Curiosités Infernales

Chapter 24

Chapter 241,324 wordsPublic domain

Cardan[1] raconte que «Baptiste, son parent, estudiant à Pavie, s'esveilla de nuict, et délibéra prendre son fusil pour allumer la chandelle. En ces entrefaictes il entend une voix disant: Adieu, mon fils, je m'en vay à Rome, et lui sembla qu'il voyoit une très grande lumière, comme d'un fagot de paille tout en feu. Tout estonné il se cache sous la coultre de son lict, et y demeure le reste de la nuict et la matinée, jusques à ce que ses compagnons retournent de la leçon. Ils frapent à la porte de la chambre, dont leur ayant fait ouverture, et raconté son songe, il adjouste en pleurant que c'estoyent nouvelles de la mort de sa mère. Eux n'en firent que secoüer les oreilles. Mais le lendemain il receut nouvelle que sa mère estoit décédée en la mesme heure qu'il avoit veu ceste grande lumière, en un lieu éloigné d'environ une journée à pied loin de Pavie.»

[Note 1: _De la variété des choses_, Ve livre, chap. LXXXIV, cité par Goulart, _Thrésor des histoires admirables_, t. II, p. 1012.]

D'après Zuinger[1], «Jean Huber, docte médecin en la ville de Basle, estant en l'article de la mort, avis fut la nuict à Jean Lucas Isel, honnorable citoyen de Basle, demeurant lors à Besançon, lequel ne sçavoit du tout rien de ceste maladie, qu'il voyoit son lict couvert de terre fraischement fossoyée, laquelle voulant secouer, après avoir jetté bas la couverte, il vid (ce lui sembloit) Huber couché tout de son long sous les linceux, en un clin d'oeil transformé en petit enfant. La nuict du lendemain il eut une autre vision: car il sembla qu'il oyoit divers piteux cris de personnes qui plouroyent le trespas de Hubert, lequel vrayement estoit mort en ces entrefaictes. Isel esveillé receut au bout de quelques jours nouvelles de la mort de Huber.»

[Note 1: En son _Théâtre de la vie humaine_, Ve vol., liv. IV, cité par Goulart, _Thrésor des histoires admirables_, t. II, p. 1044.]

D'après des Caurres[1], «Possidonius historien, raconte de deux amis et compagnons d'Arcadie, qui est une partie d'Achaïe en la Grèce, que venans en la cité de Megara après Athènes, l'un logea à l'hostellerie, l'autre pour espargner logea à un cabaret. Celuy qui étoit au grand logis, la nuict en dormant vit son compagnon qui le prioit luy venir secourir, car son tavernier estoit apres à le tuer. Quoy oyant, son compagnon s'esveilla et estimant que ce fut un songe, se remist en son lict. Et si tost après qu'il fut endormy, voicy derechef son compagnon qui lui apparut, disant que puisqu'il ne l'avoit secouru en sa vie, qu'il luy aidast à venger sa mort contre le tavernier qui l'avoit meurdry, lequel avoit mis son corps sur une charrette couverte de fumier, à fin que le matin il envoyast par son chartier comme on a accoustumé à vuider le fumier, et luy dit qu'il se trouvast le matin à la porte, là où il trouveroit le corps, ce qui fut faict. Le chartier gagna au pied, et le cabaretier perdit la vie.»

[Note 1: _Oeuvres morales et diversifiées_, p. 377.]

«Durant nos dernières guerres, dit Goulart[1], un conseiller en la ville de Montpeslier, personnage honorable, estant avec d'autres au temple, priant Dieu, eut une vision soudaine de tous les endroits de sa maison: il lui sembla qu'un sien petit fils unique tomboit d'une haute gallerie en la basse cour de son logis. Il se leve en sursaut, va chez soi au grand pas, demande son enfant, le trouve sain et sauf, raconte son extase, commet dès lors une chambrière pour garder ce petit fils et de nuict et de jour. Trois mois après, ceste chambrière infiniment soigneuse de l'enfant se trouva avec icelui en la gallerie, et n'ayant fait que tourner le dos, l'enfant tombe en la basse cour et est trouvé roide mort. Le conseiller esperdu se prend à sa femme, qui n'en pouvoit mais, et la tanse fort asprement. Quatre jours après, comme ceste mère désolée ouvre certain cabinet, un fantosme tout tel que son fils mort, se présente à elle riant et feignant vouloir l'embrasser. Lors elle s'escrie: Ha! Satan, tu veux me tenter. Mon Dieu, assiste à ta servante. Ces mots proférés, le fantosme s'esvanouit.»

[Note 1: _Thrésor des histoires admirables_, tome III, p. 328.]

Les sorcières ont eu quelquefois des corneilles à leur service, comme on le voit par la légende qui suit, et qui, conservée par Vincent Guillerin[1], a inspiré plus d'une ballade sauvage, en Angleterre et en Ecosse.

[Note 1: _Spect. hist_. lib. XXVI.]

«Une vieille Anglaise de la petite ville de Barkley exerçait en secret au XIe siècle, la magie et la sorcellerie avec grande habileté. Un jour, pendant qu'elle dînait, une corneille qu'elle avait auprès d'elle et dont personne ne soupçonnait l'emploi, lui croassa je ne sais quoi de plus clair qu'à l'ordinaire. Elle pâlit, poussa de profonds soupirs et s'écria: «J'apprendrai aujourd'hui de grands malheurs.»

«A peine achevait-elle ces mots, qu'on vint lui annoncer que son fils aîné et toute la famille de ce fils étaient morts de mort subite. Pénétrée de douleur, elle assembla ses autres enfants, parmi lesquels était un bon moine et une sainte religieuse; elle leur dit en gémissant:

«Jusqu'à ce jour, je me suis livrée, mes enfants, aux arts magiques. Vous frémissez; mais le passé n'est plus en mon pouvoir. Je n'ai d'espoir que dans vos prières. Je sais que les démons sont à la veille de me posséder pour me punir de mes crimes. Je vous prie, comme votre mère, de soulager les tourments que j'endure déjà. Sans vous, ma perte me paraît assurée, car je vais mourir dans un instant. Renfermez mon corps dans une peau de cerf, dans une bière de pierre recouverte de plomb que vous lierez par trois tours de chaîne. Si, pendant trois nuits, je reste tranquille, vous m'ensevelirez la quatrième, quoique je craigne que la terre ne veuille point recevoir mon corps. Pendant cinquante nuits, chantez des psaumes pour moi, et que pendant cinquante nuits on dise des messes.»

«Ses enfants troublés exécutèrent ses ordres; mais ce fut sans succès. La corneille, qui sans doute n'était qu'un démon, avait disparu. Les deux premières nuits, tandis que les clercs chantaient des psaumes, les démons enlevèrent, comme s'ils eussent été de paille, les portes du caveau et emportèrent les deux chaînes qui enveloppaient la caisse: la nuit suivante, vers le chant du coq, tout le monastère parut ébranlé par les démons qui entouraient l'édifice. L'un d'entre eux, le plus terrible, parut avec une taille colossale, et réclama la bière. Il appela la morte par son nom; il lui ordonna de sortir. «Je ne le puis, répondit le cadavre, je suis liée.»

«Tu vas être déliée,» répondit Satan; et aussitôt il brisa comme une ficelle la troisième chaîne de fer qui restait autour de la bière: il découvrit d'un coup de pied le couvercle, et prenant la morte par la main, il l'entraîna en présence de tous les assistants. Un cheval noir se trouvait là, hennissant fièrement, couvert d'une selle garnie partout de crochets de fer; on y plaça la malheureuse et tout disparut; on entendit seulement dans le lointain les derniers cris de la sorcière.»

FIN

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TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE

LES DIABLES.

I.--Existence des démons

II.--Apparitions du diable

III.--Enlèvements par le diable

IV.--Métamorphoses du diable

V.--Signes de la possession du démon

VI.--Sabbat

VII.--Union charnelle avec le diable--Incubes et Succubes

VIII.--Pacte avec le diable--Marque des sorciers

IX.--Fourberies et méchancetés du diable

LES BONS ANGES

LE ROYAUME DES FÉES.

I.--Fées

II.--Elfes

NATURE TROUBLÉE.

I.--Possédés--Démoniaque

II.--Ensorcelés

III.--Hommes changés en bêtes--Lycanthropes--Loups-garous

IV.--Sortilèges

MONDE DES ESPRITS.

I.--Nature des esprits

II.--Follets et Lutins

III.--Gnomes--Esprits des mines--Gardes des trésors

IV.--Esprits familiers

PRODIGES.

I.--Prodiges célestes

II.--Animaux parlants

EMPIRE DES MORTS.

I.--Ames en peine--Lamies et Lémures

II.--Revenants, spectres, larves, etc.

III.--Fantômes

IV.--Vampires

PRÉSAGES.

I.--Présages de guerre, de succès et de défaites

II.--Présages de naissance

III.--Présages de mort

IV.--Avertissements