Cours de philosophie positive. (4/6)
Chapter 37
Bien loin que la simplicité constitue la mesure principale de la perfection réelle, le système entier des études biologiques concourt à montrer, au contraire, que la perfection croissante de l'organisme animal consiste surtout dans la spécialité de plus en plus prononcée des diverses fonctions accomplies par les organes de plus en plus distincts, et néanmoins toujours exactement solidaires, dont il devient graduellement composé en se rapprochant davantage de l'organisme humain, combinant ainsi de plus en plus l'unité du but avec la diversité des moyens. Or, tel est éminemment le caractère propre de notre organisme social, et la principale cause de sa supériorité nécessaire sur tout organisme individuel. Nous ne pouvons, sans doute, admirer convenablement un phénomène continuellement accompli sous nos yeux, et auquel nous participons nous-mêmes nécessairement. Mais, en s'isolant, autant que possible, par la pensée, du système habituel de l'économie sociale, peut-on réellement concevoir, dans l'ensemble des phénomènes naturels, un plus merveilleux spectacle que cette convergence régulière et continue d'une immensité d'individus, doués chacun d'une existence pleinement distincte et, à un certain degré, indépendante, et néanmoins tous disposés sans cesse, malgré les différences plus ou moins discordantes de leurs talens et surtout de leurs caractères, à concourir spontanément, par une multitude de moyens divers, à un même développement général, sans s'être d'ordinaire, nullement concertés, et le plus souvent à l'insu de la plupart d'entre eux, qui ne croient obéir qu'à leurs impulsions personnelles? Telle est, du moins, l'idéalité scientifique du phénomène, en le dégageant abstraitement des chocs et des incohérences journellement inséparables d'un organisme aussi profondément compliqué, et qui, dans les temps même de plus grande perturbation maladive, n'empêchent point l'accomplissement essentiel et permanent des fonctions principales. Cette invariable conciliation de la séparation des travaux avec la coopération des efforts, d'autant plus prononcée et plus admirable que la société se complique et s'étend davantage, constitue, en effet, le caractère fondamental des opérations humaines, quand on s'élève du simple point de vue domestique au vrai point de vue social. Les sociétés plus ou moins complexes qu'on peut observer chez beaucoup d'animaux supérieurs, présentent déjà, sans doute, en certain cas, et surtout, comme chez l'homme sauvage, pour la chasse ou pour la guerre, une première ébauche rudimentaire d'une coordination plus ou moins volontaire, mais à un degré trop partiel, trop circonscrit, et d'ailleurs trop temporaire, pour être convenablement assimilées à l'état même le plus imparfait de l'association propre à notre espèce. Notre simple vie domestique, qui, à tous égards, contient nécessairement le germe essentiel de la vie sociale proprement dite, a dû toujours manifester bien davantage le développement spontané d'une certaine spécialisation individuelle des diverses fonctions communes, sans laquelle la famille humaine ne pourrait suffisamment remplir sa destination caractéristique. On doit néanmoins reconnaître que la séparation des travaux n'y saurait jamais être directement très prononcée, soit à raison du trop petit nombre des individus, soit surtout, par un motif plus profond et moins connu, parce qu'une telle division tendrait bientôt à devenir antipathique à l'esprit fondamental de la famille. Car, d'un côté, l'éducation domestique, essentiellement fondée sur l'imitation, doit naturellement disposer les enfans à poursuivre les opérations paternelles, au lieu d'entreprendre de nouvelles fonctions; et, en même temps, il n'est pas douteux que toute séparation très marquée dans les occupations habituelles des différens membres n'y doive nécessairement altérer l'unité domestique, objet capital de cette association élémentaire. Plus on méditera sur ce grand sujet, mieux on sentira que la spécialisation des travaux, qui constitue le principe élémentaire de la société générale, ne saurait être, au fond, celui de la simple famille, quoique devant s'y trouver à un certain degré. Malgré l'imperfection du langage, qui porte souvent à confondre l'idée de famille dans celle de société, il est incontestable que l'ensemble des relations domestiques ne correspond point à une association proprement dite, mais qu'il compose une véritable _union_, en attribuant à ce terme toute son énergie intrinsèque. A raison de sa profonde intimité, la liaison domestique est donc d'une tout autre nature que la liaison sociale. Son vrai caractère est essentiellement moral, et très accessoirement intellectuel; ou, en termes anatomiques, elle correspond bien davantage à la région moyenne du cerveau humain qu'à la région antérieure. Fondée principalement sur l'attachement et la reconnaissance, l'union domestique est surtout destinée à satisfaire directement, par sa seule existence, l'ensemble de nos instincts sympathiques, indépendamment de toute pensée de coopération active et continue à un but quelconque, si ce n'est à celui même de sa propre institution. Quoiqu'une coordination habituelle entre des travaux distincts s'y doive spontanément établir à un certain degré, son influence y est tellement secondaire que lorsque, malheureusement, elle demeure le seul principe de liaison, l'union domestique tend nécessairement à dégénérer en une simple association, et même le plus souvent elle ne tarde point à se dissoudre essentiellement. Dans les combinaisons sociales proprement dites, l'économie élémentaire présente inévitablement un caractère inverse: le sentiment, de coopération, jusqu'alors accessoire, devient, à son tour, prépondérant, et l'instinct sympathique, malgré son indispensable persistance, ne peut plus former le lien principal. Sans doute, l'homme est, en général, assez heureusement organisé pour aimer ses coopérateurs, quelque nombreux et quelque lointains qu'ils puissent être, ou même quelque indirecte que soit leur participation effective. Mais un tel sentiment, dû à une précieuse réaction de l'intelligence sur la sociabilité, ne saurait certainement, par sa nature, avoir jamais assez d'énergie pour diriger la vie sociale. Quand même un convenable exercice aurait pu développer suffisamment l'ensemble de nos instincts sociaux, la médiocrité intellectuelle de la plupart des hommes ne leur permet point de se former, à beaucoup près, une idée assez nette de relations trop étendues, trop détournées, et trop étrangères à leurs propres occupations, pour qu'il en puisse résulter une vraie stimulation sympathique, susceptible de quelque efficacité durable. C'est donc exclusivement dans la vie domestique que l'homme doit chercher habituellement le plein et libre essor de ses affections sociales; et c'est peut-être à ce titre spécial qu'elle constitue le mieux une indispensable préparation à la vie sociale proprement dite: car, la concentration est aussi nécessaire aux sentimens que la généralisation aux pensées. Les hommes même les plus éminens, qui parviennent à tourner, avec une énergie réelle, le cours naturel de leurs instincts sympathiques vers l'ensemble de l'espèce ou de la société, y sont presque toujours poussés par les désappointemens moraux d'une vie domestique dont la destination a été manquée faute d'un suffisant accomplissement des conditions convenables: et quelque douce que leur soit alors une aussi imparfaite compensation, cet amour abstrait de l'espèce ne saurait nullement comporter cette plénitude de satisfaction de nos dispositions affectueuses que peut seul procurer un attachement très limité et surtout individuel. Quoi qu'il en soit, de tels cas sont d'ailleurs trop évidemment exceptionnels pour devoir influer sur aucune étude fondamentale de l'économie sociale. Ainsi, malgré l'indispensable participation directe, soit primitive, soit continue, de l'instinct sympathique à tous les cas possibles d'association humaine, il doit rester incontestable que, lorsqu'on passe de la considération d'une famille unique à la coordination générale des diverses familles, le principe de la coopération finit nécessairement par prévaloir. La philosophie métaphysique du siècle dernier, surtout dans l'école française, a sans doute commis une erreur capitale en attribuant à ce principe la création même de l'état social, puisqu'il est, au contraire, évident que la coopération, bien loin d'avoir pu produire la société, en suppose nécessairement le préalable établissement spontané. Toutefois, la gravité d'une telle aberration me paraît éminemment tenir à une confusion radicale entre la vie domestique et la vie sociale, trop ordinaire aux spéculations métaphysiques. Car, en séparant convenablement deux modes d'association aussi différens, cette assertion, soigneusement restreinte à la combinaison la plus compliquée, paraîtrait certainement peu choquante, malgré qu'elle y constituât encore une irrationnelle exagération. Quoique la participation distincte et simultanée à une opération commune n'ait aucunement pu déterminer le rapprochement primitif des familles humaines, elle seule a pu cependant imprimer à leur association spontanée un caractère prononcé et une consistance durable. L'étude attentive des moindres degrés de la vie sauvage nous montre clairement cette situation primordiale où les diverses familles, quelquefois fortement liées pour un but temporaire, retournent, presque comme les animaux, à leur indépendance isolée, aussitôt que l'expédition, ordinairement de guerre ou de chasse, est suffisamment accomplie, quoique déjà quelques opinions communes, formulées dans un certain langage uniforme, tendent à les réunir, d'une manière permanente, en tribus plus ou moins nombreuses. C'est donc sur le principe de la coopération, spontanée ou concertée, d'ailleurs toujours conçu dans son entière extension philosophique, que devra surtout reposer désormais notre analyse scientifique pour cette ébauche préliminaire de la dernière partie de la statique sociale, où nous considérons directement la coordination fondamentale des familles, dont le vrai caractère propre dépend essentiellement d'un tel principe, quoique son établissement et son maintien n'aient pu avoir lieu sans la participation préalable et permanente de l'instinct sympathique, destiné, en outre, à répandre sur tous les actes de la vie sociale un indispensable charme moral.
Un traité spécial de philosophie politique pourrait seul permettre de développer convenablement l'étendue et la portée de ce grand principe, auquel la société humaine doit nécessairement les plus importans attributs qui la distinguent des autres agglomérations de familles animales. Le judicieux Fergusson en avait dignement pressenti la valeur scientifique, en y rattachant sa classification, d'ailleurs si imparfaite, des animaux en sociables et politiques, ceux-ci étant essentiellement caractérisés par la tendance à concerter les divers efforts individuels pour accomplir une opération commune. Par leur théorie de la division du travail, les économistes ont utilement concouru à vulgariser une telle notion, mais en paraissant la restreindre irrationnellement à des cas beaucoup trop subalternes, de manière à en suggérer une idée extrêmement étroite, si l'on excepte toutefois l'illustre Adam Smith et de nos jours Tracy, qui l'ont bien plus philosophiquement appréciée, l'un en vertu de sa haute supériorité, et l'autre d'après son habitude plus intime des généralités, quoique métaphysiques. Un principe aussi évident, dont la réalisation, de plus en plus complète, a toujours constitué une indispensable condition de tout développement humain, devait sembler d'abord à l'abri de toute grave atteinte, à quelque degré que notre anarchie intellectuelle pût autoriser les divagations individuelles, d'autant plus que la nature du sujet semblait alors plus heureusement préservée du contact des passions humaines. Mais, après avoir vu la philosophie métaphysique nier systématiquement, à la stupide satisfaction de tous les beaux esprits contemporains, l'utilité fondamentale de la société elle-même, ce qui, sans doute, doit implicitement comprendre toutes les aberrations possibles, pourrait-on s'étonner réellement de la production d'aucun sophisme partiel, quelque important qu'en soit l'objet, et quelque absurde qu'en soit la pensée? Aussi, de nos jours, une sorte de métaphysique spéciale a-t-elle été dogmatiquement formulée pour attaquer directement l'antique maxime sociale de la répartition nécessaire des travaux humains, et de la spécialisation correspondante des occupations individuelles. La sage circonscription de nos opérations, et l'opiniâtre persévérance de nos efforts, n'ont plus été regardés comme d'indispensables conditions de nos succès quelconques: poursuivre à la fois beaucoup d'occupations différentes, et passer à dessein de l'une à l'autre avec toute la rapidité possible, tel est le nouveau plan de travail universel qu'on a osé aujourd'hui recommander systématiquement à l'humanité civilisée, comme essentiellement _attrayant_[36]. Il n'y a peut-être point d'exemple plus propre à vérifier, d'une manière pleinement irrécusable, combien l'absence totale de discipline intellectuelle, en ce qui concerne les spéculations les plus difficiles, empêche nécessairement aujourd'hui d'assigner aucun terme réel au cours spontané des aberrations philosophiques, dont l'essor antérieur n'avait jamais pu être aussi libre, parce que l'anarchie mentale n'avait jamais été aussi complète. Une telle notion ayant été ainsi attaquée, quelle maxime sociale pourrait vraiment être respectée?
[Footnote 36: Quoiqu'il ne soit nullement convenable de s'arrêter ici à la moindre analyse spéciale de tels sophismes, il ne faut pas cependant oublier, même en ce cas, que l'esprit général de la saine philosophie politique doit toujours faire accorder quelque attention à tout ce qui a pu obtenir effectivement un certain crédit social. Car, la judicieuse appréciation de toute semblable influence peut ordinairement devenir l'indice plus ou moins direct d'un vrai besoin intellectuel, dont l'illusoire satisfaction avait permis à ces diverses aberrations de susciter momentanément une sorte d'école nouvelle. La société ne saurait se tromper complétement sur ses besoins réels, quoiqu'elle soit souvent égarée sur les moyens convenables d'y satisfaire. Aussi le lecteur aura-t-il lieu ci-après de remarquer spontanément que, au milieu des folles conceptions dont il s'agit ici, réside un certain pressentiment confus des vrais inconvéniens généraux inhérens au principe de la répartition des travaux humains, malgré que ces inconvéniens y aient été d'ailleurs ridiculement exagérés, et surtout irrationnellement séparés d'avantages infiniment supérieurs, suivant la nature ordinaire des doctrines métaphysiques.]
Sans nous arrêter davantage à ces divagations caractéristiques, procédons directement à la sommaire analyse scientifique de ce principe fondamental de la coopération continue de toutes les familles humaines d'après leur application spontanée à des travaux spéciaux et séparés. Pour apprécier convenablement cette coopération et cette distribution nécessaires, comme constituant la condition la plus essentielle de notre vie sociale, abstraction faite de la vie domestique, il faut la concevoir dans toute son étendue rationnelle, c'est-à-dire l'appliquer à l'ensemble de toutes nos diverses opérations quelconques, au lieu de la borner, comme il est trop ordinaire, à de simples usages matériels. Alors, elle conduit immédiatement à regarder non-seulement les individus et les classes, mais aussi, à beaucoup d'égards, les différens peuples, comme participant à la fois, suivant un mode propre et un degré spécial exactement déterminés, à une oeuvre immense et commune, dont l'inévitable développement graduel lie d'ailleurs aussi les coopérateurs actuels à la série de leurs prédécesseurs quelconques et même à la suite de leur divers successeurs. C'est donc la répartition continue des différens travaux humains qui constitue principalement la solidarité sociale, et qui devient la cause élémentaire de l'étendue et de la complication croissante de l'organisme social, ainsi susceptible d'être conçu comme embrassant l'ensemble de notre espèce. Quoique l'homme ne puisse guère subsister dans un état d'isolement volontaire, cependant la famille, véritable unité sociale, peut, sans aucun doute, vivre séparément, parce qu'elle peut réaliser en son sein l'ébauche de division du travail indispensable à une satisfaction grossière de ses premiers besoins, ainsi que la vie sauvage nous en offre de nombreux exemples, quoique toujours plus ou moins exceptionnels. Mais, avec un tel mode d'existence, il n'y a point encore de vraie société, et le rapprochement spontané des familles est sans cesse exposé à d'imminentes ruptures temporaires, souvent provoquées par les moindres occasions. C'est seulement quand la répartition régulière des travaux humains a pu devenir convenablement étendue que l'état social a pu commencer à acquérir spontanément une consistance et une stabilité supérieures à l'essor quelconque des divergences particulières. En aucun temps, les sophistes qui ont le plus amèrement déclamé contre la vie sociale n'auraient certainement jamais pu être assez conséquens à leur propre doctrine pour donner eux-mêmes l'exemple de cette existence solitaire qu'ils avaient tant prônée, quoique personne, sans doute, ne se fût opposé à leur retraite: une telle logique ne serait praticable que chez les sauvages, s'ils pouvaient avoir de tels docteurs. L'habitude de cette coopération partielle est, en effet, éminemment propre à développer, par voie de réaction intellectuelle, l'instinct social, en inspirant spontanément à chaque famille un juste sentiment continu de son étroite dépendance envers toutes les autres, et, en même temps, de sa propre importance personnelle, chacune pouvant alors se regarder comme remplissant, à un certain degré, une véritable fonction publique, plus ou moins indispensable à l'économie générale, mais inséparable du système total. Ainsi envisagée, l'organisation sociale tend de plus en plus à reposer sur une exacte appréciation des diversités individuelles, en répartissant les travaux humains de manière à appliquer chacun à la destination qu'il peut le mieux remplir, non-seulement d'après sa nature propre, le plus souvent trop peu prononcée en aucun sens, mais aussi d'après son éducation effective, sa position actuelle, en un mot suivant l'ensemble de ses principaux caractères quelconques; en sorte que toutes les organisations individuelles soient finalement utilisées pour le bien commun, sans en excepter même les plus vicieuses ou les plus imparfaites, sauf les seuls cas de monstruosité prononcée: tel est, du moins, le type idéal qu'on doit dès lors concevoir comme une limite fondamentale de l'ordre réel, qui s'en rapproche nécessairement de plus en plus, sans pouvoir néanmoins y parvenir jamais, ainsi que nous l'expliquera bientôt l'étude directe du développement graduel de l'humanité. C'est surtout en ce sens que l'organisme social doit ressembler toujours davantage à l'organisme domestique, dont la principale propriété consiste en effet dans l'admirable spontanéité de la double subordination qui le caractérise, comme nous l'avons reconnu ci-dessus: quoique malheureusement la complication et l'étendue si supérieures du premier ne puissent nullement permettre de le concevoir jamais réglé d'après un ensemble de différences naturelles aussi hautement irrécusables, tendant à prévenir essentiellement toute grave incertitude sur la vraie destination propre à chacun des organes, et toute discussion dangereuse sur leur hiérarchie respective; en sorte que la discipline sociale doit être nécessairement beaucoup plus artificielle, et, à ce titre, plus imparfaite, que la discipline domestique, dont la nature a fait d'avance tous les frais essentiels.
Il serait, sans doute, inutile d'insister ici davantage sur l'indication générale des attributs fondamentaux de cette coopération distributive et spéciale, principe nécessaire de tous les travaux humains, et dont l'esprit de notre temps, sauf quelques aberrations exceptionnelles, est plutôt porté à s'exagérer la puissance, ou du moins à méconnaître les limites et les conditions. Pour en compléter suffisamment l'indispensable appréciation sociologique, nous devons surtout examiner maintenant l'ensemble des nécessités qu'il impose, d'après les inconvéniens essentiels qui lui sont propres, comme je l'avais déjà ébauché, en 1826, dans le second article de mes _Considérations sur le pouvoir spirituel_. C'est principalement sur un tel examen que me semble devoir reposer immédiatement la théorie élémentaire de la statique sociale proprement dite, puisqu'on y doit trouver le véritable germe scientifique de la co-relation nécessaire entre l'idée de société et l'idée de gouvernement.
Quelques économistes ont déjà signalé certains inconvéniens graves d'une division exagérée du travail matériel, mais sous un aspect beaucoup trop subalterne, et surtout sans remonter nullement jusqu'au principe philosophique d'une telle appréciation. Dès le début de ce Traité (voyez la première leçon), j'ai moi-même caractérisé, dans le cas bien plus important de l'ensemble du travail scientifique, les fâcheuses conséquences intellectuelles de l'esprit de spécialité exclusive qui domine aujourd'hui, et dont les volumes précédens m'ont fourni plusieurs occasions capitales de constater l'imminent danger philosophique. Il s'agit ici, abstraction faite de toute vérification plus ou moins étendue, d'apprécier directement le principe général d'une telle influence, afin de saisir convenablement la vraie destination du système spontané de moyens essentiels d'une indispensable préservation continue.