Cours familier de Littérature - Volume 24
Part 30
«Auriez-vous de la répugnance, lui demandai-je, à entrer dans la diplomatie secondaire sous le gouvernement de l'empereur? Mon passé s'oppose à ce que j'aie des rapports avec lui. L'honneur est une loi que je ne dois pas enfreindre. Je ne puis donc rien vous promettre de sollicitations directes près de lui. Mais, en passant par le ministère des affaires étrangères, j'ai conquis des amis qui, sans manquer à leur devoir vis-à-vis du gouvernement monarchique, sont restés fidèles à leur sentiment. Pour moi, ils s'estimeront heureux de vous être utile, et je vais les en prier, si vous le permettez.--Rien ne s'y oppose,» me répondit ce malheureux jeune homme. Je m'adressai à M. Cintrat, le chef des archives, en le priant de chercher avec bienveillance un emploi de chancelier consulaire, fût-ce même dans la cinquième partie du monde, dans cette Océanie où l'Angleterre avait appelé à Sidney des consuls européens. Dans peu de jours, l'admirable sollicitude de M. Cintrat eut instruit et intéressé le ministre, et M. de Genoude fut nommé, pour partir à l'instant, chancelier du consulat de France à Sidney. Son existence était assurée. Il partit en remerciant Aubry-Foucault, qui s'était fait son second père. En arrivant, six mois après, à Sidney, il trouva le consul mort la veille. C'était M. de Chabrillant, gentilhomme de mon pays, ruiné par quelque folie de jeunesse à Paris. Il avait épousé l'actrice d'un petit théâtre, objet de sa passion, et elle n'avait pas hésité à suivre au bout d'un autre monde la destinée qui s'était perdue pour elle dans ce monde-ci. M. de Genoude, en arrivant, succéda dans ses fonctions et dans ses appointements à M. de Chabrillant. Il m'écrivit de prolonger, s'il m'était possible, ce provisoire inattendu, secourable pour lui. Je le fis et je lui en donnai la nouvelle quand je reçus celle de sa mort. La destinée n'avait pas voulu qu'il restât rien sur la terre de sa charmante mère et de son infortuné père. Mais il resta au pauvre et généreux Aubry-Foucault le souvenir de sa fidélité jusqu'après la mort et d'une reconnaissance qui mesure ses bienfaits non à ses actes, mais aux bons sentiments de son âme. Que Dieu le récompense, ainsi que sa pauvre femme, du bien non qu'ils ont fait, mais qu'ils ont voulu! Quant à moi, je n'ai eu que des larmes stériles données trop tard au nom de mes premiers amis.
LAMARTINE.
FIN DE L'ENTRETIEN CXLIV.
FIN DU VINGT-QUATRIÈME VOLUME.
Paris.--Typ. de Rouge frères, Dunon et Fresné, rue du Four-St-Germain, 43.
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