédaient l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas et une partie de l’Italie, le titre de grand-maître des postes de tous ces états y fut attaché. Elles portèrent même pendant long-tems la dénomination de postes espagnoles.

Les changemens survenus dans l’empire d’Autriche ont restreint les priviléges accordés aux princes de la maison de Taxis. Ils n’ont conservé que la direction des postes féodales d’Autriche, de Hanovre et de quelques autres parties de l’empire[131]. C’est là aussi qu’on remarque la régularité et la célérité qui contribuent à donner à ce service une supériorité que les princes de Taxis tiennent sans doute à honneur de transmettre à leurs successeurs, comme ils l’ont reçue de leurs ancêtres, auxquels les empires du nord doivent cette institution.

[131] M. Randel a porté le nombre des officiers et commis employés autrefois dans leurs postes, à 20,000, et le produit net auquel elles s’élevaient à un million de rixdalers; selon d’autres, à un million de florins.

M. le comte de Nadardy, président de la Chambre aulique, est directeur-général des postes et des messageries impériales et royales.

L’administration des postes de chaque province est confiée à un directeur principal, dont dépendent des directeurs particuliers. Le directeur des postes à Vienne, par exemple, est administrateur des bureaux de toute la province de la Basse-Autriche.

M. le baron de Lilsen, conseiller aulique, chambellan de l’empereur, intendant-général des postes étrangères, est chargé, conjointement avec M. le prince de Metternich, de tout ce qui est relatif aux offices étrangers.

Le transport des dépêches se fait, généralement, dans les provinces, par des charrettes[132] ou carrioles légères, découvertes, à quatre roues, attelées d’un cheval; et, lorsque la correspondance l’exige, et qu’on est forcé d’expédier deux grandes valises, placées sur le devant, on ajoute un autre cheval que conduit, de la voiture, le postillon assis dans le fond.

[132] Dans la partie sous la dépendance des princes de Taxis, ces voitures offrent plus de commodité et de perfection.

Les postillons, distingués autrefois par une petite trompe brodée sur leur habit de drap jaune, en portaient une autre en argent qui servait à annoncer leur départ, leur arrivée, ou à faire ouvrir les portes des villes pendant la nuit. Ils avaient aussi un petit écusson sur lequel était gravé le nom du lieu d’où ils étaient expédiés. Ces postillons conservent encore ces divers attributs.

De semblables distinctions varient suivant les états. En France, par exemple, les postillons se servent, comme dans l’antiquité, seulement d’un fouet, dont le bruit, habilement modifié, suffit pour faire connaître l’instant de leur départ, celui de leur arrivée, ou leur passage sur la voie publique, afin de prévenir tout retard, ou d’éviter tout accident.

Les distances entre les relais n’ont aucune uniformité. Il arrive souvent de faire sept milles avant de trouver un relais; ce qui a lieu entre Wismar et Rostock.

Quant aux routes[133], il y a peu d’années encore qu’on se plaignait de leur état d’abandon. On trouvait aussi que les postillons[134] s’occupaient plus de soigner leurs chevaux[135] que de contenter les voyageurs. Il existait un impôt sous le nom de shimrr[136], qui consistait à graisser les roues des voitures, qu’on démontait, à cet effet, à chaque poste. On courait le risque de manquer de chevaux en cherchant à se soustraire à ce tribut onéreux.

[133] M. de Meiners assure que les chemins du midi l’emportent sur ceux du nord. On s’occupe à établir des routes en fer en Bohême. Celle entre Budweer et Mauthausen est entreprise. Les travaux préparatoires pour celle entre Prague et Scilsen, ont déjà eu lieu.