Cours de philosophie positive. (5/6)
Part 16
Par suite d'une telle position fondamentale, l'activité militaire avait donc, chez ces peuples, toute l'intensité convenable pour empêcher le développement, long-temps imminent, du régime théocratique, auquel l'expulsion ou l'abaissement des rois opposait partout une puissante barrière politique, en harmonie avec une antipathie morale très prononcée: mais, en même temps, ces diverses nations antagonistes, presque équivalentes en puissance guerrière, devaient se neutraliser essentiellement, de manière à empêcher cette inquiète activité d'accomplir progressivement sa grande mission politique. Ainsi, pendant que l'humanité s'y trouvait préservée de cette torpeur intellectuelle et morale que tend nécessairement à produire la prolongation démesurée du régime théocratique, la vie guerrière ne pouvait cependant y acquérir habituellement assez de prépondérance pour absorber radicalement, comme à Rome, les principales facultés des hommes éminens, auxquels ces vaines luttes ne pouvaient sans doute, malgré les préjugés dominans, inspirer toujours un intérêt exclusif. Telle est la grande cause qui a rejeté, en quelque sorte, dans la vie intellectuelle, une énergie cérébrale continuellement excitée, et que la destination politique ne pouvait suffisamment satisfaire: la même influence agissant aussi sur les masses, quoiqu'à un degré beaucoup moindre, les disposait également à goûter convenablement cette nouvelle culture, surtout quant aux beaux-arts. Cependant, cette tendance fondamentale n'aurait pu spontanément déterminer le rapide développement de l'évolution intellectuelle, soit scientifique, soit esthétique, si les premiers germes n'en eussent été, d'un autre côté, préalablement empruntés aux sociétés théocratiques, par une suite naturelle des colonisations originaires. Voilà donc par quel concours de conditions essentielles il a enfin surgi, dans la Grèce, une classe libre entièrement nouvelle, qui devait alors servir d'inappréciable organe au principal essor mental de l'élite de l'humanité, comme étant à la fois éminemment spéculative, sans avoir le caractère sacerdotal, et essentiellement active, sans être absorbée par la guerre. En altérant de quelques degrés, en l'un ou l'autre sens, cet admirable antagonisme, qui n'a jamais été nettement conçu, les philosophes, les savans et les artistes demeuraient de simples pontifes, plus ou moins élevés dans la hiérarchie sacerdotale, ou devenaient d'humbles esclaves chargés des soins pédagogiques dans les grandes familles militaires. Mon illustre prédécesseur, Condorcet, semble avoir entrevu le vrai principe de cette mémorable situation, mais sans avoir pu l'apprécier suffisamment, faute d'une saine théorie fondamentale de l'ensemble de l'évolution humaine. On voit ainsi quel service capital a dès lors indirectement rendu à l'humanité l'essor continu de l'activité militaire, quoique politiquement stérile: sans parler d'ailleurs de son importance spéciale assez connue pour soustraire, à l'envahissement toujours imminent des immenses armées théocratiques, ce petit noyau de libres penseurs, alors chargés, en quelque sorte, des destinées intellectuelles de notre espèce, qui peut-être, sans les sublimes journées des Thermopyles, de Marathon, et de Salamine, ultérieurement complétées par l'immortelle expédition du grand Alexandre, resterait encore, même aujourd'hui, partout plongée dans l'avilissement théocratique.
Nous aurons maintenant assez apprécié cette grande destination mentale du régime grec, si nous nous réduisons ici à la considération sommaire du développement le plus important, c'est-à-dire, de l'évolution philosophique et scientifique, puisque l'évolution esthétique a déjà été ci-dessus convenablement caractérisée. Pour plus de clarté, j'envisagerai d'abord l'essor scientifique, comme le plus capital en lui-même, à titre de manifestation primordiale d'un nouvel élément intellectuel, ultérieurement réservé à une prépondérance définitive, et comme ayant d'ailleurs profondément influé dès lors sur l'essor simultané de la philosophie proprement dite.
Envers l'une et l'autre évolution, le point de départ commun résultait donc de la formation spontanée, il y a moins de trente siècles, d'une classe éminemment contemplative, composée, en dehors de l'ordre légal, d'hommes libres, doués d'une haute intelligence et pourvus du loisir suffisant, sans aucune attribution sociale déterminée, et, par suite, bien plus purement spéculatifs que les dignitaires théocratiques, dont l'esprit devait être principalement occupé à conserver ou à appliquer leur éminent pouvoir. Ces sages ou philosophes durent d'ailleurs long-temps cultiver simultanément, à l'imitation de leurs précurseurs sacerdotaux, toutes les parties quelconques du domaine intellectuel, sauf toutefois l'importante séparation, presque immédiate, de la poésie et des autres beaux-arts, en vertu d'un essor plus rapide. Mais cette activité continue dut tendre ensuite à déterminer graduellement une division nouvelle, première base directe de notre propre développement scientifique, lorsque l'esprit positif put enfin commencer à s'y manifester nettement, avec tous les vrais caractères qui lui appartiennent, malgré la philosophie, d'abord purement théologique et puis de plus en plus métaphysique, qui continua nécessairement à présider à toutes les spéculations de l'antiquité.
Cette apparition décisive du véritable esprit scientifique, s'opéra alors, comme c'était inévitable, par l'élaboration des idées les plus simples, les plus générales et les plus abstraites, c'est-à-dire les idées mathématiques, berceau nécessaire de la positivité rationnelle, et que ces mêmes caractères devaient d'ailleurs spontanément soustraire à la juridiction spéciale de la théologie dominante, qui ne pouvait descendre à de tels détails, seulement enveloppés implicitement sous son universelle suprématie intellectuelle. Il est même certain que les idées purement arithmétiques, où ces trois attributs corelatifs sont encore plus prononcés, furent d'abord le sujet de certaines recherches mathématiques, quelque temps avant que la géométrie commençât à se dégager de l'art de l'arpentage, auquel elle adhérait essentiellement dans les spéculations théocratiques. Néanmoins, le nom caractéristique de la science, qui, depuis cette époque, n'a jamais cessé d'être tiré de cette partie principale, comme il continuera nécessairement à l'être toujours, à cause de sa prépondérance rationnelle, suffirait uniquement à en constater la culture presque aussi ancienne, la géométrie proprement dite devant d'ailleurs seule spontanément fournir un champ suffisant à l'esprit arithmétique, et surtout à l'esprit algébrique, qui n'en pouvait d'abord être séparé. Telle fut, chez le grand Thalès, l'origine de la vraie géométrie, surtout par la formation de la théorie fondamentale des figures rectilignes, bientôt agrandie par l'immortelle découverte de Pythagore, qui procéda d'un principe distinct, d'après la considération directe des aires, quoiqu'elle eût pu, sans doute, déjà résulter des théorèmes de Thalès sur les lignes proportionnelles, si la faculté de déduction abstraite avait pu être alors assez avancée. Le fait célèbre de Thalès enseignant aux prêtres égyptiens à mesurer la hauteur de leurs pyramides par la longueur des ombres, constitue, pour quiconque en saisit bien toute la portée, un immense symptôme intellectuel, permettant d'apprécier exactement, de part et d'autre, le véritable état de la science, quelquefois si ridiculement exagéré encore en l'honneur des théocraties antiques; en même temps qu'il témoigne du progrès fondamental déjà accompli alors dans la raison humaine, ainsi parvenue à considérer enfin, sous un simple aspect d'utilité scientifique, un ordre de phénomènes où elle n'avait si long-temps envisagé qu'un sujet de terreurs superstitieuses. A partir de cette grande époque, l'esprit géométrique, bientôt alimenté par l'heureuse invention des sections coniques, s'élève rapidement jusqu'à l'éminente perfection qu'il acquiert dans le sublime génie d'Archimède, type éternel, à tous égards, du vrai géomètre, et premier créateur de toutes les méthodes fondamentales, d'où devaient découler les immenses progrès ultérieurs, quoiqu'elles ne pussent alors avoir que ce caractère de particularité, nécessairement inhérent à la géométrie ancienne. Il ne faut pas d'ailleurs oublier la voie entièrement nouvelle ouverte, en outre, par Archimède à l'esprit mathématique, commençant à embrasser aussi un ordre de phénomènes plus compliqué, en ébauchant la création de la théorie rationnelle de l'équilibre des solides, et même, à quelques égards, des fluides. Enfin, en s'arrêtant encore un peu plus à un si grand nom, bien digne d'une telle exception, il ne serait pas inutile, à notre but philosophique, de signaler ici avec quelle plénitude l'esprit scientifique s'était alors développé, chez son plus pur et plus parfait organe, en notant aussi l'admirable fécondité de ses applications pratiques, et surtout la dignité vraiment caractéristique si noblement manifestée par Archimède, lorsqu'il consentit à se détourner momentanément de ses éminens travaux pour s'occuper, dans un grave besoin public, d'un ordre de conceptions aussi secondaire, où il soutint si hautement sa supériorité, première indication décisive des immenses services que la science devait rendre un jour à l'industrie. Après lui, et sauf peut-être Apollonius, il n'y a plus réellement à considérer, dans l'antiquité, sous le point de vue purement scientifique, comme génie mathématique vraiment créateur, que le grand Hipparque, trop peu apprécié, fondateur de la trigonométrie, spontanément préparée par Archimède, ainsi que je l'ai expliqué au premier volume, et auquel sont dues toutes les principales méthodes de la géométrie céleste, dont il avait essentiellement conçu le véritable ensemble, et d'avance constitué même les relations pratiques fondamentales, soit à la connaissance des temps, ou à celle des lieux. Hors des diverses spéculations mathématiques, il ne pouvait alors certainement exister aucune sphère d'activité convenablement préparée pour le véritable esprit scientifique, comme l'ensemble de ce Traité l'a déjà surabondamment démontré, et comme l'indique d'ailleurs spontanément le nom même déjà imposé à cette science primordiale, et qui rappelle si naïvement son exclusive positivité à cette époque. Quel que soit, en réalité, l'éminent mérite individuel manifesté, sous ce rapport, par les travaux d'Aristote sur les animaux, et même antérieurement par les éclairs du génie médical d'Hippocrate sur l'étude générale de la vie, la situation fondamentale de l'esprit humain n'en pouvait être essentiellement changée, au point de rendre déjà vraiment possibles des sciences aussi profondément compliquées, dont la création systématique devait être si évidemment réservée à un avenir alors extrêmement lointain.
Bien que la nature de notre opération doive nécessairement interdire ici toute poursuite ultérieure d'un tel développement spécial, j'ai cependant jugé indispensable d'insister sur ce premier essor caractéristique de la positivité rationnelle, pour y marquer l'introduction spontanée de ce grand modificateur graduel de la philosophie primitive, avec son double attribut, spéculatif et abstrait, indispensable à son évolution ultérieure, et déjà si purement prononcé dans cet essai décisif. Il importe aussi de noter, à ce sujet, le génie éminemment spécial qui, dès l'origine, commence inévitablement à distinguer ce nouvel ordre de spéculations, par opposition aux contemplations indéterminées de l'ancienne philosophie. Quoique la spécialité, devenue aujourd'hui exorbitante et exclusive, puisse être maintenant, à divers égards, très dangereuse pour l'ordre social, depuis que le besoin de généralités nouvelles est directement prépondérant, il n'en pouvait être aucunement ainsi en un temps où, exercée en dehors d'un système de sociabilité, qui devait, long-temps encore, reposer sur d'autres bases, elle n'était évidemment susceptible d'aucun grave inconvénient politique, et constituait, au contraire, l'unique moyen qui, indépendamment de la commune nécessité de la répartition des travaux, pût enfin apprendre à l'esprit humain, d'abord dans les cas les plus simples, à approfondir convenablement un sujet quelconque, ce qui jusque-là était resté radicalement impossible. En un mot, l'esprit scientifique, alors nullement constituant, et destiné seulement à préparer de très loin, sous le régime théologique, le principal élément ultérieur du régime positif, devait être, sans aucun danger social, éminemment spécial, sous peine d'avortement inévitable: ce qui ne saurait signifier d'ailleurs que la même disposition doive rester indéfiniment prépondérante, quand les besoins et la situation ont radicalement changé, comme le croient, avec une si aveugle obstination, presque tous les savans actuels. On ne peut douter, en effet, que les savans proprement dits n'aient commencé à paraître, déjà nettement séparés des philosophes, et avec leurs principaux attributs modernes, à partir de cette mémorable époque, si hautement caractérisée, sous ce rapport, par l'admirable fondation du musée d'Alexandrie, directement destinée à satisfaire ce nouveau besoin intellectuel, après le triomphe irrévocable du polythéisme progressif sur le polythéisme stationnaire.
Quant à l'évolution purement philosophique, elle présente, surtout avant cette indispensable séparation, des traces très sensibles de l'influence secrète de cette positivité naissante pour modifier déjà radicalement, par l'intervention prononcée de la métaphysique, le système général de la philosophie théologique, suivant la marche élémentaire indiquée au chapitre précédent, d'après ma théorie fondamentale du développement mental. Avant même que les études astronomiques pussent commencer à dévoiler, sur des phénomènes unanimement observés, l'existence directe des lois naturelles proprement dites, on voit l'esprit humain, impatient d'échapper prématurément au régime franchement théologique, s'efforcer d'aller puiser, dans l'essor rudimentaire des conceptions mathématiques, des idées universelles d'ordre et de convenance, qui, malgré leur caractère profondément confus et nécessairement chimérique, constituent réellement un vague pressentiment initial de la subordination ultérieure de tous les phénomènes à des lois naturelles. Cet emprunt fondamental de la philosophie à la science, première base véritable de toute la métaphysique grecque, a d'ailleurs suivi, dès cette époque, la marche nécessaire de l'esprit mathématique, passant de l'arithmétique à la géométrie; puisque ces mystères philosophiques, d'abord exclusivement relatifs aux nombres, s'étendirent ensuite aux figures, sans cesser toutefois, jusqu'aux derniers efforts de la subtilité grecque, d'embrasser simultanément ces deux ordres d'idées: ce qui me semble éminemment propre à justifier cette nouvelle appréciation historique d'une telle philosophie, dont l'œuvre immense du grand Aristote constituera toujours le plus admirable monument, éternel témoignage de la puissance intrinsèque de la raison humaine, à l'état même d'extrême imperfection spéculative, appréciant à la fois, avec une profonde sagacité, autant que l'époque le comportait, les sciences et les beaux-arts, et n'exceptant, de sa vaste conception encyclopédique, que les seuls arts industriels, alors crus indignes des hommes libres. Après la séparation décisive opérée par l'établissement alexandrin, cette philosophie, irrévocablement divisée en naturelle et morale, passe, de l'essor purement spéculatif, à une existence sociale de plus en plus active, en s'efforçant d'influer désormais toujours davantage sur le gouvernement de l'humanité, dont la suprême direction future n'arrête même point ses ambitieuses utopies. Quelques étranges aberrations qu'ait dû produire cette nouvelle phase, elle n'était pas, au fond, moins nécessaire que la première à la préparation générale du régime monothéique, non-seulement en accélérant l'universelle décadence du polythéisme, mais aussi comme instituant, à l'insu même de tous les philosophes, un germe indispensable de réorganisation spirituelle, comme je l'expliquerai bientôt. On peut même apercevoir dès lors, par une exploration très approfondie de cette suite variée de spéculations métaphysiques sur le souverain bien moral et politique, une certaine tendance vague à concevoir l'économie sociale d'une manière indépendante de toute philosophie théologique quelconque. Mais un espoir aussi prématuré, qui n'aboutissait réellement qu'au règne chimérique d'une impuissante métaphysique, ne pouvait avoir, en effet, qu'une influence purement critique, comme l'était immédiatement, à vrai dire, toute celle d'une semblable philosophie, alors organe actif d'une anarchie intellectuelle et morale fort analogue à la nôtre, sous divers aspects importans. L'incapacité radicale de la métaphysique, comme base d'organisation, même simplement mentale, et, à plus forte raison, sociale, devient irrécusable à cette époque de sa principale activité spirituelle, dont rien ne gênait gravement l'essor, quand on voit le progrès continu du doute universel et systématique, conduisant, avec une effrayante rapidité, d'école en école, à partir de Socrate jusqu'à Pyrrhon et Épicure, à nier finalement toute existence extérieure. Cette étrange issue, directement incompatible avec aucune idée de véritable loi naturelle, décèle déjà l'antipathie fondamentale, ultérieurement développable, entre l'esprit métaphysique et l'esprit positif, dès l'époque de cette séparation de la philosophie d'avec la science, dont le bon sens de Socrate avait d'avance bien compris la nécessité prochaine, mais sans en soupçonner aucunement les limites ni les dangers. L'action sociale, de plus en plus dissolvante, nécessairement exercée par ce développement graduel de la métaphysique grecque, doit lui faire mériter, au tribunal suprême de la postérité, la juste réprobation qu'elle a universellement encourue, et qui, dès l'origine, avait été déjà si judicieusement formulée, par la rectitude politique du noble Fabricius, lorsque, au sujet de l'épicuréisme, il regrettait, avec une si amère ironie, qu'une semblable philosophie morale ne régnât point aussi chez les Samnites et les autres ennemis de Rome, qui en eût dès lors aisément triomphé. Quant à l'appréciation intellectuelle, elle ne saurait être finalement guère plus favorable, lorsqu'on voit la séparation entre la philosophie et la science rapidement conduire à ce point que les plus célèbres philosophes deviennent grossièrement étrangers aux connaissances réelles déjà vulgarisées dans l'école d'Alexandrie: comme le témoignent surtout ces étranges absurdités astronomiques qui dominaient la philosophie si vantée d'Épicure, et que répétait encore pieusement, un demi-siècle après Hipparque, l'illustre poète Lucrèce. En un mot, il est clair ainsi que la métaphysique avait alors poussé ses rêves d'indépendance absolue et de vaine suprématie, jusqu'à vouloir s'affranchir également de la théologie et de la science, seules aptes à organiser.
J'ai cru devoir insister autant sur cette explication neuve et difficile du vrai caractère essentiel de l'ensemble de la civilisation grecque, afin de faire convenablement ressortir l'appréciation très délicate d'une situation aussi complexe, ordinairement si mal jugée, quoique si connue. Mais il serait certainement superflu d'examiner ici avec la même précision le second mode fondamental distingué ci-dessus dans le polythéisme militaire, c'est-à-dire le système romain, dont la vraie nature générale, beaucoup plus simple et mieux tranchée, doit être bien plus nettement saisissable, et dont l'influence nécessaire sur la société moderne est d'ailleurs plus complète et plus sensible. En outre, je ne saurais avoir la témérité de reprendre l'appréciation sommaire de la politique romaine après d'aussi éminens penseurs que Bossuet et Montesquieu, trop heureux de pouvoir, dans cette partie de mon opération sociologique, m'appuyer sur une telle élaboration, et regrettant seulement de ne trouver, en aucun autre cas, une aussi précieuse préparation. Quoique ces admirables travaux, et surtout celui de Montesquieu, aient été inévitablement conçus dans un esprit à la fois trop absolu et trop isolé, je puis donc me borner ici à y renvoyer essentiellement le lecteur, qui, d'après ma théorie fondamentale de l'évolution sociale, pourra aisément, suivant les indications directes de l'ensemble de ce chapitre, y rectifier suffisamment, en général, les plus graves déviations du vrai point de vue historique, dont Bossuet s'est d'ailleurs, à mon gré, bien moins écarté, spontanément rappelé à l'unité et à la continuité par la nature même de son grand dessein. Du reste, l'enchaînement nécessaire de ce système avec le précédent et avec le suivant se trouvera naturellement caractérisé ci-dessous, surtout en considérant la transition finale du régime polythéique au régime monothéique, dans laquelle le génie de Bossuet a si bien entrevu la haute et indispensable participation de la domination romaine.