Couplées: Roman

Part 11

Chapter 113,011 wordsPublic domain

«--Pauline, ma petite Pauline, comprends-moi, mets-toi à ma place, grand Dieu! Tu sais bien que je t'aime tendrement, ma chérie, et plus que tout ici-bas, va, je te l'assure... D'ailleurs, j'en ai donné la preuve pendant toute ton enfance, et récemment encore, il me semble. Seulement, dis-toi qu'on ne peut pas oublier la gloire... Et la gloire, pour moi, c'est le théâtre. Or, j'étais libre, en somme...

--Et moi?

--Mais toi, voyons, tu te mariais! Tu n'y songes donc plus? c'est toi justement qui m'abandonnais... De mon côté, j'ai cru pouvoir recommencer une autre vie, conçois-tu? Puisque je ne devais plus t'avoir auprès de moi comme par le passé, j'ai cru pouvoir me retourner vers mes premières joies--ah, Pauline, des joies irrésistibles!

--Et moi, que faire à présent?

--Hélas, à présent!... Oh, nous sommes malheureuses, bien malheureuses... Et je ne le suis guère moins que toi! Crois-tu que cette horrible catastrophe ne m'atteigne pas aussi? Et ton chagrin, ton chagrin, j'en ai plus que ma part...»

Mais Pauline ne répondait plus. C'était Sylvie maintenant qui pleurait et dont la voix manquait. La jeune fille demeurait muette, la tête toujours baissée, les yeux cachés.

«--Au fond, vois-tu, reprit Sylvie, c'est peut-être un bien, que je rentre au théâtre. Mais oui: le monde va nous tourner le dos, ce dont tu te consoleras comme moi, je suppose. Et puisque tu vis dans l'attente, désormais, d'un pauvre petit être que nous serons deux à aimer et à choyer, eh bien, ma chérie, que tu te maries ou non, nous resterons ensemble comme autrefois, côte à côte. Je ne veux plus que tu me quittes. Nous sommes riches: nous narguerons les sots. Et si je retrouve sur la scène mes triomphes d'antan--nous serons deux à nous en réjouir.» Elle ajouta même en souriant: «Pardon, nous serons trois.»

Et avec des inflexions adorables de voix, avec des câlineries, avec ces mille façons délicates de séduire que vous ont les mères, avec ce ton de tendresse camarade qui n'appartient qu'aux s½urs, elle continua longtemps d'expliquer comment elles allaient se consoler de cette dure épreuve dans une intimité plus étroite et plus douce encore. Elle jouerait, elle reparaîtrait en scène, soit: mais Pauline serait toujours là, Pauline la ferait répéter, Pauline jugerait, accepterait ou refuserait les rôles. Et puis, on soignerait ensemble, on habillerait, on élèverait le petit qui allait venir. L'opinion? Bah!... on la materait.

«--Nous nous consolerons, tu verras», disait-elle. Elle le croyait. Pauline ne levait point la tête.

Tout à coup: «Mon Dieu! s'écria Sylvie. Et Sérigny que nous oublions... Cours vite t'apprêter! Avec Aérolithe, nous arriverons pour l'heure du train, mais ce sera juste. Pauvre Marc... Dépêchons-nous!»

Mais ici Pauline découvrit enfin ses yeux, des yeux tout étincelants de douleur. Marc? Il allait payer pour tous!

«--Vas-y seule!» s'écria-t-elle.

Sylvie joignit les mains: «Pauline! y penses-tu? Songe qu'on l'emmène, qu'on l'emporte sur une litière...

--Vas-y seule!» Puis se laissant aller de nouveau, peut-être par honte, peut-être pour mieux mentir, ou par dégoût, ou par fatigue: «Oui... C'est un spectacle que je ne me sens pas capable de supporter. Excuse-moi... Dis que je suis malade, que je souffre, que c'était au-dessus de mes forces... Dis ce que tu trouveras... Je ne peux pas!»

Il fallut bien que Sylvie se résignât: l'heure pressait. Lorsqu'elle eut sauté dans la voiture légère, le cocher lui présenta les guides: «Oh, non, fit-elle, non. Menez vous-même. Et vite!»

Elle ne parvint à la gare de Sérigny que dix minutes avant le train de Paris. Sur le quai, se profilait l'humble silhouette de mademoiselle Marguerite Thierry, puis une figure hautaine qui n'était autre que celle de madame Poron. Non loin se tenaient des infirmiers. Et parmi tout ce monde gisait une litière chargée de couvertures, sous quoi l'on distinguait à peine une forme livide, lugubre, immobile: Marc.

Jamais, non, jamais, durant toute sa vie tumultueuse, Sylvie Montreux ne devait rencontrer un regard plus misérable que celui dont Marc l'accueillit quand il comprit qu'elle arrivait seule! Elle s'était penchée, il lui prit la main:

«--Comment, gémit-il presque bas, n'est-elle pas venue?»

Sylvie voulut répondre. A quoi bon? Sans cesser de lui tenir la main, Marc avait détourné la tête.

Et il demeura ainsi, incapable de remuer même les lèvres, jusqu'à ce que le train ayant stoppé en gare, les infirmiers eussent chargé sur un wagon leur pitoyable colis humain.

IV

Marc ne tolère plus que la compagnie de sa s½ur Marguerite...

Marc est étendu sur sa chaise longue, dans la chambre qu'on a mise à sa disposition au lycée François Ier. Il a pu de sa fenêtre voir tomber, depuis deux mois, les dernières feuilles des arbres; et le meilleur moment de ses journées est encore celui où, pendant la récréation, les jeunes lycéens lui donnent le spectacle quotidien d'une partie de foot-ball, ah, bien mal ordonnée, mais enfin consciencieuse. Alors, Marc suit et s'amuse un peu: il voudrait diriger ces petits. Puis, à la cloche, tout se tait, la cour devient déserte. L'infirme retombe dans sa lourde tristesse.

L'infirme!... Car il sait, maintenant: il a interrogé, d'homme à homme, le chirurgien.

Cependant, c'est fête aujourd'hui: le docteur a décidé que son malade pourrait dans trois jours faire quelques pas, descendre l'escalier, porté à bras, mettre le nez dehors. Aussi doit-on venir tout à l'heure lui prendre mesure pour une canne et une béquille, une jolie béquille. Marc attend le marchand de béquilles.

Pendant ces deux longs mois de martyre, son beau visage, devenu blême, a tristement maigri: les yeux s'y sont enfoncés, les épaules remontent, la tête penche, la bouche désespérée s'est distendue. Il parle presque bas.

«--Marguerite... Qu'est-ce que papa a dit hier soir à dîner, quand il a appris la nouvelle?

--Dame! tu sais comme il est. Il s'est répandu en considérations, et a déclaré que tu aurais bien pu différer encore pour rendre sa parole à mademoiselle Levaître. Que celle-ci s'était beaucoup hâtée d'accepter sa liberté; qu'il n'aurait pas cru que cela dût se passer si simplement...

--Assez. Hector a-t-il apporté la valise que j'avais demandée?

--Oui. Elle est dans l'antichambre. Veux-tu que j'aille te la chercher?

--Tu serais gentille... Mais sonne plutôt: elle doit être lourde, cette valise.

--Ma foi, c'est vrai. Elle contient donc tout ton appartement?

--Bah, ce sont des bibelots et des revues qui étaient restés chez moi et qui me manquaient. Quand on est impotent, on devient maniaque.»

Hector, mandé, s'en fut quérir la valise.

«--Mets-la ici, à ma portée. Tu as la clef? Donne-la.

--Voilà, monsieur.

--Bien. Je n'ai plus besoin de toi. Tu ne viendras que si je t'appelle.»

Hector parti, un silence léger se fit. Puis: «Marguerite, demanda Marc, te rappelles-tu exactement à combien de jours remonte la dernière visite de ces dames?

--Mais... à six jours, il me semble. Oui, six jours.

--L'autre semaine, elles n'étaient restées que cinq jours sans venir, n'est-ce pas?

--Mon Dieu... oui, peut-être.

--Et la semaine d'avant, trois seulement?

--Je ne me rappelle plus.

--Si, si....» Et Marc ajouta tout bas: «Pendant le premier mois, elles montèrent quotidiennement. Puis elles ont manqué une fois, puis ne vinrent que tous les deux jours, puis...»

A cet instant, un pas résonna dans le corridor. C'était M. Thierry qui voulait voir son fils.

Le proviseur Thierry coulait des jours plus heureux depuis l'accident. Car on n'avait nullement tenu rigueur au jeune homme, dans sa famille, de s'être brisé le col du fémur. Au contraire: il allait se trouver estropié maintenant, et par conséquent reprendre une vie régulière, sans s'amuser davantage à remporter des championnats de boxe et à épouser des jeunes filles millionnaires avec lesquelles on était au plus mal. On lui taillerait une petite place honorable sur le budget de l'Etat. Il aurait un peu à travailler, il ne commettrait plus d'excentricités; et tous ces bienfaits pour une infirmité qui n'était point dégoûtante. C'était donné.

«--Eh bien, mon grand, cela va mieux? Ainsi, c'est pour après-demain, cette sortie? Je me promets une grosse émotion à te voir faire dans la cour tes premiers pas.

--Une émotion... agréable?

--En doutes-tu?

--Tu sais que j'aurai des béquilles, et qu'ensuite je boiterai?

--Pour un temps, pour un temps... Et puis, Marc, il ne suffit tout de même point de se trouver en équilibre sur ses deux jambes pour être heureux ici-bas.

--Chacun son goût, mon père. Mais excuse-moi: je suis très fatigué.

--Je te laisse, je te laisse.»

Et ils se serrèrent la main. Alors, se tournant vers sa s½ur: «Laisse-moi aussi, ma petite Marguerite, veux-tu bien? fit Marc. Je suis las. Je vais feuilleter mes souvenirs. Après, je dormirai.»

Comme elle sortait, il la rappela: «Marguerite!... Ecoute: on m'a dit, un jour, que c'était de ma faute si ton mariage avec Antonin n'avait pas réussi. Est-ce vrai?

--Pas du tout. Au fond, je ne pouvais pas le souffrir.

--En ce cas... tu ne m'en veux pas?... Tu... n'as rien à me reprocher?

--Mais non, mais non...

--Eh bien... embrasse-moi. Pourquoi pleures-tu?»

Quand elle eut disparu, Marc se mit en devoir d'ouvrir la précieuse valise. Tant de vieilles revues et tant d'objets divers la remplissaient qu'il dut prendre bien garde que tout ne se répandît par terre. C'étaient les médailles, les prix qu'il avait gagnés dans sa carrière d'athlète; c'étaient les cadeaux qu'on lui avait faits; c'étaient des photographies, des coupures de l'Argus et les feuilles innombrables où l'on avait publié son portrait; c'étaient, dans un coin, les lettres de Sylvie, et tout à coté, soigneusement cachetées, celles de Pauline.

Il commença lentement à dépouiller, à parcourir. Il se retrouvait porté en triomphe, à Roubaix, acclamé après sa victoire sur Sam Hawson, comme il l'avait été après son acquittement de Rouen; il se revit figuré de face, de dos, de profil, dans tous les costumes, en veneur, en dragon, à la suite de ses raids au régiment; puis chez lui, à la promenade, au Bois, au Racing-Club, au collège même. Il relut les récits de ses principaux exploits, du plus dangereux surtout, de celui pour lequel il avait dépensé la plus folle énergie: ce parcours Fécamp-Yport à la nage, tout seul...

Il examina bibelots et médailles, soupira, et atteignit enfin la photographie spécialement éditée pour lui à Rome, l'image du svelte et splendide Apoxyomène! Il se plut une dernière fois à la comparer avec ceux de ses portraits où il se trouvait en tenue de gladiateur, à peu près nu: oui c'était bien cela... Osant ensuite saisir un miroir sur le guéridon proche, l'athlète déchu s'y mira: hélas!

Allons, le moment était venu: repoussant quelques paperasses et plusieurs écrins, Marc tira du tréfonds de la valise son revolver de poche et la petite boîte qui contenait les cartouches. Il le chargea. Il attendit: son coeur battait.

Allons! Mais aux plus braves, il faut une émotion suprême qui leur pousse le doigt et les décide...

Hector cogna à la porte. L'arme vivement cachée: « Entre! Qu'y a-t-il?

--Monsieur, c'est le marchand de béquilles...»

Marc sentit le rouge lui monter au front: «Hector! fit-il, viens ici. Prends ces deux paquets de lettres. Mets-les dans le feu. Non, non, pas comme cela: sur la bûche du milieu... Bien. Maintenant, va trouver cet homme, et dis-lui qu'il s'en aille, qu'il ne revienne plus! Je n'userai pas de ses béquilles.

--Mais, monsieur...

--Je t'ordonne d'y aller! Ferme la porte derrière toi--et que personne ne m'ennuie plus!»

Puis, demeuré seul, Marc Thierry leva vers sa tempe une main qui ne tremblait pas, et le coup partit.

V

Dans l'église Saint-Etienne-du-Mont, tendue de noir, le philosophe Poron, mari de madame Poron, née Thierry, se lamentait tout bas. Décidément, il avait eu tort de venir à l'enterrement de ce Marc, puisque la plus élémentaire sagesse démontrait clairement qu'un homme qui se tue manque à son devoir social.

Cependant cette fameuse baronne Levaître, dont la réapparition prochaine sur les planches n'était plus un secret pour personne, allait sans aucun doute se trouver à l'église, et probablement au cimetière. Jamais le philosophe Poron n'avait vu cette dame; c'était à peine s'il en gardait un souvenir confus pour l'avoir entendue voici quelque dix ans. Cette considération, si elle ne changea certes point ses principes, piqua toutefois sa curiosité.

Aux dernières nouvelles enfin, il apprit que l'on s'était ému en haut lieu, qu'on avait formulé des condoléances et qu'un envoyé du ministre assisterait probablement aux obsèques. Du coup, toute la sagesse de notre moraliste ayant pris un autre cours, il s'aperçut soudain qu'il était plus digne d'un esprit élevé de savoir pardonner des fautes aux défunts que de les leur reprocher éternellement.

Mais pourtant, qu'il est téméraire de se déjuger ainsi, par une impulsion du sentiment et sur un simple retour de la pensée! M. Poron, maintenant que l'office prenait fin, maintenant qu'on disait l'absoute, maintenant que l'on se formait en cortège pour aller au cimetière, M. Poron sentait croître en lui une profonde amertume. Ni Sylvie Montreux, ni l'envoyé du ministre n'avaient été signalés à l'enterrement.

On n'y avait vu que toutes sortes de cousins et de parents qui n'eussent point salué Marc dans la rue tant qu'il était vivant, mais qui ne laissèrent point d'arriver en foule pour contempler un père affligé, une soeur en larmes, des gens en deuil et un lourd cercueil que l'on allait descendre en terre. On put remarquer aussi quelques-uns des plus fervents admirateurs de Marc, ceux qui sanglotaient d'enthousiasme lors des matchs de l'an passé. Tous, en quittant Saint-Etienne-du-Mont, parurent sincèrement touchés: «Le pauvre garçon... Quelle horrible fin!» Puis, à chaque tournant de rue, il en disparut un.

Amédée Paqueret seul, très vieux, très las, marcha derrière la famille jusqu'au cimetière. Il se survivait, l'extravagant chimérique, pour la troisième fois. Après Richenoire, après Vouzy, son ultime rêve avortait encore. Après l'effondrement de Jugurtha, celui de Marc Thierry...

Héroïquement, et non sans avoir versé peut-être les dernières larmes de sa vie, le vieillard demeura jusqu'au bout. Puis il s'en fut d'un pas lourd s'asseoir seul à l'écart.

Quand tout le monde enfin se fut écoulé, quand le dernier petit cousin eut disparu et que les ouvriers mêmes eurent laissé le chemin désert, Amédée Paqueret attendit un peu, écouta, puis descendit jusqu'à la porte du cimetière. Il fit un signe. Une voiture s'avança, dont deux femmes sortirent. Sans avoir prononcé un mot--pourquoi faire?--Amédée les conduisit devant la tombe.

Pauline et Sylvie s'y agenouillèrent. Pauline et Sylvie pleurèrent ensemble, puis ensemble se sont levées, et l'une au bras de l'autre, suivies de Paqueret, en allées. Le silence tomba.

Marc était complètement enterré.

SIXIÈME PARTIE

EPILOGUE

ÉPILOGUE

Le petit Luc venait de naître, au début de l'été, dans une des plus riantes villas qui bordent le lac de Côme.

Et Pauline, encore couchée, se trouvait par un certain après-midi tout étincelant de soleil, assez contente. Elle ne contemplait pas sans plaisir les flots de dentelles admirables dont on l'avait parée comme une relique. Quelque sensualité la flattait à tourner sa tête languissante sur un oreiller qu'une princesse de Golconde eût à peine osé froisser. Rien qu'à voir le berceau du petit, d'ailleurs, on se fût cru déjà dans un monde enchanté, dans un palais de féerie. Des musiques lointaines et tous les parfums d'Italie entrant par la fenêtre ouverte achevaient presque l'illusion.

Sylvie, qui ne jouait plus à Paris, la saison théâtrale ayant pris fin, était venue s'installer près de sa belle-fille dans ce pavillon de marbre, dont les jardins s'étendaient jusqu'à l'eau du lac.

De son lit, Pauline apercevait plusieurs arbres qui semblaient en extase dans la clarté. Et très doucement, elle se laissait un peu aller, écoutant avec un léger battement de coeur le bruit presque imperceptible du bambin qui dormait là, tout contre, dans le somptueux berceau.

Mais croyez-vous cependant qu'elle soit apaisée, que son démon secret ne la tourmente plus, que c'en soit fait de toutes ses rancoeurs, de toute son envie? Non pas! Le premier cri même de son fils n'a point chassé de sa mémoire le bruit des applaudissements dont, voici quelques mois, elle endura le supplice, ni le souvenir torturant de la foule debout, qui acclamait Sylvie. Pauline avait subi cette longue, cette angoissante soirée de première; Pauline avait suffoqué de douleur et d'admiration au triomphe public de sa chère rivale. Puis, presque tout de suite après, il lui avait fallu s'aller cacher, seule, sur cette rive du lac de Côme. Mais encore aujourd'hui, elle n'a rien oublié, si bien qu'en embrassant un matin Sylvie, dans l'émotion profonde qui les étreignit toutes deux devant le berceau où l'on venait de poser le petit Luc: «Ecoute, murmura faiblement la jeune mère, écoute: je veux entrer... moi aussi... au théâtre... Promets-moi ton appui et tes leçons. Si!... je le veux. Ce sera mon cadeau de relevailles. Promets-moi...»

Sylvie avait promis. Ceci, pensait-elle, s'arrangerait comme le reste! L'extraordinaire actrice se croyait maintenant presque tout à fait surhumaine, presque tout à fait fée. Elle avait de nouveau fait délirer Paris. Son succès avait dépassé toutes les bornes connues. Et c'était seulement après quatre mois d'une ivresse continuelle qu'elle avait enfin pu se sauver juste à temps pour s'en venir bercer ici son petit-fils.

Faut-il ajouter que déjà Ambroise Drayfus lui avait présenté pour la rentrée, humblement, presque avec des excuses, un rôle composé sur mesure par le meilleur artiste de l'année?

Quant à Paqueret... Eh bien, mais justement, Pauline l'attendait: il s'arrachait pour quelques jours à la _Race Pure_ et au _Pneu_ afin de faire connaissance avec son nouveau filleul.

Et ce fut tout souriant qu'il arriva, le fol Amédée, et qu'il entra dans la chambre en compagnie de Sylvie. Puis, dès qu'on lui eut montré Luc, dès qu'on lui eut mis ce marmot sur les bras, voilà que notre extravagant se trouva tout à coup la gorge serrée et les yeux troubles. Il lui semblait qu'il fût soudain, lui aussi, devenu grand-père. Une tendresse immense avec un enthousiasme subit pour ce beau petit gars s'emparèrent de lui:

«--Pauline! s'écria-t-il, il est superbe, ton fils! Quand il aura douze ans, tu me le confieras. Je m'en charge. J'en ferai un athlète, j'en ferai un héros. Je l'élèverai, tu verras, je le lancerai, il deviendra le premier homme de France! Je...»

Etc. etc...

FIN

TABLE

Première partie. --En Hariale 1 Deuxième partie. --A la Voie 55 Troisième partie.--Le Change 109 Quatrième partie.--Bien Allé! 169 Cinquième partie.--Jugurtha 225 Sixième partie. --Épilogue 267

Imprimerie générale de Châtillon-sur-Seine.--A. PICHAT.