Cours familier de Littérature - Volume 21

Part 7

Chapter 73,969 wordsPublic domain

On lui reproche un excès de mysticisme. Nous ne le lui reprocherons pas. L'homme est une créature mystique, et, si c'est quelquefois son délire, c'est souvent aussi sa grandeur. Le mysticisme n'est que le crépuscule des vérités surnaturelles qui ne sont pas encore levées sur l'horizon de notre âme, mais qui répandent déjà une lueur entre la lumière divine et les ténèbres d'ici-bas. L'homme de désir et d'espérance élève involontairement ses regards vers cette lueur crépusculaire, pendant que le vulgaire regarde en bas. Les astronomes, qui veillent la nuit au sommet des tours, découvrent les astres; les mystiques entrevoient les vérités de l'autre monde à travers leurs larmes d'extase et du haut de leur exaltation! Il faut les plaindre quelquefois et les envier souvent; plus ils sont loin de la terre, plus ils sont près de Dieu.

XIII

On sent la portée idéale, philosophique et sainte de Gerson dans cette opposition entre la nature et la grâce. Mais il y a deux choses qu'on ne sent pas avec la même évidence: c'est la vérité et l'onction; la vérité, qui est la force; l'onction, qui est la grâce des paroles. Donnons-en quelques exemples:

«La multitude des paroles ne rassasie point l'âme.

«Ne vous élevez point en vous-même; avouez plutôt votre ignorance.

«Aimez à vivre inconnu et à n'être compté pour rien.

«La science la plus haute, c'est la connaissance exacte du mystère de vous-même.»

XIV

DE LA DOCTRINE DE VÉRITÉ.

«Heureux celui que la vérité instruit elle-même, non par des figures et des paroles qui passent, mais en se montrant telle qu'elle est.

«Notre raison et nos sens voient peu et nous trompent souvent.

«À quoi servent ces disputes subtiles sur des choses cachées et obscures, qu'au jugement de Dieu on ne nous reprochera point d'avoir ignorées?

«C'est une grande folie de négliger ce qui est utile et nécessaire, pour s'appliquer curieusement à ce qui nuit. Nous avons des yeux, et nous ne voyons point.

«Que nous importe tout ce qu'on dit sur les genres et sur les espèces?

«Celui à qui parle le Verbe éternel est délivré de bien des opinions.

«Tout vient de ce Verbe unique: de lui procède toute parole, il en est le principe, et _c'est lui qui parle au-dedans de nous_.

«Sans lui nulle intelligence; sans lui nul jugement n'est droit.

«Celui pour qui une seule chose est tout, qui rappelle tout à cette unique chose, et voit tout en elle, ne sera point ébranlé, et son coeur demeurera dans la paix de Dieu.

«Ô vérité, qui êtes Dieu! faites que je sois avec vous, dans un amour éternel.

«Souvent j'éprouve un grand ennui à force de lire et d'entendre; en vous est tout ce que je désire, tout ce que je veux.

«Que tous les docteurs se taisent, que toutes les créatures soient dans le silence devant vous: parlez-moi vous seul.

«Plus un homme est recueilli en lui-même et dégagé des choses extérieures, plus son esprit s'étend et s'élève sans aucun travail, parce qu'il reçoit d'en haut la lumière de l'intelligence.

«Une âme pure, simple, ferme dans le bien, n'est jamais dissipée au milieu même des plus nombreuses occupations, parce qu'elle fait tout pour honorer Dieu, et que, tranquille en elle-même, elle tâche de ne se rechercher en rien.

«Qu'est-ce qui vous fatigue et vous trouble, si ce n'est les affections immortifiées de votre coeur?

«L'homme bon et vraiment pieux dispose d'abord au-dedans de lui tout ce qu'il doit faire au dehors; il ne se laisse point entraîner, dans ses actions, aux désirs d'une inclination vicieuse; mais il les soumet à la règle d'une droite raison.

«Qui a un plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se vaincre?

«C'est là ce qui devrait nous occuper uniquement: combattre contre nous-mêmes, devenir chaque jour plus forts contre nous, chaque jour faire quelques progrès dans le bien.

«Toute perfection, dans cette vie, est mêlée de quelque imperfection; et nous ne voyons rien qu'à travers une certaine obscurité.

«L'humble connaissance de vous-même est une voie plus sûre pour aller à Dieu, que les recherches profondes de la science.

«Ce n'est pas qu'il faille blâmer la science, ni la simple connaissance d'aucune chose; car elle est bonne en soi et dans l'ordre de Dieu; seulement on doit préférer toujours une conscience pure et une vie sainte.

«Mais, parce que plusieurs s'occupent davantage de savoir que de bien vivre, ils s'égarent souvent, et ne retirent que peu ou point de fruit de leur travail.

«Oh! s'ils avaient autant d'ardeur pour extirper leurs vices et pour cultiver la vertu que pour remuer de vaines questions, on ne verrait pas tant de maux et de scandales dans le peuple, ni tant de relâchement dans les monastères.

«Certes au jour du jugement on ne nous demandera point ce que nous avons lu, mais ce que nous avons fait; ni si nous avons bien parlé, mais si nous avons bien vécu.

«Dites-moi où sont maintenant ces maîtres et ces docteurs que vous avez connus lorsqu'ils vivaient encore, et qu'ils fleurissaient dans leur science?

«D'autres occupent à présent leurs places, et je ne sais s'ils pensent seulement à eux.

«Ils semblaient, pendant leur vie, être quelque chose, et maintenant on n'en parle plus.

«Oh! que la gloire du monde passe vite! Plût à Dieu que leur vie eût répondu à leur science! Ils auraient lu alors et étudié avec fruit.

«Qu'il y en a qui se perdent dans le siècle par une vaine science et par l'oubli du service de Dieu!

«Et, parce qu'ils aiment mieux être grands que d'être humbles, ils s'évanouissent dans leurs pensées.

«Celui-là est vraiment grand, qui a une grande charité.

«Celui-là est vraiment grand, qui est petit à ses propres yeux, et pour qui les hommes du monde ne sont qu'un pur néant.

«Celui-là est vraiment sage, qui, pour gagner Jésus-Christ, regarde comme de la boue toutes les choses de la terre.

«Celui-là possède la vraie science, qui fait la volonté de Dieu et renonce à la sienne.»

XV

DE L'AVANTAGE DE L'ADVERSITÉ.

«Il nous est bon d'avoir quelquefois des peines et des traverses, parce que souvent elles rappellent l'homme à son coeur, et lui font sentir qu'il est en exil, et qu'il ne doit mettre son espérance en aucune chose du monde.

«Il nous est bon de souffrir quelquefois des contradictions, et qu'on pense mal ou peu favorablement de nous, quelque bonnes que soient nos actions et nos intentions. Souvent cela sert à nous rendre humble et à nous prémunir contre la vaine gloire.

«Car nous avons plus d'empressement à chercher Dieu, qui voit le fond du coeur, quand les hommes au dehors nous rabaissent et pensent mal de nous.

«C'est pourquoi l'homme devrait s'affermir tellement en Dieu, qu'il n'eût pas besoin de chercher tant de consolations humaines.

«Lorsque, avec une volonté droite, l'homme est troublé, tenté, affligé de mauvaises pensées, il reconnaît alors combien Dieu lui est nécessaire, et qu'il n'est capable d'aucun bien sans lui.

«Alors il s'attriste, il gémit, il prie, à cause des maux qu'il souffre.

«Alors il s'ennuie de vivre plus longtemps et il souhaite que la mort arrive, afin que, délivré de ses liens, il soit avec Dieu.

«Alors aussi il comprend bien qu'une sécurité parfaite, une pleine paix, ne sont point de ce monde.»

Voyez comme il développe cette maxime dans les chapitres suivants:

XVI

«Manger, boire, veiller, dormir, se reposer, travailler, être assujetti à toutes les nécessités de la nature, c'est vraiment une grande misère et une grande affliction pour l'homme pieux, qui voudrait être dégagé de ses liens terrestres, et délivré de tout péché.

«Car l'homme intérieur est, en ce monde, étrangement appesanti par les nécessités du corps.

«Et c'est pourquoi le prophète demandait avec d'ardentes prières d'en être affranchi, disant: Seigneur, délivrez-moi de mes nécessités.

«Malheur donc à ceux qui ne connaissent point leur misère! et malheur encore plus à ceux qui aiment cette misère et cette vie périssable!

«Car il y en a qui l'embrassent si avidement, qu'ayant à peine le nécessaire en travaillant, ou en mendiant, ils n'éprouveraient aucun souci du royaume de Dieu s'ils pouvaient toujours vivre ici-bas.

«Ô coeurs insensés et infidèles, si profondément enfoncés dans les choses de la terre qu'ils ne goûtent rien que ce qui est charnel!

«Les malheureux! ils sentiront douloureusement à la fin combien était vil, combien n'était rien ce qu'ils ont aimé!

«Mais les saints de Dieu, tous les fidèles amis de Jésus-Christ, ont méprisé ce qui flatte la chair et ce qui brille dans le temps; toute leur espérance, tous leurs désirs, aspiraient aux biens éternels.

«Tout leur coeur s'élevait vers les biens invisibles et impérissables, de peur que l'amour des choses visibles ne les abaissât vers la terre.

«Ne perdez pas, mon frère, l'espérance d'avancer dans la vie spirituelle; vous en avez encore le temps.

«Pourquoi remettez-vous toujours au lendemain l'accomplissement de vos résolutions? Levez-vous et commencez à l'instant, et dites: Voici le temps d'agir, voici le temps de combattre, voici le temps de me corriger.

«Quand la vie vous est pesante et amère, c'est alors le temps de méditer.

«Il faut passer par le feu et par l'eau avant d'entrer dans le lieu de rafraîchissement.

«Si vous ne vous faites violence, vous ne vaincrez pas le vice.

«Tant que nous portons ce corps fragile, nous ne pouvons être sans péché, ni sans ennui, ni sans douleur.

«Il nous serait doux de jouir d'un repos exempt de toute misère; mais, en perdant l'innocence par le péché, nous avons aussi perdu la vraie félicité.

«Il faut donc persévérer dans la patience et attendre la miséricorde de Dieu, jusqu'à ce que l'iniquité passe, et que ce qui est mortel en vous soit absorbé par la vie.

«Oh! qu'elle est grande, la fragilité qui toujours incline l'homme au mal.

«Vous confessez aujourd'hui vos péchés, et vous y retombez le lendemain.

«Vous vous proposez d'être sur vos gardes, et une heure après vous agissez comme si vous ne vous étiez rien proposé.

«Nous avons donc grand sujet de nous humilier, et de ne nous jamais élever en nous-mêmes, étant si fragiles et si inconstants.

«Nous pouvons perdre en un moment, par notre négligence, ce qu'à peine avons-nous acquis par la grâce, avec un long travail.

«Que sera-ce donc de nous à la fin du jour, si nous sommes si lâches dès le matin?

«Malheur à nous si nous voulons goûter le repos, comme si déjà nous étions en paix et en assurance, tandis qu'on ne découvre pas dans notre vie une seule trace de vraie sainteté!

«Nous aurions bien besoin d'être instruits encore, et formés à de nouvelles moeurs comme des novices dociles, pour essayer du moins s'il y aurait en nous quelque espérance de changement et d'un plus grand progrès dans la vertu.»

Il passe de là à la contemplation de la fin de tout homme vivant: la mort!

XVII

DE LA MÉDITATION DE LA MORT.

«C'en sera fait de vous bien vite ici-bas: voyez donc en quel état vous êtes.

«L'homme est aujourd'hui, et demain il a disparu; et quand il n'est plus sous les yeux, il passe bien vite de l'esprit.

«Ô stupidité et dureté du coeur humain, qui ne pense qu'au présent et ne prévoit pas l'avenir!

«Dans toutes vos actions, dans toutes vos pensées, vous devriez être tel que vous seriez s'il vous fallait mourir aujourd'hui.

«Si vous aviez une bonne conscience, vous craindriez peu la mort.

«Il vaudrait mieux éviter le péché que fuir la mort.

«Si aujourd'hui vous n'êtes pas prêt, comment le serez vous demain?

«Demain est un jour incertain: et que savez-vous si vous aurez un lendemain?

«Que sert de vivre longtemps, puisque nous nous corrigeons si peu?

«Ah! une longue vie ne corrige pas toujours; souvent plutôt elle augmente nos fautes.

«Plût à Dieu que nous eussions bien vécu dans ce monde un seul jour!

«Plusieurs comptent les années de leur conversion; mais souvent qu'ils sont peu changés, et que ces années ont été stériles!

«S'il est terrible de mourir, peut-être est-il plus dangereux de vivre si longtemps.

«Heureux celui à qui l'heure de sa mort est toujours présente, et qui se prépare chaque jour à mourir!

«Si vous avez vu jamais un homme mourir, songez que, vous aussi, vous passerez par cette voie.

«Le matin, pensez que vous n'atteindrez pas le soir; le soir, n'osez pas vous promettre de voir le matin.

«Soyez donc toujours prêt, et vivez de telle sorte que la mort ne vous surprenne jamais.

«Plusieurs sont enlevés par une mort soudaine et imprévue: car le Fils de l'homme viendra à l'heure qu'on n'y pense pas.

«Quand viendra cette dernière heure, vous commencerez à juger tout autrement de votre vie passée, et vous gémirez amèrement d'avoir été si négligent et si lâche.

«Qu'heureux et sage est celui qui s'efforce d'être tel dans la vie, qu'il souhaite d'être trouvé à la mort!»

Que cela est grave, et que le fond de la sagesse divine est supérieur à notre vaine sagesse! Lisez encore:

XVIII

«Celui qui estime les choses suivant ce qu'elles sont, et non d'après les discours et l'opinion des hommes, est vraiment sage, et c'est Dieu qui l'instruit plus que les hommes.

«Celui qui vit au-dedans de lui-même et qui s'inquiète peu des choses du dehors, tous les lieux lui sont bons et tous les temps, pour remplir ses pieux exercices.

«Un homme intérieur se recueille bien vite, parce qu'il ne se répand jamais tout entier au dehors.

«Les travaux extérieurs, les occupations nécessaires en certains temps, ne le troublent point; mais il se prête aux choses selon qu'elles arrivent.

«Celui qui a établi l'ordre au-dedans de soi, ne se tourmente guère de ce qu'il y a de bien ou de mal dans les autres.

«L'on a de distractions et d'obstacles qu'autant que l'on s'en crée soi-même.

«Si vous étiez ce que vous devez être, entièrement libre et détaché, tout contribuerait à votre bien et à votre avancement.

«Mais beaucoup de choses vous déplaisent et souvent vous troublent, parce que vous n'êtes pas encore tout à fait mort à vous-même, et séparé des choses de la terre.

«Rien n'embarrasse et ne souille le coeur de l'homme, que l'impur amour des créatures.

«Si vous rejetez les consolations du dehors, vous pourrez contempler les choses du ciel, et goûter souvent les joies intérieures.»

L'âme se console de n'être pas consolée. C'est le chef-d'oeuvre de l'abnégation!

XIX

DE LA PURETÉ D'ESPRIT ET DE LA DROITURE D'INTENTION

«L'homme s'élève au-dessus de la terre sur deux ailes, la simplicité et la pureté.

«La simplicité doit être dans l'intention, et la pureté dans l'affection.

«La simplicité cherche Dieu: la pureté le trouve et le goûte.

«Nulle bonne oeuvre ne vous sera difficile, si vous êtes libre au dedans de toute affection déréglée.

«Si vous ne voulez que ce que Dieu veut, et ce qui est utile au prochain, vous jouirez de la liberté intérieure.

«Si votre coeur était droit, alors toute créature vous serait un miroir de vie et un livre rempli de saintes instructions.

«Il n'est point de créature si petite et si vile, qui ne présente quelque image de la bonté de Dieu.

«Si vous aviez en vous assez d'innocence et de pureté, vous verriez tout sans obstacle. Un coeur pur pénètre le ciel et l'enfer.

«Chacun juge des choses du dedans, selon ce qu'il est au-dedans de lui-même.

«S'il est quelque joie dans le monde, le coeur pur la possède.

«Et s'il y a des angoisses et des tribulations, avant tout elles sont connues de la mauvaise conscience.

«Comme le fer mis au feu perd sa rouille et devient tout étincelant, ainsi celui qui se donne sans réserve à Dieu se dépouille de sa langueur et se change en un homme nouveau.

«Donnez à Dieu ce qui est à Dieu; et ce qui est de vous, ne l'imputez qu'à vous. Rendez gloire à Dieu de ses grâces, et reconnaissez que n'ayant rien à vous que le péché, rien ne vous est dû que la peine du péché.

«Mettez-vous toujours à la dernière place, et la première vous sera donnée, car ce qui est le plus élevé s'appuie sur ce qui est le plus bas.

«Les plus grands saints, aux yeux de Dieu, sont les plus petits à leurs propres yeux; et plus leur vocation est sublime, plus ils sont humbles dans leur coeur.

«Pleins de la vérité et de la gloire céleste, ils ne sont pas avides d'une gloire vaine.

«Fondés et affermis en Dieu, ils ne sauraient s'élever en eux-mêmes.

«Rapportant à Dieu tout ce qu'ils ont reçu de bien, ils ne recherchent point la gloire que donnent les hommes, et ne veulent que celle qui vient de Dieu seul. Leur unique but, leur désir unique, est qu'il soit glorifié en lui-même et dans tous les saints, par-dessus toutes choses.»

XX

Ses conseils redescendent vers l'homme:

«Soyez donc reconnaissant des moindres grâces, et vous mériterez d'en recevoir de plus grandes.

«Que le plus léger don, la plus petite faveur, aient pour vous autant de prix que le don le plus excellent et la faveur la plus singulière.

«Si vous considérez la grandeur de celui qui donne, rien de ce qu'il donne ne vous paraîtra petit ni périssable: car peut-il être quelque chose de tel dans ce qui vient d'un Dieu infini?

«Vous envoie-t-il des peines et des châtiments, recevez-les encore avec joie: car c'est toujours pour notre salut qu'il fait ou qu'il permet tout ce qui nous arrive.

«Voulez-vous conserver la grâce de Dieu, soyez reconnaissant lorsqu'il vous la donne, patient lorsqu'il vous l'ôte. Priez pour qu'elle vous soit rendue, et soyez humble et vigilant pour ne pas la perdre.»

XXI

DES ENTRETIENS INTÉRIEURS DE JÉSUS-CHRIST AVEC L'ÂME FIDÈLE.

«J'écouterai ce que le Seigneur Dieu dit en moi.

«Heureuse l'âme qui entend le Seigneur lui parler intérieurement, et qui reçoit de sa bouche la parole de consolation!

«Heureuses les oreilles toujours attentives à recueillir ce souffle divin, et sourdes aux bruits du monde!

«Heureuses encore une fois les oreilles qui écoutent, non la voix qui retentit au dehors, mais la vérité qui enseigne au dedans!

«Heureux les yeux qui, fermés aux choses extérieures, ne contemplent que les intérieures!

«Heureux ceux qui pénètrent les mystères que le coeur recèle, et qui, par des exercices de chaque jour, tâchent de se préparer de plus en plus à comprendre les secrets du ciel!

«Heureux ceux dont la joie est de s'occuper de Dieu, et qui se dégagent de tous les embarras du siècle!

«Considère ces choses, ô mon âme! et ferme la porte de tes sens, afin que tu puisses entendre ce que le Seigneur ton Dieu dit en toi.

«Voici ce que dit ton bien-aimé: Je suis votre salut, votre paix et votre vie.

«Demeurez près de moi, et vous trouverez la paix. Laissez là tout ce qui passe; ne cherchez que ce qui est éternel.....»

XXII

LA VÉRITÉ PARLE AU-DEDANS DE NOUS SANS AUCUN BRUIT DE PAROLE.

«Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute.

«Je suis votre serviteur: donnez-moi l'intelligence, afin que je sache votre témoignage.

«Inclinez mon coeur aux paroles de votre bouche; qu'elles tombent sur lui comme une douce rosée.

«Les enfants d'Israël disaient autrefois à Moïse: Parlez-nous, et nous vous écouterons; mais que le Seigneur ne nous parle point, de peur que nous ne mourrions.

«Ce n'est pas là, Seigneur, ce n'est pas là ma prière; mais au contraire je vous implore, comme le prophète Samuel, avec un humble désir, disant: Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute.

«Que Moïse ne me parle point, ni aucun des prophètes; mais vous plutôt parlez, Seigneur mon Dieu, vous la lumière de tous les prophètes et l'esprit qui les inspirait. Sans eux, vous pouvez seul pénétrer toute mon âme de votre vérité; et sans vous ils ne pourraient rien.

«Ils peuvent prononcer les paroles, mais non les rendre efficaces.

«Leur langage est sublime; mais, si vous vous taisez, il n'échauffe point le coeur.

«Ils exposent la lettre, mais vous en découvrez le sens.

«Ils proposent les mystères, mais vous en rompez le sceau qui en dérobait l'intelligence.

«Ils publient vos commandements, mais vous aidez à les accomplir.

«Ils montrent la voie; mais vous donnez des forces pour marcher.

«Ils n'agissent qu'au dehors; mais vous éclairez et instruisez les coeurs.

«Ils arrosent intérieurement; mais vous donnez la fécondité.

«Leurs paroles frappent l'oreille; mais vous ouvrez l'intelligence.

«Que Moïse donc ne me parle point: mais vous, Seigneur mon Dieu, éternelle vérité! parlez-moi, de peur que je ne meure, et que je n'écoute sans fruit, si, averti seulement au dehors, je ne suis point intérieurement embrasé; de peur que je ne trouve ma condamnation dans votre parole entendue sans être accomplie, comme sans être aimée, crue sans être observée.

«Parlez-moi donc, Seigneur, parce que votre serviteur écoute: vous avez les paroles de la vie éternelle.

«Parlez-moi pour consoler un peu mon âme, pour m'apprendre à réformer ma vie; parlez-moi pour la louange, la gloire, l'honneur éternel de votre nom.»

XXIII

QU'IL FAUT MARCHER EN PRÉSENCE DE DIEU DANS LA VÉRITÉ ET L'HUMILITÉ.

JÉSUS-CHRIST. «Mon fils, marchez devant moi dans la vérité, et cherchez-moi toujours dans la simplicité de votre coeur.

«Celui qui marche devant moi dans la vérité ne craindra nulle attaque; la vérité le délivrera des calomnies et des séductions des méchants.

«Si la vérité vous délivre, vous serez vraiment libre, et peu vous importeront les vains discours des hommes.»

LE FILS. «Seigneur, il est vrai. Qu'il me soit fait, de grâce, selon votre parole. Que votre vérité m'instruise, qu'elle me défende, qu'elle me conserve jusqu'à la fin dans la voie du salut.

«Qu'elle me délivre de tout désir mauvais, de toute affection déréglée; et je marcherai devant vous dans une grande liberté de coeur.»

JÉSUS-CHRIST. «La vérité, c'est moi: je vous enseignerai ce qui est bon, ce qui m'est agréable.

«Rappelez-vous vos péchés avec une grande douleur et un profond regret; et ne pensez jamais être quelque chose, à cause du bien que vous faites.

«Car dans la vérité vous n'êtes qu'un pécheur, sujet à beaucoup de passions et engagé dans leurs liens.

«De vous-même vous tendez toujours au néant; un rien vous ébranle, un rien vous abat, un rien vous trouble et vous décourage.

«Qu'avez-vous dont vous puissiez vous glorifier? Et que de motifs, au contraire, pour vous mépriser vous-même! car vous êtes beaucoup plus infirme que vous ne sauriez le comprendre.

«Que rien de ce que vous faites ne vous paraisse donc quelque chose de grand.

«Mais plutôt qu'à vos yeux rien ne soit grand, précieux, admirable, élevé, digne d'être estimé, loué, recherché, que ce qui est éternel.

«Aimez, par-dessus toutes choses, l'éternelle vérité, et n'ayez jamais que du mépris pour votre extrême bassesse.

«N'appréhendez rien tant, ne blâmez et ne fuyez rien tant que vos péchés et vos vices: ils doivent vous affliger plus que toutes les pertes du monde.

«Il y en a qui ne marchent pas devant moi avec un coeur sincère; mais, guidés par une certaine curiosité présomptueuse, ils veulent découvrir mes secrets et pénétrer les profondeurs de Dieu, tandis qu'ils négligent de s'occuper d'eux-mêmes et de leur salut.

«Ceux-là tombent souvent, à cause de leur orgueil et de leur curiosité, en de grandes tentations et de grandes fautes, parce que je me sépare d'eux.

«Craignez les jugements de Dieu, redoutez la colère du Tout-Puissant; ne scrutez pas les oeuvres du Très-Haut, mais sondez vos iniquités, le mal que tant de fois vous avez commis, le bien que vous avez négligé.

«Plusieurs mettent toute leur dévotion en des livres, d'autres en des images, d'autres en des signes et des marques extérieures.

«Quelques-uns m'ont souvent dans la bouche, mais peu dans le coeur.

«Il en est d'autres qui, éclairés et purifiés intérieurement, ne cessent d'aspirer aux biens éternels, ont à dégoût les entretiens de la terre et ne s'assujettissent qu'à regret aux nécessités de la nature. Ceux-là entendent ce que l'esprit de vérité dit en eux.

«Car il leur apprend à mépriser ce qui passe, à aimer ce qui dure éternellement, à oublier le monde et à désirer le ciel, le jour et la nuit.»

XXIV

Et plus loin il remonte au ciel avec le divin amour.

DES MERVEILLEUX EFFETS DE L'AMOUR DIVIN.