Curiosités historiques sur Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Mme de Maintenon, Mme de Pompadour, Mme du Barry, etc.

Part 12

Chapter 123,886 wordsPublic domain

«Lors de la construction de la machine, en 1680, le sieur de Ville, mécanicien et inventeur de la machine, en fut nommé le gouverneur, avec 18 à 20,000 livres, et le logement du pavillon de Luciennes, occupé aujourd'hui par madame du Barry. Les sieurs Lambert, Petit et Cochu, successivement contrôleurs, jusqu'en 1683, eurent 4,000 livres d'appointements, et 1,000 livres de gratification. Le sieur Delespine père eut le même traitement jusqu'en 1742, où il fit recevoir son fils adjoint à sa place, et demanda que sur les 4,000 livres de traitement il en fût donné 1,000 livres a son fils. A la mort de M. Delespine père, le fils lui succéda jusqu'en 1749, et il n'eut plus pour appointements que 3,000 livres et 1,000 livres de gratification. Le sieur Tarbé succéda au sieur Delespine fils en 1749, avec les mêmes appointements jusqu'en 1754, où il obtint de commuer en pension sa gratification de 1,000 livres. Le sieur Lucas succéda au sieur Tarbé en 1768, et n'eut plus que 3,000 livres, sans aucune espèce de gratification, ce qui est mon traitement actuel.»

5º Les personnes qui attribuent à Rennequin l'invention de la machine donnent comme une preuve les faveurs du gouvernement envers sa famille; et ils racontent qu'une demoiselle Lambotte, presque centenaire, et petite-nièce de Rennequin, était logée aux bâtiments de la machine, et jouissait d'une pension prise sur les fonds affectés à l'entretien de l'établissement. On va voir par la lettre ci-après quelles étaient ces faveurs du gouvernement.

Lettre du sieur Lucas, contrôleur de la machine, à M. le comte d'Angeviller:

«Monsieur le comte,

»J'ai l'honneur de vous informer du décès de mademoiselle Marie-Benoist Lambotte, fille d'un ancien inspecteur de ce département, qui jouissait d'un petit logement dans les mansardes au-dessus de celui de l'inspecteur actuel, et d'une pension de 400 livres sur le trésor royal.

»Je suis, etc.»

C'était là une faveur que l'on accordait a toutes les femmes des employés de la machine morts en exercice.

NOTE Nº 8.

Renseignements sur de Ville et Rennequin, puisés dans divers ouvrages:

1º Curiosités de Paris, de Versailles, Marly, Vincennes, Saint-Cloud et ses environs, par Claude Saugrain; Paris, 1716.

Cette machine (de Marly) étonnante _a été inventée par le chevalier de Ville_, et n'a sûrement jamais eu de pareille dans le monde.

2º Nouvelle description des châteaux et parcs de Versailles et de Marly, par Piganiol de la Force; Paris, 1764.

La grosseur de ce volume, dit Piganiol, suffirait à peine pour en décrire la construction (de la machine), les mouvements et les effets. Peu de gens sont d'ailleurs capables de les comprendre, puisque _M. de Ville assure qu'il n'a presque trouvé que feu M. le maréchal de Vauban qui, en voyant ce merveilleux ouvrage, en ait connu la plupart des effets_.

3º Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, par l'abbé Expilly; Amsterdam, 1766.

_Cette machine a été inventée par le chevalier de Ville_.

4º État de la France.--Janvier 1708.

La machine de Marly, qui fournit d'eau de la rivière de Seine les châteaux de Marly, de Versailles et de Trianon.

_M. le baron de Ville_ a le gouvernement et la direction de cette machine, lequel a d'appointements et de pension 12,000 livres.

Entretien de la ferrure des pistons et de la serrurerie des bâtiments, le sieur Lempérier.

Entretien des ouvrages de cuivre, le sieur Lemoine.

Entretien des couvertures des maisons dépendantes de la machine, le sieur Charuel.

Entretien des cuirs forts pour les pompes, le sieur Nolant.

Entretien de la maçonnerie, du moellon et cailloux des digues, le sieur Loison.

Entretien des vitres, le sieur Cosset.

Entretien du pavé des puisards, le sieur Regnout.

Un contrôleur, M. Delespine.

Un garde-magasin, le sieur Creté.

Un charpentier liégeois, le _sieur Rennequin_.

Les fêtes et dimanches, les Récollets viennent dire la messe à cette machine pour les ouvriers.

NOTE Nº 9.

L'ARRIVÉE DE LA SEINE AU CHATEAU DE MARLY.

Poëme, par M. Cassan, _Mercure galant_, année 1699.

L'auteur décrit d'abord le cours de la Seine avant son arrivée au château de Marly.--Au moment où le fleuve se resserre par suite des travaux d'endiguement, il décrit ainsi la machine:

Mais enfin son penchant lui faisant violence, L'entraîne dans ce lieu, malgré sa résistance, Et fait voir à la nymphe, au delà du tournant, Le formidable objet d'un travail surprenant. Comme on voit en hiver la forêt des Ardennes, Quand la bise a fait choir le feuillage des chênes, Et chassé les voleurs de tous les défilés, Présenter ses vieux troncs qui paraissent brûlés; Ainsi se voit de loin la machine effroyable, Ouvrage de nos jours, qui paraît incroyable, Avec tout l'attirail de son corps hérissé De rouage et de ponts, l'un sur l'autre exhaussé, Dont les bras, s'étendant vers le haut de la côte, Meuvent les balanciers comme on voit une flotte, Que la vague entretient dans le balancement, Incliner tous ses mâts à chaque mouvement. Quoi! dit-elle en voyant la machine étonnante, Serai-je donc contrainte à poursuivre ma pente, Et me faire rouer parmi tous les ressorts Que je vois remuer par de si grands efforts! Non, non, dit-elle alors, la nymphe de la Seine Se mêlera plutôt avec l'eau qui l'entraîne, Et, par son changement, saura bien éviter Les outrages cruels qu'elle voit apprêter. Ainsi dit, à l'instant elle se rend liquide; Son corps va se mêler avec l'onde rapide, Et, dans le fil de l'eau, tâche de s'allonger, Croyant par ce moyen éviter le danger. Mais en vain, car aux ponts cent pompes aspirantes L'enlèvent de son lit à reprises fréquentes, Et la livrent ensuite aux pistons refoulants, Qui font pour l'enlever des efforts violents. Alors par ces efforts elle sent qu'elle monte Vers le haut du coteau dans des tuyaux de fonte, Qui vont la revomir au prochain réservoir, Où cent autres tuyaux viennent la recevoir. Là, les pistons changeant leur manière ordinaire, Pressent de bas en haut par un effet contraire. Elle reçoit le jour pour la seconde fois, Et reprend en ce lieu l'usage de la voix, Pour se plaindre en passant _du chevalier de Ville_ Qu'elle voit sur sa gauche avec son air tranquille. _Qui t'oblige_, dit-elle, _avec ton art maudit, A venir malgré moi m'enlever de mon lit_? A ces mots les pistons lui coupant la parole, Le clapet la retient, s'ouvrant à tour de rôle, Et la fait parvenir, après tant de détours, Sur le haut du regard pour lui donner son cours. De là sur l'aqueduc, sa pente naturelle Lui fait prendre bientôt une route nouvelle. Enfin elle descend par des tuyaux de fer Dans un long réservoir appelé _Trou d'Enfer_.

Après cette description, le poëte la fait arriver dans les jardins de Marly, où, brillant d'un nouvel éclat, elle concourt à l'ornement des jardins du grand roi.

Ces vers sont reproduits dans _le Mercure de France_ d'avril 1739.

NOTE Nº 10.

En 1681, Charles II d'Angleterre, sachant combien Louis XIV désirait avoir de l'eau à Versailles, lui envoya sir Samuel Morland, célèbre mécanicien anglais. Ce sir Morland fut d'abord employé par Cromwell à des missions diplomatiques. Après le rétablissement de Charles II sur le trône, il fut tout à fait dans les bonnes grâces du roi, qui le créa baronnet, gentilhomme de la chambre privée, et le nomma maître des mécaniques du roi. Il venait d'inventer une machine qui élevait l'eau de la Tamise jusqu'à la plus haute corniche du château de Windsor, quand Charles II, croyant faire plaisir au roi de France, lui envoya cet ingénieur. En 1683, Morland fut reçu par Louis XIV, dans son château de Saint-Germain, où il lui expliqua ses inventions. Il chercha à démontrer au roi qu'à l'aide d'une mécanique beaucoup plus simple et bien moins dispendieuse que la machine de Marly, il obtiendrait un résultat bien plus satisfaisant, puisqu'il avait la prétention de faire arriver d'un seul jet l'eau de la Seine sur les hauteurs de Louveciennes. Il paraît que ses démonstrations ne convainquirent pas le roi, puisque l'on n'en continua pas moins les travaux de la machine. Il fit un essai de son invention au château du président de Maisons; cet essai n'eut point un résultat favorable; il en explique la raison dans un ouvrage qu'il publia en 1685, intitulé:

Élévation des eaux pour toutes sortes de machines, réduites à la mesure, au poids, à la balance, par le moyen d'un nouveau piston et corps de pompe, et d'un nouveau mouvement cyclo-elliptique, en rejetant l'usage de toute sorte de manivelles ordinaires.--Paris, Michallet, 1685, in-4º.

Après avoir décrit sa nouvelle invention, il parle ainsi des explications qu'il fit devant Louis XIV:

«C'est par le moyen de cette nouvelle manière de piston, corps de pompe, et mouvement cyclo-elliptique, que l'on peut aisément, et en peu de temps, fabriquer une petite machine et la réduire à la mesure, au poids et à la balance, conformément aux démonstrations oculaires et convaincantes que j'ai eu l'honneur de montrer au roi, à Saint-Germain, en l'année 1683. Et cette machine, dont la construction ne montera pas à une grande somme, ni son entretien annuel à dix pistoles, peut pousser, par la force d'un cheval, tout le produit d'eau de la fontaine de la ville d'Avrée, jusqu'au haut du château de Versailles, d'ici à cent années, tout au long du grand chemin, dans un tuyau de plomb d'environ sept lignes de diamètre intérieur, et d'environ trois lignes et demie ou quatre d'épaisseur.»

Et plus loin, en parlant de l'essai qu'il fit au château de Maisons, il dit:

«Que si j'avais eu douze grandes roues pareilles, posées dans un bâtiment d'un moulin, semblable à celui de Maisons, la où la rivière de Seine aurait eu une pente de huit ou neuf pieds, j'aurais fait lever plus de deux mille pouces d'eau à la hauteur perpendiculaire de quatre cents pieds, par des machines qui auraient duré plus d'un siècle, sans avoir coûté cinq cents pistoles par année pour les entretenir.»

On voit ici une critique indirecte de la machine de Marly, dont l'entretien annuel était fort coûteux.

NOTE Nº 11.

Nous devons a l'obligeance de M. Parent de Rosan communication d'un travail manuscrit de M. Stanislas Bormans, archiviste de Liége, sur cette question controversée de l'auteur de la machine, d'où il résulte les faits suivants relatifs à de Ville.

De Ville, né le 15 mai 1653, était fils de Reynaud de Ville, bourgmestre de Ville. Il passa la plus grande partie de sa jeunesse chez les comtes de Marchin, seigneurs de Modave. C'est dans ce domaine qu'il fit exécuter, avec Rennequin, la machine dont la célébrité engagea Colbert à le faire venir à Versailles. Après la construction de la machine, il en fut nommé gouverneur, et, Louis XIV lui ayant fait construire une habitation, il resta en France. Mais il avait toujours les yeux tournés vers son pays, et, a la mort du dernier comte de Marchin, il acheta la terre des Modaves, dont il devint ainsi le seigneur, et y mourut le 22 février 1722.

M. Bormans a retrouvé dans l'église de Modave sa pierre tumulaire, portant l'inscription suivante:

Ci gist noble et illustre seigneur, Arnould de Ville, baron libre du Saint-Empire romain, seigneur des Modaves, etc., né le 15 mai 1653,--mort le 22 février 1722.

Il a retrouvé aussi son testament, dans lequel est ainsi consignée l'une de ses volontés:

J'ordonne que tous les ouvrages que j'ai composés, concernant les constructions de la machine de Marly, soient imprimés suivant mes _desseins_ (sic) en grand.

Le dernier des comtes de Marchin, Ferdinand, vint en France à l'âge de dix-sept ans, après la mort de son père. Capitaine-lieutenant des gendarmes de Flandres, en 1673, on le voit s'élever de grade en grade jusqu'à celui de maréchal de France, qui lui fut conféré en 1703. Il est très-probable que, tenant déjà un rang distingué à la cour de France, il fit savoir à Colbert, qui recherchait partout les moyens de faire venir de l'eau à Versailles, l'établissement de la machine hydraulique exécutée dans son domaine de Modave, par de Ville et Rennequin. Il mourut sans postérité, à la suite d'une blessure qu'il reçut dans un combat près de Turin, le 7 septembre 1706. Ce fut à cette époque et par suite de l'extinction des comtes de Marchin, que le chevalier de Ville se rendit propriétaire du domaine des Modaves, et que probablement il reçut le titre de baron du Saint-Empire romain, attaché à quelques-unes des terres de ce domaine, achetées par le père du dernier comte de Marchin. Quoique devenu seigneur des Modaves, il n'en conserva pas moins le titre de gouverneur de la machine de Marly jusqu'à sa mort, arrivée le 22 février 1722.

NOTE Nº 12.

FAMILLE DE VILLE.

Anne-Léon de Montmorency, premier du nom, chef des noms et armes de sa maison, baron de Fosseux, seigneur de Courtalain, Bois-Ruffin, le Plessis, d'Arroue, etc., né en 1705, appelé le baron de Montmorency, successivement capitaine-lieutenant de la compagnie des gendarmes d'Anjou en février 1735, brigadier de cavalerie le 20 février 1743, capitaine-lieutenant des gendarmes de la reine en décembre 1744; maréchal de camp le 1er mai 1745; menin de feu M. le Dauphin en 1746; lieutenant général des armées du roi le 10 mai 1748; nommé chevalier de ses ordres le 2 février 1749; reçu le 25 mai suivant, et chevalier d'honneur de Madame Adélaïde, en octobre 1750, fille de feu Louis XV, a été nommé, le 21 octobre 1771, commandant en chef du pays d'Aunis.--Il a épousé: _1º le 11 décembre 1730, Anne-Marie Barbe de Ville, morte en couche le 13 août 1731, fille et unique héritière de feu Arnold de Ville, chevalier, baron libre du Saint-Empire romain, etc., gouverneur et directeur de la machine de Marly, dont il était l'inventeur, et d'Anne-Barbe de Courcelles_; et 2º le 23 octobre 1752, Marie-Madeleine-Gabrielle de Charette de Montebert, d'une ancienne noblesse de Bretagne, veuve, en premières noces, de Louis de Serent, marquis de Kerfily, et en secondes, de Henri-François, baron d'Avaugour, comte de Vertus, etc.

Extrait du Dictionnaire de la noblesse, par de la Chesnaye-Desbois, tom. X, p. 411.

Ajoutez à l'article de Anne-Léon de Montmorency: Il épousa, le 11 décembre 1730, Anne-Barbe de Ville, morte à Paris le 13 août 1731, dans sa dix-neuvième année, fille d'Armand, baron de Ville, et d'Anne-Barbe de Courcelles, dont il eut [*] N. de Montmorency, né au mois d'août 1731.

Extrait de l'Histoire généalogique de France, par le P. Anselme, tom. IX, p. 417.

[*] Ce fils fut Anne-Léon de Montmorency, deuxième du nom, appelé le marquis de Fosseux, né le 11 août 1731; par son mariage en secondes noces avec Charlotte-Anne-Françoise de Montmorency-Luxembourg, le 21 septembre 1767, il a pris le titre de duc de Montmorency, que lui apportait sa femme.

Dictionnaire de la noblesse de la Chesnaye-Desbois, tom. IX, p. 411.

MORTS DANS LE MOIS D'AOUT 1731.

Le 13 de ce mois, dame Anne-Marie-Barbe de Ville, épouse de Anne-Léon de Montmorency, chef du nom et armes de la maison, premier baron chrétien en France, enseigne des gendarmes de Berry, seigneur de Courtalin, Bois-Ruffen, le Plessis-d'Arouë, le Poilay, le Vernay, les deux Modaves, de Biemrcé, de Banderesse, de Fermée, Termoyne, etc., mourut âgée de dix-huit ans sept mois.

_Mercure de France_, août 1731, p. 2044.

On lit dans les mémoires du duc de Luynes, à la date du mardi 2 mai 1739:

«Madame de Châteaurenaud a un frère qu'on appelle le baron de Montmorency, qui est celui qui avait épousé mademoiselle de Ville (_M. de Ville était chargé de l'entretien de la machine de Marly et en était regardé comme l'auteur_). M. le baron de Montmorency est veuf depuis quelques années.»

NOTE Nº 13.

Acte de baptême de Rennequin, ou mieux Renier Sualem, extrait des registres d'état civil tenus par les anciens curés de Jemeppe, province de Liége:

«29ª januarii 1645, baptisatus Renerus filius Renardi Sualem, et Catharinæ David, susc. Leonardo Alard et Anna Simon.»

Acte de décès de Rennequin, extrait des registres de l'état civil de la commune de Bougival, département de Seine-et-Oise:

«L'an de grâce mil sept cent huit, le lundy trentième de juillet, a esté inhumé dans l'église de Notre-Dame de Bougival le corps de deffunt René Soüalem, autrement dit Rennequin, premier ingénieur du roy à la machine et constructeur de la machine, mort d'hier à onze heures et demie du matin, âgé de soixante-quatre ans et demi, en présence de M. Levesque, curé, M. Lherminot, brodeur du roy, de M. Prévotel, vicaire de cette paroisse, qui ont signé: Lherminot, Levesque, Prévotel, Ricard.»

ÉPITAPHE GRAVÉE SUR LA TOMBE DE RENNEQUIN.

D. O. M.

«Cy-gissent honorables personnes sieur Rennequin Sualem, seul inventeur de la machine de Marly, décédé le 29 juillet 1708, âgé de soixante-quatre ans, et dame Marie Nouelle, son épouse, décédée le 4 mai 1714, âgée de quatre-vingt-quatre ans, laquelle, pour satisfaire à la dernière volonté dudit deffunct sieur Rennequin, son mari, a fondé à perpétuité en cette église de Bougival une messe basse tous les premiers lundys de chaque mois de l'année, un service complet le 29 juillet de chaque année, jour du déceds dudit deffunct, et vingt libéras pour être dits sur leurs _sepulturs_, scavoir les quatre grandes festes de l'année, les quatre _principalles_ festes de la sainte Vierge, et les douze autres tous les premiers dimanches de chaque mois de l'année, à l'issue des vespres; à quoi les sieurs curé et marguilliers de l'oeuvre et fabrique de ladite paroisse se sont obligés faire dire et célébrer mesme fournir les pain, vin, luminaire et ornements nécessaires, et ce, moyennant certaine _sôme_ que ladite dame leur a payée, _ainssy_ qu'il est plus au long porté par le contract passé devant Dupuis et Gervais, notaires au Châtelet de Paris, le 2 août 1710.

»Priez Dieu pour leurs âmes.»

VII

DÉTAILS INÉDITS

SUR LA MORT DE LOUIS XIV.

1715.

Le lundi 26 août 1715, le roi Louis XIV venait de subir une opération douloureuse. Couché sur son lit de mort, il voulut dire un dernier adieu au jeune Dauphin, son successeur. A midi, madame de Ventadour, gouvernante du prince, l'amena dans la chambre du roi, qui, après l'avoir embrassé et fait placer sur son lit, lui adressa quelques conseils dans lesquels ce monarque, en faisant l'aveu solennel de ses fautes, montra plus peut-être la grandeur de son caractère que dans aucune autre circonstance de sa vie.

Les paroles prononcées par Louis XIV dans cette occasion furent entendues d'un grand nombre de courtisans. La plupart les répétèrent plus ou moins fidèlement: de là les nombreuses versions qui en ont été données, où, tout en conservant les idées principales, les divers historiens du grand roi ont ajouté ou retranché suivant le besoin de leurs éloges ou de leurs critiques.

La première donnée au public parut dans les premiers jours d'octobre 1715, un mois environ après la mort de Louis XIV. Elle se trouve dans un écrit intitulé: _Journal historique de tout ce qui s'est passé depuis les premiers jours de la maladie de Louis XIV, jusqu'au jour de son service à Saint-Denis_, par le sieur Lefebvre. Voici comment l'auteur s'exprime: «Sa Majesté fit venir le Dauphin dans sa chambre, où il entra avec madame la duchesse de Ventadour, sa gouvernante, et après l'avoir embrassé, elle lui dit:--Mignon, vous allez estre un grand roy; mais tout vostre bonheur dépendra d'estre soumis à Dieu, et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Il faut pour cela que vous évitiez autant que vous le pourrez de faire la guerre. C'est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ay donné sur cela: j'ay entrepris la guerre trop légèrement, et l'ay soutenue par vanité; ne m'imitez pas! mais soyez un prince pacifique, et que vostre principale application soit de soulager vos sujets. Profitez de la bonne éducation que madame de Ventadour vous donne, obéissez-luy, et suivez les bons sentiments qu'elle vous inspire.»

Cette version est-elle la bonne? Certainement elle renferme au fond ce qu'a dit Louis XIV; mais a-t-il dû s'exprimer dans ces termes? Sans doute il se repentait de ses guerres trop nombreuses et des maux qu'elles avaient attirés sur ses peuples, et il recommandait à son petit-fils de ne pas l'imiter en cela; mais on ne peut croire qu'il ait été jusqu'à se servir de ces expressions: «Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ay donné sur cela,» et qu'il ait encore ajouté, comme s'il ne se fût pas assez humilié: «J'ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l'ay soutenue par vanité.» Non, Louis XIV ne pouvait ni penser, ni dire que ce fût par vanité qu'il eût soutenu ses guerres! Il avait vu, dans ses dernières années, le royaume à deux doigts de sa perte par suite de la guerre, et il recommandait à son successeur de l'éviter autant que possible pour le bonheur de ses sujets, voilà tout.

A peu près à la même époque, Saint-Simon, ce courtisan frondeur, rapportait aussi à sa manière les paroles de Louis XIV: «Mon enfant, vous allez être un grand roi; ne m'imitez pas dans le goût que j'ai eu pour les bâtiments ni dans celui que j'ai eu pour la guerre; tâchez, au contraire, d'avoir la paix avec vos voisins. Rendez à Dieu ce que vous lui devez; reconnaissez les obligations que vous lui avez; faites-le honorer par vos sujets. Suivez toujours les bons conseils; tâchez de soulager vos peuples, ce que je suis assez malheureux pour n'avoir pu faire. N'oubliez point la reconnaissance que vous devez à madame de Ventadour.»

Si le fond des pensées est le même que dans la version précédente, la forme en est complétement changée. Puis Saint-Simon, déprédateur constant des constructions de Louis XIV, et en particulier de Versailles, n'étant pas fâché, pour excuser ses amères critiques, de supposer qu'à ses derniers moments ce prince pensait comme lui, ne craint pas de le faire s'accuser d'une faute de plus en mettant dans sa bouche cette phrase évidemment inventée par lui: «Ne m'imitez pas dans le goût que j'ai eu pour les bâtiments.» Il ajoute encore cette autre phrase que l'on ne trouve pas dans les paroles rapportées par Lefebvre, en parlant de Dieu: «Faites-le honorer par vos sujets.»

En 1742, Bruzen de la Martinière, dans la continuation de l'_Histoire de Louis XIV_, commencée par Larrey, adopte la version de Saint-Simon, sauf la phrase: «Ne m'imitez pas dans le goût que j'ai eu pour les bâtiments,» qu'il supprime.

Reboulet, dans son _Histoire de Louis XIV_, publiée en 1744, copie d'un bout à l'autre le _Journal historique_ de Lefebvre.

Enfin, le père Daniel, en 1756, revient à la version de Saint-Simon, corrigée par la Martinière.

Puis vient Voltaire! Voltaire historiographe de France, Voltaire écrivant le _Siècle de Louis XIV_, devait avoir une autre importance que ceux qui jusqu'alors avaient rapporté ces paroles. Il en sentait toute la gravité; il puisait aux sources les plus authentiques, et ce qu'il allait dire devait être la vérité. Aussi, voyez s'il est possible de douter de son récit! «Son successeur, dit-il, a toujours conservé écrites, au chevet de son lit, les paroles remarquables que ce monarque lui dit, en le tenant sur son lit entre ses bras: ces paroles ne sont point telles qu'elles sont rapportées dans toutes les histoires; les voici _fidèlement copiées_:--«Vous allez être bientôt roi d'un grand royaume. Ce que je vous recommande plus fortement est de n'oublier jamais les obligations que vous avez à Dieu. Souvenez-vous que vous lui devez tout ce que vous êtes. Tâchez de conserver la paix avec vos voisins. J'ai trop aimé la guerre; ne m'imitez pas en cela, _non plus que dans les trop grandes dépenses que j'ai faites_. Prenez conseil en toutes choses, et cherchez à connaître le meilleur pour le suivre toujours. Soulagez vos peuples le plus tôt que vous pourrez, et faites ce que j'ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi-même, etc.»