De la cruauté religieuse

Part 9

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Le chevalier Isaac Newton, dans le quatorzième chapitre de ses remarques sur les prophéties de Daniel, a recueilli dans les ouvrages des pères un grand nombre de dogmes erronés, de cérémonies superstitieuses, de faux miracles débités par ces saints personnages. Il cite sur-tout pour exemples les deux SS. Grégoire de Nysse et de Nasianze, S. Cyprien, S. Jérôme, S. Basile, S. Chrysostôme, S. Athanase. «Les payens, dit Newton, trouvaient du plaisir et de l'amusement dans les fêtes de leurs dieux, et n'étaient nullement disposés à s'en priver; en conséquence Grégoire, pour faciliter leur conversion, institua des fêtes annuelles en l'honneur des saints et des martyrs; ainsi les fêtes des chrétiens furent inventées pour remplacer celles des payens. A la fête de Noël, l'on imagina de porter des guirlandes de lierre, de se réjouir et de faire bonne chère, pour que cette fête tînt lieu de _saturnales_ et de _bacchanales_... L'amusement que fournissaient ces solennités augmenta le nombre des chrétiens et les fit décroître en vertus. S. Athanase, qui mourut en 373, écrivit un discours sur les religions des 40 martyrs d'Antioche; et lorsque les ossemens de S. Jean-Baptiste, qui faisaient tant de miracles, furent transférés en Égypte, S. Athanase les cacha dans le mur d'une église, afin, disait-il, qu'ils procurassent des avantages aux générations futures.»

S. Chrysostôme, dans une de ses homélies, exhorte les fidèles au culte des saints. «Peut-être, leur dit-il, vous sentez-vous exhaussés d'un grand amour pour ces martyrs; dans ce cas, tombons à genoux devant leurs reliques, embrassons leurs cercueils, car les tombeaux des martyrs ont un très grand pouvoir.»

En un mot cet illustre auteur prouve clairement que la plupart des dogmes et des cérémonies idolâtres enseignés et pratiqués par l'église romaine, ont été inventés et recommandés par les pères de l'église. Il remarque de plus que ces saints ont eu l'adresse de répandre la croyance aux prétendus miracles opérés par les reliques des martyrs et des saints[42]. Il fait en particulier mention de celui qui s'opéra dans Antioche, lorsque l'oracle d'Apollon fut réduit au silence, aussitôt que le corps de S. Babylas, martyr, fut enterré près du temple où l'on consultait ce Dieu. L'empereur Julien le pressant de satisfaire à ses questions, ne put en tirer autre chose sinon qu'il ne pouvait répondre à cause des ossemens du martyr Babylas, qui était enterré dans le voisinage.

[42] Quelques admirateurs des pères de l'église ont pris de l'humeur contre le chevalier Newton, parce qu'il avait dévoilé leur superstition, peut-être quelque chose de pire encore, que ces partisans ont voulu défendre: ceux qui ont lu ces apologies et les écrits des pères sans préjugé, sont en état de juger s'ils ont grandement réussi; quoiqu'il en soit, un homme d'esprit disait à ce sujet. «Qu'il n'avait point lu d'apologie pour les pères qui n'augmentât son aversion pour eux.»

S. Chrysostôme, qui rapporte ce dernier miracle, dit que Julien donna des ordres pour qu'on ôtât les os de S. Babylas afin qu'ils n'empêchassent plus Apollon de rendre ses oracles; mais qu'aussitôt que ces précieuses reliques furent entrées du faubourg de Daphné dans la ville d'Antioche, le tonnerre détruisit et la statue du Dieu et son temple. S. Chrysostôme emploie une homélie entière, et un très long discours qui la suit à haranguer au sujet de Babylas, et des miracles qui s'opéraient journellement par le moyen des reliques des martyrs, pour l'édification de l'église et pour confondre les incrédules, et il assure que ces miracles prouvaient la certitude de la résurrection. Ce qui vient d'être rapporté est dû au docteur Middleton, qui me fournit encore deux miracles rapportés par deux autres pères de l'église.

St. Grégoire de Nysse rapporte que St. Grégoire, surnommé le _Taumaturge_ ou le faiseur de miracles, étant en voyage, fut forcé de se réfugier dans un temple payen fameux par les oracles qui s'y rendaient, et où les démons se montraient visiblement aux prêtres: mais le saint ayant invoqué le nom de Jésus, les mit tous en fuite; ayant fait un signe de la croix, il purifia l'air pollué par la fumée des sacrifices. Le matin du jour suivant, quand le prêtre vint pour remplir ses fonctions ordinaires, les diables se montrèrent à lui et lui apprirent que la nuit précédente ils avaient été chassés par un étranger et qu'il ne leur était point permis de revenir; il ne fut point en état de les rappeler, ni par ses enchantemens, ni par ses sacrifices. En conséquence le prêtre en fureur se mit à courir après Grégoire, et l'ayant atteint sur la route il le menaça de le maltraiter. Mais Grégoire méprisant ses menaces lui fit entendre qu'il avait un pouvoir supérieur à celui des démons, et qu'il pouvait les faire aller où il voulait. Le prêtre étonné de ce discours lui demanda pour preuve de ce qu'il disait qu'il les fît rentrer dans le temple d'où il les avait bannis. Grégoire le voulut bien et se contenta d'écrire un billet très court en ces mots: _Grégoire à Satan, rentre_. Le prêtre, chargé de ce billet, le plaça sur l'autel, et les diables reprirent possession de leur ancienne demeure.

St. Jérôme, qui passe pour le père de l'église le plus distingué pour son savoir et son jugement profond, nous dit, dans la vie de St. Antoine, premier ermite, qu'allant faire visite à un autre ermite nommé Paul, il rencontra d'abord un _Centaure_ qui lui montra le chemin, et ensuite un satyre à pieds de chèvre dont le front était armé de cornes, qui lui fit amitié et qui se recommanda à ses prières, ainsi que tous ses confrères les satyres du pays.

St. Augustin dit positivement avoir vu en Éthiopie un peuple composé d'hommes sans têtes, ayant deux gros yeux sur la poitrine, et faits d'ailleurs comme les autres. Voyez, _August. Sermones ad fratres suos in Eremo. Serm. 33, page 293._

Ou ces saints personnages ont cru les faits merveilleux qu'ils rapportent, ou ils ne les ont point crus: s'il les ont crus, il faut qu'ils aient été étrangement ridicules; s'ils ne les ont point crus, c'est au lecteur à décider du nom qu'on doit leur donner, et à juger combien on doit compter sur leurs récits. Cependant il n'est point difficile de deviner ce qu'on doit penser de la bonne foi de St. Jérôme, qui reconnaissant qu'un fait calomnieux débité sur les juifs par les chrétiens de Jérusalem était totalement improbable, ajoute néanmoins que l'on ne doit pas condamner une erreur qui a pour principe la haine pour les juifs et un zèle pieux pour la foi. _Non condemnemus errorem qui de odio Judæorum et fidei pietate descendet._ Dans un autre endroit, ce père fait entendre que dans les disputes de controverse dans lesquelles on se propose plutôt de remporter la victoire que de trouver la vérité, il était permis de se servir de toutes les fraudes qui pouvaient contribuer à vaincre son adversaire. On peut dire que l'exemple de ce grand saint est fidèlement suivi par la plupart des théologiens; ils semblent avoir très soigneusement banni la bonne foi de leurs disputes, dans lesquelles on ne trouve pour l'ordinaire que des subtilités, des sophismes et des pièges que ces querelleurs se tendent réciproquement. Il paraît encore qu'un grand nombre d'entre eux se sont proposé St. Jérôme pour modèle dans les invectives, les injures, les calomnies dont ils ont soin de se charger les uns les autres. En effet rien de plus atroce, de plus scandaleux, de plus opposé à la charité chrétienne que la façon dont ce père traite le pauvre Rufin qui avait le malheur de n'être pas de son avis; il lui prodigue les noms de _serpent_, de _vipère_, de _démon_, etc.; il le dévoue à Satan. Il faut convenir que de semblables modèles ne sont pas propres à inspirer ni la politesse, ni la modération, ni la charité aux jeunes théologiens qui puiseront des principes dans les ouvrages de ces docteurs.

Au reste St. Jérôme se rend justice à lui-même; il ne rougit point d'avouer et de vouloir justifier son caractère; il disait une chose et s'en dédisait ensuite; il argumentait pour et contre suivant les occasions et selon que la chose lui paraissait utile; il prétend autoriser sa conduite par l'exemple de St. Paul et de Jésus-Christ lui-même, qu'il représente comme se servant de toutes les armes qui se présentaient à sa main, sans avoir aucun égard pour la sincérité et la vérité, auxquelles il ne croit pas que l'on soit astreint dans la dispute.

Le savant Mosheim, quoique partisan très zélé du christianisme, a raison de craindre «que ceux qui iraient puiser des lumières dans les ouvrages des plus grands et des plus saints docteurs du quatrième siècle, ne les trouvassent tous sans exception disposés à tromper et à mentir, toutes les fois qu'ils croyaient que l'intérêt de la religion l'exigeait.» Cet auteur pouvait avoir assurément les mêmes craintes pour les docteurs des autres siècles; il aurait pu dire avec notre gavant Middleton: «Si ces pères plus récens déterminés par l'intérêt ou par un faux zèle ont pu répandre des mensonges avérés, ou si avec tout leur savoir ils ont pu être d'une crédulité assez honteuse pour croire eux-mêmes les contes absurdes qu'ils attestent, nous aurons des raisons pour soupçonner que les mêmes préjugés ont influé plus fortement sur les pères plus anciens, qui aux mêmes intérêts joignent encore moins de savoir, moins de jugement et plus de crédulité.» Voyez les _OEuvres du docteur Middleton_, Tome IV, pag. 113, 128 et 130.

Quoiqu'il en soit, on ne finirait pas si l'on voulait copier tous les miracles et les contes absurdes et ridicules rapportés gravement par Eusèbe, Théodoret, Sozomène, Évagrius et les autres historiens ecclésiastiques les plus accrédités. Ils nous prouvent ou la fourberie ou la crédulité de ceux qui racontent de pareilles fables. Au reste ces récits merveilleux se sont perpétués dans l'église romaine: pour s'en convaincre l'on n'a qu'à lire entre autres les _conférences de Cassien_, ouvrage rempli de prodiges et de miracles qui obligent d'admirer la force du fanatisme et l'étonnante stupidité des moines, c'est-à-dire, des plus parfaits chrétiens. On retrouve le même esprit dans la vie de _St. François_, fondateur d'un ordre nombreux, écrite par St. Bonaventure, qui l'a remplie de contes propres à faire rougir tous ceux en qui l'enthousiasme n'a pas complètement éteint les lumières du bon sens. Enfin nous trouvons le même fanatisme, la même crédulité, la même fourberie dans un grand nombre d'ouvrages publiés par les jésuites, qui depuis deux siècles ne semblent venus que pour plonger ou retenir les catholiques dans l'ignorance et la barbarie dont nos ancêtres se sont heureusement tirés. Telles sont les lectures dont on orne l'esprit des jeunes gens destinés à servir l'église romaine sous les ordres du pape! il ne faut point être surpris après cela si, à l'exemple des grands saints qu'on leur propose pour modèles, ils se font un mérite d'être fourbes, de mauvaise foi, intolérants et cruels; ou s'ils croient atteindre la perfection la plus sublime à force de fanatisme, d'extravagances et de crédulité. Voyons maintenant si les opinions qu'ils puisent dans les pères de l'église sont propres à les rendre plus sensés et plus vertueux.

SECTION II.

Exemples des opinions bizarres des pères de l'église.

Saint Justin, martyr, dans la vue de justifier le christianisme du scandale de la croix, observe très judicieusement que rien ne se fait dans le monde sans la croix; il cite pour exemple les mats des vaisseaux, la forme des charrues, les coignées et beaucoup d'autres outils des ouvriers: il ajoute que ce qui distingue l'homme d'une façon marquée des bêtes, c'est que quand il est debout il a la faculté d'étendre les bras et de former avec son corps la figure d'une croix, il observe qu'il porte au milieu du visage un nez formant une croix, au travers de laquelle il est forcé de respirer; il en conclut que le crucifiement de Jésus-Christ a été prédit par ces mots du prophète Jérémie, _le souffle de nos narines, l'oint de l'Éternel a été pris dans leurs fosses._

Ce même père regardait le mariage comme une chose impure par sa nature. _Nous voyons_, dit-il, _quelques personnes qui renoncent à l'usage illégitime de se marier, par lequel nous satisfaisons le désir de la chair_. Dans un autre endroit, il prétend que _le Christ a voulu naître d'une vierge dans la vue d'abolir l'acte de la génération qui est l'effet d'un désir vicieux et illicite, le seul désir charnel auquel le sauveur n'ait pas succombé_.

Saint Irénée prétend que le serment est toujours une chose criminelle, en cela il s'accorde avec Saint Justin, martyr, comme il fait aussi sur l'article du mariage, qu'il assure n'avoir été permis par l'évangile qu'en faveur _de la dureté des coeurs_. Ce saint établit pour une règle générale que toutes les fois que l'écriture sainte rapporte une action sans la condamner, nous ne devons point la blâmer ou y trouver à redire, quelque odieuse qu'elle paraisse, mais qu'alors nous devons la regarder comme un _type_, ou une figure. C'est d'après ce principe qu'il justifie les incestes des filles de _Loth_ et de _Thamar_; car, dit-il, nous ne devons pas prétendre être plus sages que Dieu. Rien de plus ridicule et de plus fastidieux que les argumens dont il se sert pour justifier les Israélites d'avoir volé les Égyptiens; il se fonde sur-tout sur le passage étrange qui se trouve au chapitre XVI, vers. 9 de St. Luc, où Jésus-Christ dit: _faites-vous des amis dans le Ciel avec les richesses iniques, afin qu'ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels_. «Car, dit St. Irénée, tout ce que nous acquérons, quoiqu'injustement, étant payens, si après notre conversion nous l'employons au service du Seigneur, nous sommes par là justifiés.» Conformément à cette doctrine nous voyons qu'en 1497, le pape donna ordre à Jean Giglis, évêque de Worcester «qu'il permît que l'on retînt les biens des autres de quelque manière que l'on s'en fût emparé, pourvu que l'on en donnât une certaine portion aux commissaires du pape ou à leurs substituts. V. _Wharton's Anglia Sacra_.» Au reste le clergé de l'église romaine semble avoir universellement adopté cette maxime; les prêtres et les moines ne font aucune difficulté de réconcilier à Dieu les voleurs et ceux-qui se sont enrichis par les rapines les plus criantes, pourvu qu'ils donnent une portion des biens qu'ils ont injustement acquis à l'église ou aux hôpitaux. Il paraît que c'est à cette belle doctrine qu'ont été dues anciennement les fondations de la plupart des couvens et monastères, faites par des seigneurs puissants et des princes, qui en mourant donnaient au clergé et aux moines une portion plus ou moins considérable de ce qu'ils avaient arraché aux hommes.

Voici comment saint Clément d'Alexandrie interprête l'aventure d'Abimelech qui de sa fenêtre aperçut Isaac badinant avec Rebecca. _Abimelech_, dit-il, _ce roi curieux, représente la sagesse, qui est au-dessus de celle du monde. Rebecca représente la patience; or la sagesse considéra attentivement le mystère du badinage. Ô badinage divin! s'écrie-t-il. C'est le même que celui qu'Héraclite attribue à Jupiter_, etc. Il dit encore qu'_Abimelech est Jésus-Christ notre roi, qui du haut des cieux considère nos jeux, c'est-à-dire, nos actions de graces, nos louanges, nos transports d'allégresse,_ etc. Si on lui demande quelle est la fenêtre au travers de laquelle le Sauveur a regardé, il nous dira que c'est _la chair_ par laquelle il s'est manifesté.

Ce père prescrit très rigoureusement le jeûne et l'abstinence des alimens, dont il assure que nous devrions nous servir que pour conserver la vie et nullement un vue de satisfaire nos appétis. D'où l'on voit que ces saints, ainsi que les moines leurs disciples, font consister en grande partie la religion dans des actions contraires à ce que Dieu prescrit à notre nature. Dieu commande au genre humain de croître et de multiplier, mais ces grands saints nous apprennent que le mariage est impur et illégitime; le créateur voulut attacher des désirs à notre nature et nous a donné les moyens de les satisfaire, néanmoins en les satisfaisant, même avec modération, il paraît que nous commettons un crime affreux!

Continuons pourtant à examiner les opinions de St. Clément d'Alexandrie. Nous ne devons pas, selon lui, nous livrer à la bonne chère, parce qu'il y a un certain diable très gourmand qui préside à la table, et c'est un des plus méchans démons. Il met au nombre des excès de manger du pain blanc, dont l'usage lui paraît efféminé, et qui change un aliment nécessaire en une volupté scandaleuse. Il ne permet pas aux jeunes gens de boire du vin, et condamne tous ceux qui en font venir des pays étrangers. Il proscrit la musique tant vocale qu'instrumentale, à moins que l'on ne voulût chanter des hymnes accompagnés de la harpe ou du luth. Il en veut sur-tout à la flûte, qu'il dit être plus convenable aux bêtes qu'aux hommes, et cela pour une raison très singulière, c'est, dit-il, parce que les biches en aiment le son, et parce que c'était l'usage de jouer de la flûte pendant que les étalons couvraient les jumens. Il blâme la mode de porter des guirlandes, et entre autres bonnes raisons, il prétend que c'est insulter Jésus-Christ et se moquer de sa passion, durant laquelle il portait une couronne d'épines. Il croit que les chrétiens sont obligés d'imiter ce que Jacob fit par nécessité lorsqu'il se servit d'une pierre comme d'un oreiller, action qui, selon St. Clément, fut si méritoire qu'elle rendit ce patriarche digne d'avoir une vision céleste. Il ne veut pas que l'on porte d'autre couleur que le blanc, la seule qui convienne à la candeur que doit avoir un chrétien, et dans laquelle Dieu, selon lui, s'est toujours montré. Quelles idées grossières et ridicules un tel homme devait-il avoir de la divinité! St. Clément déclame contre les miroirs, il prétend que c'est une idolâtrie de s'en servir, vu que Moïse a défendu de se faire des images. Il regarde l'usage de se faire raser la barbe comme un crime détestable, parce que la barbe sert à distinguer les deux sexes, joint à ce que tous les cheveux de notre tête sont comptés, et par conséquent les poils de la barbe le sont ainsi que tous les autres poils du corps. Il regarde les faux cheveux comme une impiété abominable; il n'eût pas fait grâce aux perruques s'il y en avait eu de son temps; il prétend que porter de faux cheveux c'est en imposer aux hommes et faire outrage à Dieu, vu que c'est l'accuser de ne nous avoir pas donné de cheveux assez beaux; il ajoute que lorsqu'un prêtre donne la bénédiction à une femme qui porte de faux cheveux en lui imposant la main sur la tête, ce n'est point elle qu'il bénit, parce que sa tête n'est point à elle. Il attribue l'apathie des Stoïciens à son vrai _Gnostique_, ou parfait chrétien, qu'il représente comme exempt de toute passion, comme insensible également au plaisir et à la douleur; il prétend que Jésus-Christ était ainsi, aussi bien que ses apôtres, après sa résurrection. Jésus-Christ, dit-il, n'avait besoin ni de boire, ni de manger pour nourrir son corps, et quand il le faisait, c'était uniquement pour ne point passer pour un esprit.

St. Cyprien était de la même opinion que St. Clément sur l'importante matière de la chevelure. Il assure qu'une femme qui colore ses cheveux gâte et corrompt l'ouvrage de Dieu, et se rend par là plus coupable qu'une adultère; il ajoute que c'est donner un démenti à Dieu qui a dit que l'on ne pouvait rendre blanc un cheveu noir. Après avoir observé qu'il est dit dans l'Apocalypse, que les cheveux du Sauveur étaient blancs comme de la neige et comme de la laine, voici comme il parle au femmes: «Quoi! dit-il, vous avez en horreur ces cheveux blancs qui vous font ressembler au Sauveur? Ne craignez-vous donc pas que votre créateur ne vous reconnaisse point au jour de la résurrection? Ne craignez-vous pas qu'avec le visage sévère d'un censeur il ne vous dise: Ce n'est pas là mon ouvrage, ce n'est pas là mon image? Vous avez pollué votre peau avec un fard trompeur; vous avez teint vos cheveux avec des couleurs adultères; vous avez détruit votre face par la fraude, votre figure est corrompue, votre port est totalement altéré. Vous ne verrez point Dieu puisque vous n'avez point les yeux que Dieu vous a faits, mais ceux que le démon a gâtés.»

St. Cyprien prétend que les fidèles doivent obéir implicitement aux ordres des évêques, choisis avec les formalités ordinaires, comme le seul moyen de prévenir les hérésies; il dit que quiconque leur désobéit, désobéit à Dieu lui-même, à moins que quelqu'un ne fût assez téméraire, assez insensé, assez sacrilége pour imaginer qu'un évêque puisse être établi sans l'approbation de Dieu, tandis que Dieu a dit lui-même qu'un passereau ne tombe point à terre sans sa permission. Dans un autre endroit il fait dépendre le salut du peuple de la validité de l'élection de son évêque, qu'il fait dépendre des moeurs de cet évêque. Dans ce cas les peuples ne sont-ils pas souvent en grand danger?

Tertullien condamne le métier de la guerre, tous les arts, tous les offices, toutes les professions, le commerce de toutes les choses dont les payens pouvaient faire un usage idolâtre. Il est encore bon d'observer que ce même Tertullien suppose formellement que Dieu est corporel. Qui est-ce, dit-il, qui niera que Dieu ne soit un corps, quoique Dieu soit un esprit? _quis autem negabit Deum esse corpus, et si Deus spiritus?..._ Origène a insinué la même chose. [Grec: ASÔMATOS], selon lui, signifie quelque chose de plus subtil que les corps grossiers. Beausobre, dans son _histoire du Manichéisme_, fait voir que les premiers pères de l'église avaient des opinions qui passeraient aujourd'hui pour très erronées sur la nature de la divinité, et suivaient en cela les sentimens de la secte philosophique dans laquelle chacun d'eux avait été élevé. Les uns en faisaient un _feu intelligent_; d'autres lui donnaient une figure et un corps; d'autres, et sur-tout les Platoniciens, en faisaient un être incorporel, dont tout était émané, qui pénétrait tout, et dans lequel tout était forcé de rentrer.

Lactance regarde tout commerce comme un effet de l'avarice, et comme peu convenable à la satisfaction, à la tranquillité, au mépris du monde qui doit régner dans le coeur d'un bon chrétien. Il blâme de même ceux qui placent leur argent à intérêt, quelque faible qu'il soit, ce qu'il regarde comme une espèce de vol. St. Chrysostôme est de son sentiment sur le commerce, il s'appuie d'un passage des pseaumes où David dit _qu'il n'a point connu la marchandise_. Lactance prétend encore qu'il n'est jamais permis d'ôter la vie à un homme, soit judiciairement, soit à la guerre, soit à son corps défendant.

St. Bazile est aussi de cet avis; il croit que tout homme qui en tue un autre, quelque juste raison qu'il ait de le faire, se rend coupable d'un meurtre; que tout laïque qui se défend contre un voleur, doit être excommunié, et qu'un prêtre doit être déposé; _car_, dit-il, suivant les paroles du Sauveur, _celui qui se sert de l'épée périra par l'épée_. Quoiqu'il soit très évident que ces docteurs ont été beaucoup trop loin, il est pourtant certain que l'on fait en général trop peu cas de la vie des hommes; les guerres si destructives et si peu nécessaires, les duels et les combats, sont sans doute des actions abominables; il paraît même qu'il y a de la cruauté à leur ôter la vie pour des vols: l'humanité ne semblerait-elle pas exiger qu'il n'y eût que l'assassinat, et un petit nombre d'autres crimes atroces, que l'on punît de mort? Un pareil châtiment réservé à de tels forfaits seulement, ne serait-il pas très propre à inspirer bien plus d'horreur pour eux?