Cours familier de Littérature - Volume 09
Part 21
C'est ainsi, selon nous, qu'aurait parlé le sage et profond patriote italien Machiavel, si son esprit avait pu être évoqué dans un comice italien, la veille des annexions de Gênes, de Milan, de la Lombardie, des Romagnes, de Florence, de la Toscane, de la Sicile, et bientôt de Rome et de Naples! Si l'on en doute, qu'on relise Machiavel, comme je viens de le relire: on retrouvera partout en lui cette pensée de l'inviolabilité des groupes nationaux qui composent l'Italie, et de l'équilibre entre ces nationalités reliées par le lien fédératif; c'est l'homme de la _ligue italique_.
Machiavel, comme Montesquieu, voyait de loin et voyait juste. Si l'Italie l'avait écouté, elle serait libre; si elle ne l'est pas, que la responsabilité de ses réactions futures ne retombe pas sur la France, qui a versé son sang pour les Italiens; mais que cette responsabilité retombe sur le radicalisme d'annexion du cabinet de Turin, et sur l'impulsion intéressée du cabinet de Londres, qui pousse le Piémont aux abîmes, au lieu de guider, comme nous, l'Italie à la régénération et à la liberté.
L'intervention de la France ne peut pas aboutir ainsi à une agitation sanglante et stérile; la volonté de la France n'est pas un de ces boulets à demi-portée qui font des victimes sur leur trajet et qui n'arrivent pas au but. Le but, c'est la régénération de l'Italie. La régénération de l'Italie est dans une confédération italique sous l'alliance naturelle et éternelle de la France.
Italiens! que d'autres vous flattent et vous perdent. Le premier hommage qu'on doit à un grand peuple, c'est la vérité. Vous êtes dignes de l'entendre, vous êtes capables de l'accomplir!
Affranchissez-vous, ne vous aliénez pas; soyez libres, mais soyez vous-mêmes! Votre nom est trop beau, n'en changez pas!
LAMARTINE.