De l'imprimé à Internet

Chapter 6

Chapter 63,483 wordsPublic domain

Présent sur le Web depuis le 14 septembre 1995, Webdo, premier journal électronique suisse, est issu de L'Hebdo, magazine d'information publié à Lausanne (Suisse). On y trouve son édition de la semaine et ses archives, ainsi qu'un répertoire quasi-exhaustif de la presse non spécialisée sur le Web.

Le Journal officiel est en ligne depuis début 1998. Le site est accessible soit directement, soit par le biais de Légifrance qui propose plusieurs autres documents officiels: le Code civil, le Code pénal, la Constitution de la Ve République (1958), la Déclaration universelle des droits de l'homme, des textes de lois et des arrêts de jurisprudence. La page d'accueil offre cinq grandes rubriques: la Constitution, la loi, la jurisprudence, le droit européen et l'actualité juridique. Une grande "première" puisque les textes législatifs n'étaient jusque-là accessibles que par Minitel ou par le biais de bases de données à la facturation élevée.

Dans le domaine informatique, l'excellente revue professionnelle Le M@nde informatique est mise à jour tous les vendredis. ZDNet, site du plus grand éditeur mondial de magazines informatiques, propose ZDNet France, un magazine électronique axé sur la micro-informatique. Il contient des articles de la rédaction de ZDNet ou bien publiés dans PC Direct et PC Expert.

Plusieurs répertoires permettent de "naviguer" sur la presse francophone.

Outre la diffusion de l'information mondiale en français, anglais, allemand, espagnol et portuguais, le site de l'Agence France-Presse (AFP) propose des liens hypertextes à la fois avec la presse française (titres nationaux, journaux régionaux, chaînes de télévision, radios et journaux électroniques) et avec la presse francophone des pays suivants : Belgique, Canada, Haïti, Madagascar, Maroc, Réunion (DOM-TOM), Suisse et Tunisie.

Biblio On Line, serveur français d'informations culturelles sur Internet, propose dans BiblioPresse 80.000 références d'articles dans plus de cent titres de la presse française. La recherche est possible par titre d'article, thème, revue et année.

PageFrance présente l'actualité française multimédia, l'actualité française en général avec des liens pour trouver l'information, une sélection de sites web francophones, une recherche de coordonnées en tous genres, et un guide pour acheter en ligne sur Internet.

5.2. La presse étrangère

Voici quelques exemples aussi pour la presse étrangère.

Aux Etats-Unis, le Wall Street Journal possède environ 100.000 abonnés payants en ligne. La version en ligne du New York Times est disponible sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l'actualité quotidienne en ligne et une banque de données d'articles, le tout avec images, sons et vidéos. Pathfinder est le site web du groupe Time-Warner, éditeur de Time Magazine, Sports Illustrated, Fortune, People, Southern Living, Money, Sunset, etc. On peut y lire la presse en ligne et rechercher des articles par date ou par sujet.

Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font Web commun, avec possibilité de créer une édition personnalisée. The Economist, magazine économique anglais qui fait référence, est également disponible en ligne, comme le sont aussi le grand quotidien espagnol El Pais ou les magazines allemands Focus ou Der Spiegel, parmi tant d'autres.

Concernant la presse informatique, on a par exemple le mensuel Wired, créé en 1992 en Californie, une revue culte qui fut le premier magazine consacré à la culture cyber et qui se veut aujourd'hui le journal du futur à l'avant-garde du 21e siècle.

Plusieurs répertoires recensent la presse internationale, à commencer par l'excellent Les journaux sur le Web, tenu à jour par Gérald Verdon sur le site de Webdo. Il recense tous les sites web de quotidiens et magazines non spécialisés du monde entier, ainsi que les magazines électroniques et les chaînes ou les émissions de télévision.

AJR/NewsLink (AJR : American Journalism Review) propose des liens avec un grand nombre de journaux et magazines, associations de journalistes, ressources pour les journalistes, etc. Electronic Newstand offre des liens avec des centaines de magazines et permet aussi la recherche d'articles. Tenu à jour par Oxbridge Communications, MediaFinder gère des annuaires regroupant 90.000 magazines, lettres d'information, catalogues, périodiques, etc., et il est aussi fournisseur d'abonnements ou d'annonces publicitaires.

Plusieurs bibliothèques ont également créé des répertoires exhaustifs de la presse sur le Web, par exemple la section sur l'actualité, les médias et les périodiques créée par la Michigan Electronic Library (MEL).

5.3. La presse électronique

S'ils ont eux aussi commencé à circuler par le biais de services commerciaux tels que America On Line (AOL) ou CompuServe, les journaux électroniques ont connu un essor important lorsqu'ils ont été disponibles sur le Web.

Fondé en avril 1997 par deux journalistes français de la grande presse, Anna Alter et Max Casmurri, Le Petit Bouquet est le premier quotidien francophone exclusivement électronique. Un système d'abonnement gratuit permet à 25.000 francophones du monde entier de le recevoir quotidiennement.

ZazieWeb est une revue littéraire en ligne conçue et réalisée par Isabelle Aveline, avec un graphisme d'Olivier Cornu. Club des libraires multimédias, manifestations culturelles, atelier d'écriture et billets d'humeur, toute l'actualité du livre est présentée avec punch et humour.

Pagina, magazine hebdomadaire de l'édition, fait le point sur l'actualité littéraire. Magazine bilingue français-anglais, The (virtual) Baguette donne toutes sortes de nouvelles humoristiques sur le monde d'Internet.

Le Micro Bulletin Actu (LMB Actu) se présente comme "l'hebdomadaire Internet immatériel et francophone", et il est la référence dans le domaine des technologies de l'information. Diffusé gratuitement par messagerie électronique chaque jeudi matin, il est ensuite archivé sur le site web. Réalisé par la Délégation aux systèmes d'information du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), avec la collaboration de Tektonika, il complète la revue papier Le Micro Bulletin, destinée aux utilisateurs de l'informatique dans la recherche.

Très apprécié de toute la communauté francophone, l'excellent cybermagazine québécois Multimédium est le "quotidien des nouvelles technologies de l'information". Il présente l'actualité internationale à base d'articles courts renvoyant aux sources et à des informations complémentaires sur d'autres sites. Infos technos propose une sélection de revues informatiques francophones, complétée par quelques titres anglophones.

A la consternation de ses lecteurs, les Chroniques de Cybérie, bulletin hebdomadaire lui aussi très prisé des cybernautes francophones, avait dû cesser sa parution en octobre 1997 pour des raisons budgétaires. Pionniers dans ce domaine, Jean-Pierre Cloutier et Mychelle Tremblay ne pouvaient continuer sans un appui publicitaire qui ne s'est pas présenté: "Au Québec, [...] les annonceurs des secteurs public et privé et les commanditaires ne sont pas au rendez-vous, du moins pour l'instant, pour assurer la viabilité du modèle économique d'une prétendue industrie québécoise du contenu sur les inforoutes."

Le 22 avril 1998, les Chroniques de Cybérie étaient de retour grâce à leur alliance avec le Webdo de Lausanne qui, pendant les deux semaines suivant leur publication, en détient l'exclusivité sur le site créé à cet effet. Elles rejoignent ensuite le site québécois initial, qui contient les archives et le répertoire actualisés, le moteur de recherche interne et la liste d'abonnement.

Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques, expliquait son parcours professionnel:

"Il y a deux choses ici, dans mon cas. D'abord une époque où j'étais traducteur (après avoir travaillé dans le domaine des communications). Je me suis branché à Internet à la demande de clients de ma petite entreprise de traduction car ça simplifiait l'envoi des textes à traduire et le retour des textes traduits. Assez rapidement, j'ai commencé à élargir mon bassin de clientèle et à avoir des contrats avec des clients américains. Puis, il y a eu carrément changement de profession, c'est-à-dire que j'ai mis de côté mes activités de traduction pour devenir chroniqueur. Au début, je le faisais à temps partiel, mais c'est rapidement devenu mon activité principale. C'était pour moi un retour au journalisme, mais de manière manifestement très différente. Au début, les Chroniques traitaient principalement des nouveautés (nouveaux sites, nouveaux logiciels). Mais graduellement on a davantage traité des questions de fond du réseau, puis débordé sur certains points d'actualité nationale et internationale dans le social, le politique et l'économique. Dans le premier cas, celui des questions de fond, c'est relativement simple car toutes les ressources (documents officiels, dépêches, commentaires, analyses) sont en ligne. On peut donc y mettre son grain de sel, citer, étendre l'analyse, pousser des recherches. Pour ce qui est de l'actualité, la sélection des sujets est tributaire des ressources disponibles, ce qui n'est pas toujours facile à dénicher. On se retrouve alors dans la même situation que la radio ou la télé, c'est-à-dire que s'il n'y a pas de clip audio ou d'images, une nouvelle même importante devient du coup moins attrayante sur le plan du médium."

Dans les titres anglophones, on peut citer par exemple News.Com, qui présente des articles détaillés et des dossiers spéciaux sur la micro-informatique et Internet. Près d'un million d'utilisateurs sont abonnés à la lettre d'information quotidienne, envoyée gratuitement par courrier électronique.

La presse électronique est répertoriée dans E.Journal, dont la base de données comprend les catégories suivantes: journaux universitaires, lettres d'information par messagerie électronique, magazines et journaux, journaux politiques, journaux imprimés, journaux par sujets, journaux sur le monde des affaires et autres ressources.

Créée par John Labovitz, la E-Zine-List répertorie 3.000 magazines électroniques. A l'origine, un e-zine - abrégé de fanzine ou magazine - était en général produit par une personne ou un petit groupe, et il était uniquement distribué par voie électronique. Le plus souvent, il ne contenait pas de publicité, ne visait pas un profit commercial et n'était pas dirigé vers une audience de masse.

Sur le site, John Labovitz explique qu'il a débuté la E-Zine-List durant l'été 1993. A l'origine, son intention était de faire connaître Crash, un zine imprimé pour lequel il souhaitait créer une version électronique. A la recherche de répertoires, il n'a trouvé que le groupe de discussion alt.zines, et des archives comme le WELL et ETEXT. Il eut alors l'idée d'un répertoire organisé. Il commença avec douze titres classés manuellement dans un éditeur de textes. Puis il écrivit sa propre base de données pour générer automatiquement le texte, les liens et les fichiers. En quatre ans, de 1993 à 1997, les quelques douzaines de zines sont devenus plusieurs centaines, et la signification même de zine s'est élargie puisque le terme recouvre maintenant tout type de publication publiée par voie électronique. John Labovitz constate cependant qu' "il subsiste toujours la frange originale et indépendante qui continue de publier suivant leur coeur ou de repousser les frontières de ce que nous appelons un zine".

5.4. L'avenir de la presse en ligne

Selon Henri Pigeat, président de l'Institut international des communications (cité dans Cyberplanète: notre vie en temps virtuel), "l'édition électronique représente un axe majeur de développement pour la presse". D'après lui, le Web remplit trois fonctions principales: il est un outil de promotion pour le journal parce qu'il attire de nouveaux lecteurs, souvent plus jeunes, il offre plus de précisions et d'exhaustivité que sur un support papier limité par la place, et enfin il "permet d'occuper le terrain, notamment face à la concurrence de services en ligne nouveaux ou de la télévision".

La vitesse de croisière va-t-elle remplacer la folle expansion de ces quatre dernières années? C'est ce que pense Eric K. Meyer, qui analyse la présence des journaux sur le Web dans un article très documenté de l'AJR/NewsLink (AJR: American Journalism Review).

En décembre 1997, le nombre de journaux publiant sur le Net était de 3.622, un chiffre correspondant à peu près à la prévision de 4.000 titres donnée par l'AJR/NewsLink en 1994. Les six mois précédents (juin-décembre 1997) avaient vu l'apparition de 1.702 nouveaux titres. 594 titres avaient vu le jour entre décembre 1996 et mai 1997, contre 471 titres pour les six mois précédents. 1.563 journaux en ligne étaient basés hors des Etats-Unis, ce qui représentait un pourcentage de 43%, alors que ce pourcentage était seulement de 29% un an auparavant. La forte augmentation de ce pourcentage correspondait à un développement rapide des journaux en ligne, notamment au Canada, au Royaume-Uni, en Norvège, au Brésil et en Allemagne. Fait non surprenant, les trois pays les plus représentés étaient les Etats-Unis (2.099 journaux), le Royaume-Uni (294 journaux) et le Canada (230 journaux).

En septembre 1998, le nombre de journaux publiant sur le Net était de 4.925, soit 1.300 titres de plus que fin 1997. Le site annonçait aussi la réactualisation des statistiques données dans l'article de décembre 1997, mais ces nouveaux chiffres n'étaient pas encore disponibles en décembre 1998.

Un autre élément nouveau dû au Web est la collaboration entre grands groupes de presse traditionnellement concurrents. Site rédactionnel commun qui a duré plus d'un an, entre février 1997 et mars 1998, NewsWorks proposait un service d'information quotidien géré par le News Century Network, qui regroupait neuf des plus grands groupes de presse des Etats-Unis: Advance Publications, Cox Newspapers, The Gannett Company, The Hearst Corporation, Knight-Ridder Inc., The New York Times Company, Times Mirror, The Tribune Company et The Washington Post Company, soit 140 titres à eux tous. La mésentente et le manque de cohésion entre les partenaires ont eu raison de cette alliance le 10 mars 1998. Même si le partenariat semble difficile, le fait que le Web ouvre la voie à une collaboration étroite entre différents groupes de presse pour proposer des serveurs d'information multinationaux et multilingues est un élément nouveau qui va profondément bouleverser les us et coutumes.

Un nouveau type de presse débute. Dans un article de Libération daté du 21 mars 1997, Laurent Mauriac insistait sur l'importance de la date du 28 février 1997 dans l'histoire de la presse, du journalisme et d'Internet. A 15 h 15, le Dallas Morning News, l'un des dix grands quotidiens américains, livrait en ligne une information exclusive: la reconnaisance de sa culpabilité par Timothy McVeigh, le principal suspect de l'attentat d'Oklahoma City. Pour la première fois, une information exclusive n'était pas livrée par une édition imprimée mais par une édition en ligne. Elle renversait les rapports d'un journal avec son site web, puisque, jusque là, l'édition en ligne se contentait d'être une copie de l'édition imprimée.

Moins d'un an après, le mécanisme était au point. Dans Libération du 30 janvier 1998, Pierre Briançon expliquait que le scandale provoqué par les relations sexuelles de Bill Clinton, président des Etats-Unis, avec Monika Lewinski, ancienne stagiaire à la Maison Blanche, était "le premier grand événement politique dont tous les détails sont instantanément reproduits sur le Web". Tous les grands médias d'information ont constitué une page web spéciale consacrée au scandale. "Pour la première fois, le Web apparaît ainsi comme un concurrent direct et brutal, non seulement des journaux - handicapés par leur périodicité - mais des radios ou télévisions."

Comme ces deux exemples le montrent, l'implantation du Web dans la presse, et inversement, a créé un nouveau type de presse en ligne, qui offre une information presque instantanée, ou en tout cas encore plus rapide que celle donnée par la télévision ou la radio. L'information est également beaucoup plus complète grâce à la possibilité de multiples hyperliens vers d'autres sources d'information et documents en tous genres.

Dans un entretien avec le magazine multimédia allemand Com! publié dans le numéro de mars 1998 (et relaté dans la dépêche AFP du 19 février 1998), Hermann Meyn, président du Deutscher Journalisten Verband (Fédération des journalistes allemands), proposait d'établir un code de déontologie professionnelle à l'intention des journalistes sur Internet afin d'éviter les dérapages vus lors de l'affaire Clinton-Lewinsky.

"Un tel code est nécessaire car le flux d'informations est beaucoup plus rapide sur Internet que dans les médias classiques, et 'les rumeurs et les fausses nouvelles se répandent beaucoup plus vite', a-t-il expliqué. [...] Soulignant que des lois nationales ne suffiraient pas à combattre cette tendance sur le réseau informatique mondial qu'est Internet, il a jugé 'beaucoup plus sensé' d'établir un code de l'honneur pour les journalistes."

Dans la Tribune de Genève du 28 février-1er mars 1998, Antoine Maurice présentait les mutations technologiques ayant affecté le monde de la presse durant ces vingt dernières années: impression offset, photocomposition, informatisation progressive des rédactions et des opérations de production des journaux. La fin des années quatre-vingt voit "des rédactions complètement informatisées et dépourvues de papier - le tout écran - complètement en réseau et en flux immatériel de production, complètement détachées et détachables des lieux d'impression".

Nombre de métiers ont disparu. Les journalistes doivent maintenant compter avec des secrétaires de rédaction qui traitent les textes puis montent les pages sur écran, et avec des ingénieurs qui contribuent eux-aussi à la définition de l'information puisqu'ils réglementent les modalités du travail. Les techniciens de l'information et ceux qui l'écrivent sont tous deux "journalistes de plein droit, puisque des metteurs en page sur ordinateur sont autant responsables du contenu du journal que des rédacteurs". Les journalistes doivent aussi compter avec la concurrence d'Internet qui véhicule un très grand nombre d'informations et qui "court-circuite en partie le pouvoir d'informer, privilège jusque-là d'un milieu médiatique qui se serait bien passé de cette concurrence".

La convergence multimédia peut être définie comme la convergence des secteurs de l'informatique, du téléphone et de la radiotélévision dans une industrie de la communication et de la distribution utilisant les mêmes autoroutes de l'information. Si, dans certains secteurs, ce phénomène a récemment entraîné de nouveaux emplois, par exemple ceux liés à la production de films ou de produits audio-visuels, d'autres secteurs sont soumis à d'inquiétantes restructurations. Lors du Colloque sur la convergence multimédia organisé les 27-29 janvier 1997 à Genève par l'Organisation internationale du Travail (OIT), plusieurs interventions étaient particulièrement intéressantes, et elles sont toujours d'actualité.

Bernie Lunzer, secrétaire trésorier de la Newspaper Guild (Etats-Unis), était l'intervenant le plus pessimiste sur la rentabilité de la presse sur le Web. D'après lui, les espoirs de rentabilité, d'abord fondés sur les placards publicitaires, se sont ensuite reportés sur les petites annonces, sans garantie de succès jusque-là. L'instauration de l'abonnement payant sur le Web semble également voué à l'échec, parce qu'il prive le site d'une grande partie de son trafic. Bernie Lunzer insistait également sur les batailles juridiques faisant rage sur les problèmes de propriété intellectuelle. Ces batailles visent notamment à contrer l'attitude des directeurs de publications, qui amènent les écrivains indépendants à signer des contrats particulièrement choquants cédant tous leurs droits au directeur de la publication, avec une contrepartie financière ridicule.

Heinz-Uwe Rübenach, du Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger (Association allemande de directeurs de journaux), ne pensait pas que, dans un proche avenir, les journaux puissent être évincés par les services de presse en ligne. Par contre ceux-ci concurrencent déjà la presse traditionnelle dans le domaine des annonces immobilières ou des offres d'emploi. Si un lecteur veut acheter des billets pour des manifestations exceptionnelles par exemple, le service en ligne est plus adapté que le journal parce qu'il permet la commande directe des billets et une mise à jour constante des informations. Tout comme Bernie Lunzer, Heinz-Uwe Rübenach insistait lui aussi sur la nécessité financière pour les entreprises de presse de gérer et de contrôler l'utilisation sur le Web des articles de leurs journalistes, afin de constituer les fonds nécessaires pour continuer à investir dans ce type de technologie.

Un problème tout aussi préoccupant est celui de la pression constante exercée sur les journalistes des salles de rédaction: le produit de leur travail n'est plus utilisé seulement en fin de journée, mais il doit être disponible tout au long de la journée. Ces tensions à répétition sont encore aggravées par une journée de travail sur écran pendant huit à dix heures d'affilée. Le rythme de travail et l'utilisation intensive de l'ordinateur entraînent de préoccupants problèmes de sécurité au travail. Après quelques années de ce régime, des journalistes "craquent" à l'âge de trente-cinq ou quarante ans.

Président de la Federación Nacional de Periodistas (FENAJ) (Fédération nationale des journalistes) du Brésil, Carlos Alberto de Almeida dénonçait lui aussi l'exploitation des journalistes. En théorie, les nouvelles technologies devaient donner la possibilité de rationaliser le travail et d'en réduire la durée pour favoriser l'enrichissement intellectuel et les loisirs. En pratique, les professionnels des médias, les cadres et les journalistes par exemple, sont obligés d'effectuer un nombre d'heures de travail de plus en plus grand. La journée légale de cinq heures est en fait une journée de dix à douze heures. Les heures supplémentaires ne sont pas payées, comme ne sont pas payées non plus celles effectuées le week-end par un journaliste pendant sa période de repos.

Si elle accélère le processus de production, l'automatisation des méthodes de travail, à commencer par la numérisation, entraîne une diminution de l'intervention humaine et donc un accroissement du chômage. Alors qu'auparavant le personnel de production devait retaper les textes du personnel de rédaction, la mise en page automatique a entraîné la combinaison des deux tâches de rédaction et de composition. Dans les services publicitaires aussi, la conception graphique et les tâches commerciales sont maintenant intégrées.

Etienne Reichel, directeur suppléant de Viscom (Visual Communication), l'association suisse pour la communication visuelle, démontrait que le transfert de données et la suppression de certaines phases de production ont réduit le nombre d'emplois traditionnels. Le travail de vingt typographes est maintenant assuré par six travailleurs qualifiés. La concentration des centres de production a entraîné une forte pression sur les petites et moyennes entreprises qui étaient auparavant génératrices d'emploi. Par contre, l'informatique permet à certains professionnels de s'installer à leur compte, comme c'est le cas pour 30% des salariés ayant perdu leur emploi.