De l'imprimé à Internet

Chapter 9

Chapter 93,448 wordsPublic domain

"[Internet est] un outil formidable d'échange entre professsionnels (tout ce qui passe par le courrier électronique, les listes de diffusion et les forums) mais qui est un consommateur de temps très dangereux: on a vite fait si l'on n'y prend garde de divorcer et de mettre ses enfants à la DASS [Direction d'action sanitaire et sociale]. Plus sérieusement c'est pour les bibliothèques la possibilité d'élargir leur public en direction de toute la francophonie. Cela passe par la mise en ligne d'un contenu qui n'est pas seulement la mise en ligne du catalogue, mais aussi et surtout la constitution de véritables bibliothèques virtuelles. Les professionnels des bibliothèques sont les acteurs d'un enjeu important [concernant] la place de la langue française sur le réseau."

6.4. L'avenir des bibliothèques avec Internet

Service interactif de la Commission européenne, I*m Europe présente l'information la plus récente sur les marchés européens du multimédia et des services d'information électronique, y compris le Programme d'applications télématiques destiné aux bibliothèques. Le site web est en anglais, et il inclut des documents dans les onze langues européennes officielles.

L'informatique d'abord et Internet ensuite amènent les bibliothèques à définir leur rôle vis-à-vis de l'édition électronique.

Le projet BIBLINK fut lancé en avril 1996 par le Programme d'applications télématiques de l'Union européenne. Son objectif était d'établir des liens entre les agences bibliographiques nationales et les éditeurs de documents électroniques, afin de contribuer à la création d'un service bibliographique qui fasse autorité. Le projet émanait de CoBRA (Computerised Bibliographic Record Action), forum de l'Union européenne institué suite au développement de l'édition électronique pour susciter des décisions à l'échelon international.

Pratiquement, le projet BIBLINK doit procurer un système pilote qui permettrait aux éditeurs de documents électroniques de transmettre aux services bibliographiques nationaux des notices de base comportant un nombre minimal d'informations sur ces documents. Ces services bibliographiques seraient ensuite autorisés à enrichir ces notices de base - notamment par le contrôle d'autorités sur les noms propres et l'ajout de mots-clés correspondant aux sujets traités - et à retransmettre ensuite les notices complétées aux éditeurs.

Dans ce monde bouleversé à la fois par les possibilités documentaires sans précédent qu'offre Internet et par le développement vertigineux des cyberbibliothèques, que vont devenir les bibliothécaires et les documentalistes? Vont-ils devenir des cyberthécaires, nouvelle génération de bibliothécaires spécialistes du multimédia, ou bien vont-ils progressivement disparaître parce que les usagers n'auront tout simplement plus besoin d'eux lorsque tous les documents seront disponibles en ligne?

Dans Digital Literacy (New York, Wiley, 1997), Paul Gilster assure que ce sont les bibliothécaires et non les programmeurs qui seront la clé du développement des cyberbibliothèques et d'Internet. Surpris par le pessimisme qui a saisi les bibliothécaires devant les changements affectant leur profession, il pense que celui-ci est sans fondement. D'après lui, Internet n'est pas plus une menace pour les livres que l'avion n'était une menace pour la voiture. Le livre "physique" gardera son utilité pendant qu'Internet se développera, et les deux supports seront en quelque sorte des voies parallèles avec des fonctions différentes.

Cependant, au moins dans le domaine des bibliothèques spécialisées, on ne voit maintenant plus guère l'utilité d'aligner des documents sur les rayons, alors qu'il est tellement plus pratique de les scanner pour pouvoir les stocker sur un disque dur, les communiquer par voie électronique et les imprimer seulement à la demande. Nous sommes en pleine période de transition.

Par contre, les bibliothèques publiques auront probablement une durée de vie plus longue. On ne va pas lire sur écran cinq cents pages d'un roman de Zola ou de Proust. Mais c'est sans doute aussi une question de génération. Les enfants qui jouent avec l'ordinateur dès l'âge de trois ans ne verront peut-être aucun problème à lire les oeuvres de Zola ou de Proust à l'écran. Il est vrai que, pour le moment, emporter son ordinateur pour lire au coin du feu ou dans son lit est beaucoup moins pratique que d'avoir son livre de poche, même quand il s'agit d'un portable, mais les ordinateurs portables deviennent de plus en plus compacts et légers, et la qualité des écrans s'améliore chaque année. De plus, dès cette année, les livres électroniques, petits ordinateurs de la taille d'un livre, seront disponibles sur le marché et permettront de lire et stocker une dizaine d'oeuvres, chiffre qui devrait augmenter rapidement. Il faudra toutefois attendre quelque temps pour que leur prix soit à la portée de toutes les bourses.

Quant aux bibliothèques nationales et aux grandes bibliothèques, elles auront toujours à préserver le patrimoine pluricentenaire constitué par les manuscrits, les incunables et les livres imprimés, les collections de journaux, les partitions musicales, les gravures, les images, les photos, les films, les documents électroniques, etc., qui se sont accumulés sur leurs rayons, en partie grâce au dépôt légal.

Comme on a déjà vu apparaître les discothèques, les vidéothèques et les médiathèques il y a quelques années, on assistera certainement à l'apparition d'un nouveau type de bibliothèque et à une nouvelle génération de professionnels de la documentation. Le premier site web de bibliothèque - celui de la Bibliothèque publique d'Helsinki (Finlande) - ne date jamais que de février 1994. On ne fait qu'amorcer un virage, et l'avenir est encore flou.

Le métier de bibliothécaire, qui s'est beaucoup transformé avec l'apparition de l'informatique, va continuer de se transformer avec l'apport d'Internet.

L'informatique a déjà permis au bibliothécaire de ne plus passer des heures à classer manuellement ses fiches dans de multiples tiroirs en bois. Elle lui a permis de remplacer ces énormes catalogues sur fiches par des catalogues informatiques consultables à l'écran, avec un classement alphabétique ou systématique effectué non plus par lui-même mais par la machine. Elle a permis aussi le prêt informatisé et la gestion informatisée des commandes, faisant disparaître l'impressionnant stock de fiches et bordereaux nécessaires lors des opérations manuelles.

L'informatique en réseau a fait naître ensuite les catalogues collectifs permettant de regrouper dans une même base de données les catalogues de bibliothèques de la même région, du même pays ou de la même spécialité, entraînant du même coup des services très facilités pour le prêt interbibliothèques et le regroupement des commandes auprès de fournisseurs.

Puis un certain nombre de bibliothèques ont ouvert un serveur Minitel pour la consultation de leur catalogue, désomais disponible au domicile du lecteur. Progressivement, ces catalogues deviennent disponibles sur Internet, avec une consultation plus souple et plus attractive que sur Minitel. A long terme, on pourra également disposer des documents eux-mêmes en version électronique, et pas seulement de leurs références.

Les serveurs web de bibliothèques proposent aussi d'autres services tels que renseignements à distance, cyberbibliothèques ou liens hypertextes avec d'autres sites, ce qui évite à leurs usagers de se perdre dans la Toile.

Par la suite, pour des recherches pointues, les usagers auront certainement besoin d'avoir recours à un cyberthécaire en ligne, un peu comme un fournisseur de matériel ou de programmes informatiques met un service d'aide en ligne à la disposition de ses clients.

Comme le précisait Peter Raggett, sous-directeur de la Bibliothèque centrale de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, Paris), dans son courrier électronique du 18 juin 1998, "les responsables de l'information ont un grand rôle à jouer dans la recherche et l'organisation de l'information sur Internet". Lui-même a sélectionné plusieurs centaines de sites pour en favoriser l'accès à partir de l'Intranet de l'OCDE, et cette sélection fait partie du "bureau de référence virtuel" proposé par la bibliothèque à l'ensemble du personnel de l'Organisation. "Outre les liens, ce bureau de référence virtuel contient des pages de références aux articles, monographies et sites web correspondant aux différents projets de recherche en cours à l'OCDE, l'accès en réseau aux CD-ROM, et une liste mensuelle des nouveaux titres. Le catalogue de la bibliothèque sera bientôt lui aussi disponible sur l'Intranet."

Peter Raggett prévoit "une forte expansion d'Internet pour l'éducation et la recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques virtuelles permettant à un étudiant de suivre un cours géré par une institution à l'autre bout du monde." La tâche du bibliothécaire sera de filtrer les informations pour le public. "Je me vois devenir de plus en plus un bibliothécaire virtuel, dit-il. Mes clients ne me rencontreront peut-être pas mais ils me contacteront par e-mail ou par téléphone ou par télécopieur, j'effectuerai la recherche et je leur enverrai les résultats électroniquement."

7. LES CYBERBIBLIOTHEQUES

[Dans ce chapitre:]

[7.1. Définition de la cyberbibliothèque / 7.2. Cyberbibliothèques francophones / 7.3. Cyberbibliothèques non francophones / 7.4. Un exemple: la toile littéraire francophone / 7.5. L'avenir des cyberbibliothèques]

Appelées aussi bibliothèques numériques, bibliothèques électroniques ou bibliothèques virtuelles, bien qu'elles soient bien réelles quoique sur écran, les cyberbibliothèques sont peut-être l'apport majeur d'Internet dans le domaine de l'imprimé.

Grâce à Internet, des centaines d'oeuvres du domaine public, documents littéraires et scientifiques, articles, travaux universitaires et de recherche, images et bandes sonores sont maintenant disponibles à l'écran, et le mouvement va en s'amplifiant.

Après avoir tenté de définir la cyberbibliothèque, on décrira quelques cyberbibliothèques francophones et non francophones. On prendra aussi comme exemple la toile littéraire francophone sur le Web, et on examinera ensuite le futur des cyberbibliothèques.

7.1. Définition de la cyberbibliothèque

Bibliothèque pionnière en Europe dans sa réflexion sur la cyberbibliothèque, la British Library la définit comme une entité résultant de l'utilisation des technologies numériques pour acquérir, stocker, préserver et diffuser des documents. Ces documents sont soit publiés directement sous forme numérique, soit numérisés à partir d'un document imprimé, audiovisuel ou autre.

Une collection numérique devient une bibliothèque numérique quand elle répond aux quatre facteurs suivants: 1) elle peut être créée et produite dans un certain nombre d'endroits différents, mais elle est accessible en tant qu'entité unique, 2) elle doit être organisée et indexée pour un accès aussi facile que possible à partir du lieu de base où elle est produite, 3) elle doit être stockée et gérée de manière à avoir une existence assez longue après sa création, 4) elle doit trouver un équilibre entre le respect du droit d'auteur et les exigences universitaires.

Dans Information Systems Strategy, un document qui était présent sur le site de la British Library en 1997, Brian Lang expliquait que la cyberbibliothèque ne devait pas être envisagée comme un secteur à part, mais qu'elle devait au contraire faire partie intégrante d'une vision globale de la bibliothèque. Alors que certains pensent que les documents numériques prédomineront dans les bibliothèques du futur et que d'autres sont au contraire convaincus que leur impact sera faible, la British Library n'envisage pas une bibliothèque exclusivement numérique. Elle considère comme fondamentale la communication physique des imprimés, manuscrits, partitions musicales, bandes sonores, etc., tout en ayant conscience de la nécessité du développement parallèle des documents numériques.

Cyberbibliothèque hébergée par l'Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, USA) et reliée au catalogue expérimental (Experimental Search System - ESS) de la Library of Congress , l'Universal Library définit les trois avantages de la bibliothèque numérique: 1) elle occupe moins de place qu'une bibliothèque réelle et son contenu peut être copié ou sauvegardé électroniquement, 2) elle est immédiatement accessible à quiconque sur Internet, 3) comme toute recherche sur son contenu peut être automatisée, elle permet une réduction des coûts importante et le développement sensible de l'accessibilité des documents.

Qui dit cyberbibliothèque dit numérisation, c'est-à-dire conversion des textes et des images en bits et en octets pour traitement informatique. Pour pouvoir être consulté à l'écran, un livre peut être numérisé en mode image ou en mode texte. La numérisation en mode image correspond à la photographie du livre page après page, pour un coût approximatif de 3 FF par page. C'est la méthode employée pour les numérisations à grande échelle, par exemple pour la plus grande partie du programme de numérisation de la Bibliothèque nationale de France. Outre un coût peu élevé, l'avantage qu'y voient les bibliothèques est la conservation de la notion de livre, puisque la version informatique est en quelque sorte le fac-similé de la version imprimée.

Les documents sont également patiemment dactylographiés page après page - par exemple ceux d'ABU: la bibliothèque universelle, de La bibliothèque électronique de Lisieux ou du Project Gutenberg. Il s'agit dans ce cas de numérisation en mode texte - puisqu'elle implique la saisie d'un texte. Contrairement à la numérisation en mode image, la version informatique ne conserve pas la notion de livre ou de page. Le livre devient texte, à savoir un ensemble de caractères standardisés qui apparaît en continu à l'écran. Cette méthode, beaucoup plus onéreuse, permet les recherches textuelles, et elle rend l'indexation du texte beaucoup plus facile. Même si, pour des raisons de coût, le texte est numérisé en mode image, la numérisation en mode texte est souvent utilisée pour les tables des matières et les sommaires. Des recherches sont actuellement menées pour que la lecture d'un texte en mode image soit également possible en mode texte.

7.2. Cyberbibliothèques francophones

Hébergée par l'Université de Genève (Suisse), Athena est l'oeuvre de Pierre Perroud. Le site bilingue français-anglais donne accès à 8.000 documents en plusieurs langues dans les domaines suivants: philosophie, sciences, période classique, littérature, histoire, économie, etc. Un de ses objectifs est de mettre des textes français à la disposition de la communauté d'Internet. La section Helvetia concerne les livres sur la Suisse. Athena propose aussi des liens avec d'autres cyberbibliothèques, ainsi qu'une table de minéralogie qui est l'oeuvre de Pierre Perroud et qui est consultée dans le monde entier.

Dans L'Hebdo, Pierre-Louis Chantre nous présente Pierre Perroud, 53 ans, professeur de philosophie au Collège Voltaire de Genève, qui consacre trente heures par semaine à Athena pour numériser des livres, mettre en page des textes envoyés par des volontaires, établir des liens électroniques avec des livres disponibles ailleurs et répondre aux centaines de lettres électroniques qu'il reçoit puisque le nombre de personnes qui consultent le site varie entre 3 mille et 18 mille par jour. Malgré ses demandes répétées au département de l'Instruction publique de Genève, celui-ci ne le paie que deux heures par semaine pour ce travail.

Ouvert en 1997, Gallica est la cyberbibliothèque de la Bibliothèque nationale de France, inaugurée avec des images et textes du 19e siècle francophone, qui fut le "siècle de l'édition et de la presse moderne, siècle du roman mais aussi des grandes synthèses historiques et philosophiques, siècle scientifique et technique". Ce serveur expérimental comprend 2.500 ouvrages numérisés en mode image complétés par 250 volumes saisis en mode texte de la base FRANTEXT du CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Classées par discipline, ces ressources sont complétées par une chronologie du 19e siècle et des synthèses sur les grands courants en histoire, sciences politiques, droit et économie, littérature, philosophie, sciences et histoire des sciences. Le site propose aussi un échantillon de l'iconothèque numérique de la même époque, à savoir le fonds du photographe Eugène Atget, une sélection d'images sur l'écrivain Pierre Loti, une collection d'images de l'Ecole nationale des ponts et chaussées sur les grands travaux qui ont accompagné la révolution industrielle en France, et un choix de livres illustrés de la Bibliothèque du Musée de l'homme.

Le but de Gallica est de préfigurer ce que sera la consultation à distance des collections numérisées de la Bibliothèque nationale de France, qui devraient comprendre 100.000 volumes et 300.000 images fixes à la fin de 1999 et s'accroître ensuite régulièrement. Ces collections numériques pourront également être consultées sur place au moyen de 3.000 postes multimédias (dont quelques centaines fonctionnent déjà), et qui permettront à la fois d'accéder aux catalogues et de consulter les documents numériques. Les 100.000 volumes, qui représentent 30 millions de pages numérisées, ont été choisis dans les collections des imprimés, et plus du tiers concerne le 19e siècle. Quant aux 300.000 images fixes, la moitié appartient aux départements spécialisés de la BnF (Estampes et photographie, Manuscrits, Arts du spectacle, Monnaies et médailles, etc.). L'autre moitié provient de collections d'établissements publics (musées et bibliothèques, La Documentation française, l'Ecole nationale des ponts et chaussées, l'Institut Pasteur, l'Observatoire de Paris, etc.) ou privés (associations, agences de presse dont Magnum, l'Agence France-Presse, Sygma, Rapho, etc.).

Fin 1997, il était expliqué sur le site que Gallica se voulait moins une banque de données numérisées qu'un "laboratoire dont l'objet est d'évaluer les conditions d'accès et de consultation à distance des documents numériques". Le but était d'expérimenter la navigation dans ces fonds, une navigation qui permet à la fois le libre parcours du chercheur ou du curieux et des recherches textuelles très pointues.

En 1998 la Bibliothèque nationale de France a quelque peu modifié ses orientations premières. Dans Le Figaro du 3 juin 1998, Jérôme Strazzulla expliquait que la BnF était "passée d'une espérance universaliste, encyclopédique, à la nécessité de choix éditoriaux pointus". Dans cet article, Jean-Pierre Angremy, président de la BnF, expliquait le choix de son comité éditorial:

"Nous avons décidé d'abandonner l'idée d'un vaste corpus encyclopédique de cent mille livres, auquel on pourrait sans cesse reprocher des trous. Nous nous orientons aujourd'hui vers des corpus thématiques, aussi complets que possibles, mais plus restreints. [...] Nous cherchons à répondre, en priorité, aux demandes des chercheurs et des lecteurs."

Prévu pour dans deux ans, le premier corpus concerne les voyages en France, et il rassemblera des textes, estampes et photographies du 16e siècle à 1920. Les corpus envisagés ensuite sont: Paris, les voyages en Afrique des origines à 1920, les utopies, et les mémoires des Académies des sciences de province.

Fondée en avril 1993 et hébergée par le Centre d'études et de recherche informatique (CEDRIC) du Conservatoire des arts et métiers (CNAM), l'ABU: la bibliothèque universelle est la cyberbibliothèque de l'Association des bibliophiles universels. Depuis 1993, elle permet l'accès libre au texte intégral d'oeuvres du domaine public francophone soit, en chiffres, 223 textes et 76 auteurs.

Ce nom ABU vient à la fois de Aboulafia, petit ordinateur présent dans Le pendule de Foucault, roman d'Umberto Ecco dans lequel "s'entremêlent savoirs anciens et high tech", et dont l'intrigue est située au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), qui héberge l'ABU. "Au départ, il s'agissait de biblioFiles universels, et non de biblioPHiles; mais la préfecture de Paris n'a pas semblé saisir tout le sel de ce néologisme", explique l'ABU sur son site.

La bibliothèque électronique de Lisieux (Normandie) comprend la version intégrale d'une oeuvre littéraire du domaine public - avec une nouvelle oeuvre chaque mois - les archives des mois précédents, une sélection d'oeuvres courtes du 19e siècle, une sélection du fonds documentaire de la bibliothèque (opuscules, brochures, tirés à part), une sélection de son fonds normand (brochures et bibliographies), ainsi qu'un choix de sites normands et de sites littéraires francophones.

La sélection mensuelle de janvier 1998 était Les Déliquescences, poèmes décadents d'Adoré Floupette (1885), une oeuvre de Henri Beauclair et Gabriel Vicaire. Les mois précédents avaient vu passer des oeuvres de Théophile Gautier, Vivant Denon, Jean Lorrain, Charles Nodier, Ernest Lavisse, Jean Revel, Charles Rabou, Claire de Duras, Xavier Forneret, Ernest Renan, Joris-Karl Huysmans, Philarète Chasles, Emile Gaboriau, Georges Eekhoud, Prosper Mérimée, Stendhal, Denis Diderot, Gaston Leroux, Marc de Montifaud, etc.

Le rayon littéraire présente une collection de pages consacrées principalement aux auteurs du 19e siècle: des nouvelles de Jean Lorrain, Guy de Maupassant, Alphonse Allais, Octave Mirbeau, Remy de Gourmont, Jules Barbey d'Aurevilly, Isabelle Eberhardt, Charles Asselineau, Marcel Schwob, Jean Richepin, Eugène Mouton, Jean de La Ville de Mirmont, Léon Bloy, des lettres de Gustave Flaubert, ainsi que des bibliographies et des travaux du lycée Marcel Gambier de Lisieux. Dans le quotidien Libération du 17 avril 1998, Olivier Bogros, directeur de la bibliothèque, racontait:

"En me baladant sur un BBS [bulletin board service], j'ai vu qu'on s'échangeait des textes. Je me suis dit qu'on pouvait rassembler en local tout ce qui traînait comme textes électroniques et les mettre à disposition des lecteurs. [...] Les francophones qui ne trouvent pas un texte ou une référence à la bibliothèque de la Réunion, des Italiens qui font des études de français et cherchent tel poème de Mallarmé, un Japonais en quête d'un nom latinisé, un éditeur anglais qui cherche des documents sur les maisons en bois... On a reçu des mails du monde entier."

Quel est l'historique de ce site qui suscite beaucoup d'intérêt dans le monde francophone parce qu'il montre ce qui est faisable avec beaucoup de détermination et des moyens limités? Dans son courrier électronique du 18 juin 1998, Olivier Bogros expliquait:

"Le site La bibliothèque électronique de Lisieux a été ouvert en juin 1996. Hébergé sur les pages personnelles, limitées à 5 Mo, de mon compte CompuServe, il est depuis quelques jours [début juin 1998] installé sur un nouveau serveur où il dispose d'un espace disque plus important (15 Mo) et surtout d'un nom de domaine. Les frais inhérents à l'entretien du site sont à ma charge, la ville finance de manière indirecte le site en acceptant que tous les textes soient choisis, saisis et relus par du personnel municipal sur le temps de travail (ma secrétaire pour la saisie et une collègue pour la relecture). Ce statut étrange et original fait de La bibliothèque électronique de Lisieux le site presque officiel de la Bibliothèque municipale, tout en restant sous mon entière responsabilité, sans contrôle ni contrainte.