Cours de philosophie positive. (4/6)

Chapter 29

Chapter 292,946 wordsPublic domain

Examinons maintenant, d'une manière directe quoique sommaire, la véritable marche fondamentale d'une méthode comparative aussi heureusement douée de propriétés capitales. L'esprit essentiel de cette méthode historique proprement dite me paraît consister dans l'usage rationnel des séries sociales, c'est-à-dire dans une appréciation successive des divers états de l'humanité qui montre, d'après l'ensemble des faits historiques, l'accroissement continu de chaque disposition quelconque, physique, intellectuelle, morale, ou politique, combiné avec le décroissement indéfini de la disposition opposée, d'où devra résulter la prévision scientifique de l'ascendant final de l'une et de la chute définitive de l'autre, pourvu qu'une telle conclusion soit d'ailleurs pleinement conforme au système des lois générales du développement humain, dont l'indispensable prépondérance sociologique ne doit jamais être méconnue. Devant faire nécessairement une application très étendue et très variée d'un tel mode d'exploration, il me suffit ici d'en signaler rapidement le principe, dont la rationnalité est aussi peu contestable que l'utilité. C'est ainsi que les mouvemens de la société, et ceux même de l'esprit humain, peuvent être réellement prévus, à un certain degré, pour chaque époque déterminée, et sous chaque aspect essentiel, même en ce qui semble d'abord le plus désordonné, d'après une exacte connaissance préalable du sens uniforme des modifications graduelles indiquées par une judicieuse analyse historique, en passant toujours, suivant l'esprit de la science, des phénomènes plus composés à ceux qui le sont moins. Par une heureuse coïncidence, ces prévisions scientifiques devront être, en effet, d'autant plus rapprochées de la réalité qu'il s'agira de phénomènes plus importans, plus généraux, parce qu'alors les causes continues prédominent davantage dans le mouvement social, et les perturbations y ont une moindre part. Les lois de la solidarité peuvent ensuite conduire à étendre la même certitude rationnelle à l'étude des aspects secondaires et spéciaux, d'après leurs relations statiques avec les premiers, de façon à y compenser partiellement la moindre sécurité que devrait inspirer, à leur égard, l'usage direct de ce mode d'exploration successive. En s'attachant à obtenir, en général, le seul degré de précision compatible avec l'excessive complication de ces phénomènes, sur lesquels tant d'influences, les unes régulières, les autres accidentelles, agissent constamment, on pourra parvenir ainsi à des conclusions essentiellement suffisantes pour diriger utilement l'ensemble des applications. Les principales de ces applications, celles qui concernent l'art politique, auront surtout un haut degré de rationnalité, puisque la partie du mouvement fondamental dont elles dépendent davantage doit être, au fond, moins troublée qu'aucune autre par les diverses influences irrégulières, comme je l'ai expliqué ci-dessus, malgré le préjugé contraire. Pour se familiariser convenablement avec cette méthode historique, de manière à bien saisir et à développer judicieusement son véritable esprit, il est indispensable de l'appliquer d'abord au passé, en cherchant à déduire chaque situation historique bien connue de l'ensemble de ses antécédens graduels, pourvu qu'on se prémunisse suffisamment contre la perspective empirique d'un résultat préexistant. Quelque singulière que semble d'abord une telle marche, il est néanmoins certain que, dans une science quelconque, on n'apprend à prédire rationnellement l'avenir qu'après avoir en quelque sorte prédit le passé, puisque tel est, au fond, le premier usage nécessaire des relations observées entre des faits accomplis, dont la succession antérieure fait découvrir la succession future. Parvenue à l'examen de l'époque actuelle, avec l'autorité intellectuelle nécessairement procurée par cette coordination graduelle de toutes les époques précédentes, la méthode historique pourra seule permettre d'en opérer avec succès une exacte analyse fondamentale, où chaque élément soit vraiment apprécié comme il doit l'être, d'après la série sociologique dont il fait partie. Vainement les hommes d'état insistent-ils sur la nécessité des observations politiques: comme ils n'observent essentiellement que le présent, et tout au plus un passé très récent, leur maxime avorte nécessairement dans l'application. Par la nature de tels phénomènes, l'observation du présent est radicalement insuffisante; elle n'acquiert une véritable valeur scientifique, et ne peut devenir une source certaine de prévisions rationnelles que d'après la comparaison avec le passé, envisagé même dans son ensemble total. Rigoureusement isolée, l'observation du présent deviendrait une cause très puissante d'illusions politiques, en exposant à confondre sans cesse les faits principaux avec les faits secondaires, à mettre de bruyantes manifestations éphémères au-dessus des tendances fondamentales, ordinairement peu éclatantes, et surtout à regarder comme ascendans des pouvoirs, des institutions, ou des doctrines, qui sont, au contraire, en déclin. Il est évident, par la nature du sujet, que la comparaison approfondie du présent au passé constitue le principal moyen d'exploration propre à prévenir ou à corriger ces inconvéniens capitaux. Or, cette comparaison ne peut être pleinement lumineuse et décisive qu'autant qu'elle embrasse essentiellement l'ensemble du passé, graduellement apprécié: elle expose à des erreurs d'autant plus graves qu'on l'arrête à une époque plus rapprochée. Aujourd'hui surtout, où le mélange des divers élémens sociaux, les uns prêts à triompher, les autres sur le point de s'éteindre, doit d'abord paraître si profondément confus, on peut dire spécialement que la plupart des fausses appréciations politiques tiennent principalement à ce que les spéculations habituelles n'embrassent point un passé assez étendu, presque tous nos hommes d'état, dans les divers partis actuels, ne remontant guère au-delà du siècle dernier, sauf les plus abstraits d'entre eux qui se hasardent quelquefois jusqu'au siècle précédent, et les philosophes eux-mêmes osant à peine dépasser rarement le seizième siècle: en sorte que l'ensemble de l'époque révolutionnaire n'est pas même ordinairement conçu par ceux qui en recherchent si vainement la terminaison, quoiqu'un tel ensemble ne corresponde, au fond, qu'à une simple phase transitoire du mouvement fondamental.

Quelle que soit la haute supériorité intrinsèque de cette méthode sociologique, elle peut cependant, comme tout autre procédé scientifique quelconque, entraîner à de graves erreurs, chez des esprits peu rationnels ou mal préparés. L'analyse mathématique elle-même, aujourd'hui si justement préconisée, peut néanmoins exposer, par exemple, à l'inconvénient essentiel, trop souvent réalisé, de prendre des signes pour des idées: on ne saurait nier que, surtout de nos jours, elle ne serve quelquefois à déguiser, sous un imposant verbiage, l'inanité des conceptions. Il n'y a point de méthode scientifique, parmi les plus recommandables, qui n'offre, à sa manière, des dangers équivalens, sans que leur existence nuise aucunement au crédit de ces moyens logiques, parce que ces dangers ne sauraient jamais provenir que d'une imparfaite appréciation ou d'une vicieuse application de la méthode correspondante. On doit étendre les mêmes considérations aux diverses méthodes sociologiques, et surtout à la méthode historique proprement dite, qui, pareillement, ne peut nullement égarer tant qu'elle est convenablement conçue et employée. Elle n'a d'inconvéniens propres, sous ce rapport, que la difficulté plus éminente d'y remplir toujours cette indispensable condition, à cause des obstacles plus essentiels que présente la complication supérieure du sujet. Sans espérer que les illusions qu'elle peut inspirer soient jamais susceptibles d'être entièrement évitées, quelques précautions qu'on emploie, il est du moins utile d'en signaler sommairement le principal caractère. Il consiste surtout à prendre un décroissement continu pour une tendance à l'extinction totale, ou réciproquement, suivant cette sorte de sophisme mathématique (déjà indiqué, en un cas analogue, dans le chapitre précédent), qui fait confondre des variations continues, en plus ou en moins, avec des variations illimitées. Un exemple fort sensible suffira, par son étrangeté même, pour signaler ici un tel danger de la méthode des séries historiques, plus nettement que par aucune explication abstraite, tout en indiquant d'ailleurs spontanément le mode général de prévenir de semblables illusions, dans les cas nombreux où elles ne sauraient être aussi vivement senties d'abord. En considérant l'ensemble du développement social sous le rapport très simple du régime alimentaire de l'homme, on ne saurait méconnaître, à mon gré, la tendance constante de l'homme civilisé à une alimentation de moins en moins abondante. Que l'on compare, à cet égard, les nations sauvages avec les peuples cultivés, soit dans les chants homériques, soit dans les récits de nos voyageurs; que l'on oppose pareillement la vie des campagnes à celle des villes; et qu'enfin on considère même la différence appréciable entre deux de nos générations consécutives. Partout on verra l'observation comparative confirmer essentiellement ce singulier résultat, qui se rattache d'ailleurs à une loi sociologique plus étendue, comme j'aurai lieu de le montrer ultérieurement. D'une autre part, un tel décroissement est en harmonie parfaite avec les lois fondamentales de la nature humaine, par suite d'une prépondérance croissante de l'exercice intellectuel et moral à mesure que l'homme se civilise davantage. Rien n'est donc mieux constaté, soit par la voie expérimentale, soit par la voie rationnelle. Personne cependant oserait-il ici conclure de cet incontestable décroissement continu, si évidemment limité, à une véritable extinction ultérieure? Or, l'erreur, trop grossière alors pour n'être pas immédiatement rectifiée, peut, en beaucoup d'autres occasions, devenir bien plus spécieuse, et quelquefois presque inévitable, sans s'appuyer même sur des motifs aussi plausibles, à cause de la complication plus grande du cas alors exploré. L'exemple précédent suffit pour indiquer l'inévitable recours qu'il faut dès lors employer aux lois constantes de notre nature, dont l'ensemble, toujours maintenu pendant le cours entier de l'évolution sociale, fournit à l'analyse sociologique directe un indispensable moyen général de vérification continue, comme je l'expliquerai spécialement au chapitre suivant. Puisque le phénomène social, conçu en totalité, n'est, au fond, qu'un simple développement de l'humanité, sans aucune création réelle de facultés quelconques, ainsi que je l'ai établi ci-dessus, toutes les dispositions effectives que l'observation sociologique pourra successivement dévoiler devront donc se retrouver, au moins en germe, dans ce type primordial, que la biologie a construit d'avance pour la sociologie, afin de circonscrire ses aberrations spontanées. Ainsi, aucune loi de succession sociale, indiquée même, avec toute l'autorité possible, par la méthode historique, ne devra être finalement admise qu'après avoir été rationnellement rattachée, d'une manière d'ailleurs directe ou indirecte, mais toujours incontestable, à la théorie positive de la nature humaine: toutes les inductions qui ne pourraient soutenir un tel contrôle, finiraient nécessairement, à l'issue d'un plus mûr examen sociologique, par être immédiatement reconnues illusoires, soit que les observations eussent été trop partielles ou trop peu prolongées. C'est dans cette exacte harmonie continue entre les conclusions directes de l'analyse historique et les notions préalables de la théorie biologique de l'homme que devra surtout consister la principale force scientifique des démonstrations sociologiques. On voit ainsi se confirmer de plus en plus, et à tous égards, cette prépondérance philosophique de l'esprit d'ensemble sur l'esprit de détail, que je me suis tant efforcé, dans ce chapitre, de faire nettement ressortir comme le principal caractère intellectuel de cette nouvelle science.

Tel est donc le mode général d'exploration le mieux approprié à la vraie nature des recherches sociologiques. Sa prépondérance y est, à divers titres essentiels, pleinement équivalente, d'après les indications précédentes, à celle de la comparaison zoologique dans l'étude de la vie individuelle. L'usage continu qui s'en fera spontanément, en tout le reste de ce volume, confirmera hautement cette similitude logique, en témoignant que la succession nécessaire des divers états sociaux correspond exactement, sous le point de vue scientifique, à la coordination graduelle des divers organismes, eu égard à la différence des deux sciences: la série sociale, convenablement établie, ne saurait être, certes, ni moins réelle, ni moins utile, que la série animale. Quand l'application effective de ce nouveau moyen aura été assez développée pour que ses propriétés caractéristiques aient pu devenir, à tous les yeux éclairés, suffisamment prononcées, on y reconnaîtra, je le présume, une modification assez tranchée de l'exploration positive fondamentale pour la classer finalement, à la suite de l'observation pure, de l'expérimentation, et de la comparaison proprement dite, comme un quatrième et dernier mode essentiel de l'art d'observer, destiné, sous le nom spécial de méthode historique, à l'analyse des phénomènes les plus compliqués, et prenant sa source philosophique dans le mode immédiatement précédent, par la comparaison biologique des âges. La leçon suivante me présentera naturellement une importante occasion de motiver directement cette tendance définitive.

En terminant cette préalable appréciation générale de la méthode historique proprement dite, comme constituant le meilleur mode d'exploration sociologique, je ne dois pas négliger de faire remarquer ici que la nouvelle philosophie politique, consacrant, d'après un libre examen rationnel, les anciennes indications de la raison publique, restitue enfin à l'histoire l'entière plénitude de ses droits scientifiques pour servir de première base indispensable à l'ensemble des sages spéculations sociales, malgré les sophismes, trop accrédités encore, d'une vaine métaphysique qui tend à écarter, en politique, toute large considération du passé. C'est ainsi que, dans les autres branches quelconques de la philosophie naturelle, les diverses parties antérieures de ce Traité nous ont jusqu'ici toujours représenté l'esprit positif, si injustement accusé de tendance perturbatrice, comme essentiellement disposé, au contraire, à confirmer, dans les dispositions fondamentales de chaque science, les précieuses inspirations primitives du bon sens vulgaire, dont la science réelle ne saurait être, à tous égards, qu'un spécial prolongement systématique, et qu'une stérile métaphysique peut seule conduire à dédaigner. Ici, bien loin de restreindre l'influence nécessaire que la raison humaine attribua, de tout temps, à l'histoire dans les combinaisons politiques, la nouvelle philosophie sociale l'augmente radicalement et à un haut degré: ce ne sont plus ainsi des conseils ou des leçons que la politique demande seulement à l'histoire pour perfectionner ou rectifier des inspirations qui n'en sont point émanées; c'est sa propre direction générale qu'elle va désormais exclusivement chercher dans l'ensemble des déterminations historiques.

Après avoir ainsi exécuté suffisamment, dans ce chapitre, l'indispensable examen préliminaire du véritable esprit général qui doit caractériser la sociologie, et des divers moyens essentiels d'exploration qui lui sont propres, il me reste à compléter cette opération en considérant, plus rapidement, dans la leçon suivante, ses différentes relations nécessaires avec les autres sciences principales, afin que sa vraie constitution philosophique soit enfin irrévocablement établie, de façon à nous permettre ensuite de procéder directement, avec une véritable sécurité scientifique, à l'élaboration pleinement rationnelle de ce grand sujet.

QUARANTE-NEUVIÈME LEÇON.

Relations nécessaires de la physique sociale avec les autres branches fondamentales de la philosophie positive.

Avec quelque scrupuleuse exactitude que l'on s'efforçât de se diriger constamment, dans la nouvelle philosophie politique, d'après l'esprit général, à la fois scientifique et logique, que je viens de caractériser, les conditions essentielles de la positivité n'y sauraient être, en réalité, suffisamment remplies, tant que la science sociale y serait conçue et cultivée comme entièrement isolée, sans avoir convenablement égard aux indispensables relations indiquées par son véritable rang encyclopédique. La subordination rationnelle de la physique sociale envers l'ensemble des autres sciences fondamentales, suivant la hiérarchie scientifique que j'ai établie, constitue, à mes yeux, un principe d'une telle importance qu'il comprend, en quelque sorte, d'une manière implicite et indirecte mais nécessaire, toutes les diverses prescriptions philosophiques relatives au mode propre d'institution générale de cette science nouvelle, tandis qu'il ne pourrait, au contraire, être suppléé par aucune d'elles. On peut maintenant assurer, sans aucune exagération, que c'est surtout le défaut d'accomplissement réel de cette grande condition préalable, dont rien ne saurait dispenser, qui a, de nos jours, essentiellement paralysé tous les efforts tentés, même par les meilleurs esprits, pour traiter les questions sociales d'une manière vraiment positive, transformation dont la nécessité et même la possibilité ne sont plus, au fond, susceptibles désormais d'aucune contestation directe, quoique personne n'ait jusqu'ici convenablement saisi l'ensemble des obligations intellectuelles qu'impose une telle rénovation. Soit qu'on envisage le système des diverses données indispensables immédiatement fournies à la sociologie par les différentes sciences antérieures, soit qu'on ait égard à la considération, encore plus importante sans doute, des saines habitudes spéculatives que peut seule y développer leur étude préliminaire, l'appréciation journalière des essais actuels pour constituer une vraie philosophie politique ne permet point d'hésiter à regarder cette lacune capitale comme la principale cause de leur avortement radical, et de la direction vicieuse que finissent par suivre involontairement à cet égard les intelligences qui semblaient d'abord les mieux disposées[30]. Il importe donc beaucoup d'examiner ici directement l'ensemble de ces relations nécessaires, quoique leur explication soit implicitement comprise dans les considérations analogues déjà présentées à l'égard des autres sciences fondamentales, surtout au volume précédent envers la science biologique, ce qui nous permettra d'abréger maintenant, à un haut degré, cette indispensable opération, sans nuire aucunement à son efficacité essentielle.

[Footnote 30: Pour mieux caractériser ici cette importante observation, je crois devoir en indiquer, avec franchise, un exemple remarquable et récent, qui me sembla doublement décisif, soit parce qu'il se rapporte à un esprit présentant d'incontestables symptômes d'une véritable force scientifique, malgré la déplorable éducation métaphysique qui le domine essentiellement, soit aussi parce que l'aberration dont il s'agit résulte d'un emploi abusif de la méthode historique proprement dite, la plus convenable néanmoins aux saines explorations sociologiques. Dans l'importante discussion qui eut lieu, en France, en 1831, sur l'hérédité de la pairie, l'un des plus éminens défenseurs de cette hérédité (M. Guizot), afin de produire son opinion sous un aspect vraiment scientifique, s'efforça de la motiver principalement par cette prétendue indication historique, que, d'après l'ensemble du passé, la marche progressive de la civilisation humaine tend nécessairement à augmenter sans cesse l'influence sociale et politique de l'hérédité. Un tel argument, de la part d'un tel esprit, ne saurait, sans doute, être regardé comme un simple artifice de circonstance; il suppose une sincère et profonde conviction personnelle, au moins momentanée: et cependant on pourrait à peine imaginer une observation plus radicalement et plus directement contraire à l'universelle réalité des phénomènes sociaux. En se rappelant que partout les diverses professions étaient, dans l'origine, essentiellement héréditaires, que d'abord on héritait même de l'esclavage et de la liberté, et que, jusqu'à des temps très rapprochés, la naissance constitua toujours la principale condition d'un pouvoir quelconque, quand on considère, en un mot, les divers témoignages, aussi décisifs que nombreux, qui montrent, au contraire, l'influence sociale de l'hérédité comme constamment décroissante à mesure que l'évolution humaine s'accomplit, il devient presque impossible de comprendre une hallucination aussi complète, chez un esprit aussi distingué, qui, appliquant à son sujet le meilleur mode d'exploration directe, a pourtant _vu_, dans des phénomènes aussi caractérisés, l'inverse de la réalité la moins équivoque. Cette aberration décisive me paraît singulièrement propre à faire sentir combien l'excessive complication des observations sociales exige, de toute nécessité, que l'esprit s'y prépare rationnellement à _voir_, non-seulement d'après une indispensable conception préliminaire de l'ensemble du développement humain, mais, avant tout, par une étude préalable et graduelle des divers systèmes d'observations scientifiques déjà soumis à une exploration pleinement positive envers des phénomènes plus simples.]