Cours de philosophie positive. (4/6)

Chapter 13

Chapter 133,068 wordsPublic domain

Je devais m'attacher ici à signaler surtout, comme plus fréquemment méconnue, cette propriété capitale de la politique positive de pouvoir seule aujourd'hui développer spontanément, avec une énergique et féconde efficacité, le sentiment fondamental de l'ordre, soit public, soit même privé, que l'état présent de l'esprit humain livre, de toute nécessité, à la vicieuse et insuffisante protection de la politique stationnaire et de la politique rétrograde, en ce sens identiques. Relativement au progrès, l'aptitude, beaucoup moins contestée, d'une telle philosophie n'exige point, en ce moment, des explications aussi étendues. Car, à quelque sujet qu'il s'applique, l'esprit positif se montre toujours, par sa nature, directement progressif, étant sans cessé occupé à accroître la masse de nos connaissances et à en perfectionner la liaison: aussi les exemples usuels d'incontestable progression sont-ils surtout empruntés aujourd'hui aux diverses sciences positives. Sous le point de vue social, l'idée rationnelle de progrès, telle qu'on commence à la concevoir, c'est-à-dire de développement continu, avec tendance inévitable et permanente vers un but déterminé, doit être certainement attribuée, comme j'aurai lieu de l'expliquer spécialement dans la leçon suivante, à l'influence inaperçue de la philosophie positive, seule capable d'ailleurs de dégager irrévocablement cette grande notion de l'état vague et même flottant où elle se trouve encore, en assignant nettement le but nécessaire de la progression et sa véritable marche générale. Quoique le premier essor du sentiment de progrès social soit certainement dû en partie au christianisme, en vertu de sa solennelle proclamation d'une supériorité fondamentale de la nouvelle loi sur l'ancienne, il est néanmoins évident que la politique théologique, procédant d'après un type immuable, dont un passé déjà lointain offre seul la réalisation suffisante, doit être aujourd'hui regardée comme radicalement incompatible avec toute idée véritable de progrès continu, et manifeste, au contraire, ainsi que je l'ai montré, un caractère profondément rétrograde. La politique métaphysique, dogmatiquement envisagée, présenterait, à un degré presque aussi prononcé, d'après les mêmes motifs essentiels, une incompatibilité analogue, si la liaison beaucoup moindre de ses doctrines ne la rendait bien plus accessible à l'esprit général de notre temps. On peut remarquer, en effet, que les notions de progrès n'ont vraiment commencé à préoccuper vivement la raison publique que depuis que la métaphysique révolutionnaire a perdu son premier ascendant. C'est donc essentiellement à la politique positive qu'est désormais réservé le développement général de l'instinct progressif, comme celui de l'instinct organique.

La seule idée de progrès qui soit réellement propre à la politique révolutionnaire, consiste dans la pleine extension continue de la liberté, c'est-à-dire, en termes plus positifs, de l'essor graduel des facultés humaines; ce qui constitue surtout une notion négative, en rappelant essentiellement une suppression croissante des diverses résistances. Or, même en ce sens restreint, la supériorité nécessaire de la politique positive ne saurait, ce me semble, être contestée. Car la vraie liberté ne peut consister, sans doute, qu'en une soumission rationnelle à la seule prépondérance, convenablement constatée, des lois fondamentales de la nature, à l'abri de tout arbitraire commandement personnel. La politique métaphysique a vainement tenté de consacrer ainsi son empire, en décorant de ce nom de lois les décisions quelconques, si souvent irrationnelles et désordonnées, des assemblées souveraines, quelle que soit leur composition; décisions d'ailleurs conçues, par une fiction fondamentale, qui ne peut changer leur nature, comme une fidèle manifestation des volontés populaires. Mais tout ce culte métaphysique des entités constitutionnelles ne saurait aujourd'hui vraiment dissimuler la tendance profondément arbitraire, qui caractérise nécessairement toute philosophie non positive. Tant que les phénomènes politiques ne seront point, à l'exemple de tous les autres, rattachés à d'invariables lois naturelles, et qu'ils continueront à être essentiellement rapportés à des volontés quelconques, soit divines, soit même humaines, l'arbitraire ne saurait être vraiment exclus des divers réglemens sociaux; et, par conséquent, malgré tous les artifices constitutionnels, la liberté restera forcément illusoire et précaire, à quelque volonté qu'on prétende d'ailleurs appliquer notre obéissance journalière. Je reviendrai naturellement plus tard sur cette importante considération. Mais, n'est-il pas, dès ce moment, évident que la liberté absolue dont la métaphysique révolutionnaire a doté aujourd'hui notre intelligence, ne lui sert finalement, en réalité, qu'à courir sans cesse d'une aberration à une autre, sous l'audacieux ascendant, momentanément irrésistible, des esprits les moins compétens? La politique positive pourra seule, en établissant de vrais principes sociaux, empêcher enfin ce déplorable entraînement, et substituer de plus en plus l'empire des convictions réelles à celui des volontés arbitraires; de telle sorte que, à cet égard, comme à tant d'autres, le besoin du progrès et celui de l'ordre seront spontanément confondus dans une commune satisfaction.

Cette nouvelle philosophie sociale est tellement propre, par sa nature, à réaliser aujourd'hui l'entier accomplissement de tous les voeux légitimes que peut former la politique révolutionnaire, que seule elle saura même terminer convenablement l'opération critique qui en constitue le principal objet, en faisant graduellement disparaître, sans aucun espoir de retour, tout ce qui reste encore de l'ancien système politique, dont il ne doit finalement subsister que l'inaltérable souvenir d'une indispensable participation à l'évolution fondamentale de l'humanité. Jusqu'ici cette grande lutte a dû être, comme je l'ai déjà indiqué, ostensiblement dirigée par la métaphysique révolutionnaire, simplement secondée par le développement graduel et la propagation croissante de l'esprit positif. Mais, à vrai dire, ce dernier progrès naturel de la raison humaine donnait seul une irrésistible puissance à la doctrine qui lui servait ainsi d'organe provisoire, et dont la faible consistance logique eût été, sans un tel appui, incapable d'un aussi grand succès; comme on le sent avec évidence quand on relit aujourd'hui, de sang froid, la frivole et débile argumentation sophistique qui caractérise presque tous les écrits philosophiques du siècle dernier. Au point décisif où la lutte est maintenant parvenue, elle ne saurait être irrévocablement complétée que par l'intervention directe et prépondérante de la philosophie positive. Car, sous le rapport logique, qui finalement domine, la critique révolutionnaire est certainement impuissante aujourd'hui à renverser le système philosophique, trop profondément combiné, de l'école rétrograde, qui, dans toute discussion régulière, l'aurait bientôt amenée à convenir qu'elle accorde les principes essentiels du régime ancien en refusant leurs plus indispensables conséquences, ainsi que je l'ai expliqué: aussi l'esprit révolutionnaire se soutient-il, surtout maintenant, par un appel plus ou moins direct à des passions qui tendent d'ailleurs à s'amortir graduellement. L'école positive, seule pleinement conséquente, et par suite seule, au fond, vraiment progressive, en rendant d'ailleurs, sans la moindre altération de ses propres principes, une exacte justice philosophique à chacune des doctrines actuelles, pourra seule arrêter radicalement l'essor rétrograde, perturbateur quoique stérile, de l'école catholique, en posant directement, dans l'ordre des idées sociales, en présence de l'esprit religieux, son éternel antagoniste, l'esprit scientifique, qui l'a déjà réduit, dans toutes les autres catégories intellectuelles, à la plus irrévocable nullité, comme je crois l'avoir surabondamment prouvé par l'ensemble des trois autres volumes de ce Traité: et cette influence accessoire s'exercera spontanément, de manière à ne point déranger le cours général de l'opération principale, ainsi qu'on le voit d'ordinaire à l'égard d'une science quelconque, dont l'action critique, quelque énergique qu'elle soit, n'est jamais qu'une suite collatérale de son développement organique. À la vérité, l'esprit positif ne pourra ainsi enlever à jamais à l'esprit théologique toute influence politique, sans que la même condamnation n'enveloppe aussi, de toute nécessité, l'esprit métaphysique, qui, malgré sa rivalité, n'en est point, aux yeux de la science, essentiellement distinct. Mais cette double exclusion simultanée ne serait, sans doute, qu'un grand avantage de plus, aussi bien pour le progrès que pour l'ordre, à la fois non moins compromis aujourd'hui par la prépondérance momentanée des avocats que par la vaine opposition des prêtres.

Considérant enfin la cause générale du progrès politique sous le point de vue pratique le plus étendu, on ne saurait méconnaître les puissantes ressources, nécessaires quoique indirectes, que la nouvelle philosophie politique doit graduellement présenter à l'amélioration fondamentale de la condition sociale des classes inférieures, qui constitue certainement la plus grave difficulté de la politique contemporaine. La politique révolutionnaire, qui seule a servi d'organe jusqu'ici à cette partie du problème social, n'a pu l'envisager encore que sous le point de vue insurrectionnel. Toute sa solution se réduit essentiellement d'ailleurs à déplacer la difficulté, en ouvrant artificiellement une issue plus ou moins large aux plus actives ambitions populaires; et c'est aussi ce que projette, à son imitation, la politique stationnaire, à cela près de la circonspection exagérée qui la caractérise habituellement. Mais cet irrationnel expédient, quelle que puisse être sa nécessité provisoire, laisse évidemment tout-à-fait intacte la question principale: une telle satisfaction, procurée à un petit nombre d'individus, ordinairement devenus ainsi les déserteurs de leur classe, ne saurait, à la longue, aucunement apaiser les justes plaintes des masses, dont la condition générale ne reçoit ainsi aucune amélioration décisive, à moins qu'on ne veuille décorer de ce nom les espérances, chimériques pour la plupart des individus, qu'entretient sans cesse l'appât dérisoire de cette sorte de jeu ascensionnel, non moins trompeur que tout autre jeu. Il est même incontestable qu'en développant des désirs démesurés, dont la commune satisfaction est impossible, en stimulant la tendance, déjà trop naturelle aujourd'hui, au déclassement universel, on ne décharge ainsi le présent qu'en aggravant beaucoup l'avenir, en suscitant de nouveaux et puissans obstacles à toute vraie réorganisation sociale. Telle est cependant, sur ce grand sujet, l'uniforme pensée des docteurs actuels. Ceux qui, de nos jours, ont le plus qualifié d'anarchique cette vaine solution, sont tombés, à cet égard, dans la plus étrange inconséquence, d'ailleurs éminemment dangereuse, en poursuivant encore davantage la méthode même qu'ils condamnaient, par l'inqualifiable proposition de supprimer directement toute propriété réelle; comme si cette absurde utopie pouvait, du reste, apporter au mal aucun remède durable. La masse de notre espèce étant évidemment destinée, d'après une insurmontable fatalité, à rester indéfiniment composée d'hommes vivant, d'une manière plus ou moins précaire, des fruits successifs d'un travail journalier, il est clair que le vrai problème social consiste, à cet égard, à améliorer la condition fondamentale de cette immense majorité, sans la déclasser nullement, et sans troubler l'indispensable économie générale. Mais une telle manière de concevoir la question est exclusivement réservée, par sa nature, à la politique positive, envisagée comme présidant à la classification finale des sociétés modernes. Quoique le développement d'une pareille recherche directe soit incompatible avec la nature essentiellement spéculative de ce Traité, je ne devais pas néanmoins négliger ici la mention sommaire d'un point de vue aussi important. En dissipant irrévocablement tout vain prestige, et rassurant pleinement les classes dirigeantes contre toute invasion de l'anarchie, la nouvelle philosophie pourra seule utilement diriger la politique populaire proprement dite, indépendamment de sa double efficacité spontanée, ci-dessus indiquée, soit pour détourner de l'ordre purement politique ce qui ressort de l'ordre intellectuel et moral, soit pour inspirer, à l'égard des maux finalement incurables, une sage et ferme résignation. On reconnaîtra d'ailleurs aisément, dans le cours de ce volume, que cette philosophie, en poussant nécessairement, à la tête du mouvement social, des capacités dont les droits légitimes sont presque aussi méconnus aujourd'hui que ceux des prolétaires, tend, par une liaison spontanée des têtes avec les bras, à imprimer à la cause commune un caractère de grandeur spéculative et de consistante unité, qui doit puissamment contribuer à son succès final, et qui ne saurait être autrement réalisé. Toute indication plus spéciale s'écarterait essentiellement de l'esprit spéculatif de cet ouvrage. J'aurai, du reste, dans la suite de ce volume, plusieurs occasions naturelles de faire directement sentir que la réorganisation spirituelle, en interposant habituellement, entre les ouvriers et leurs chefs, une commune autorité morale, aussi indépendante qu'éclairée, offrira plus tard la seule base régulière d'une paisible et équitable conciliation générale de leurs principaux conflits, presque abandonnés aujourd'hui à la brutale discipline d'un antagonisme purement matériel.

Quelque imparfaits que doivent être encore les divers aperçus généraux que je viens d'ébaucher, ils suffisent néanmoins, ce me semble, pour faire ici nettement pressentir les principales propriétés politiques qui doivent nécessairement caractériser la philosophie positive, indifféremment considérée quant à l'ordre, ou quant au progrès. C'est ainsi que cette nouvelle philosophie sociale, malgré sa sévère appréciation rationnelle des différens partis existans, peut naturellement trouver, auprès de chacun d'eux, un irrécusable accès général, en se montrant apte à créer des moyens plus efficaces d'atteindre le but respectif qu'il poursuit trop exclusivement. Une telle politique, convenablement appliquée, pourra utiliser, dans l'intérêt de la réorganisation finale, au profit commun de son ascendant graduel, tous les événemens importans que comporte l'état présent de la société, avant même que d'avoir pu aucunement y intervenir. Soit que, dans un triomphe momentané, chaque parti manifeste plus profondément son insuffisance sociale; soit, au contraire, que, dans le désespoir d'une grave défaite, il se montre plus disposé à accueillir de nouveaux moyens d'action politique; soit enfin qu'une sorte de torpeur universelle mette plus à nu l'ensemble des besoins sociaux; la nouvelle philosophie pourra toujours saisir aujourd'hui une certaine issue générale, pour faire uniformément pénétrer, par une opportune application journalière, son enseignement fondamental.

Toutefois, il faut, à mon gré, renoncer essentiellement d'avance, sous ce rapport, à toute vraie conversion de l'école rétrograde, intégralement considérée. Sauf d'heureuses anomalies individuelles, qui ne cessent d'être possibles, et qui pourront aujourd'hui même devenir plus fréquentes, il existe, entre la philosophie théologique et la philosophie positive, surtout à l'égard des idées sociales, une antipathie trop fondamentale, pour que la première puisse jamais apprécier suffisamment la seconde, malgré l'aptitude bien constatée de celle-ci à mieux satisfaire au besoin commun d'une vraie réorganisation: ici, comme en tout autre cas, la théologie s'éteindra nécessairement devant la physique, mais sans pouvoir se transformer, sous sa direction, au-delà de sa modification actuelle. Il faut d'ailleurs reconnaître, à ce sujet, que ce n'est point l'ordre, en général, que poursuit aujourd'hui l'école rétrograde, mais seulement un ordre unique et invariablement préconçu, auquel se rattachent surtout ou des habitudes d'esprit particulières, ou même l'instinct des intérêts spéciaux: en dehors de son exclusive utopie, tout lui semble également désordonné, et par suite, essentiellement indifférent. La politique stationnaire lui a même justement reproché, de nos jours, de prêter directement, aux plus pernicieuses tentatives de désordre, un coupable appui momentané, dans le vain espoir de pousser ainsi, avec plus d'énergie, à la restauration ultérieure de sa propre domination, qu'elle se flatterait de faire dès-lors accepter à la société, comme seule voie de salut contre une imminente anarchie matérielle. Dans son prétendu dévouement à l'ordre général, l'école rétrograde a donc fréquemment trahi sa disposition prépondérante à vouloir le moyen beaucoup plus que le but lui-même. Mais, l'école stationnaire, chez laquelle l'amour de l'ordre, sans être peut-être plus désintéressé au fond, est certainement, ce qui importe surtout, infiniment plus impartial, à raison même de son défaut caractéristique de principes propres et fixes, offrira spontanément, sous ce rapport, à la nouvelle philosophie politique, l'accès général auquel elle ne saurait raisonnablement prétendre auprès de l'école rétrograde. Quoique les vaines fictions métaphysiques de la politique constitutionnelle ou parlementaire tendent aujourd'hui à détourner gravement de la vraie solution, elles n'ont pu heureusement acquérir, sur le continent européen, un assez profond ascendant pour empêcher cette philosophie de faire utilement entendre sa voix rationnelle à une école aussi franchement disposée que l'est, certainement, en général, l'école stationnaire, à établir enfin, dans les sociétés modernes, un ordre vraiment stable, n'importe d'après quels principes. On peut donc espérer ainsi d'agir utilement, à un certain degré, sur cette partie essentielle du monde politique actuel.

Néanmoins, je ne dois pas dissimuler ici que l'école purement révolutionnaire me paraît être aujourd'hui la seule sur laquelle la politique positive puisse exercer directement une action vraiment capitale; parce que, malgré tous ses graves inconvéniens, que je n'ai certes nullement déguisés, cette école a seule maintenant un caractère essentiellement progressif, qui, en dépit de tous ses préjugés, lui tient l'esprit toujours ouvert à de nouvelles inspirations politiques. Son but principal, l'entière élimination du régime ancien, la politique nouvelle le poursuivra aussi spontanément, et d'une manière bien plus efficace, quoique simplement accessoire. Tout ce que ses doctrines propres renferment de provisoirement indispensable, sera naturellement absorbé par la politique positive, tout en repoussant à jamais les tendances anarchiques, auxquelles, quoi qu'on en puisse dire, l'école révolutionnaire a déjà cessé de tenir spécialement, sous la seule condition, dès lors pleinement remplie, du progrès effectif. Enfin, quoique l'ancien système soit certes assez décomposé maintenant pour permettre, et même pour exiger, l'élaboration directe de la vraie réorganisation sociale, on peut cependant prévoir aisément que le cours naturel des événemens, qui n'attend pas toujours nos lentes préparations philosophiques, déterminera, plus ou moins prochainement, soit en vertu même de notre état intellectuel, soit à raison des fautes commises par les gouvernemens actuels, de nouvelles explosions pratiques de la doctrine révolutionnaire, dont j'indiquerai plus tard les principaux caractères, et qui, dès lors malheureusement inévitables, deviendront peut-être même relativement indispensables, afin d'ôter radicalement, à la fatale apathie de notre vaine intelligence, tout espoir quelconque de satisfaire, sans aucun frais d'invention fondamentale, aux conditions essentielles du problème social, par cette chimérique reconstruction de l'ancienne philosophie politique, qui constitue aujourd'hui la ressource banale de tant d'esprits incompétens. Sans intervenir directement en de tels conflits, autrement que pour utiliser les enseignemens qu'ils font naître, la politique positive, qui les aura prévus, ne saurait prétendre à y troubler les derniers actes de prépondérance de la métaphysique révolutionnaire.

Du reste, cette nouvelle philosophie, essentiellement destinée, par sa nature, à imprimer un essor plus complet à toutes les diverses facultés réelles de notre intelligence, ne saurait, sans doute, tendre, à aucune époque, à atrophier une aussi importante disposition générale que celle qui constitue l'esprit critique proprement dit. Tout en le subordonnant désormais irrévocablement à l'esprit organique, elle lui ouvrira directement, comme je l'indiquerai en son lieu, de nouvelles et larges destinations politiques, bien autrement intéressantes que la fastidieuse reproduction actuelle des satires philosophiques du siècle dernier. Au lieu de continuer, au profit essentiel des avocats, une guerre monotone contre l'influence sacerdotale, l'esprit critique prendra, sans doute, une activité bien plus complète et plus incisive, en même temps que plus utile, lorsque, sous les inspirations générales de la philosophie positive, il entreprendra la démolition simultanée de toute puissance métaphysique ou théologique. En outre, les vrais élémens définitifs du nouveau système social ne prêteront que trop eux-mêmes, surtout dans l'origine, comme tous les pouvoirs naissans, à un large exercice direct, et plus ou moins continu, de l'esprit satirique, dont l'inévitable contrôle pourra exercer une très heureuse influence secondaire sur le développement graduel du caractère politique qui doit finalement appartenir à chacun d'eux. On ne peut donc douter, d'après un tel ensemble de motifs principaux, que la nouvelle philosophie sociale ne puisse justement espérer aujourd'hui de trouver, à divers titres, certains points d'appui naturels dans les sections les plus avancées de l'école révolutionnaire proprement dite. Quelles que soient cependant, même dans cette école, les dispositions favorables que puissent lui offrir les différentes parties du monde politique actuel, ces secours accessoires, très affaiblis d'ailleurs par une inévitable opposition de doctrines, ne sauraient évidemment dispenser, en aucune manière, cette philosophie de compter surtout directement sur sa supériorité scientifique, première et constante source de son ascendant graduel.