Cours de philosophie positive. (5/6)
Part 40
D'après cette évidente concentration préalable, que je devais ici rappeler sommairement, on ne peut méconnaître l'aptitude nécessaire du protestantisme à jeter le fondement primordial de la philosophie révolutionnaire, en proclamant directement le droit individuel de chacun au libre examen de toutes les questions quelconques, malgré les restrictions irrationnelles qu'il s'est toujours efforcé d'imposer à ce sujet. Outre que ces diverses restrictions devaient être, par leur nature, successivement rejetées par de nouvelles sectes, il faut remarquer que leur inconséquence même a d'abord facilité l'admission universelle du principe général, dont l'entière promulgation immédiate eût long-temps révolté des consciences qui, rassurées, au contraire, par la conservation primitive des principales croyances, ne luttaient plus contre l'attrait presque irrésistible que présente spontanément à notre orgueilleuse intelligence la libre interprétation personnelle de la foi commune. C'est surtout ainsi que le protestantisme devait indirectement étendre son influence mentale chez les peuples même qui ne l'avaient point ostensiblement adopté, et qui néanmoins ne pouvaient, sans doute, indéfiniment se juger moins aptes que les autres à l'émancipation religieuse, dont les plus grands résultats philosophiques leur étaient, en effet, spécialement réservés, comme on le verra bientôt. Or, l'inoculation universelle de l'esprit critique ne pouvait assurément s'opérer sous une forme plus décisive: car, après avoir audacieusement discuté les opinions les plus respectées et les pouvoirs les plus sacrés, la raison humaine pouvait-elle reculer devant aucune maxime ou institution sociale, aussitôt que l'analyse dissolvante y serait spontanément dirigée? Aussi ce premier pas est-il réellement le plus capital de tous ceux relatifs à la formation graduelle de la doctrine révolutionnaire, qui, si elle pouvait, par une rétrogradation chimérique, être ramenée à cet état initial, ne saurait manquer d'y retrouver naturellement le principe nécessaire d'une suite équivalente de nouvelles conséquences analogues.
La saine appréciation historique de ce fondement universel de la philosophie négative propre à la dernière phase générale du grand mouvement de décomposition consiste essentiellement à le rattacher, à tous égards, à la désorganisation spontanée qui l'avait précédé, suivant nos explications antérieures. Sous cet aspect, seul vraiment conforme à l'ensemble des faits, le principe du libre examen n'aurait été d'abord, au seizième siècle, qu'un simple résultat naturel de la nouvelle situation sociale graduellement amenée par les deux siècles précédens. On conçoit, en effet, que cette liberté intellectuelle constitue, par sa nature, une disposition purement négative, et ne peut se rapporter réellement qu'à la consécration systématique de l'état de non-gouvernement, spontanément résulté, pour les esprits modernes, de la dissolution croissante de l'ancienne discipline mentale, jusqu'à l'avénement ultérieur de nouveaux liens spirituels. Si ce dogme n'eût été primitivement la simple proclamation abstraite d'un tel fait général, son apparition effective serait assurément incompréhensible, quoiqu'il ait dû ensuite réagir éminemment sur l'extension de la décomposition religieuse qui l'avait originairement produit. Le droit d'examen individuel a cela d'évidemment caractéristique que rien n'en saurait empêcher l'exercice spontané quand une volonté suffisante a pu enfin se former, sauf la difficulté des manifestations extérieures, bientôt levée par une convenable simultanéité de vœux. Or, le développement, toujours imminent, d'une volonté aussi conforme à l'ensemble des penchans humains, ne peut certainement être contenu que par l'influence permanente d'énergiques convictions antérieures, dont sa production suppose toujours l'affaiblissement préalable. Telle est, sans doute, la marche naturelle propre à cette disposition mentale, aussi rebelle à la provocation qu'à l'interdiction hors des conditions normales d'opportunité, et qui a tant donné lieu à de fausses appréciations, où le symptôme est pris pour la cause, et le résultat pour le principe. Dans le cas actuel, nous avons déjà pleinement reconnu que les longues discussions du quatorzième siècle sur le pouvoir européen des papes et celles du siècle suivant sur l'indépendance des églises nationales envers le centre romain avaient spontanément suscité, chez tous les peuples chrétiens, un large exercice spontané du droit d'examen individuel, long-temps avant que le dogme en pût être systématiquement formulé, de manière à priver d'avance l'ensemble des anciennes croyances de leur principale énergie sociale. La proclamation luthérienne n'a donc fait, à vrai dire, qu'étendre solennellement à tous les croyans un privilége dont les rois et les docteurs avaient alors amplement usé, et qui se propageait naturellement de plus en plus chez toutes les autres classes. C'est ainsi que l'esprit général de discussion inhérent à tout monothéisme, et surtout au catholicisme, avait hautement devancé, dans toute l'Europe, l'appel direct du protestantisme. Il est d'ailleurs évident, en fait, que l'ébranlement luthérien, soit quant à la discipline, ou à la hiérarchie, soit même quant au dogme, ne produisit réellement aucune innovation qui n'eût déjà été itérativement proposée long-temps auparavant; en sorte que le succès de Luther, après tant d'autres réformateurs trop précoces, fut essentiellement dû à l'opportunité d'un tel effort, enfin suffisamment préparé par l'universelle désorganisation spontanée du système catholique, suivant nos explications antérieures, que confirme si clairement la propagation rapide et facile de cette explosion décisive. En considérant de plus près cette nouvelle situation générale, il est aisé de reconnaître que l'irrévocable subalternisation du pouvoir spirituel envers le pouvoir temporel, qui en constituait partout le caractère plus ou moins explicite, devait spécialement y provoquer à la propagation nécessaire de l'esprit d'émancipation personnelle, en dégradant radicalement, par une irrationnelle sujétion, les seules autorités auxquelles on pût jusque alors reconnaître un droit légitime de discipliner les intelligences, et qui se trouvaient désormais conduites à une sorte d'abdication spontanée de leur ancienne suprématie mentale, en consentant ainsi à subordonner leurs décisions à des puissances temporelles évidemment incompétentes. Une fois réellement passées entre les mains des rois, les anciennes attributions intellectuelles du pouvoir catholique n'y pouvaient, sans doute, être sérieusement respectées, et devaient bientôt céder à l'essor général vers l'affranchissement spirituel, auquel les chefs temporels devaient eux-mêmes tendre naturellement de plus en plus à n'imposer d'autres restrictions efficaces que celles relatives à la conservation immédiate de l'ordre matériel. Or, telle était certainement, d'une manière plus ou moins prononcée, la situation commune de toutes les populations chrétiennes lors de l'apparition du protestantisme, qui, en formulant le principe du libre examen individuel, ne put que consacrer systématiquement un état préexistant, à la formation duquel toutes les influences sociales avaient spontanément concouru pendant les deux siècles précédens.
Cette explication naturelle de l'inévitable avénement direct du principe fondamental de la doctrine critique est également propre à faire concevoir combien son intervention continue devenait désormais indispensable à l'évolution ultérieure de l'élite de l'humanité. Pour juger sainement une telle destination, il ne faut point la considérer d'une manière absolue, ni rapporter à une situation normale ce qui devait uniquement s'appliquer à un état éminemment exceptionnel; il faut évidemment la comparer toujours à la phase sociale correspondante, dont nous avons déjà exactement déterminé le caractère essentiel: tout autre mode d'examen ne pourrait conduire qu'à une appréciation injuste et déclamatoire, dépourvue de toute réalité historique. Sous cet aspect relatif, le seul qui puisse être vraiment conforme à l'esprit général de la philosophie positive, l'ensemble de la doctrine critique doit être envisagé comme constituant le correctif nécessaire de l'inévitable dictature temporelle où nous avons vu aboutir partout, sauf la diversité des manifestations, l'universelle décomposition spontanée du système théologique et militaire. Il est clair, en effet, que, sans un tel antagonisme, cette exceptionnelle concentration de tous les anciens pouvoirs autour du principal élément temporel eût bientôt dégénéré en un ténébreux despotisme, dont le génie rétrograde, dès-lors devenu hautement prépondérant, aurait directement tendu à étouffer tout essor intellectuel et social, sous l'ascendant oppressif d'une autorité absolue qui, par sa nature, ne pouvait plus concevoir d'autre moyen de discipline mentale que la seule compression matérielle. A quelques immenses dangers qu'ait pu jamais conduire l'inévitable abus de la doctrine révolutionnaire, on peut donc aisément expliquer l'invincible attachement instinctif qu'elle a dû inspirer graduellement aux populations européennes à mesure que cette grande dictature, monarchique ou aristocratique, achevait de se consolider, comme nous l'avons vu ci-dessus: car, cette doctrine est ainsi devenue désormais l'organe nécessaire du principal progrès social, qui devait alors rester essentiellement négatif. Quoique ce ne soit pas ici le lieu d'apprécier spécialement son influence réelle pour seconder l'essor direct des nouveaux élémens sociaux, il est néanmoins évident, sans anticiper, à cet égard, sur le chapitre suivant, que, par l'ascendant presque absolu dont elle investit l'esprit d'individualité, elle devait se trouver éminemment adaptée à cette préparation élémentaire, où le développement effectif ne pouvait d'abord résulter que du libre essor de l'énergie personnelle, soit industrielle, soit esthétique, soit scientifique, d'après l'affaiblissement correspondant de l'ancienne discipline, dès-lors impropre à diriger plus long-temps une telle élaboration sociale. Par cette adhésion spontanée, sous des formes plus ou moins explicites, aux dogmes principaux de la philosophie négative, les peuples européens n'ont donc pas cédé uniquement, pendant les trois derniers siècles, aux puissantes séductions démocratiques d'une telle doctrine, comme l'école rétrograde l'a, de nos jours, si superficiellement proclamé, sans pouvoir aucunement expliquer pourquoi cette séduction tant de fois tentée n'avait pu jusque alors obtenir un pareil succès. Ils ont été surtout guidés, à leur insu, par le sentiment naturel des conditions fondamentales propres à la nouvelle situation des sociétés modernes, en résultat nécessaire du grand mouvement révolutionnaire déjà prononcé depuis le quatorzième siècle, et qui venait d'aboutir à une immense dictature temporelle, dont un tel antagonisme radical pouvait seul empêcher l'oppressive prépondérance. A la vérité, pour que cette importante explication historique ne dégénère point en une vaine concession à l'esprit de parti, il faut aussi concevoir, en sens inverse, que la résistance, plus ou moins rétrograde, inhérente à cette dernière concentration politique, constituait réciproquement, dès-lors comme aujourd'hui, outre son inévitable avénement, un élément non moins indispensable d'une pareille situation, à titre de seul moyen efficace de contenir suffisamment les imminentes perturbations anarchiques vers lesquelles aurait toujours tendu l'ascendant exagéré de l'impulsion révolutionnaire. En un mot, ces deux grandes anomalies, également propres à la phase finale du mouvement général de décomposition, sont réellement inséparables l'une de l'autre, et doivent constamment être appréciées surtout d'après leur mutuelle opposition, qui constitue historiquement la principale destination sociale de chacune d'elles. Pareillement issues de la désorganisation spontanée, l'extension de l'une devait ensuite naturellement exiger et provoquer dans l'autre un accroissement équivalent: car, si l'énergie réelle des principes critiques devait évidemment tenir surtout à leur caractère absolu de négation systématique, un respect non moins aveugle pour tous les précédens quelconques pouvait, réciproquement, seul fournir à la puissance résistante un solide point d'appui contre des innovations essentiellement étrangères à toute idée d'organisation véritable; disposition commune pleinement conforme d'ailleurs à l'esprit également absolu des deux philosophies antagonistes, théologique ou métaphysique, dont l'extinction totale ne pourra être aussi que simultanée. C'est ainsi que, par une restriction toujours croissante de l'action politique, les gouvernemens modernes ont de plus en plus abandonné la direction effective du mouvement social, et ont graduellement tendu à réduire leur principale intervention habituelle au simple maintien de l'ordre matériel, dès-lors de plus en plus difficile à concilier avec le développement continu de l'anarchie mentale et morale. Dans son indispensable consécration dogmatique d'une telle situation politique, la doctrine révolutionnaire n'a eu d'autre tort, d'ailleurs inévitable, que d'ériger en état normal et indéfini une phase essentiellement exceptionnelle et transitoire, à laquelle de semblables maximes étaient parfaitement adaptées.
Quoique le protestantisme ait seul pu d'abord ébaucher explicitement la formation abstraite des principes critiques, il importe de noter, dès l'origine, leur extension spontanée, par une suite nécessaire d'une pareille situation fondamentale, chez les nations catholiques elles-mêmes, où devait ensuite s'opérer leur élaboration la plus décisive, comme nous le reconnaîtrons bientôt. Sans que le dogme du libre examen individuel y fût encore solennellement proclamé, l'esprit universel de discussion, soit théologique, soit sociale, n'y était pas, au fond, moins développé, sous des formes distinctes mais équivalentes, d'après les luttes propres aux deux siècles précédens; et sa direction générale n'y devenait pas, en réalité, moins prononcée vers l'active dissolution intellectuelle de l'ancien système politique. Les principales différences qui existent véritablement, à cet égard, entre les deux sortes de populations européennes, résultent surtout, à cette époque, de ce que la dictature temporelle n'étant pas aussi légalement établie dans les états catholiques, l'action critique n'y devait pas d'abord être aussi directe que chez les peuples protestans. Mais une appréciation attentive l'y démontre déjà néanmoins avec une pleine évidence, même avant que cette dictature s'y fût complétement organisée. Non-seulement on voit alors le catholicisme involontairement conduit à sanctionner lui-même le principe du libre examen, en l'invoquant solennellement en faveur de la foi catholique, violemment opprimée partout où le protestantisme avait officiellement prévalu. Il faut de plus reconnaître que, au sein même des clergés catholiques, l'usage spontané d'un tel droit était déjà signalé effectivement par des hérésies spéciales, non moins contraires que les hérésies protestantes à la conservation réelle de l'ancien régime mental. Nous pouvons ici nous borner à indiquer cette nouvelle série d'observations chez la nation qui, dès le dix-septième siècle, constituait le principal appui du système catholique contre son imminente décrépitude universelle. On voit alors, en effet, se développer, en France, la mémorable hérésie du jansénisme, qui fut réellement presque aussi nuisible que le luthéranisme lui-même à l'ancienne constitution spirituelle. A travers d'obscures controverses théologiques, cette nouvelle hérésie devenait profondément dangereuse en offrant spontanément aux vieilles inconséquences gallicanes un ralliement dogmatique, sans lequel elles n'avaient pu encore acquérir une consistance suffisamment décisive, mais qui désormais érigeait véritablement une telle dissidence en une sorte de protestantisme français, ardemment embrassé par une portion puissante et respectée du clergé national, et naturellement placé, comme ailleurs, sous l'active protection des corporations judiciaires. Il n'est pas douteux, ce me semble, que cette doctrine se serait officiellement convertie aussi en une vraie religion nationale, si l'essor prochain de la pure philosophie négative n'avait ensuite entraîné les esprits français fort au-delà d'une telle élaboration protestante. La tendance anti-catholique du jansénisme me paraît hautement caractérisée par son antipathie radicale et continue contre la seule corporation qui dès-lors, comme je l'ai expliqué, comprît réellement et défendît habilement le catholicisme, et dont l'abolition vraiment caractéristique fut surtout déterminée ensuite par l'esprit janséniste. D'une autre part, l'invasion d'un tel esprit chez de grands philosophes et d'éminens poètes, qu'on ne peut certes nullement soupçonner d'inclinations révolutionnaires, indique clairement combien il était alors conforme à la situation fondamentale des intelligences.
Je crois devoir aussi caractériser sommairement une autre hérésie spontanée du catholicisme français, qui, sans comporter la haute importance politique propre à la précédente, constitue cependant un témoignage non moins décisif de l'entière universalité des tendances dissidentes, d'après un usage naturel du droit individuel de libre examen. On devine aisément qu'il s'agit du quiétisme, dont le caractère philosophique me semble très remarquable, comme offrant, à certains égards, une première protestation solennelle, aussi directe que naïve, de notre constitution morale contre l'ensemble de la doctrine théologique[33]. C'est, en effet, d'une telle protestation spéciale que cette hérésie a pu seulement tirer l'espèce de consistance qu'elle obtint alors passagèrement, et qu'elle conserve peut-être encore chez certaines natures, dont le développement mental est resté trop en arrière du développement moral. Toute discipline morale fondée sur une philosophie purement théologique, exige nécessairement, sans excepter le catholicisme lui-même, comme je l'ai déjà indiqué au chapitre précédent, un appel continu et exorbitant à l'esprit de pur égoïsme, quoique relatif à des intérêts imaginaires, dont la préoccupation habituelle doit naturellement absorber la principale sollicitude de chaque vrai croyant, auprès duquel toute autre considération quelconque ne saurait assurément manquer de paraître ordinairement très secondaire. Cette suprématie religieuse du salut personnel constitue, sans doute, ainsi que Bossuet l'a montré, une indispensable condition générale d'efficacité sociale pour toute morale théologique, qui autrement n'aboutirait, en réalité, qu'à consacrer une vague et dangereuse inertie: elle est pleinement adaptée à cet état d'enfance de la nature humaine que suppose mentalement l'ascendant effectif de la philosophie correspondante. Mais, pour être inévitable, un tel caractère n'en manifeste pas moins, de la manière la plus directe et la plus irrécusable, l'un des vices fondamentaux d'une telle philosophie, qui tend ainsi nécessairement à atrophier, par défaut d'exercice propre, la plus noble partie de notre organisme moral, celle d'ailleurs dont la moindre énergie naturelle exige précisément la plus active culture systématique, d'après un suffisant essor désintéressé des affections purement bienveillantes. Or, tel est, à vrai dire, le nouvel aspect capital sous lequel l'hérésie du quiétisme est venue involontairement signaler l'inévitable imperfection des doctrines théologiques, et soulever immédiatement contre elles les plus admirables sentimens de l'humanité; ce qui eût assurément procuré alors une grande importance à un pareil ébranlement, si une semblable protestation n'eût pas été, à cette époque, éminemment prématurée, et bien plus ébauchée par le cœur que par l'esprit de son aimable et immortel organe. En considérant même l'issue effective de cette mémorable controverse, une saine appréciation historique ne peut aboutir qu'à confirmer, auprès des juges impartiaux, l'insurmontable réalité du reproche capital ainsi directement adressé à l'ensemble de la philosophie théologique, en obligeant l'illustre dissident à reconnaître solennellement qu'il avait par-là attaqué, contre son gré, l'une des principales conditions d'existence du système religieux; ce qui fournissait d'ailleurs une nouvelle confirmation spéciale de l'irrévocable décadence générale d'un système déjà aussi mal compris par ses plus purs et plus éminens défenseurs.
Note 33: La conformité remarquable, au sujet de cette singulière hérésie, de l'appréciation philosophique de Leibnitz avec la sentence définitive rendue par le pape d'après la lumineuse discussion de Bossuet, offre d'ailleurs un premier exemple important de cette convergence spontanée qui, malgré une entière opposition dogmatique, tend à rallier finalement, dans la plupart des applications sociales, le véritable esprit philosophique et le véritable esprit catholique, d'après un juste sentiment commun, rationnel ou instinctif, des besoins réels de l'humanité. Sous l'ascendant croissant de la philosophie positive, de telles coïncidences devront, sans doute, devenir bien plus fréquentes et plus étendues, comme je crois l'avoir déjà naturellement témoigné, à divers titres essentiels, depuis que je traite ici les questions sociales.