Cours de philosophie positive. (6/6)

Part 29

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Cette dernière période a répandu, sur l'ensemble de la position révolutionnaire, une nouvelle lumière, qu'il importe d'apprécier sommairement. Sans regarder le grand problème organique comme aucunement résolu, et sans renoncer entièrement à sa solution ultérieure, la nation française était alors assez désabusée, d'après une expérience décisive, des hautes espérances de régénération sociale qu'elle avait d'abord attachées au triomphe universel de la politique métaphysique, pour ne s'occuper essentiellement désormais que de réaliser l'heureuse influence de l'état de paix sur le développement continu de l'évolution industrielle, à laquelle l'ébranlement initial avait imprimé une accélération capitale, dont la guerre avait auparavant entravé la manifestation permanente. Aussi, quoique l'absence d'une véritable doctrine ne permît point une meilleure direction, la France ne prit-elle habituellement qu'un intérêt passif et secondaire aux stériles discussions constitutionnelles qui durent, à cette époque, marquer le réveil officiel de l'esprit révolutionnaire, et qui tendaient à fonder la réorganisation finale sur une troisième tentative d'imitation générale du régime parlementaire propre à l'Angleterre, et auquel les débris du système impérial semblaient avoir préparé enfin une sorte d'élément aristocratique susceptible d'une consistance apparente. Mais, à défaut d'une saine théorie, cette nouvelle épreuve, plus prolongée, plus paisible, et, par suite, plus décisive qu'aucune des précédentes, tendit bientôt à faire irrévocablement ressortir le caractère anti-historique et anti-national d'une telle utopie politique, profondément antipathique à un milieu social où, depuis la fin du moyen âge, l'ensemble du passé avait toujours développé la décadence spéciale de l'aristocratie, en concentrant graduellement autour de la seule royauté tous les restes quelconques de l'ancienne organisation. Sous un actif ascendant aristocratique, le pouvoir royal était essentiellement réduit, en Angleterre, à une vaste sinécure accordée au chef nominal de l'oligarchie britannique, avec une puissance réelle peu supérieure à celle des doges vénitiens, malgré la vaine décoration d'une hérédité monarchique. En France, au contraire, l'instinct royal devait profondément répugner à une telle dégradation de l'élément prépondérant d'un régime qu'on prétendait seulement modifier quand on l'annullait radicalement, suivant la formule, triviale mais énergique, employée par Bonaparte, à son avénement dictatorial, pour repousser une semblable mystification métaphysique. Ainsi réduite à sa partie purement négative, faute de bases réelles pour la partie vraiment positive, l'irrationnelle imitation du type anglais ne pouvait, en effet, aboutir qu'à l'irrévocable neutralisation de la royauté; et ce résultat nécessaire devenait alors d'autant plus décisif que, par la nouvelle forme d'une telle institution, l'adhésion monarchique y semblait spécialement volontaire. C'est là surtout qu'il faut placer, dans l'histoire générale de la transition moderne, la dissolution directe de la grande dictature temporelle où nous avons vu, au cinquante-cinquième chapitre, partout converger, sous diverses formes, l'ensemble du mouvement de décomposition politique. Depuis le commencement de la crise révolutionnaire, cette dictature, élaborée par Louis XI et complétée par Richelieu, avait été essentiellement maintenue, au plus haut degré d'énergie politique, d'abord avec un caractère progressif par la Convention, et ensuite dans un esprit rétrograde par Bonaparte, qui en dut être réellement le dernier organe. Mais, au temps que nous considérons, elle se résout enfin en un antagonisme permanent entre l'action politique centrale, que cette nouvelle royauté représente imparfaitement, et l'action locale ou partielle, émanée d'une assemblée plus ou moins populaire: l'unité de direction disparaît alors sous le tiraillement régulier de ces deux forces opposées, dont chacune tend à s'assurer une prépondérance désormais impossible jusqu'à ce qu'une convenable terminaison de l'anarchie spirituelle vienne permettre enfin une véritable organisation temporelle; Bonaparte lui-même eût alors subi cette inévitable conséquence de la situation générale, comme l'indique directement la transformation forcée qui caractérisa son retour éphémère. Une appréciation plus spéciale commence d'ailleurs à montrer l'inévitable abaissement du pouvoir royal marqué, d'une manière plus directe et plus distincte, dans la nouvelle existence générale, historiquement trop peu comprise, du pouvoir ministériel proprement dit, qui, après en avoir été, sous la seconde phase moderne, une émanation facultative, en devenait maintenant une substitution continue, dont l'action tendait de plus en plus à une pleine indépendance réelle envers la royauté, ainsi graduellement rapprochée de la nullité anglaise; cette sorte d'abdication spontanée devait, au reste, immédiatement aboutir à augmenter la dispersion politique, qui semblait par-là érigée en principe irrévocable.

Hors des vains débats constitutionnels propres à cette époque, se poursuivait nécessairement la lutte générale entre l'instinct progressif et la résistance rétrograde, à la faveur même de ce régime métaphysique, qui, malgré son éternité officielle, ne pouvait être regardé que comme une transition précaire chez les divers partis actifs qui s'y disputaient une suprématie impossible. À certains égards, cette coexistence contradictoire de deux politiques incompatibles maintenait, sans doute, le caractère essentiel de la situation fondamentale antérieure à la crise révolutionnaire, mais avec cette différence capitale que l'école progressive avait hautement marqué son but final, quoique d'une manière purement négative, en même temps qu'elle avait ainsi constaté sa propre impuissance organique; tandis que l'école rétrograde, éclairée, à sa manière, par la même expérience, avait été naturellement conduite à mieux concevoir qu'auparavant l'ensemble des conditions d'existence relatives au régime dont elle entreprenait la chimérique restauration. C'est alors que se trouve pleinement établi le déplorable dualisme social que j'ai complétement décrit au quarante-sixième chapitre, où nous avons vu les deux sentimens également indispensables de l'ordre et du progrès entretenus désormais, d'une manière également insuffisante, par l'inévitable conflit de deux doctrines antipathiques, sous la vaine interposition officielle d'un parti stationnaire, empruntant à chacune d'elles des principes qui se neutralisaient mutuellement, surtout quand il tentait de concilier la suprématie légale du catholicisme avec une vraie liberté religieuse. En renvoyant le lecteur à cette appréciation fondamentale d'une situation qui a dû jusqu'à présent persister essentiellement, je rappellerai seulement ici que cette stérile et dangereuse oscillation nous a paru principalement caractérisée, sous le rapport moral, d'après l'extension nécessaire d'une corruption systématique sans laquelle une telle anarchie empêcherait toute action réelle, et, sous le rapport politique, d'après l'entière prépondérance permanente des littérateurs et des avocats, ainsi devenus, chez tous les partis, les directeurs naturels d'une lutte de plus en plus dégagée de toutes convictions profondes. Quoiqu'on ait alors tenté d'ériger, en l'honneur de l'entité politique vainement décorée du nom de _loi_, une sorte de culte métaphysique, qui ne pouvait, au fond, aboutir qu'à consacrer l'universelle domination des légistes, l'absence de véritables principes sociaux se manifeste, plus complétement encore que dans les périodes précédentes, par cette déplorable fécondité réglementaire qui distingue nécessairement les temps où, faute de notions vraiment fondamentales, on est conduit, pour éviter un arbitraire indéfini, à l'incohérente accumulation d'une multitude presque illimitée de décisions particulières, d'ailleurs le plus souvent impuissantes à atteindre convenablement les réalités. C'est ainsi que, malgré l'insuffisante codification présidée par Bonaparte, la dispersion des idées politiques est rapidement parvenue à ce degré caractéristique où, comme le témoigne notre triste expérience journalière, les plus habiles jurisconsultes, après avoir consumé leurs veilles à l'étude des décisions légales, ne peuvent presque jamais convenir, en chaque cas déterminé, de ce qui constitue effectivement la légalité, profondément dissimulée sous l'obscur assemblage d'une foule de dispositions spéciales, dont aucun juriste ne peut même se flatter aujourd'hui d'avoir acquis une pleine connaissance totale.

Avec quelque homogénéité logique que dût être alors coordonnée, suivant l'explication précédente, l'action rétrograde que nous considérons dans son extrême effort politique, j'ai déjà signalé, au quarante-sixième chapitre, les inconséquences nécessaires qui, même abstraitement, la condamnaient à une nullité caractéristique. Sous l'aspect historique, la plus décisive de ces contradictions fondamentales consistait assurément, comme je l'ai ci-dessus indiqué, à combiner le système de rétrogradation politique avec un état de paix continu, de manière à priver radicalement une telle marche des seules influences permanentes qui lui eussent procuré, sous la direction de Bonaparte, un succès temporaire. Cette incohérence capitale était d'autant plus significative qu'elle constituait spontanément une suite insurmontable de l'ensemble de la situation sociale; puisque le maintien de la paix était, au fond, l'unique mérite essentiel qui, malgré de vaines stimulations, déterminât la nation française à supporter suffisamment une telle domination provisoire, dont les dangers ne purent longtemps lui paraître assez sérieux pour compromettre, par son renversement prématuré, une tranquillité extérieure et intérieure féconde en progrès matériels et même intellectuels. On doit surtout attribuer au sentiment instinctif de cette inconséquence décisive l'espèce d'indifférence dédaigneuse qu'inspirait alors à la masse de la population une politique rétrograde, antipathique à ses plus énergiques tendances, mais dont l'inanité radicale était ainsi confusément reconnue. L'ensemble de notre théorie historique de l'évolution moderne nous dispense d'ailleurs évidemment de nous arrêter ici aux graves incohérences intérieures qui, malgré les efforts de ses coordinateurs abstraits, devaient neutraliser mutuellement les divers élémens de cette étrange politique, par une sorte de reproduction spontanée, sur une moindre échelle, et suivant un cours beaucoup plus rapide, des mêmes dissidences essentielles d'où nous avons vu, au cinquante-cinquième chapitre, résulter graduellement, pendant les cinq siècles de la transition moderne, la décomposition révolutionnaire de l'ancien système politique, soit d'après l'opposition fondamentale entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, soit même en vertu de la lutte de la royauté avec l'aristocratie; double conflit caractéristique, dont les diverses fractions de l'école rétrograde donnèrent alors, à la France et à l'Europe, la rassurante imitation. Toutefois, il n'est pas inutile de remarquer, comme pouvant faire spécialement ressortir la nature des principaux besoins propres à notre situation sociale, l'ascendant habituel que dut prendre, dans une telle politique, la réorganisation spirituelle, directement érigée en base indispensable du plan général de rétrogradation, sous la suprême influence d'une dangereuse corporation, préalablement rétablie pour cette unique destination. A ce titre, ainsi qu'à tout autre, cette dernière tentative ne pouvait, sans doute, conduire qu'à la reproduction accélérée de l'inévitable avortement propre à une pareille marche pendant les trois siècles antérieurs: la compagnie tristement fameuse qui s'en rendit l'organe naturel ne put alors que joindre à la haine insurmontable qu'elle avait jadis inspirée le plus irrévocable mépris, justement acquis désormais à une congrégation où la plus ignoble hypocrisie dispensait si souvent de mérite et même de moralité. Néanmoins, cette façon de procéder constitue, à sa manière, un premier symptôme politique de la prépondérance directe que devait maintenant obtenir de plus en plus le besoin fondamental de la réorganisation spirituelle, depuis que l'impuissance organique de la métaphysique négative avait suffisamment prouvé l'impossibilité actuelle de toute réorganisation temporelle qui n'aurait pas été convenablement précédé d'une régénération intellectuelle et morale: ce sentiment ne pouvait, en effet, exister habituellement chez l'école rétrograde, sans tendre nécessairement à se propager aussi peu à peu, avec une efficacité plus décisive, chez l'école progressive elle-même, par une suite naturelle de leur antagonisme fondamental.

Quand cette vaine réaction eut enfin pris une attitude sérieusement menaçante pour l'ensemble du grand mouvement révolutionnaire, une seule secousse décisive, détruisant rapidement, sans aucune opposition réelle, une politique essentiellement dépourvue de toutes racines populaires, suffit à démontrer, aux plus aveugles observateurs, que la chute de Bonaparte, loin d'être simplement due à l'unique amour de la paix, était également résultée de l'aversion universellement inspirée par la rétrogradation tyrannique qui était devenue le but déplorable d'une inévitable dictature. La forme effective du dénoûment impérial ayant dû naturellement laisser, à cet égard, ainsi que je l'ai noté ci-dessus, une équivoque fondamentale, qu'il importait de dissiper à jamais, cette énergique manifestation était certainement indispensable, dans l'état présent de la philosophie politique, pour faire dignement comprendre que le besoin du progrès social n'était pas moins fondamental, aux yeux de la nation française, premier organe spontané de la république européenne, que le besoin de l'ordre et celui de la paix, déjà spécialement signalés, l'un à l'avénement, l'autre au déclin, du régime de Bonaparte. Cette démonstration nécessaire doit être, ce me semble, historiquement envisagée comme destinée à marquer enfin le terme irrévocable de la grande réaction rétrograde, immédiatement commencée à l'institution du déisme légal de Robespierre, complétement développée sous la tyrannie de Bonaparte, et aveuglément prolongée par ses faibles successeurs. Depuis cet indispensable enseignement, la nation française est demeurée essentiellement inaccessible à de fréquentes tentatives d'une agitation politique toujours dépourvue jusqu'ici de toute véritable intention organique, et ne pouvant aboutir qu'à de vaines substitutions de personnes, où l'ordre serait gravement compromis sans aucun profit pour le progrès. Quoique le caractère purement provisoire, propre à l'ensemble de la situation révolutionnaire, soit ainsi devenu plus profondément appréciable que sous aucun des modes antérieurs, la population a dû, en général, sauf d'inévitables manifestations, dès lors, il est vrai, plus réitérées, du besoin fondamental de régénération sociale, reprendre paisiblement le cours naturel de son évolution industrielle, dont l'exclusive prépondérance, malgré ses graves dangers moraux, doit spontanément résulter de l'absence prolongée de toute éminente activité politique, jusqu'à une convenable élaboration de la vraie réorganisation spirituelle.

Cette dernière transformation préparatoire se distingue principalement des précédentes par une sorte de renonciation volontaire, implicite mais irrécusable, du régime officiel à l'établissement régulier d'aucun ordre intellectuel et moral: devenue directement matérielle, la politique y prétend rester indépendante des doctrines et des sentimens, et reposer désormais sur la seule considération active des intérêts proprement dits. Une aversion instinctive pour les aberrations qui venaient de perdre le système royal, vainement obstiné à poursuivre, en sens rétrograde, la réorganisation spirituelle, a dû naturellement inspirer une telle tendance empirique, dans un milieu où l'état des idées ne saurait permettre aux hommes politiques de concevoir, d'une manière vraiment progressive, cette indispensable réorganisation. En même temps, la difficulté croissante de maintenir suffisamment l'ordre matériel, au milieu de l'anarchie mentale et morale, ainsi directement livrée désormais à son libre essor spontané, a dû maintenir habituellement cette nouvelle disposition, en produisant un état continu d'imminente préoccupation politique, qui détournerait le pouvoir de toute autre inquiétude moins immédiate, quand même il serait sérieusement accessible à aucune considération étrangère à la conservation, de plus en plus pénible, de sa propre existence, dès lors incessamment menacée, non-seulement par des agitations exceptionnelles devenues plus fréquentes, mais surtout par le jeu régulier des divers élémens d'un régime contradictoire. C'est ainsi que s'est enfin trouvé provisoirement réalisé, autant que le comportent les tendances générales de la société moderne, l'étrange type politique propre à la philosophie négative, qui avait si longtemps demandé un système réduisant le pouvoir à de simples fonctions répressives, sans aucune attribution directrice, et abandonnant à une libre concurrence privée toute active poursuite de la régénération intellectuelle et morale. Mais, après son entière installation, ce dernier régime provisoire est radicalement méconnu de ceux-là même qui en avaient été d'avance les plus zélés admirateurs spéculatifs, parce qu'ils y ont vu s'évanouir aussitôt les irrationnelles espérances de réformation sociale qu'ils en avaient aveuglément conçues, et qui ont fait place à la triste conviction expérimentale qu'une telle politique matérielle nécessite aujourd'hui la plus vaste extension permanente d'une corruption organisée, à défaut de laquelle la décomposition deviendrait imminente, sous l'essor presque illimité des ambitions perturbatrices, et d'où résulte nécessairement l'accroissement continu des plus onéreuses dépenses publiques, comme indispensable condition pratique d'un régime surtout vanté pour sa nature éminemment économique.

Sans examiner ici davantage les divers caractères essentiels propres à une situation déjà spécialement analysée, à tous égards, dans la leçon préliminaire du tome quatrième, il nous suffit de les avoir ainsi directement rattachés à l'ensemble de notre appréciation historique. Toutefois, afin de compléter réellement l'explication ci-dessus indiquée sur la désorganisation décisive de la grande dictature temporelle, il importe de considérer, d'une manière distincte quoique sommaire, la nouvelle situation générale d'un pouvoir central auquel la précision du langage philosophique ne permet guère d'appliquer désormais l'ancienne qualification de royauté, depuis que tous les prestiges monarchiques ont irrévocablement disparu avec les croyances qui les consacraient, et lorsque d'ailleurs le cours naturel des événemens, pendant le dernier demi-siècle, a dû rendre fort problématique, en France, la vaine hérédité légale d'une fonction qui n'y saurait jamais dégénérer en une simple sinécure anglaise, et qui, par suite, y exigera toujours une véritable capacité personnelle, dont la transmission domestique est peu vraisemblable. Il serait d'ailleurs superflu de s'arrêter ici aucunement à l'irrécusable confirmation que notre dernière commotion politique a spontanément fournie pour l'inanité radicale des imitations métaphysiques du régime transitoire propre à l'Angleterre, d'après l'évidente subalternité parlementaire à laquelle s'est ainsi trouvé réduit un prétendu élément aristocratique d'origine impériale ou royale. Mais il faut, au contraire, soigneusement noter les nouveaux empiétemens généraux de l'assemblée législative sur le pouvoir qu'une habitude invétérée conduit encore à qualifier de royal, malgré qu'il ait déjà perdu sans retour tous les principaux attributs historiquement rappelés par une telle dénomination politique. Ces usurpations caractéristiques consistent d'abord dans l'initiative directe constitutionnellement accordée à chacun des membres de cette législature, et surtout dans la tendance permanente, encore plus décisive, quoique moins légale, qui les pousse tous, au milieu de leurs vains dissentimens habituels, à l'annulation directe de l'autorité centrale, en lui imposant les organes qu'elle doit employer, de manière à empêcher l'exercice le plus légitime de son indispensable spontanéité. Sous cette double influence, il est clair que le centre d'action, désormais privé de toute stabilité réelle, se trouve successivement transporté chez chacun des personnages qui parviennent, tour à tour, à obtenir, par des moyens plus ou moins éphémères, un ascendant parlementaire, si rarement attaché à une vraie capacité politique, d'après l'irrationnelle nature d'une assemblée où doivent nécessairement dominer aujourd'hui les vues empiriques et partielles avec les passions dispersives, sauf les cas exceptionnels où l'imminence d'un grave danger commun vient y permettre une véritable unité passagère. On doit aussi remarquer que les ministres même du pouvoir central, ainsi devenus presque indépendans de la puissance royale, tendraient bientôt à déterminer son entière élimination graduelle, sans plus d'embarras que les anciens maires du palais, quoique d'une tout autre manière, si notre milieu social n'empêchait spontanément une telle usurpation, soit par la propre fragilité de ces suprêmes agens, soit surtout par l'absence nécessaire de tout éminent dessein politique dans cette situation provisoire du grand mouvement révolutionnaire. Toutefois, malgré ces périls continus, l'action royale, habilement exercée, et sagement réduite à son indispensable office actuel pour le maintien matériel d'un ordre public souvent compromis, finit par obtenir suffisamment, sous l'adhésion spontanée d'une masse essentiellement étrangère à de vaines agitations parlementaires, un véritable ascendant habituel, en vertu de sa constance et de sa concentration, sur les vues incohérentes de tant d'ambitions contradictoires, qu'apaisent aisément de nouvelles décompositions du pouvoir et de fréquentes mutations personnelles, dont l'influence continue, en dissipant toute crainte sérieuse d'empiètement ministériel, tend d'ailleurs évidemment à l'augmentation rapide de la déplorable dispersion politique qui caractérise une société désormais dépourvue de toute vraie direction permanente, tant que durera l'interrègne intellectuel et moral.