De la démonialité des animaux incubes et succubes
Part 6
_48. Respondeo quod de fide est, quod posito, quod existant de facto, creata sint a principio Mundi: sic enim definitur a Concilia Lateranensi (Firm. de Sum. Trinit. et Fide cathol.); nempe quod Deus sua omnipotenti virtute simul ab initio temporis utramque de nihilo condidit creaturam, spiritualem et corporalem. Sub illa etenim Creaturarum generalitate etiam illa animalia essent comprehensa. Quo vero ad eorum formationem, decuisse ipsorum corpus a Deo ministerio Angelorum formatum fuisse, sicut a Deo formatum legimus corpus hominis, quia ipsi copulandus erat spiritus immortalis, quandoquidem spiritus incorporeus, et proinde nobilissimus corpori pariter originaliter nobiliori cæteris brutis jungendus erat._
48. Je réponds: Il est de foi, et le Concile de Latran l'a expressément défini, que tout ce qui existe de fait et actuellement, a été créé dès le commencement du monde. Par sa vertu toute-puissante, Dieu a tiré ensemble du néant, à l'origine des siècles, les deux ordres de créatures, spirituelles et corporelles. Or, les animaux en question seraient compris dans la généralité des créatures. Quant à leur formation, on pourrait dire que c'est Dieu lui-même qui, par le ministère des Anges, a fait leur corps comme il a fait celui de l'homme, auquel devait être uni un esprit immortel. En effet, ce corps étant, de sa nature, plus noble que celui des autres animaux, il y avait lieu d'y joindre un esprit incorporel et très-noble.
_49. Tertia interrogatio, an talia animalia habuissent originem ab uno solo, velut omnes homines ab Adam, an vero plura simul formata essent sicut fuit de cæteris animantibus a terra, et aqua productis, in quibus fuerunt Mares, et Fœminæ quæ speciem per generationem conservant? Et si hoc oporteret inter talia animalia esse distinctionem sexus; ipsa nasci, et interire; passionibus sensus affici, nutriri, crescere; et tunc quo alimenta vescerentur, esset quærendum; præterea an vitam socialem ducerent, ut homines; qua politica regerentur; num urbes ad habitandum struxissent; num artes, studia, possessiones, et bella inter ea essent, sicut est in hominibus._
49. Troisième question: Ces animaux descendraient-ils d'un seul individu, comme tous les hommes d'Adam; ou, au contraire, y en aurait-il eu plusieurs de créés en même temps, comme dans les différentes espèces produites de la terre et de l'eau, où se sont trouvés des mâles et des femelles pour se perpétuer par la génération? Ensuite, y aurait-il entre eux des distinctions de sexes? Seraient-ils sujets à naître et à mourir? Auraient-ils des sens, des passions, besoin de nourriture, faculté de croissance? Et alors, quels seraient leurs aliments? Enfin, vivraient-ils en société, comme les hommes? Par quelles lois seraient-ils régis? Bâtiraient-ils des villes pour y habiter? Cultiveraient-ils les arts et les lettres? Posséderaient-ils des biens et se feraient-ils la guerre entre eux, comme les hommes?
_50. Respondeo: potuit esse quod omnia ab uno, velut homines ab Adam, sint progenita; potuit pariter esse, quod ex iis multi mares, et plures fœminæ fuissent formatæ, a quibus per generationem eorum species essent propagatæ. Ultro admitteremus talia animalia oriri, et mori; mares alios, alias fœminas inter ea esse; passionibus, sensibus agitari velut homines; nutriri et crescere secundum molem sui corporis; cibum autem ipsorum non crassum qualem requirit crassities corporis humani, sed substantiam tenuem, et vaporosam emanantem per effluvia spirituosa a rebus physicis pollentibus corpusculis maxime volatilibus, ut nidor carnium maxime assatarum, vapor vini, fructuum, florum, aromatum, a quibus copiosa hujusmodi effluvia usque ad totalem partium subtiliorum, ac volatilium evaporationem scaturiunt. Talia autem animalia civilem vitam ducere posse, et inter ea distinctos esse gradus dominantium ac servientium pro conditione naturæ ipsorum, artesque, scientias, ministeria, exercitia, loca, mansiones, ac alia necessaria ad eorum conservationem, nullam penitus importat repugnantiam._
50. Je réponds: Il se peut que tous descendent d'un seul individu, comme les hommes d'Adam; il se peut aussi qu'il en ait été créé, dès l'origine, un certain nombre, mâles et femelles, qui ont servi à propager l'espèce. Nous admettrons encore qu'ils naissent et qu'ils meurent; qu'ils se divisent en mâles et en femelles; qu'ils ont, comme les hommes, des sens et des passions; que leur corps se nourrit et se développe: toutefois, leur nourriture ne doit pas être grossière comme celle qu'exige le corps humain, mais une substance délicate et vaporeuse, émanant par effluves spiritueuses de tout ce qui, dans la nature, abonde en corpuscules très-volatils, comme le fumet des viandes, et spécialement des viandes rôties, la vapeur du vin, des fruits, des fleurs, des aromates, d'où se dégagent des effluves de ce genre, jusqu'à évaporation parfaite des parties subtiles et volatiles. Que, du reste, ils puissent vivre en société; qu'il y ait entre eux différentes conditions de rang et de préséance; qu'ils cultivent les arts et les sciences; qu'ils exercent des fonctions, entretiennent des armées, bâtissent des villes, et fassent enfin tout ce qui est nécessaire à leur conservation: c'est à quoi je ne verrais, au fond, rien à objecter.
_51. Quarta interrogatio est, qualis esset eorum corporis figuratio, an humanam, an aliam formam, et qualem haberent, et an partes corporis ipsorum haberent ordinem essentialem inter se, ut corpora cæterorum animalium, an vero accidentalem tantum, ut corpora fluidarum substantiarum, ut olei, aquæ, nubis, fumi, etc.; et num substantiæ suarum partium organicarum diversimode constarent, ut organa hominum, in quibus sunt aliæ partes crassissimæ, ut ossa, aliæ minus crassæ, ut cartilagines, aliæ tenues, ut membranæ._
51. Quatrième question: Quelle serait la forme de leur corps? Serait-ce la forme humaine ou quelque autre? Y aurait-il, entre les diverses parties de leur corps, un ordre essentiel, comme on le voit dans les autres animaux, ou seulement accidentel, comme dans les substances fluides, telles que l'huile, l'eau, les nuées, la fumée, etc.? Ces parties organiques seraient-elles composées de substances différentes, comme les organes du corps humain, où se trouvent des parties très-épaisses, telles que les os; d'autres moins épaisses, telles que les cartilages; et d'autres minces, telles que les membranes?
_52. Respondeo, quod quantum ad figuram corpoream nihil certi affirmare debemus, aut possumus, cum talis figura non sit exacte nobis sensibilis, nec quoad visum, nec quoad tactum præ sui corporis tenuitate, ac perspicacitate; qualis proinde vere sit, noverent ipsi, aliique, qui substantias immateriales intuitive cognoscere possunt. Quoad congruentiam et probabilitatem dico, illa referre speciem corporis humani, cum aliquo distinctivo a corpore humano, nisi forte ad hoc sufficiat sua ipsorum tenuitas. Ducor, quia corpus humanum plasmatum a Deo perfectissimum est, inter animalia quæque, et cum cætera bruta in terram sint prona, eo quia anima eorum mortalis est, Deus, ut ait poeta Ovid., _Metamorphos._:_
Os homini sublime dedit, cœlumque tueri Jussit, et erectos ad sidera tollere vultus;
_quia anima hominis immortalis ordinata est ad cœlestem mansionem. Cum igitur animalia, de quibus loquimur, spiritum haberent immaterialem, rationalem, ac immortalem, et proinde capacem beatitudinis, ac damnationis, congruum est, quod corpus, cui talis spiritus copulatur, simile sit omnium animalium nobilissimo, corpori humano. Ex hac positione sequitur, quod ejus corporis partes ordinem inter se essentialem habere deberent; nec enim pes capiti, aut ventri manus conjungi deberet: sed congrua membrorum essentiali dispositione ordinata, ut essent idonea ministeriis propriis perficiendis. Quo autem ad partes componentes ipsarum organa, dico quod necessarium esset, ut nonnullæ ipsarum essent solidiores, aliæ minus solidæ, aliæ tenues, aliæ tenuissimæ pro necessitate operationis organicæ. Nec contra hanc positionem facile potest asseri tenuitas ipsorum corporum: quippe soliditas aut crassities organicarum partium, de qua dicimus, non esset talis simpliciter, sed comparative ad alias partes tenuiores. Et hoc patere potest in omnibus corporibus fluidis naturalibus, ut vino, oleo, lacte, etc.; quantumvis enim omnes partes in ipsis videantur homogeneæ, ac similares, non tamen ita est; nam in ipsis est pars terrea, pars aquea, sal fixum, sal volatile, et pars sulfurea, quæ omnia manipulatione spargirica oculis subjici possunt. Ita esset in casu nostro: posito enim quod talium animalium corpora subtilia, et tenuia, ut corpora naturalia fluida, velut aqua, et ær, essent, non tamen tolleretur, quin in ipsorum partibus diversæ inter se essent qualitates, et aliquæ ipsarum comparative ad alias essent solidæ, et aliæ tenuiores, quamvis totum corpus ex ipsis compositum tenue dici posset._
52. Je réponds: En ce qui concerne la forme de leur corps, nous ne devons ni ne pouvons rien affirmer de certain, puisque cette forme ne tombe pas sous nos sens, étant trop délicate pour notre vue et notre toucher. Laissons donc cette connaissance à eux-mêmes et à ceux qui ont le privilége de discerner intuitivement les substances immatérielles. Mais, en tant que probabilité, je dis que cette forme doit se rapporter à celle du corps humain, avec quelque particularité distinctive, si la délicatesse même de leur corps n'en est pas une suffisante. Et ce qui me confirme dans cette opinion, c'est de considérer que le corps humain, de tous les ouvrages de Dieu, est le plus parfait; que, tandis que tous les autres animaux, dont l'âme est mortelle, sont courbés vers la terre, Dieu, comme dit le poète Ovide, en ses _Métamorphoses_,
_A donné à l'homme un visage sublime, lui ordonnant de contempler le ciel, Et de tenir tes yeux élevés vers les astres,_
et cela, parce que l'âme de l'homme a été créée immortelle, en vue de la demeure céleste. Or, les animaux dont nous parlons, possédant un esprit immatériel, rationnel et immortel, conséquemment capable de béatitude et de damnation, il est logique d'admettre que le corps, auquel cet esprit est uni, soit semblable au corps le plus noble qui existe dans l'ordre animal, c'est-à-dire au corps humain. D'où il suit que les différentes parties de ce corps doivent avoir entre elles un ordre essentiel; que, par exemple, le pied n'est pas un appendice de la tête, ni la main du ventre, mais que chaque organe est bien à sa place, suivant les fonctions auxquelles il est destiné. Maintenant, pour ce qui est des parties constitutives desdits organes, il est, à mon avis, nécessaire qu'il y en ait de plus ou moins solides, de plus ou moins délicates, afin de répondre aux exigences de l'opération organique. Et si l'on objectait, sur ce point, la délicatesse même de leur corps, je dirais que la solidité, la consistance des parties organiques dont nous parlons, ne serait pas absolue, mais seulement relative aux autres parties plus délicates. C'est, d'ailleurs, ce qu'on peut observer dans tous les corps fluides naturels, comme le vin, l'huile, le lait, etc.: si homogènes, si semblables entre elles que paraissent toutes les parties dont ils se composent, il n'en est cependant pas ainsi; car les unes sont argileuses, les autres aqueuses: il y a du sel fixe, du sel volatil, du soufre; et tout cela n'a besoin, pour sauter aux yeux, que d'être soumis à l'analyse chimique. De même dans le cas qui nous occupe; car, en supposant que les corps de ces animaux fussent subtils et délicats comme les corps naturels fluides: l'eau, l'air, etc., il n'en faudrait pas moins reconnaître des différences dans la qualité de leurs parties constitutives, dont les unes seraient solides en comparaison d'autres plus menues, sans que les corps ainsi composés, pris dans leur ensemble, cessassent de pouvoir être dits délicats.
_53. Quod si dicatur, quod hæc repugnant positioni supra firmatæ, circa partium essentialem ordinationem inter se: quandoquidem videmus, quod in corporibus fluidis, ac tenuibus una pars non servat ordinem essentialem ad aliam, sed accidentalem tantum, ita ut hæc pars vini, quæ modo alteri parti contigua est, mox inverso vase, aut moto vino, alteri parti unitur, et sic omnes partes diversam positionem habent quantumvis semper idem vinum sit, et ex hoc sequeretur, quod talium animalium corpora figurata stabiliter non essent, et consequenter, nec organica._
53. Mais, objectera-t-on, ceci répugne à ce qui a été dit plus haut de l'ordination essentielle des parties entre elles; car il est visible que, dans les corps fluides et subtils, une partie n'est pas coordonnée essentiellement, mais seulement accidentellement avec une autre: ainsi, telle partie de vin qui, tout à l'heure, était contiguë à telle autre partie, se trouve bientôt, soit qu'on renverse le vase ou qu'on agite le vin, en contact avec une troisième; et toutes les parties changent à la fois de position, quoique ce soit toujours le même vin. D'où il suivrait que les corps de ces animaux n'auraient pas de figure stable et, conséquemment, ne seraient pas organiques.
_54. Respondeo negando assumptum; etenim in corporibus fluidis, quamvis non appareat, manet tamen essentialis partium ordinatio, qua stante stat in suo esse compositum, et hoc patet manifeste in vino: expressum enim ab uvis videtur liquor totaliter homogeneus, non tamen ita est; in eo enim sunt partes crassæ, quæ tractu temporis subsident in doliis: sunt etiam partes tenues, quæ evaporant: sunt partes fixæ, ut tartarus, sunt partes volatiles, ut sulphur, sive spiritus ardens; sunt partes mediæ inter volatile ac fixum, ut phlegma. Partes istæ ordinem essentialem inter se mutant; nam statim, ac expressum est ab uvis, et mustum dicitur sulphur, sive spiritus volatilis, ita implicatum manet particulis tartari, qui fixus est, ut nullo modo avolare valeat._
54. Ma réponse est bien simple: je nie la mineure. En effet si, dans les corps fluides, l'ordination essentielle des parties n'est pas apparente, elle n'en est pas moins réelle, et c'est par là qu'un corps composé reste ce qu'il est. Voyez, par exemple, le vin: à peine exprimé de la grappe, on dirait une liqueur tout à fait homogène, et qui ne l'est point pourtant; car il y a des parties épaisses qui, à la longue, déposent au fond du tonneau; il y a aussi des parties menues, qui s'évaporent; des parties fixes, comme le tartre; des parties volatiles, comme le soufre ou l'alcool; enfin des parties intermédiaires entre le volatil et le fixe, comme le flegme. Ces diverses parties ne gardent pas respectivement un ordre essentiel; car, aussitôt que le moût a été exprimé des grappes, et qu'il prend le nom de soufre ou esprit volatil, il demeure si étroitement lié aux particules du tartre, qui sont fixes, qu'il lui est impossible de s'échapper.
_55. Hinc est, quod a musto recenter ab uvis expresso nullo modo potest distillari spiritus sulphureus, qui communiter vocatur _aqua vitæ_: sed post quadraginta dies fermentationis particulæ vini ordinem mutant, ita ut spiritus, qui alligati erant particulis tartareis, et propria volatilitate eas suspensas tenebant, et vicissim ab eis, ne possent avolare detinebantur, ac tartareis particulis separantur, et divulsi, ac confusi remanent cum partibus phlegmaticis, a quibus per actionem ignis faciliter separantur, et avolant; sicque per distillationem fit aqua vitæ, quæ aliud non est quam sulphur vini volatile cum tenuiore parte phlegmatis simul cum dicto sulphure vi ignis elevata. Post quadraginta dies, alia incipit vini fermentatio, quæ longiori, aut minus longo tempore perficitur, pro vini perfectiori, aut imperfectiori maturitate, et alio, atque alio modo terminatur, pro minore aut majore spiritus sulphurei abundantia. Si enim abundat in vino sulphur, acescit fermentatione, et evadit acetum; si autem parum sulphuris continet, lentescit vinum, et Italice dicitur _vino molle_, aut _vino guasto_. Quod si vinum maturum sit, ut cæteris paribus est, vinum dulce breviori tempore, aut acescit, aut lentescit, ut quotidiana constat experientia. In dicta autem fermentatione ordo essentialis partium vini mutatur; non enim ipsius quantitas, aut materia imminuitur, aut mutatur: videmus enim lagenam vino plenam tractu temporis evadere plenam aceto, nullatenus mutata circa quantitatem materiæ, quæ prius ibi extabat, sed tantum mutato partium essentiali ordine: nam sulphur, quod, ut diximus, erat phlegmati unitum, ac a tartaro separatum, iterum tartaro implicatur, et cum eo fixatur, et proinde si distilletur acetum, primo prodit phlegma insipidum, et post spiritus aceti, qui est sulphur vini illaqueatum particulis tartari minus fixi. Mutatio autem essentialis partium supradictarum variat substantiam liquoris expressi ab uva, quod manifeste patet ex variis, et contrariis effectibus, quos causant mustum, vinum, et acetum, et vinum lentum, quod vocatur corruptum, ut proinde duo prima apta materia sint ad consecrationem, secus alia duo. Hanc porro vini economiam hausimus ab erudito opere Nicolai Lemerii, Regis Galliarum Aromatarii, _Curs. de Chimi._, p. 2. c. 9._
55. C'est pour cela que le moût récemment exprimé des grappes, ne se prête en aucune façon à la distillation de l'esprit sulfureux, vulgairement nommé _eau-de-vie_; mais, après quarante jours de fermentation, les particules du vin se déplacent; les esprits qui, étant liés aux particules tartriques, les tenaient suspendues par leur propre volatilité, tandis que celles-ci les retenaient eux-mêmes, de manière à en empêcher l'évaporation, se séparent de ces particules, et demeurent mêlés confusément aux parties flegmatiques, puis s'en dégagent facilement par l'action du feu, et s'évaporent: ainsi, au moyen de la distillation, se fait l'eau-de-vie, qui n'est pas autre chose que le soufre contenu dans le vin, volatilisé par la chaleur avec la partie la plus délicate du flegme. Au bout de quarante jours, commence une autre fermentation qui se prolonge plus ou moins, suivant que la maturité du vin est plus ou moins parfaite, et se termine d'une façon ou d'une autre, selon que l'esprit sulfureux est plus ou moins abondant. En effet, s'il y a dans le vin abondance de soufre, il s'aigrit par la fermentation et tourne au vinaigre; si, au contraire, il contient peu de soufre, le vin s'amollit, et c'est ce qu'on appelle en Italien: _vino molle_, ou _vino guasto_. Si le vin est mûr tout d'abord, comme il arrive dans d'autres cas, il tourne en moins de temps du doux à l'aigre, ou s'amollit, comme le démontre l'expérience de chaque jour. Or, dans la fermentation dont il est parlé, l'ordre essentiel des parties du vin subit un changement, mais non sa quantité ou sa matière, qui ne change, ni ne diminue: une bouteille pleine de vin, par exemple, au bout d'un certain temps, se trouve être pleine de vinaigre, sans qu'il y ait rien de changé quant à la quantité de matière; l'ordre essentiel des parties est seul changé: le soufre qui, comme nous l'avons dit, était uni au flegme et séparé du tartre, se mêle de nouveau au tartre et reste fixé avec lui; de sorte que si l'on distille le vinaigre, il en sort d'abord un flegme insipide, puis un esprit de vinaigre, qui est le soufre de vin entremêlé de particules de tartre moins fixe. Or, la mutation essentielle des susdites parties affecte la substance de la liqueur exprimée du raisin, comme le prouvent manifestement les effets contraires et variés du moût, du vin, du vinaigre et du vin mou ou corrompu; ce qui fait que les deux premiers sont matière propre à la consécration, mais non les deux autres.--Nous avons emprunté cette exposition de l'économie du vin au savant ouvrage de Nicolas Lémery, Parfumeur du Roi de France, _Cours de chimie_, p. 2. c. 9.
_56. Datam ergo naturalem doctrinam applicando consequenter dico, quod data dictorum animalium corporeitate subtili, et tenui, sicut corpora liquidorum, et data pariter eorundem organizatione et figuratione, quæ partium essentialem ordinationem exigunt, non sequerentur inconvenientia ex adverso illata: nam sicut (quemadmodum dicebamus) ex confusione partium vini, et diversa ipsarum accidentali positione non variatur ordinatio earumdem essentialis, ita esset in corpore tenui dictorum animalium._
56. Maintenant, si nous appliquons à notre sujet la doctrine naturelle ci-dessus, je dis qu'étant donné la corporéité subtile et délicate des animaux en question, analogue à la substance des liquides; étant donné pareillement leur organisation et leur figure, qui exigent une ordination essentielle des parties, il n'y aurait, à supposer le contraire, aucun argument à élever contre leur existence: car de même, avons-nous dit, que la confusion des parties du vin et la diversité de leurs positions accidentelles n'affectent en rien l'ordination essentielle de ces parties, de même il en serait à l'égard du corps subtil de nos animaux.
_57. Quinta interrogatio est, an talia obnoxia essent ægritudinibus, ac aliis imperfectionibus, quibus homines laborant, ut ignorantia, metu, segnitie, sensuum impedimentis, etc.? An laborando lassarentur, et ad virium reparationem egerent somno, cibo, ac potu, et quo? et consequenter an interirent, et subinde, an a cæteris animalibus casu, aut ruina possent occidi?_
57. Cinquième question: Ces animaux seraient-ils sujets aux maladies et autres infirmités dont souffrent les hommes, telles que l'ignorance, la peur, la paresse, la paralysie des sens, etc.? Se fatigueraient-ils par le travail, et auraient-ils besoin, pour réparer leurs forces, de dormir, de manger, de boire? Quelles seraient leur nourriture et leur boisson? Seraient-ils destinés à mourir, et pourraient-ils être tués soit par accident, soit par le fait d'autres animaux?