Part 5
Nous avons connu toutes les boues de cette guerre, qui fut, d’abord, une guerre dans la boue, désespoir des lyriques: boue de Lorraine, boue gluante et dont on n’arrivait pas à se dépêtrer, boue de Champagne, crayeuse et blanchâtre, boue de la Somme et boue de l’Yser: la boue de Verdun est à part, boue de terrain perdu, repris, cent fois conquis et reconquis, et où chaque combat, chaque bataille laisse, comme le flot en se retirant, ses épaves, ses alluvions; et la boue, chaque fois, recouvrait le tout, s’assimilait le tout, pour arriver à former ce mélange où il y avait de tout, où l’on s’enlisait effroyablement, mais où la «récupération» devait être si fructueuse.
Du jour où le commandement décida de tarifer cette «récupération», c’est-à-dire de payer au prorata et suivant un barème fixe ces épaves du champ de bataille, qu’une administration de la guerre, plus sage enfin et plus prudente, souhaitait, la guerre se prolongeant, de ne plus laisser perdre et d’utiliser, toute la plaine de Verdun et tous ses ravins furent sillonnés de chiffonniers héroïques.
On donnait tant pour une fusée d’obus, tant pour un fusil, tant la douzaine de cartouches ou d’étuis de cartouches.
Et la boue de Verdun dut rendre ses trésors et l’on citait des gars qui s’étaient fait plus d’un millier de francs, rien qu’en se promenant ainsi les mains dans leurs poches,--mais en prenant soin de remplir leurs poches de tous ces objets aussi précieux qu’hétéroclites, et même leurs musettes.
C’est vrai qu’il y avait des trésors dans la boue de Verdun, et des trésors aussi de bravoure, d’abnégation et d’endurance; mais ceux-là, on ne payait pas pour les récupérer, c’était une récupération superflue, inutile--c’était par-dessus le marché!...
Ce que l’on ne «récupérera» pas non plus, ce sont les cadavres enlisés dans cette boue, cadavres de jeunes hommes qui dormirent une dernière nuit au faubourg Pavé, cadavres d’Allemands aussi que ne rendra plus la terre de France qu’ils avaient souillée.
Oui vraiment il y avait de tout dans cette boue de Verdun, de tout, du meilleur et du pire, et même du Boche.
Mais on était à une époque, et engagé dans une aventure, où le cœur était devenu aussi froid, aussi dur, que les ossements mêlés à la boue où l’on pataugeait, et que l’on pouvait découvrir au bout d’une botte, en cherchant à «récupérer» la botte...
L’homme de Bezonvaux qui, tout caparaçonné de courroies de bidon, des bidons lui battant les flancs, l’échine et le ventre, était de corvée,--la plus douce, la plus enviable,--de corvée de pinard, l’homme de Bezonvaux qui s’en venait chercher du pinard à l’arrière, n’allait pas s’émouvoir pour si peu, et en attrister cette minute de rare allégresse; la vie humaine, a écrit Barrès, n’avait alors pas plus de prix qu’une cerise au fort de la saison: au juste eût-il prêté plus d’attention à l’aubaine d’une poignée de cerises...
C’est que Bezonvaux était une de ces stations d’enfer, un de ces points sacrifiés du front de Verdun, où quatre jours durant, d’une relève à l’autre, il fallait bien se résoudre à vivre séparés du reste du monde, il fallait renoncer à tout secours humain; la boue, par là, devenait marécage, aucun ravitaillement d’aucune sorte n’y pouvait passer, même les petits ânes que l’on voyait trotter si vaillants le long du ravin.
En sorte que l’arrière,--tout est relatif,--l’arrière et ses délices c’était l’autre côté du marécage, la région où l’on recevait bien encore des obus, certes, mais où l’on pouvait espérer recevoir autre chose que des obus; le paradis, vu de l’enfer de Bezonvaux, c’était l’étang de Vaux.
J’ai gardé de l’étang de Vaux un souvenir extraordinaire. C’était un site ravissant, et qui n’avait pas cette mélancolie que la plupart des étangs prêtent au paysage. Jadis un petit village, plaisant et coquet, se mirait non loin, que fréquentaient les pêcheurs amateurs de fritures, et dont il restait exactement autant que du village de Fleury, c’est-à-dire exactement rien.
Mais je ne pense pas qu’aux jours de fêtes votives, ou pour la plus brillante ouverture de pêche, il y ait jamais eu autour de l’étang de Vaux une foule aussi pittoresque, une animation comparable à celle qu’y apportait le voisinage de la bataille.
Ce n’était pas une animation fiévreuse et guerrière, comme au faubourg Pavé. Il n’y avait ici aucun préparatif militaire, mais seulement des tonneaux en perce, des étalages de boîtes de conserves, du papier à lettres, de la parfumerie!...
Une coopérative divisionnaire avait installé sous des tentes, le long du chemin d’amoureux qui longe capricieusement et surplombe l’étang, comme de petites boutiques de kermesse; et c’était une véritable kermesse où se pressaient les hommes de Bezonvaux et d’ailleurs, où ils oubliaient en une minute et pour une minute la nuit d’angoisse qui avait précédé, et le jour atroce qui viendra,--une kermesse, la kermesse de l’étang de Vaux, la kermesse des fiancés de la mort. Et au-dessus, le fort de Vaux, et là-bas les fumées de Briey...
Quel poète allemand écrira maintenant cette ballade de l’étang de Vaux, car c’est bien un sujet de ballade allemande... Sous la lune, au crépuscule, la brume blanche qui emmousseline l’étang, c’est le linceul des morts de Verdun, qui, à l’entour, se sont couchés un soir dans la boue, sans linceul...
Au moment du départ, près de la voiture à fanion et du peloton de l’escadron divisionnaire, j’aperçois deux civils importants, qui s’entretiennent avec le général et son chef d’État-Major; je les reconnais: c’est M. Abel Ferry et M. Renaudel; des bribes de leur conversation viennent jusqu’à nous: «D’ici à deux jours, la situation sera stabilisée... Il arrive des quantités de troupes...--Il faut que le pays tienne jusqu’à octobre...»--Et ils filent... Au revoir et merci! Nous sommes à Sommelans, installés chez l’institutrice. Comme elle a dû avoir peur!... Le lit est encore défait... C’est un désarroi inouï de papiers, de plumes de chapeaux, de rubans, dans les armoires, les tiroirs renversés, au milieu de la chambre. Et il y a encore des fleurs, de grosses pivoines rouges et blanches sur la cheminée... Elle avait un piano, l’institutrice de Sommelans, et était abonnée aux _Annales_ et aux _Grandes Modes de Paris_.
_31 mai._--Nous avons quitté Sommelans un quart d’heure avant les premiers obus. A Licy-Clignon, à la maison d’école; sur le tableau noir, cette dernière leçon: «Mercredi 29 mai: Instruction civique: la défense nationale.» Et les «travaux à l’aiguille» des petites filles, surjets, points de croix, canevas aux tapisseries ingénues, précipitamment jetés au bas d’un placard. On vide consciencieusement les caves et les basses-cours; ne s’y mêle-t-il pas un scrupule patriotique? Les habitants ont recommandé, en s’enfuyant: «Brûlez plutôt ce que vous n’emporterez pas!...» Chasses aux lapins et aux poules. Et dans chaque maison l’armoire à linge, et l’armoire à confitures... Quelques ivrognes, la chaleur aidant. Un homme d’un régiment qui monte a troqué son casque contre un chapeau haute-forme. Dans une écurie, nous découvrons un petit âne gris; dans un hangar, une charrette abandonnée: nous attelons l’âne à la charrette, pour transporter nos sacs, et les appareils de signalisation. De nouveaux ordres. On nous charge de défendre la ligne de Château-Thierry avec des
troupes que nous ne connaissons pas, des coloniaux, des malgaches. La division s’établira à Crogis, nous à Montcourt. Et nous voici, de nouveau, en route, avec notre âne... Un petit vallon délicieux, quelques vieillards encore sur le pas des portes, dans les jardins; une vieille femme qui lave son linge,--longtemps nous entendons le bruit du battoir, frais, paisible, monotone... La canonnade se rapproche, les mitrailleuses. Hantise de l’infiltration boche, à travers les pentes boisées qui nous entourent, avec la nuit qui vient. On entend les coups de sifflet des patrouilles: patrouilles françaises ou patrouilles allemandes? On décide que l’état-major de la division et celui de l’Infanterie divisionnaire passeront la nuit dans une ferme voisine, plutôt que dans cet étroit vallon de Crogis, inquiétant et peu sûr. Et nous montons à pied à la ferme de la Nouette. Des lueurs d’incendie dans toutes les directions; au-dessus de Château-Thierry, ce sont de continuels éclatements. La nuit est divine. Dans les champs, nous troublons un cochon égaré, deux chèvres blanches. La ferme, immense, est sens-dessus-dessous. Et le général, silencieux et seul, s’assied à l’écart sur un banc, dans la vaste cuisine, dont les cuisiniers ont déjà pris possession, allumant du feu, préparant le café.
_1ᵉʳ juin._--Repli vers Villiers-sur-Marne. Nous ne savons toujours rien des troupes que nous avons devant nous. Départ à cinq heures du matin; nous nous gardons avec nos cyclistes, nos éclaireurs montés; les Allemands seraient sur les hauteurs qui dominent Montcourt et où tient encore l’escadron divisionnaire. Notre départ fait se lever, dans la grande cour, une nuée de pigeons. Et nous chevauchons au milieu des chants d’alouette... Arrêt à la ferme de Beaurepaire. La situation se précise; nous aurons avec nous une brigade de cavalerie (le bataillon pied à terre des hussards), et un régiment américain. Le risque sera donc un peu moins grand de nous faire enlever comme la nuit précédente. Cette ferme de Beaurepaire est une merveille. Quelle vie agréable et saine on devait mener là!... Il y a un billard, un piano, de vieux meubles; et puis un grand attirail de chasse, une collection de cravaches, des éperons... Et toujours l’armoire aux confitures... Voici les Américains qui montent en ligne. Ils avancent comme s’il n’y avait pas de Boches, ni surtout d’avions boches mitraillant les routes. Aucune précaution; une rafale vient d’en coucher une dizaine par terre; et ça n’a pas l’air de les émouvoir autrement: «C’est la guerre!...» Ils ont fait halte devant Beaurepaire. Un Américain se risque à entrer dans la cour pour prendre de l’eau; il prend aussi une poule, qui s’était aventurée trop près de ses longues jambes; d’autres entrent, à leur tour, mis en goût; et ce ne sont bientôt plus qu’Américains avec, sous le bras, deux, trois poulets... Et dans le crépuscule qui vient, au crépitement des mitrailleuses, au bruit sourd de la canonnade, se mêlent les cris des poules effarouchées... C’est la guerre!...
_2 juin._--Réveil à 4 heures du matin. Ça va mal. La division de gauche est fortement pressée, et, à notre droite, la division
Marchand a décidément perdu la partie nord de Château-Thierry. Ordre de faire sauter le pont d’Acy. On m’envoie alerter le colonel américain, et le prévenir qu’il pourrait bien se trouver engagé dans la journée. Il fait d’ailleurs une matinée exquise; je reviens à travers champs. Canonnade intense. Et puis ça se tasse. Vers midi, (après déjeuner), on redevient presque optimiste. On a de meilleures nouvelles de la division de gauche; la progression allemande serait arrêtée de ce côté, du moins pour aujourd’hui. Le cycliste d’un de nos chefs de bataillon, qui avait été fait prisonnier hier, a réussi à brûler la politesse aux Boches. Il est là. Le colonel lui remet la médaille militaire; il ne s’y attendait guère; il est blanc d’émotion. Le colonel se dispose à ajouter cinquante francs de sa poche, pour arroser la médaille; mais tout en causant, il s’aperçoit que ce cycliste est «dans le civil» un gros entrepreneur de maçonnerie qui doit être beaucoup plus riche et gagner beaucoup plus d’argent qu’un colonel; alors le colonel a économisé ses cinquante francs.
_3 juin._--Le colonel L... a planté sa canne quelque part dans le bois; c’est son P. C. Nous sommes auprès de lui, consultant la carte. Tout à coup des obus se mettent à tomber, pas loin, avec le bruit caractéristique, sous bois, des branches brisées. Et je remarque une fois de plus cette affectation que l’on met, en pareil cas, dans un groupe d’officiers, à continuer, comme si de rien n’était, avec plus de volubilité même, la conversation commencée,--simplement un petit clin d’œil de côté, vers la direction où «ça tombe». Ce soir, après dîner, dans la grande cour de la ferme, nous admirons les six cochons qui restent et se vautrent ignoblement dans le fumier,--«ils se camouflent, c’est prudent!» a dit assez plaisamment P..., le chef d’état-major. Et, de fait, six avions boches passent au-dessus de nous, à une assez grande hauteur, en formation triangulaire, comme des canards sauvages. Près de la mare, le major du bataillon américain dort, roulé dans sa toile de tente, son appareil téléphonique suspendu à un arbre au-dessus de sa tête, et à côté, accroché également, un réveille-matin.
_4 juin._--Nous avons été relevés cette nuit par les Américains. Exquise vallée de Domptin, si fraîche et boisée. A Bezu-le-Guery, nous retrouvons le 152ᵉ; son colonel est en train de se raser; il descend en pyjama, sa barbe à moitié faite. Les pertes: 650 hommes, 17 officiers. A Montreuil-aux-Lions, la 2ᵉ division américaine est dans toute la fièvre de l’arrivée et de l’installation; un luxe d’autos, de camions, de side-cars, de motos, et quelle poussière sur cette route! Nous ne sommes plus du tout chez nous, mais en Amérique: et pourtant la jolie petite église qui domine le village est si française! A la mairie, le général Pershing est en conférence avec le général Degoutte: quel sort étrange que celui de ces petites mairies de campagne, qui semblaient uniquement vouées aux comices agricoles et aux conseils de revision, et qui s’inscrivent dans l’histoire par de semblables entrevues et de tels conseils de guerre! La division américaine et la présence du général Pershing ont aussitôt attiré ici une mission de journalistes américains. V... l’accompagne, à qui un député, paraît-il, a déclaré hier à la Chambre: «Nous ne traiterons pas sans l’Alsace-Lorraine. Nous poursuivrons jusqu’au bout la solution militaire!» Fortes paroles! A la Sablonnière, nous allons voir le groupe de chasseurs; les chasseurs en ont supporté de rudes, pendant ces cinq jours: il reste 100 hommes au bataillon de B..., et 250 au bataillon M... Le commandant M... a été cerné trois fois et s’est trois fois dégagé; il est encore frémissant, et il laisse pousser sa barbe. Nous cantonnons à Chamoust, une pauvre petite ferme qui a été saccagée: on suit la trace des troupes en campagne aux plumes de poulet. Autour de la ferme, un bataillon de chasseurs de la division voisine, qui descend comme nous, et un autre bataillon qui monte. Ceux qui montent ont placé des sentinelles aux issues et des avant-postes. Cinq avions boches donnent la chasse à l’un des nôtres et l’abattent. Au loin, la canonnade roule; lueur des départs: c’est l’artillerie américaine qui s’entraîne. Le petit jardin de la pauvre ferme est tout garni de roses, de mères-de-famille, de pieds d’alouette, et d’innocents œillets blancs dont mon ordonnance a mis un bouquet dans ce qui me sert de chambre.
_5 juin._--Et nous voici dans la calme et confortable maison de M. B..., ancien notaire à Saâcy-sur-Marne. Nous sommes venus le long de la Marne. Tristesse de ces petits villages évacués presque complètement, et si verts, si «villégiature à deux heures de Paris». Sur la route, nous doublons les bataillons de chasseurs; et ils ont défilé devant nous au pont de Nanteuil: le 43ᵉ, clairons en tête; il a encore 250 hommes; le 59ᵉ derrière, n’a plus que 100 hommes, et plus de clairons. Et ces hommes défilent encore allègrement, en tournant la tête à droite, et certains avaient mis des fleurs au bout de leur fusil.
_11 juin._--La Ferté-sous-Jouarre. Dans la grande rue, où la moitié des boutiques ont leur devanture fermée, des camions et des camions, amènent des Américains sur la ligne. Une impression de gaîté et de force. Au retour, les camions vides; dans l’un d’eux, debout, un convoyeur, véritable excentric-comic, se démène et fait la parade, coiffé d’un chapeau haute-forme: serait-ce le chapeau que j’avais déjà vu, quand nous retraitions, à Licy-Clignon?
_Sans date._--L’aumônier divisionnaire nous raconte qu’au cours de la retraite, à Dammard, il était arrêté à chaque pas par des soldats--tout un groupe d’artillerie--qui lui demandaient à se confesser, et qu’il confessait là, en pleine rue. Il était débordé, et il a fini par se fâcher: «Vous avez donc peur?»
_Sans date._--Déjeuner chez le commandant M..., à Forchamps, avec les officiers du 43ᵉ B. C. P. et le colonel D... Fanfare, champagne. On a déjeuné sous une tonnelle de fleurs et de branchages, construite en deux heures, ce matin, par les sapeurs du bataillon. Les places vides des camarades tués sont déjà tenues par d’autres.
_Dimanche._--Sur la promenade de la Ferté, le long de la Marne, les petites tentes des Américains, si comiques avec leurs pantalons haut relevés jusque sous les aisselles, des pantalons de clowns. D’aucuns canotent. Un phonographe joue un two-step. Sur un banc, au milieu de cet exotisme frénétique, quelques promeneurs du dimanche, et des enfants qui jouent. Le colonel prend une photo d’un groupe, qui mange la soupe en plein air; un soldat américain s’en aperçoit, pique une pomme de terre au bout de sa fourchette, qu’il tient au port d’armes.
Ces soldats mettent à leur instruction une bonne volonté, une application extraordinaires. Les exercices de tir, les «spécialités» les passionnent; le grand sport c’est, lorsque la mitrailleuse a été démontée, ou le fusil mitrailleur, de se faire bander les yeux pour en rassembler les pièces «comme dans la nuit». Tout de même, comme ils n’avaient pas été payés, paraît-il, depuis leur arrivée à La Ferté, l’autre jour, à l’exercice, pendant la pause, comme les chasseurs qui leur servent de «mannequins» pour les démonstrations et l’entraînement, étaient allongés dans l’herbe, un Américain s’est approché d’un clairon, lui a pris son instrument, et a joué «la solde».
_Sans date._--Instruction américaine. Grand exercice de démonstration, progression de la section, avec incidents figurés: prisonniers boches, barrages (les chasseurs, vautrés dans l’herbe, agitent des fanions rouges pour simuler les lignes d’éclatement), prise de la tranchée ennemie. Deux mille Américains comme spectateurs. Des têtes étonnantes de lutteurs romains ou de clowns excentrics. Les majors, tout jeunes, en bras de chemise, et avec leur insigne au collet de leur chemise. Le général de division, général Cameroun, qui rit aux éclats et crie: «Camarade» à l’épisode des prisonniers.
C’est le général Cameroun qui déclare gravement: «Dans cette guerre, il faut avoir un cinématographe dans la tête!...» A la fin de l’exercice, la fanfare du 59ᵉ joue l’hymne américain. Et alors le colonel du régiment, jusque-là impassible, visage de cinéma pour jouer les _Mystères de New-York_, bondit au milieu de la prairie, en agitant son grand chapeau, et pousse des cris inarticulés, des «you-you», des sifflements aigus en l’honneur de la France, répétés aussitôt par les deux mille Américains. Tout cela, dans un site délicieux de vieille France, un plateau au-dessus de Reuil, avec, au pied, les boucles de la Marne, et, sur les bords de la Marne, une vieille demeure Louis XVI qui contemple cet étrange spectacle de tous les yeux étonnés de ses fenêtres ouvertes.