Cours de philosophie positive. (6/6)
Part 64
La seule science qui puisse être vraiment finale, et envers laquelle la biologie elle-même ne constitue qu'un dernier préambule indispensable, résulte donc maintenant de l'extrême accroissement fondamental qu'éprouve l'existence réelle en s'élevant de l'organisme individuel à l'organisme collectif. Quoique d'une autre nature que les trois précédentes, cette complication définitive n'est pas moins prononcée que celles déjà éprouvées en passant d'abord du degré mathématique initial au degré physique proprement dit, ensuite de celui-ci au chimique, et même enfin du degré chimique au plus simple degré biologique: elle est d'ailleurs toujours en harmonie avec la généralité décroissante des phénomènes successifs. D'après l'expansion continue et la perpétuité presque indéfinie qui caractérisent le nouvel organisme, ce cas diffère tellement du précédent, malgré l'homogénéité nécessaire de leurs élémens, qu'il est vraiment impossible de ne l'en pas séparer profondément, surtout quand on considère directement cette extension totale de l'association humaine à l'ensemble de notre espèce, que la civilisation moderne a eu toujours en vue, quelque éloignée qu'en doive être encore la suffisante réalisation. Sous l'aspect logique, nous avons reconnu que la méthode fondamentale reçoit alors sa plus éminente élaboration par l'introduction spontanée du mode historique proprement dit, parfaitement adapté à la nature d'un sujet où la filiation graduelle doit constituer de plus en plus le principal moyen d'investigation, qui, quoique nécessairement dérivé du mode comparatif propre à la biologie, en doit néanmoins être radicalement distingué, à titre de transformation transcendante. Or l'indispensable séparation des deux études organiques n'est certes pas moins caractérisée dans l'ordre purement scientifique, d'après l'évidente impossibilité de jamais déduire les phénomènes successifs de l'évolution sociale, indépendamment de leur propre observation directe, d'après la seule connaissance des lois individuelles; car chacun de ces divers degrés ne peut d'abord être positivement rattaché qu'au degré immédiatement antérieur, quoique leur ensemble doive constamment rester, à tous égards, en harmonie fondamentale avec le système des notions biologiques. Nous savons d'ailleurs, suivant la remarque précédente, que ces théories elles-mêmes ne peuvent isolément suffire à leur plus haute destination individuelle, sans l'assistance supérieure des notions sociologiques. Il importait donc, en constituant la sociologie, de faire convenablement sentir l'indispensable nécessité de cette séparation fondamentale, où réside maintenant, à mon gré, pour les esprits les plus avancés, la principale difficulté, à la fois scientifique et logique, d'une telle constitution, parce que la tendance générale des études inférieures à absorber spontanément les supérieures, en vertu de leur positivité antérieure, et d'après leurs relations naturelles, ne pouvait jamais être plus spécieuse assurément que dans ce cas extrême, où presque aucun des éminens penseurs de notre siècle n'a pu, en effet, éviter cette grande aberration. Une discussion décisive nous a donc ainsi conduits à satisfaire systématiquement aux éternelles conditions d'originalité et de prééminence des spéculations sociales, que la résistance théologico-métaphysique n'a pu que maintenir instinctivement d'une manière fort insuffisante, depuis que la méthode positive a commencé à prévaloir de plus en plus dans la moderne évolution mentale. C'est au nom même de la positivité et de la rationnalité que nous avons directement réclamé, et même déterminé la convenable reconstruction d'un ascendant philosophique, toujours indispensable, qu'on n'ose pourtant motiver de nos jours que sur les seules exigences pratiques. Mais cette réorganisation normale ne pouvait être vraiment consolidée qu'en faisant aussitôt cesser, d'une autre part, le stérile et irrationnel isolement où les diverses écoles théologico-métaphysiques, sans exception des moins arriérées, s'accordaient, depuis deux siècles, au milieu de leurs intimes divergences, à placer constamment le système des études morales et politiques envers l'ensemble de la philosophie naturelle. Or cette seconde condition générale, non moins inévitable que la première, a été complétement remplie, d'après une exacte convergence des besoins scientifiques avec les besoins logiques, prescrivant également désormais la subordination fondamentale de la science finale à chacune des sciences préliminaires, sur lesquelles sa réaction philosophique doit ensuite redevenir prépondérante. Aussi devais-je attacher beaucoup de prix à signaler, autant que possible, les liaisons directes qui résultent, à cet égard, de la nature des études respectives, vu la double nécessité continue de connaître préalablement, d'une part, le milieu, d'une autre part, l'agent de l'évolution sociale. La position encyclopédique assignée à la sociologie, dès le début de ce Traité, par notre hiérarchie scientifique, et qui résume exactement l'ensemble de ses conditions et de ses relations, s'est donc trouvée ensuite spécialement confirmée en une foule d'occasions, même indépendamment de l'irrécusable obligation logique d'une telle marche successive pour élever la méthode positive jusqu'à sa phase sociologique, suivant les explications du chapitre précédent. Mais, quelle que soit l'importance réelle des indispensables notions ainsi transportées d'abord des études purement inorganiques dans cette science finale, c'est aux études biologiques que doit surtout appartenir, d'après la nature des sujets respectifs, un tel office scientifique, après que les tendances primitives aux empiétemens irrationnels y ont été suffisamment contenues. À tous les degrés de l'échelle sociologique, et sous tous les rapports statiques ou dynamiques, la biologie fournit nécessairement, sur la nature humaine, autant qu'elle peut être connue par la seule considération de l'individu, des notions fondamentales qui doivent toujours contrôler les indications directes de l'exploration sociologique, et souvent même les rectifier ou les perfectionner. Mais, en outre, dans la partie inférieure de la série, sans descendre d'ailleurs jusqu'à l'état initial, où les déductions biologiques peuvent seules nous guider, il est clair que la biologie, quoique toujours dominée, comme dans tous les cas antérieurs de ce genre, par l'esprit sociologique, doit faire spécialement connaître cette association élémentaire, intermédiaire spontané entre l'existence purement individuelle et l'existence pleinement sociale, qui résulte de l'existence domestique proprement dite, plus ou moins commune à tous les animaux supérieurs, et qui constitue, dans notre espèce, la véritable base primordiale du plus vaste organisme collectif. Toutefois l'élaboration originale de cette nouvelle science a dû être essentiellement dynamique, en sorte que les lois d'harmonie y ont été presque toujours implicitement considérées parmi les lois de succession, dont l'appréciation distincte pouvait seule constituer aujourd'hui la physique sociale. Aussi sa plus haute connexité scientifique avec la biologie consiste-t-elle maintenant dans la liaison fondamentale que j'ai établie entre la série sociologique et la série biologique, et qui permet d'envisager philosophiquement la première comme un simple prolongement graduel de la seconde, quoique les termes de l'une soient surtout coexistans et ceux de l'autre surtout successifs. Sauf cette unique différence générale, qui ne saurait interdire l'enchaînement des deux séries, nous avons, en effet, reconnu que le caractère essentiel de l'évolution humaine résulte nécessairement de la prépondérance toujours croissante des mêmes attributs supérieurs qui placent l'homme à la tête de la hiérarchie animale, où ils dirigent aussi l'appréciation rationnelle des principaux degrés d'animalité. On parvient ainsi à concevoir l'immense système organique comme liant réellement la moindre existence végétative à la plus noble existence sociale, par une longue progression intermédiaire de modes d'existence de plus en plus élevés, dont la succession, quoique nécessairement discontinue, n'en est pas moins essentiellement homogène. Enfin, le principe d'un tel enchaînement consistant, au fond, dans la généralité décroissante des phénomènes prépondérans, cette double série organique se rattache spontanément à l'unique série rudimentaire que puisse nous offrir la nature inorganique, où, en effet, les trois degrés principaux, d'abord mathématique ou astronomique, ensuite physique, et enfin chimique, propres à l'existence universelle, présentent déjà une succession relative au même principe, que j'ai dès lors osé ériger au cinquante-septième chapitre, après tant de hautes vérifications dynamiques et statiques, en loi fondamentale de toute taxonomie positive. La direction nécessaire de l'ensemble du mouvement humain, à la fois individuel et social, étant ainsi scientifiquement déterminée, il ne restait plus, pour constituer la sociologie, qu'à en caractériser aussi la marche générale. C'est ce que j'ai accompli, au tome quatrième, par ma loi fondamentale d'évolution, qui, avec cette loi hiérarchique, établit, j'ose le dire, un véritable système philosophique, dont les deux élémens principaux sont spontanément solidaires. Dans cette conception dynamique, la sociologie se rattache profondément à la biologie, puisque l'état initial de l'humanité y coïncide essentiellement avec celui où leur imperfection organique retient les animaux supérieurs, chez lesquels l'essor spéculatif ne dépasse jamais ce fétichisme primordial d'où l'homme lui-même n'aurait pu sortir sans l'énergique impulsion du développement collectif. La similitude est encore plus évidente quant à l'existence active. Après avoir ainsi constitué la théorie sociologique, il fallait, pour la rendre vraiment jugeable, constater directement sa réalité fondamentale, en osant l'appliquer convenablement à la saine appréciation générale, historique quoique abstraite, de la grande progression, à la fois mentale et sociale, qui, depuis quarante siècles, élève continuellement l'élite de l'humanité. Tel a été l'objet de l'élaboration décisive qui a exigé la totalité du volume précédent et la majeure partie de celui-ci. Comme le vaste ensemble en a été, au cinquante-septième chapitre, spécialement résumé, il serait superflu d'y revenir maintenant. Il suffit ici de rappeler que cette irrécusable épreuve, sous laquelle ont radicalement succombé toutes les conceptions historiques proposées jusqu'ici, a finalement démontré la réalité essentielle de ma théorie dynamique, par cela même que chaque phase importante de la grande évolution y a trouvé spontanément, outre la filiation nécessaire, l'explication générale de son propre caractère et la juste appréciation de sa participation indispensable au résultat commun; de manière à toujours permettre de glorifier convenablement, sans aucune inconséquence, les services rendus successivement par les influences les plus opposées. Une semblable aptitude à rendre, par exemple, une égale et complète justice à l'état monothéique et à l'état polythéique, avec une pareille indifférence personnelle envers chacun d'eux, n'était, sans doute, possible que par suite même du salutaire ébranlement qui a déterminé la crise finale propre à l'élite de l'humanité, d'après l'ensemble du double mouvement moderne. Sans une telle préparation, à la fois politique et philosophique, aucun esprit n'aurait pu s'affranchir assez complétement et de l'antique philosophie et des préjugés critiques développés pendant sa longue décadence pour introduire, en un semblable sujet, cette disposition pleinement scientifique, indispensable aux moindres spéculations, mais beaucoup plus nécessaire, et pourtant bien plus difficile, envers les études les plus transcendantes et aussi les plus passionnées que l'esprit humain puisse aborder. Ainsi, les mêmes conditions générales qui exigeaient aujourd'hui cette élaboration décisive, devaient, sous un autre aspect, la seconder spécialement. Son efficacité pratique est d'ailleurs inséparable de sa réalité théorique, puisque le présent y est profondément rattaché enfin, sous tous les aspects possibles, à l'ensemble du passé humain, de manière à mettre également en évidence la marche antérieure et la tendance ultérieure de chaque phénomène important: d'où résulte enfin, dans le cas politique, la possibilité d'une relation normale entre la science et l'art, déjà ébauchée envers les cas plus simples, à mesure que s'est accompli l'essor préliminaire de la sociabilité moderne. Quelque peu avancée que doive être encore cette nouvelle science, on peut donc la regarder comme ayant déjà suffisamment rempli toutes les conditions essentielles de son institution initiale, en sorte qu'il ne restera plus désormais qu'à poursuivre convenablement son développement spécial. La nature du sujet, où la solidarité est beaucoup plus complète que partout ailleurs, lui assure spontanément, dès sa naissance, en compensation nécessaire de sa complication plus grande, une rationnalité supérieure à celle de toutes les sciences préliminaires, y compris même la biologie, en y établissant aussitôt l'ascendant normal de l'esprit d'ensemble, qui, d'une telle source, doit bientôt se répandre sur toutes les parties antérieures de la philosophie abstraite, afin d'y réparer peu à peu les désastres du régime dispersif propre à l'élaboration préparatoire des connaissances réelles.
D'après l'appréciation scientifique que nous venons de terminer, la grande appréciation logique du chapitre précédent se trouve donc suffisamment complétée. Malgré l'état peu satisfaisant de presque toutes les doctrines spéciales, sauf, à quelques égards, dans les sciences inférieures, on peut cependant juger désormais essentiellement accomplie la longue et difficile préparation mentale qui, depuis la mémorable impulsion initiale de Descartes et de Bacon, devait graduellement amener l'avénement final de la vraie philosophie moderne. Tous les élémens indispensables destinés à concourir à sa formation sont maintenant assez développés pour que le véritable caractère, à la fois scientifique et logique, propre à chacun d'eux, soit déjà pleinement appréciable, quoique jusqu'ici très-imparfaitement réalisé. En même temps, le lien nécessaire de leur systématisation directe est spontanément résulté de l'extension successive de l'esprit positif à des spéculations de plus en plus éminentes, dont les dernières, relatives aux phénomènes les plus complexes et les plus importans, réunissent, par leur nature, toutes les grandes conditions de l'ascendant philosophique. La création décisive de la sociologie complète l'essor fondamental de la méthode positive, et constitue le seul point de vue susceptible d'une véritable universalité, de manière à réagir convenablement sur toutes les études antérieures, afin de garantir leur convergence normale sans altérer leur originalité continue. Sous un tel ascendant, nos diverses connaissances réelles pourront donc former enfin un vrai système, assujetti, dans son entière étendue et dans son expansion graduelle, à une même hiérarchie et à une commune évolution, ce qui n'est certainement possible par aucune autre voie. D'une autre part, l'indispensable harmonie entre la spéculation et l'action est ainsi pleinement établie, puisque les diverses nécessités mentales, soit logiques, soit scientifiques, concourent alors, avec une remarquable spontanéité, à conférer la présidence philosophique aux conceptions que la raison publique a toujours justement regardées comme devant universellement prévaloir, et qui n'avaient passagèrement perdu cet invariable privilége que par suite des besoins exceptionnels propres à la situation profondément contradictoire qui caractérise l'ensemble de la grande transition moderne. Le bon sens, au nom duquel réclamaient surtout, il y a deux siècles, les fondateurs de la philosophie positive, revient donc aujourd'hui, convenablement systématisé, présider à son installation finale, pour diriger ensuite à jamais son application normale, après que toutes les aberrations générales du génie spécial auront été suffisamment rectifiées. Enfin, la morale, dont les exigences directes étaient implicitement méconnues pendant l'élaboration préliminaire, recouvre aussitôt ses droits éternels par suite de la suprématie mentale du point de vue social, rétablissant, avec une énergique efficacité, le règne continu de l'esprit d'ensemble, auquel le vrai sentiment du devoir reste toujours profondément lié. Dans les deux derniers siècles, l'ascendant scientifique a pu longtemps appartenir à l'impulsion, essentiellement mathématique, émanée des sciences inférieures, sans aucun grave danger immédiat pour les conditions naturelles de la moralité, tant que les besoins sociaux n'étaient pas encore redevenus directement prépondérans. Tout en écartant spontanément les contemplations sociales, afin de se restreindre d'abord aux études préliminaires où la positivité rationnelle était plus aisément développable, l'instinct spéculatif pouvait alors être soutenu par ce juste sentiment de l'harmonie fondamentale de nos efforts privés avec la commune destination, qui nous rend spécialement accessibles aux inspirations morales. Mais il n'en est plus ainsi depuis que la crise finale a mis en haute évidence l'urgence universelle des nécessités politiques. Dès lors, cet esprit scientifique, qui, d'après l'inévitable conviction de son impuissance radicale envers les plus nobles spéculations, tend à inspirer, à leur égard, une désastreuse indifférence, devient nécessairement de plus en plus immoral, en conduisant presque toujours à l'égoïsme systématique, que l'ascendant familier des vues d'ensemble peut seul aujourd'hui convenablement guérir. Cette intime perturbation, d'autant plus dangereuse qu'elle corrompt directement la première source mentale de la régénération humaine, est spontanément dissipée par la prépondérance philosophique de l'esprit sociologique. Le type fondamental de l'évolution humaine, aussi bien individuelle que collective, y est, en effet, scientifiquement représenté comme consistant toujours dans l'ascendant croissant de notre humanité sur notre animalité, d'après la double suprématie de l'intelligence sur les penchans, et de l'instinct sympathique sur l'instinct personnel. Ainsi ressort directement, de l'ensemble même du vrai développement spéculatif, l'universelle domination de la morale, autant du moins que le comporte notre imparfaite nature. Il serait assurément superflu de signaler ici davantage l'aptitude morale d'une philosophie qui développe systématiquement, au plus haut degré possible, le sentiment fondamental de la solidarité et de la continuité sociales, en même temps que la notion générale de l'ordre spontané que l'économie totale du monde réel érige, à tous égards, en base nécessaire de notre conduite, soit privée, soit publique.
Pour achever de caractériser cette nouvelle philosophie générale, il ne nous reste plus enfin, après avoir suffisamment considéré sa constitution propre, à la fois scientifique et logique, qu'à indiquer, au chapitre suivant, la nature de son action ultérieure, d'abord mentale, puis sociale, en tant du moins qu'une telle détermination peut aujourd'hui reposer sur une base vraiment rationnelle, suivant notre théorie de l'évolution humaine, ainsi poussée jusqu'à sa plus extrême application actuelle.
SOIXANTIÈME ET DERNIÈRE LEÇON.
Appréciation sommaire de l'action finale propre à la philosophie positive.
Aucune des précédentes révolutions de l'humanité, même la plus grande de toutes, relative au passage décisif de l'organisme polythéique de l'antiquité au régime monothéique du moyen âge, n'a pu modifier aussi profondément l'ensemble de l'existence humaine, à la fois individuelle et sociale, que devra le faire, dans un prochain avenir, l'avénement nécessaire de l'état pleinement positif, où nous avons reconnu consister, à tous égards, la seule issue possible de l'immense crise finale qui, depuis un demi-siècle, agite si intimement les populations d'élite. Ce terme naturel des divers mouvemens antérieurs est enfin tellement préparé, que son accomplissement définitif ne dépend plus essentiellement désormais que de l'essor direct et systématique de la philosophie correspondante. La seconde moitié du cinquante-septième chapitre a été surtout consacrée à faire spécialement apprécier la grande élaboration politique qui doit constituer, dans le siècle actuel, le principal caractère d'une telle philosophie, dont l'influence immédiate se trouve ainsi convenablement signalée. Il ne nous reste donc plus ici qu'à indiquer sommairement, sous un aspect plus général, l'action normale que devra finalement exercer le nouveau régime philosophique, quand son universel ascendant aura pu être suffisamment réalisé. Nous devons, à cet effet, le considérer successivement envers chacun des modes essentiels de l'existence humaine, d'abord mentale, puis sociale. Relativement à celle-ci, il faudra séparément examiner l'ordre purement moral et ensuite l'ordre politique proprement dit. Quant à la première, elle présente, non moins naturellement, deux points de vue très-distincts, l'un scientifique, l'autre esthétique. Mais, ce dernier étant surtout destiné à réfléter spontanément l'ensemble des divers aspects humains, aussi bien sociaux qu'intellectuels, l'indication qui s'y rapporte sera mieux placée à la fin de cette appréciation totale. Telles sont donc les quatre classes de considérations générales, d'abord scientifiques ou plutôt rationnelles, ensuite morales, puis politiques, et enfin esthétiques, d'après lesquelles nous devons, dans ce chapitre extrême, achever rapidement de caractériser la grande régénération philosophique qui a toujours constitué l'objet essentiel de ce Traité.