Curiosités historiques sur Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Mme de Maintenon, Mme de Pompadour, Mme du Barry, etc.

Part 7

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»Sur le grand palier du haut, vers le midi, est une porte qui, de ce grand palier par le bout le plus proche du haut de la dernière rampe, conduit à l'appartement de la reine, occupé par madame la duchesse de Bourgogne. Et dans la face vers le septentrion, à l'autre bout du même palier, il y a une simple porte qui donne entrée dans les appartements du roi. Deux autres portes proche les précédentes servent, à l'autre bout de l'escalier vers l'orient, à entrer dans la grande salle des gardes, la plus proche de l'appartement de la reine. C'est en traversant un petit passage, qui est au bout de cette salle, qu'on peut aller par une autre grande salle (salle de 1792) à un petit appartement de jour de monseigneur le duc de Bourgogne (salles des Gouaches), et par la même salle à un grand escalier de pierre (des Princes), par où l'on va aux appartements de Monsieur, de Madame, de monseigneur le duc de Chartres et de madame la duchesse de Chartres (galerie des Batailles) qui, comme nous avons déjà dit, sont de plain-pied avec ceux du roi....

»Tâchons à présent, par une description la plus sommaire qu'il nous sera possible, de faire connaître l'état où les appartements du roi et les autres appartements hauts du vieux et du nouveau château sont aujourd'hui.

»Le premier appartement du roi, où l'on entre, comme nous avons dit, par le petit escalier de marbre du côté du septentrion, a vue sur la petite cour pavée de marbre, qu'il environne de trois côtés. Un vestibule que l'on trouve d'abord proche du petit escalier _sert vers l'orient à donner passage à un appartement particulier qu'occupe madame la marquise de Maintenon dans une des ailes de la grande cour_; et vers l'occident à entrer par une salle des gardes dans une antichambre où l'on sert le roi quand il mange en public.»

Ainsi, il n'y a pas ici de termes ambigus; c'est sur le vestibule placé près du palier du petit escalier de marbre et en face de l'entrée de l'appartement de Louis XIV, que se trouvait l'appartement de madame de Maintenon. Nous reviendrons bientôt sur cet appartement, et nous allons continuer la description de celui du roi, en suivant toujours Félibien, afin de montrer qu'il indique la destination de toutes les pièces de cet appartement, et que l'endroit qu'il vient de désigner est le seul où l'on puisse placer l'habitation de cette femme célèbre:

«Cette antichambre, _celle où le roi mangeait en public_, a depuis peu, vers le midi, une porte par où l'on entre dans un petit appartement de nuit de monseigneur le duc de Bourgogne (depuis petit appartement de la reine), que l'on a construit de nouveau au-dessus du corridor qui traverse en bas le milieu de la petite cour la plus proche de l'appartement de Monseigneur. Mais pour aller par la grande antichambre du roi dans l'appartement de Sa Majesté, on entre, vers l'occident, dans la chambre _des Bassans_, ainsi appelée à cause qu'il y a plusieurs tableaux de ces anciens maîtres au-dessus des portes et dans les lambris. Cette chambre a trois portes, outre celle de la grande antichambre par où l'on est entré. Une porte au midi conduit à un escalier de dégagement par où monseigneur monte de son appartement à celui du roi (cet escalier en pierre existe encore aujourd'hui, quoiqu'il ne soit plus d'aucun usage); une autre porte à l'occident conduit dans la grande galerie haute du nouveau château, du côté des jardins; et la troisième porte, au septentrion, est celle par où il faut passer dans la suite du premier appartement du roi, et premièrement dans la chambre à coucher de Sa Majesté.»

Après la description de la chambre du roi et de son ameublement, il ajoute: «Les portes du côté de la cheminée donnent entrée vers le septentrion dans un grand salon carré, situé au milieu de l'ancien château, sur le vestibule pavé et lambrissé de marbre qu'on a remarqué en bas.... Ensuite du salon on trouve une autre pièce appelée _chambre du Conseil_. Le premier des cabinets du roi est entièrement revêtu de glaces.... On le nomme _cabinet des Termes_, parce que vingt figures de jeunes enfants en forme de Termes, qui soutiennent des festons dorés, ornent une manière d'attique élevée au-dessus de la corniche, dans le même cabinet[48]. Il reçoit son jour vers le septentrion, par la petite cour de l'appartement des bains.»

Cette description de l'appartement du roi est curieuse en ce qu'elle nous donne l'époque exacte de l'établissement de la chambre à coucher dans laquelle mourut Louis XIV. En effet, l'on a pu voir dans les détails donnés par Félibien que ce que l'on nomme le _salon de l'OEil-de-boeuf_ était coupé en deux parties, dont l'une était occupée par une antichambre nommée des _Bassans_, et l'autre par la chambre à coucher du roi, tandis que la chambre à coucher actuelle, qui occupe le centre du château, était un grand salon de réception, probablement l'ancien grand salon de Louis XIII.

C'est en 1703 que Félibien des Avaux fit paraître sa _Description sommaire de Versailles_. Mais à la fin de ce même volume, dans un chapitre intitulé _Changements qui ont été faits à Versailles, en divers endroits du château, pendant l'impression de ce volume_, voici ce qu'il dit de l'appartement du roi: «On voit un nouveau salon qui ne surprend pas moins par sa richesse que par sa grandeur. Il contient tout l'espace d'une seconde antichambre et d'une chambre où l'on a vu jusqu'ici le lit du roi: ainsi ce nouveau salon a au moins soixante pieds de longueur sur environ vingt-six de largeur, et son exhaussement, qu'on a beaucoup augmenté, a donné moyen de faire une ouverture ovale de fenêtre dans le haut de l'extrémité vers le midi--que l'on nomme un oeil-de-boeuf--pour donner plus de jour au salon. L'on ne peut trop considérer dans la chambre du roi, qui servait autrefois de salon, les changements qu'on y a faits et les ornements nouveaux dont on l'a embellie. Elle est toute boisée et presque entièrement dorée sur un fond blanc, ainsi que le grand salon, mais ornée avec encore plus de magnificence. La cheminée est placée à présent vers le septentrion; son chambranle de marbre occupe le bas d'une grande arcade remplie de glaces de miroir, et dont le cintre est porté par des pilastres ioniques, et chargé d'une cassolette fumante, accompagnée de festons de fleurs, et de deux Zéphyrs figurés par des enfants en bas-reliefs, qui ont des ailes de papillon au dos. Il y a une semblable arcade vis-à-vis, aussi toute remplie de glaces et accompagnée d'ornements. L'on a doré de nouveau les pilastres, et tous les ouvrages de sculpture qu'on a conservés. Une grande arcade surbaissée sert du côté de l'occident, vis-à-vis des fenêtres, à augmenter la profondeur de cette chambre pour y placer plus commodément le lit du roi.»

Il est donc évident que le salon dit de l'OEil-de-boeuf et la chambre actuelle du roi Louis XIV ne datent que de l'année 1703, c'est-à-dire de l'époque écoulée entre l'impression de l'ouvrage de Félibien et les additions qu'il a placées à la fin, avant de la livrer au public.

Dans les changements qu'on venait de faire subir à l'appartement du roi, Félibien signale l'agrandissement de la salle du Conseil aux dépens du cabinet des Termes, qui, quoique plus petit, n'en continua pas moins d'exister.

Félibien ajoute: «Le second cabinet, dans lequel on entre par le grand cabinet du Conseil et par l'ancien cabinet des Termes, et qui a vue vers le septentrion sur la même cour, et vers le midi sur la petite cour pavée de marbre, est orné de tableaux de tous côtés.» (Sous Louis XV, cette chambre fut agrandie du côté du nord, l'on boucha les fenêtres de ce côté, et elle devint la chambre à coucher du roi.) «La pièce suivante sert de vestibule à un escalier par où le roi descend de son appartement pour sortir du château, et sert à passer dans un autre cabinet, qu'une arcade et deux autres ouvertures moins grandes qui l'accompagnent unissent à la dernière pièce de l'enfilade. Ici une porte située au septentrion donne entrée dans un salon ovale tout doré et orné de pilastres et de quatre niches où l'on a placé autant de groupes de bronze. Enfin, dans ce salon ovale, une porte donne entrée dans un cabinet qui l'accompagne vers l'occident, et une autre porte vers l'orient conduit à la petite galerie peinte par _Mignard_, dont nous avons rapporté une description assez étendue, ainsi que des deux salons qui sont à ses extrémités.» Ici s'arrête la description des petits appartements du roi. Félibien décrit ensuite le grand escalier des ambassadeurs, les grands appartements du roi, la grande galerie et les appartements de la reine, qui ne sont point changés.

En suivant pas à pas, sur les plans de _Blondel_, la description de Félibien, on voit que toutes les pièces de l'appartement du roi, qui y sont parfaitement indiquées, avaient toutes une destination, et qu'il est impossible d'y trouver un endroit pouvant s'appliquer à l'appartement de madame de Maintenon. Il faut donc absolument chercher cet appartement dans une autre partie du château.

Nous avons dit que Félibien en plaçait la porte dans le vestibule qui servait d'entrée à l'appartement du roi: «Un vestibule que l'on trouve d'abord proche du petit escalier sert, vers l'orient, à donner passage à un appartement particulier qu'occupe madame la marquise de Maintenon dans une des ailes de la grande cour.» Malheureusement Félibien, si exact dans le détail des divers appartements qu'il décrit, mais voulant seulement faire connaître au public ceux qu'on pouvait visiter et qui étaient curieux par leurs ornements, les tableaux, les sculptures, ou les choses rares qu'ils contenaient, n'a parlé que des appartements du roi, de la reine et des princes, et n'a rien ajouté de plus sur celui de madame de Maintenon. Cependant cette indication est déjà une preuve de sa situation en ce lieu, et de la nécessité de ne point le chercher ailleurs.

Voyons, maintenant que nous savons le lieu occupé par cet appartement, si nous trouverons quelque part des détails assez circonstanciés pour qu'il ne reste aucun doute, et que nous puissions, en quelque sorte, le rétablir comme il était à cette époque.

Il était impossible que Saint-Simon, ce caustique et spirituel chroniqueur, qui passait, pour ainsi dire, tous ses jours dans le château de Versailles à suivre ses habitants, pour deviner leurs pensées, leurs actions, connaître les événements nouveaux et surtout les intrigues que ce peuple de courtisans faisait éclore et avorter à chaque instant, ne donnât pas quelques renseignements sur le lieu qu'habitait le plus célèbre de tous ces personnages, sur celui qui était devenu le véritable chef de l'État, et que Saint-Simon avait d'autant plus de motifs de faire connaître dans ses moindres actions, qu'il y cherchait presque toujours des raisons de faire excuser la haine qu'il lui portait.

Il donne en effet dans ses _Mémoires_ une description si exacte et si minutieuse de l'appartement de madame de Maintenon, que l'on est étonné d'avoir vu sa place si longtemps ignorée.

Voici à quelle occasion. Au mois de décembre 1708, le duc de Bourgogne revenait de sa campagne de Flandre, qui n'avait pas été heureuse. Il était attendu à la cour avec grande impatience; et tous ses amis redoutaient la réception qu'allait lui faire Louis XIV. Saint-Simon, très-attaché au duc de Bourgogne, raconte ainsi cette réception, dans laquelle il entre, pour la mieux faire comprendre, dans les plus minutieux détails:

«Madame la duchesse de Bourgogne, dit-il, était dans une grande agitation de la réception que recevrait monseigneur le duc de Bourgogne, et de pouvoir avoir le temps de l'entretenir et de l'instruire avant qu'il pût voir le roi en personne. Je lui fis dire de lui mander d'ajuster son voyage de façon qu'il arrivât à une ou deux heures après minuit, parce que de la sorte, arrivant tout droit chez elle et ne pouvant voir qu'elle, ils auraient tout le temps de la nuit à être ensemble seuls, les premiers instants du matin avec le duc de Beauvillier et peut-être avec madame de Maintenon, et l'avantage encore que le prince saluerait le roi et Monseigneur avant que personne fût entré chez eux, et que personne n'y serait témoin de sa réception, à très-peu de valets près et même écartés. L'avis ne fut pas donné, ou, s'il le fut, il ne fut pas suivi. Le jeune prince arriva le lundi 11 décembre, un peu après sept heures du soir, comme Monseigneur venait d'entrer à la comédie[49], où madame la duchesse de Bourgogne n'était pas allée pour l'attendre. Je ne sais pourquoi il vint descendre dans la _cour des Princes_ au lieu de la grande. J'étais en ce moment-là chez la comtesse de Roucy dont les fenêtres donnaient dessus. Je sortis aussitôt, et arrivant au haut du grand degré du bout de la galerie[50], j'aperçus le prince qui le montait, entre les ducs de Beauvillier et de la Rocheguyon, qui s'étaient trouvés à la descente de sa chaise. Il avait bon visage, gai et riant, et parlait à droite et à gauche. Je lui fis ma révérence au bord des marches. Il me fit l'honneur de m'embrasser, mais de façon à me marquer qu'il était encore plus instruit qu'attentif à ce qu'il devait à la dignité, et il ne parla plus qu'à moi un assez long bout de chemin, pendant lequel il me glissa bas qu'il n'ignorait pas comment j'avais parlé, et comment j'en avais usé à son égard. Il fut rencontré par un groupe de courtisans, à la tête desquels était le duc de la Rochefoucauld. Entouré de ce groupe, il traversa la grande salle des gardes, au lieu d'entrer chez madame de Maintenon par son antichambre de jour et par les derrières, bien que son plus court[51], et alla, par le palier du grand degré[52], entrer par la grande porte de l'appartement de madame de Maintenon[53]. C'était le jour du travail ordinaire de Pontchartrain, qui, depuis quelque temps, avait changé avec Chamillart du mardi au lundi. Il était alors en tiers avec le roi et madame de Maintenon, et le soir même il me conta cette curieuse réception, qu'il remarqua bien et dont il fut seul témoin. Je dis en tiers, parce que madame la duchesse de Bourgogne allait et venait; mais pour le bien entendre, il faut un moment d'ennui de mécanique.

»L'appartement de madame de Maintenon était de plain-pied et faisant face à la salle des gardes du roi[54]. L'antichambre était plutôt un passage long en travers, étroit, jusqu'à une autre antichambre toute pareille de forme, dans laquelle les seuls capitaines des gardes entraient[55], puis une grande chambre profonde[56]. Entre la porte, par où l'on y entrait de cette seconde antichambre, et la cheminée[57], était le fauteuil du roi adossé à la muraille, une table devant lui, et un ployant autour pour le ministre qui travaillait. De l'autre côté de la cheminée une niche de damas rouge et un fauteuil ou se tenait madame de Maintenon avec une petite table devant elle. Plus loin son lit dans un enfoncement[58]. Vis-à-vis les pieds du lit une porte et cinq marches[59]. Puis un fort grand cabinet qui donnait dans la première antichambre de l'appartement de monseigneur le duc de Bourgogne, que cette porte enfilait, et qui est aujourd'hui l'appartement du cardinal de Fleury[60]. Cette première antichambre ayant à droite cet appartement, et à gauche ce grand cabinet de madame de Maintenon, descendait, comme encore aujourd'hui, par cinq marches dans le salon de marbre contigu au palier du grand degré au bout des deux galeries, haute et basse, dites de madame la duchesse d'Orléans, ou des Princes[61].

«Tous les soirs, madame la duchesse de Bourgogne jouait dans le grand cabinet de madame de Maintenon avec les dames à qui on avait donné l'entrée, qui ne laissait pas d'être assez étendue, et de là, entrait, tant et si souvent qu'elle voulait, dans la pièce joignante, qui était la chambre de madame de Maintenon, où elle était avec le roi, la cheminée entre deux. Monseigneur, après la comédie, montait dans ce grand cabinet[62] où le roi n'entrait point, et madame de Maintenon presque jamais.

»Avant le souper du roi, les gens de madame de Maintenon lui apportaient son potage avec son couvert, et quelque autre chose encore. Elle mangeait, ses femmes et un valet de chambre la servaient, toujours le roi présent, et presque toujours travaillant avec un ministre. Le souper achevé, qui était court, on emportait la table; les femmes de madame de Maintenon demeuraient, qui tout de suite la déshabillaient en un moment, et la mettaient au lit. Lorsque le roi était averti qu'il était servi, il passait un moment dans une garde-robe[63], allait après dire un mot à madame de Maintenon, puis sonnait une sonnette qui répondait au grand cabinet. Alors Monseigneur, s'il y était, monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne, M. le duc de Berry, et les dames qui étaient à elle, entraient à la file dans la chambre de madame de Maintenon, ne faisaient presque que la traverser, et précédaient le roi qui allait se mettre à table suivi de madame la duchesse de Bourgogne et de ses dames. Celles qui n'étaient point à elle, ou s'en allaient, ou, si elles étaient habillées pour aller au souper, car le privilège de ce cabinet était d'y faire sa cour à madame la duchesse de Bourgogne sans l'être, faisaient le tour par la grande salle des gardes sans entrer dans la chambre de madame de Maintenon. Nul homme, sans exception que ces trois princes, n'entrait dans le grand cabinet. Cela expliqué, venons à la réception et à tout son détail, auquel Pontchartrain fut très-attentif, et qu'il me rendit tête à tête très-exactement une demi-heure après qu'il fut revenu chez lui[64].

»Sitôt que de chez madame de Maintenon on entendit la rumeur qui précède de quelques instants ces sortes d'arrivée, le roi s'embarrassa jusqu'à changer diverses fois de visage. Madame la duchesse de Bourgogne parut un peu tremblante, et voltigeait par la chambre pour cacher son trouble, sous prétexte d'incertitude par où le prince arriverait, du _grand cabinet_ ou de l'_antichambre_. Madame de Maintenon était rêveuse. Tout à coup les portes s'ouvrirent. Le jeune prince s'avança au roi, qui, maître de soi plus que qui que ce fût, perdit à l'instant tout embarras, fit un pas ou deux vers son petit-fils, l'embrassa avec assez de démonstration de tendresse, lui parla de son voyage; puis, lui montrant la princesse:--Ne lui dites-vous rien? ajouta-t-il d'un visage riant. Le prince se retourna un moment vers elle, et répondit respectueusement comme n'osant se détourner du roi, et sans avoir remué de place. Il salua ensuite madame de Maintenon, qui lui fit fort bien. Ces propos de voyage, de couchées, de chemins durèrent ainsi et tout debout un demi-quart d'heure; puis le roi lui dit qu'il n'était pas juste de lui retarder plus longtemps le plaisir qu'il aurait d'être avec madame la duchesse de Bourgogne, et le renvoya, ajoutant qu'ils auraient loisir de se revoir. Le prince fit sa révérence au roi, une autre à madame de Maintenon, passa devant le peu de dames du palais qui s'étaient enhardies de mettre la tête dans la chambre, _au bas de ces cinq marches_, entra dans le _grand cabinet_, où il embrassa madame la duchesse de Bourgogne, y salua les dames qui s'y trouvèrent, c'est-à-dire les baisa, demeura quelques moments, et passa dans son appartement, où il s'enferma avec madame la duchesse de Bourgogne.

»Leur tête-à-tête dura deux heures et plus; tout à la fin madame d'O y fut en tiers; presque aussitôt après, la maréchale d'Estrées y entra, et peu de moments après madame la duchesse de Bourgogne sortit avec elles, et revint dans le grand cabinet de madame de Maintenon. Monseigneur y vint à l'ordinaire au sortir de la comédie[65]; madame la duchesse de Bourgogne, en peine de ce que monseigneur le duc de Bourgogne ne se pressait point d'y venir saluer Monseigneur, l'alla chercher, et revint disant qu'il se poudrait; mais remarquant que Monseigneur n'était pas satisfait de ce peu d'empressement, elle envoya le hâter. Cependant la maréchale d'Estrées, folle et étourdie, et en possession de dire tout ce qui lui passait par la tête, se mit à attaquer Monseigneur de ce qu'il attendait si tranquillement son fils au lieu d'aller lui-même l'embrasser. Ce propos hasardé ne réussit pas. Monseigneur répondit sèchement que ce n'était pas à lui à aller chercher le duc de Bourgogne, mais au duc de Bourgogne à le venir trouver. Il vint enfin. La réception fut assez bonne, mais elle n'égala pas celle du roi à beaucoup près. Presque aussitôt le roi sonna, et on passa pour le souper[66].»

Nous avons transcrit tout entière cette scène de la réception du duc de Bourgogne par le roi Louis XIV, malgré sa longueur, parce qu'elle donne les renseignements les plus exacts sur cet appartement de madame de Maintenon, tant cherché, et aussi parce que nous avons pensé qu'elle paraîtrait d'autant plus piquante qu'on pourrait la suivre dans tous ses détails sur les lieux mêmes.

Il nous semble que d'après ces diverses descriptions de Félibien et de Saint-Simon, et en les comparant aux plans que Blondel a donnés des appartements du château de Versailles à l'époque de Louis XIV, il ne doit rester aucun doute dans l'esprit des personnes même les plus prévenues sur l'emplacement qu'occupait l'appartement de madame de Maintenon.

Maintenant, quelle raison a donc pu faire indiquer comme _appartement de madame de Maintenon_ des chambres qui n'en ont jamais fait partie, et qui en sont même si éloignées?

La seule véritable, c'est qu'au moment où l'on cherchait à retrouver, pour chacune des pièces des petits appartements, le nom qu'elles avaient dû avoir sous Louis XIV, on n'avait aucune donnée sur le lieu qu'avait occupé l'appartement de madame de Maintenon; et que comme il existait un petit escalier allant des petits appartements à l'appartement du rez-de-chaussée (ancien appartement des Bains), et portant encore le nom d'_escalier de Maintenon_, on supposa que l'appartement de la secrète épouse de Louis XIV avait dû ouvrir sur cet escalier, qui lui servait sans doute d'entrée particulière. De là la place qu'on lui donne dans tous les ouvrages modernes, et en particulier dans celui de M. Vatout.

Mais ce nom de Maintenon, conservé à l'escalier dont nous parlons, et qui a induit en erreur l'_historiographe moderne des bâtiments du roi_, ne peut-il pas s'expliquer tout autrement?

Félibien nous dit, dans sa description du château, que l'appartement _des Bains_, placé sous les grands appartements du roi, était occupé par le duc du Maine; or, tout le monde sait que madame de Maintenon est restée gouvernante de ce jeune prince jusqu'au moment de son élévation, et qu'elle allait fréquemment chez le roi, surtout dans les premiers temps de sa faveur. Eh bien, ne peut-on pas considérer comme à peu près certain que cet escalier, qui se rendait directement des appartements qu'elle habitait avec le duc du Maine dans ceux de Louis XIV, devait être celui qu'elle prenait pour y aller; d'où, par suite, lui serait venu le nom qu'il a conservé jusqu'à nos jours?

Quelle que soit la valeur de cette explication, à laquelle nous attachons très-peu d'importance, toujours est-il qu'il résulte des descriptions de _Félibien_ et de _Saint-Simon_, comparées aux plans de _Blondel_, que l'appartement occupé par madame de Maintenon dans le château de Versailles était situé du côté des appartements de la reine, occupés alors par la duchesse de Bourgogne, derrière la grande salle des gardes du corps, de plain-pied avec l'appartement de Louis XIV, et ouvrant en face de ce dernier dans le vestibule placé au haut de l'escalier de marbre ou de la reine; et que cet appartement, successivement occupé sous Louis XV par le comte de Clermont, et sous Louis XVI par le maréchal de Duras, forme aujourd'hui trois des salles consacrées aux campagnes de 1793, 1794 et 1795.