De la télépathie: Étude sur la transmission de la pensée

Chapter 1

Chapter 13,726 wordsPublic domain

Produced by Suzanne Shell, Renald Levesque and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))

Publications de L'IDÉE LIBRE.--Brochure n° 30.

Emile HUREAU

DE LA TÉLÉPATHIE

ÉTUDE SUR LA TRANSMISSION DE LA PENSÉE

Éditions de l'IDÉE LIBRE (A. Lorulot, à Conflans-Honorine, Seine et Oise)

1920

DE LA TÉLÉPATHIE

Cette étude est parue d'abord, en partie, dans l'IDÉE LIBRE. Certes, on peut faire des réserves à l'égard de ces phénomènes curieux et de leur interprétation; on peut exiger des garanties et vouloir conserver un esprit scrupuleusement scientifique--il n'en reste pas moins nécessaire d'aborder franchement et avec indépendance l'étude des phénomènes dits occultes. C'est pourquoi nous croyons ne pas sortir de notre rôle d'éducateurs en publiant le texte complet du travail de notre collaborateur M. E. Hureau. L'IDÉE LIBRE

On désigne sous ce nom un ensemble de phénomènes qui révèlent une communication de pensées ou d'images, ou une apparition, à distance, sans intermédiaire matériel et sans le concours des sons ordinaires.

A l'heure où l'on échange des messages par la télégraphie sans fil, entre l'Europe et l'Amérique, à l'heure où le professeur Cessebotani a construit un appareil que l'on peut porter dans la poche et qui sert de «poste-récepteur de télégraphie sans fil»: sorte de chronomètre pourvu d'un cadran rond portant des signes et avec lequel on peut expédier et recevoir des télégrammes dans un rayon de 30 kilomètres;

Alors que l'instituteur F. Duroquier, dans le petit village d'Anché, près de Chinon, a réduit le poste récepteur de télégraphie sans fil à sa plus simple expression, sans antenne extérieure ni complication, et qu'il reçoit dans sa classe, ou plutôt dans le grenier au-dessus, les communications émanant des postes européens, à la grande distraction des petits garçons et petites filles;

Alors que l'on a même songé à utiliser les grenouilles (Voir le rapport de M. Ch. Lefeuvre, à la Société de Biologie du 25 mai 1912) pour enregistrer les signaux horaires que lance chaque jour le poste de T. S. F. de la Tour Eiffel, car la grenouille, dit le savant, est un galvanoscope extrêmement sensible;

Il serait invraisemblable, qu'après toutes ces découvertes, on se refusât à admettre la communication par ondes volontaires entre deux cerveaux, chacun d'eux formant, par le fait, un véritable «poste» qui vaut bien une cuisse de grenouille. Il est certain que de pareils messages sont à tout instant échangés, mais notre ignorance complète de la télépathie nous rend aussi incapable d'utiliser ce moyen de communication qu'un homme du siècle de Louis XIV serait incapable de comprendre ce que veulent dire les signes mystérieux imprimés sur la bande de papier d'un appareil Morse.

Pour nous qui savons que le progrès se fait par la science, par les découvertes et par le perfectionnement de nos sens, nous attribuons à cette question une importance capitale et nous pensons comme le professeur Georges Pouchet, qui écrivait dans le _Temps_ du 12 août 1893:

«Démontrer qu'un cerveau, par une sorte de gravitation, agit à distance sur un autre cerveau, comme l'aimant sur l'aimant, le soleil sur les planètes, la terre sur le corps qui tombe, arriver à la découverte d'une vibration nerveuse se propageant sans conducteur matériel!...

«Le prodige, c'est que ceux qui croient peu ou prou à quelque chose de la sorte, ne semblent même pas, les ignorants! se douter de l'importance, de l'intérêt, de la nouveauté qu'il y aurait là-dedans et de la RÉVOLUTION _que ce serait pour la science, pour le monde de demain_.

«Trouvez-nous donc cela, prouvez-nous cela, et votre nom ira plus haut que celui de Newton dans l'immortalité, et je vous réponds que les Berthelot, les Darwin, vous tireront leur chapeau bien bas.»

Pour communiquer véritablement, il faut s'entraîner et se placer dans un état spécial.

L'Unité de processus est mathématiquement nécessaire dans la nature, et quelles que soient les différences existant entre la force psychique et la force électrique, quelle que soit la différence existant entre la volonté et la matière, toutes ces choses obéissent aux mêmes lois générales. Les courants psychiques, les ondes de pensées engendrent des attractions, des répulsions et des phénomènes analogues à ceux qui s'exercent entre les courants électriques.

La téléphonie sans fil est la transmission à distance de la parole, sans voie spéciale utilisée, ni fil conducteur, ni tube acoustique. Les ondes émises restent invisibles; étant sans sonorité, la parole n'est pas perceptible pendant le parcours. Il faut que le récepteur soit accordé et c'est lui qui prend la vibration, silencieuse en elle-même, et la transforme, pour notre sens auditif, en paroles, en sons.

Henri Hertz a démontré que la propagation des effets électro-dynamiques et d'induction, a lieu d'une façon analogue à celle des ondes sonores et lumineuses à travers l'espace. Deux diapasons étant à l'unisson, touchez l'un d'entre eux, l'autre résonnera aussitôt par sympathie. De même les deux appareils émetteur et récepteur, de la T. S. F., doivent être dans un accord électrique parfait.

Le cerveau émet des ondes particulières plus complexes, qui constituent une pensée qu'un autre cerveau en harmonie avec le premier peut recevoir. Aussi les exemples de télépathie se produisent le plus souvent entre des êtres liés par la sympathie, entre une mère et son enfant, des frères et des soeurs, entre jumeaux surtout.

Les vibrations de la pensée se propagent dans l'éther, ce fluide subtil, expansif, idéal, qui remplit les espaces et qui est le milieu, le médium transporteur de toutes les vibrations: de la chaleur, de la lumière, comme de la pensée. Quand je pense fortement avec mon cerveau physique, à une forme concrète et simple, je reproduis cette forme dans la matière éthérique et j'émets autour de moi des ondes éthériques. Quand les ondes mentales frappent un autre cerveau, elles tendent à reproduire en lui la même image. Ce n'est pas l'image qui est projetée, mais une série de vibrations qui reproduiront l'image. Cela ressemble au téléphone dans lequel ce n'est pas la voix elle-même qui est transmise, mais un certain nombre de vibrations électriques produites par la voix, et qui sont transformées en son dans le récepteur. Si l'on coupe le fil et qu'on écoute sans récepteur, on n'entend rien. Chaque espèce de pensée a un mode vibratoire propre, comme chaque son. C'est ainsi que les vibrations de la pensée, projetées avec intensité, se propagent au loin et peuvent influencer des organismes en affinité avec le nôtre. Des images, des messages flottent dans l'atmosphère, impressionnent les cerveaux ayant un rythme vibratoire semblable dans leurs pensées. De là, beaucoup d'idées, d'inspirations qui nous viennent, que, dans notre orgueil, nous nous attribuons, dont nous voulons nous croire les créateurs, les propriétaires, alors que nous les avons prises au vol, dans l'océan infini des connaissances, où règne le plus parfait communisme, tout le monde y puisant gratuitement.

Dans la T. S. F., l'étincelle électrique de l'appareil émetteur qui répand autour d'elle des ondes vibratoires, correspond au cerveau du suggestionneur; le tube de limaille du récepteur, qui est influencé par ces ondes occultes qui se transmettent instantanément sans souci des distances, c'est le cerveau du lecteur, du sujet, du médium; et pour qu'il y ait transmission, il faut que, dans l'une ou l'autre de ces télépathies, les deux postes soient accordés à l'unisson.

En somme, après avoir nié la télépathie, on s'apercevra que tout est télépathie, c'est-à-dire que tout est une transmission vibratoire à travers le fluide éthérique: qu'il s'agisse du transport de la lumière entre les astres, de l'influence de l'aimant à distance, du transport de la voix humaine ou de la pensée.

_Télépathie_: le vin qui fermente dans les caves au moment où les vignes sont en fleur et qui revient bientôt à l'état normal.

_Télépathie_: les sourciers, les baguettisants, dont le fluide nerveux est influencé par les cours d'eau souterrains ou les dépôts métallifères, cours d'eau et minerais qui émettent des radiations capables de faire osciller la baguette de coudrier que ces hommes tiennent en main.

_Télépathie_: l'expérience suivante: une femelle de papillon bombyx du Japon fut placée dans une cage en plein air aux États-Unis où ce papillon est inconnu; un mâle marqué fut lâché à 4 kilomètres de distance. Ce mâle fut, dès le lendemain, capturé près de la cage. (Piéron, maître de conférences.)

_Télépathie_ aussi le terrible engin construit par l'ingénieur Gabet: torpille que l'on peut diriger à volonté au moyen d'ondes invisibles. Longue de près de 9 mètres et pesant 4.000 kilogs, la torpille automobile, au moyen d'organes électriques très compliqués, placés dans l'engin même, reste constamment sous l'influence du poste qui la projeta dans l'Océan, et dont les ondes, selon la façon dont elles sont émises, agissent différemment sur l'appareil de l'engin qui peut ainsi changer de direction à volonté et éclater lorsqu'on le désire. Mais il y a mieux. Non seulement la torpille obéit à des ordres lointains et occultes, mais elle n'obéit qu'à eux, et les ondes hertziennes lancées par les navires qui tenteraient d'éloigner un aussi gênant voisin n'auraient aucune influence sur le terrible engin.

Reconnaître et admettre partout la télépathie entre les radiations de la matière et nier la télépathie possible entre êtres vivants, est un de ces paradoxes permis seulement à la faiblesse mentale de nos académies savantes...

C'est à Edmond Gurney que nous devons le premier essai d'expérimentation systématique du phénomène télépathique. Et c'est grâce à la _Société de Recherches Psychiques_, de Londres, composée des hommes les plus distingués de l'Angleterre, soit savants, soit philosophes, que l'attention des penseurs a été ramenée sur ces phénomènes. Cette société a publié un volume, sous le titre: _Phantasms of the Living_, où elle a groupé près de 1.500 faits dont elle a pu vérifier l'authenticité.

M. Mariller, maître de conférences à la Sorbonne, en a fait une traduction abrégée en français, précédée d'une magistrale préface de Ch. Richet.

Dans les expériences de la _Société de Recherches Psychiques_, l'opérateur et le percipient étaient placés dans deux salles différentes, ensuite dans deux maisons éloignées. Les pensées à transmettre étaient inscrites par les membres témoins et tirées au sort.

Les cerveaux se perfectionnant et se sensibilisant par l'évolution, le sens télépathique, sorte de sixième sens, sera aussi général et ordinaire que le sens visuel ou le sens de l'ouïe. Il paraîtrait que c'est la glande pinéale qui est l'ébauche de cet organe nouveau, de ce nouveau récepteur vibratoire.

La glande pinéale est un petit organe qui se trouve à peu près au milieu du cerveau. Sa place importante, son enchâssement entre les deux tubercules quadrijumeaux, sa construction, en font un organe mystérieux pour nos anatomos-physiologistes. Que vient-il faire au centre du plus noble organe? L'examen microscopique semble révéler les éléments d'un oeil bizarre: en avant, une sorte de cristallin; en arrière du cristallin, une cavité centrale remplie de liquide; une fausse rétine et comme les rudiments d'un choroïde. Cet oeil pinéal est relié au cerveau par un ensemble de faisceaux nerveux, appelés pédoncules.

Les anatomistes ont voulu y voir un organe atrophié, un sens dégénéré. Un organe déjà en décadence au centre même du cerveau envoie d'évolution, représente une anomalie qui ne nous permet pas de nous incliner si vite devant les conclusions de l'anatomie comparée, mal interprétée dans ce cas. La glande pinéale nous paraît être, au contraire, l'organe télépathique en voie d'évolution. Une forte pensée concentrée entraîne un léger frisson dans la glande pinéale, un courant magnétique s'établit à travers l'éther cérébral et gagne l'éther extérieur pour aller atteindre un cerveau harmonisé, et l'image ou la pensée apparaît à l'oeil pinéal du sujet récepteur.

A l'exemple du docteur Gibert et de Pierre Janet, dont le sujet, Léonie, obéissait à la suggestion à un kilomètre de distance, le docteur Balme avait le pouvoir de transmettre mentalement sa volonté à une demoiselle de Lunéville. Il l'obligeait ainsi à venir dans son cabinet, à Nancy, réclamer ses soins. Un jour, ayant concentré et dirigé vers elle sa pensée, il prononça les paroles suivantes: «Venez, je vous attends par le train de midi.» A l'heure dite, la jeune fille entrait chez lui, disant: «Me voici.»

Le docteur Balme n'était pas arrivé à un tel résultat sans travail. Les premiers essais ne donnèrent aucun résultat. Tous les jours, à la même heure, et pendant longtemps, ils poursuivirent leur tentative. Les pensées échangées furent d'abord contradictoires. Un jour cependant un mot fut perçu avec exactitude; puis, par la suite, des phrases de quatre à cinq mots. Enfin, au bout de deux ans, ils communiquèrent à distance, à n'importe quel moment de la journée, en frappant d'abord quelques coups dans leurs mains[1].

[Note 1: _Bulletin de la Société des Études psychiques de Nancy_, avril 1901.]

Les entraînements ne sont pas toujours aussi longs, cela dépend des deux cerveaux en présence. Dans l'avenir, on commencera jeune, et il y aura dans les écoles de la «Société Future», un cours de télépathie pratique. La fonction crée l'organe. Une fois l'organe télépathique suffisamment développé, nous recevrons les ondes de pensée par la glande pinéale comme nous recevons les ondes sonores par le tympan.

Emile Boirac, correspondant de l'Institut et recteur de l'Académie de Dijon, a écrit un très bon ouvrage sur la _Psychologie Inconnue_. Il y cite (page 269) quelques faits de transmission de pensée, improvisée en quelque sorte, car il n'y a pas eu d'entraînement préparatoire.

C'est en faisant quelques expériences sur la transposition des sens qu'il fut amené à constater la transmission de pensée.

«_Lud S..., les yeux bandés, endormi, venait de déchiffrer les premiers mots d'une carte postale en promenant les doigts sur le texte. Je lui mets entre les mains une photographie qu'il me décrit exactement.--Savez-vous son nom?»--«Pas du tout.»--«Donnez-moi la main et je vais vous le dire mentalement.» Presque aussitôt, il me donna le nom. Je renouvelai cette expérience sur d'autres noms et nous réussîmes très bien._»

Le docteur von Mautner-Marknof a rapporté le cas de «deux époux qui correspondaient entre New-York et Copenhague, chacun d'eux écrivant les nouvelles que l'autre lui communiquait par la pensée.»

Des cas de télépathie accidentelle se produisent fréquemment, et aujourd'hui le nombre relevé en est considérable. Les journaux, il y a quelques années, ont rapporté le fait suivant. Je reproduis ici le récit que le _Rappel_ en a fait en son numéro du 14 janvier 1909, sous le titre: _Un miracle dans les décombres_. Ce rapport est le plus bref. Le récit donné par le _Matin_ du 10 janvier est plus circonstancié. C'était durant le dernier tremblement de terre de Messine.

«_Le député Italien Casciani a raconté, à son retour de Messine, un très curieux cas de télépathie dont il a été témoin.

«Un soldat rêva que sa fiancée, qu'il croyait perdue, et qu'il pleurait, disait qu'elle était vivante et lui demandait de la sauver. Il fit part de son rêve à son capitaine, qui, très obligeamment, lui donna des compagnons et, après de fatigantes fouilles, on trouva, au bout de dix jours, la jeune fille bien vivante.

«M. Casciani, qui est un médecin de talent, a examiné la rescapée et l'a reconnue en bonne santé.

«Elle avait été trouvée couchée dans son lit, à moitié recouverte par les décombres; un seul oeil était libre par lequel elle distinguait très bien le jour et la nuit, mais elle ne pouvait faire aucun mouvement et ne pouvait crier pour appeler au secours. Enfin, elle a pu compter les jours de son ensevelissement et a eu l'intuition qu'elle ne devait pas mourir.

«Dans l'horrible position où elle se trouvait, la jeune fille avait toute sa lucidité d'esprit et sa pensée se reportait naturellement vers son fiancé, qui devait être son sauveur. Ce fut l'amour qui fut son viatique.

«Gageons que l'Eglise verra là un miracle et qu'elle s'en servira pour exalter la foi religieuse des malheureuses populations de la Sicile et de la Calabre, qui n'ont pas encore compris, au milieu des malheurs qui les ont si cruellement frappées, que le Dieu qu'elles adorent serait le plus abominable des criminels s'il existait réellement._»

Un fait curieux s'est produit sous l'autorité judiciaire même, en 1888, au tribunal de Paimboeuf, avec le juge d'instruction H.-G. de Penenpron.

Un vol avait eu lieu, on avait arrêté le voleur, mais l'argent n'avait pu être retrouvé. Le juge d'instruction mit le voleur en communication avec un télépathe, Zamora, qui lut dans le cerveau du coupable la cachette de l'argent dérobé. Les recherches faites d'après ses indications amenèrent la découverte de la somme. Ce fait est judiciairement authentiqué, sous la signature même du juge d'instruction[2].

[Note 2: Voir récit plus détaillé de ce fait dans l'_Hypnotisme_, de Nizet, p. 132.]

Il se produit souvent des cas de télépathie sous forme d'apparitions au moment de la mort. Au milieu de centaines de ces faits contrôlés, je publierai, à titre d'exemple, un seul cas. Ce cas a été complètement authentiqué.

«_Le 14 février 1888, à Londres, Mme Florence Bruce se présenta dans les bureaux de l'India-Office, vers dix heures du matin, pour s'informer de son mari, le capitaine Arthur Bruce, en garnison habituelle à Peshawur, en mission accidentelle devant la passe de Khyber, sur la frontière de l'Afghanistan. Au fonctionnaire qui la reçoit, elle rapporte une apparition qu'elle a eue la veille au soir, au moment de se mettre au lit.

«Son mari s'est brusquement dressé devant elle pour disparaître presque aussitôt. Mais elle avait eu le temps de voir le capitaine vêtu seulement d'une chemise, de son pantalon d'uniforme et d'une paire de bottes. Il n'avait ni armes, ni tunique, ni coiffure. Sa poitrine et ses bras étaient couverts de sang.

«On rassura Mme Bruce en lui assurant que son mari ne pouvait avoir été tué ou blessé sans que l'administration en ait été avertie, et elle rentra chez elle à demi-réconfortée. Mais la nouvelle de la mort de M. Bruce arriva le surlendemain. Il avait été surpris avec sa petite troupe par une bande d'Afridis, au moment où il procédait à sa toilette et il était tombé frappé de plusieurs coups de lance aux bras et à la poitrine. Seulement, la dépêche officielle n'était pas d'accord avec la veuve sur la date de ce triste événement. Mme Bruce plaçait la mort de son mari à la date du 13 février, à une heure correspondant avec celle de son coucher, tandis que le rapport militaire adressé à l'India Office mentionnait que le capitaine avait été tué le 12, soit la veille, à une autre heure.

«L'aventure était déjà extraordinaire, mais le ministre de l'Inde--c'était alors M. Arthur Cross--eut la curiosité de demander une expérience de contrôle et, finalement, il se trouva que c'était Mme Bruce qui avait raison et que le rédacteur du rapport s'était trompé. Le capitaine avait été tué devant la passe de Khyber au moment précis où sa femme l'avait vu apparaître à Londres dans sa chambre à coucher._»

Une dame, à Londres, qui n'avait jamais été sujette à des rêves prophétiques, rêva que son enfant tombait en jouant devant la terrasse de sa maison du Northumberland, et restait étendu comme mort avec un bras cassé. Elle fit part de ce rêve à son mari. On sut bientôt par l'institutrice que le garçonnet était tombé sur un tas de pierres, s'était cassé le bras et était resté étendu sans connaissance[3].

Trousseau soignait chez un jeune homme une ophtalmie rhumatismale, et celui-ci lui dit: «Mon frère jumeau, qui est à Vienne, doit avoir en ce moment la même maladie que moi.» Le médecin rit, mais une lettre de Vienne vint confirmer ce dire quelques jours plus tard[4].

[Note 3: Crowe. _Nightside of Nature_, I, 54.]

[Note 4: Ruxel. _Histoire et philosophie du magnétisme_.]

Je pourrais citer des expériences personnelles. J'ai eu la chance d'être souvent en présence de personnes, femmes particulièrement, ayant grande sensibilité mentale.

Mme F..., sur laquelle j'avais entrepris une étude que des circonstances regrettables m'ont obligé d'abandonner, présentait des facultés vraiment merveilleuses. Sans la prévenir, je lui transmis plusieurs fois ma pensée, qu'elle me redit.

Je l'ai vue souvent présenter des faits comme celui-ci, que je garantis authentique: Mme F..., cause avec une dame sur le trottoir et, au milieu de la conversation, s'écrie: Mais, Madame, je vois votre mari blessé, qu'a-t-il donc?

--Oh! non, répond la dame, mon mari est parti ce matin à son travail et il se porte bien.

--Oui, mais je le vois blessé en ce moment, il saigne, on l'emporte.»

La dame rentre chez elle où on ne tarde pas à lui amener son mari dont l'oeil avait été atteint dans le Métro par une épingle à chapeau.

Lorsque je causais avec Mme F..., chez elle, elle interrompait souvent la conversation pour me dire: «Je vois telles personnes qui viennent me voir; je vais être forcée de les recevoir, cela va nous déranger.» Quelques instants après, elle recevait la visite des personnages annoncés.

Plus tard la sonnette d'entrée retentit de nouveau; en même temps Mme F... dit à son mari: «On va te demander au téléphone». Le mari va ouvrir et le concierge en effet dit: «On vous demande au téléphone.» Pendant que son mari descendait, Mme F... me dit: «C'est Mme Mélo qui demande par le téléphone que j'aille la voir.»

Après quelques minutes, M. F... remonte et, s'adressant à sa femme: «C'est Mme Mélo qui veut que tu te rendes chez elle; j'ai répondu que tu étais grippée et ne pouvais sortir.»

Ces faits sont à l'état constant chez Mme F... Toute la journée, elle reçoit des messages télépathiques, et je m'étais chargé de les contrôler, d'en vérifier le plus grand nombre.

Un soir que je faisais avec Mme F... des expériences de visions astrales ou fluidiques, ou par le sixième sens (peu importe le nom), elle me dit:

«Je vois un _incendie_. Cet incendie provient d'une _explosion_, je sens comme une _odeur_ d'eau jetée sur de la cendre chaude; ce n'est pas à Paris, mais aux _portes de Paris_, dans la direction de Nanterre, mais pas à Nanterre, c'est dans la direction _Nord-Ouest_; il s'agirait d'une _usine_ et je vois d'autres usines à proximité.»

Le lendemain, on pouvait lire dans le _Matin_ (7 décembre 1911):

«Hier soir, une _explosion_ a causé d'importants dégâts dans une _usine de Courbevoie_, 49, rue de Bitche.

«Des vapeurs d'essence de pétrole répandues par mégarde dans l'étuve servant à déshuiler la farine de moutarde prirent feu et une formidable explosion se produisit. Les portes et fenêtres de l'immeuble volèrent en éclats et _l'incendie_ s'alluma immédiatement dans l'usine.»

D'après ce simple reportage, nous constatons que la voyante avait vu juste:

1° L'incendie; 2° par explosion; 3° hors Paris; 4° direction N.-O., aux portes de Paris; 5° dans une usine; 6° dans un pays où il y a d'autres usines.

Quant à l'odeur ressentie par Mme F..., elle peut s'expliquer par l'action de l'essence de pétrole enflammée sur la farine de moutarde.

Olivier Lodge, le grand savant américain, dans son discours à la réunion pour l'avancement des sciences, s'exprime ainsi, au sujet de ces phénomènes: