Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 8

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Que le susdict ministre Textor, après avoyr négocyé en ceste court, est passé en Ollande, et va trouver le comte Ludovic, de la part du dict La Noue, ce qui monstre que les Allemans et Flammantz, et Angloys, protestantz, sont de mesmes intelligence avec les Huguenotz, et qu'il y a quelque secrette confédération entre toutz eulx; à laquelle l'on contrainct ceste princesse de secrettement y adhérer, sur l'impression qu'on luy donne que le Roy s'est de nouveau ligué, avec le Pape et le Roy d'Espaigne, contre les dicts Protestantz et contre elle;

Qu'il n'y a chose que le dict Textor rejette plus loing que toutz propos de paix, et dict qu'on n'a garde de poser ceste foys les armes, sans avoyr bien accommodé et estably, avec toute seureté, le faict de leur religyon: dont semble que le Roy doibt préparer ses forces pour n'estre contrainct de ses subjectz, ains pour les contraindre, eulx, d'accepter, de luy, les condicions qu'il leur voudra bailler;

Que plusieurs particulliers, icy, font provision d'armes et de monitions de guerre, que le dict de La Mothe souspeçonne estre pour en accomoder le dict de Montgommery; et se dict que envyron quatre centz gentilshommes, ou soldatz, anglois, se préparent pour l'aller trouver, à quoy icelluy de la Mothe s'opposera, le plus qu'il luy sera possible;

Que le cappitaine Girons, de Dieppe, a une entreprinse d'aller, avec quelques siens navyres de guerre, brusler la Salamandre, et aultres vaisseaulx, qui sont dans le hâvre de Dieppe, et mettre le feu dans la ville, s'il peut, affin d'essayer si, par ce désordre, il pourroit surprendre le chasteau: à quoy le dict de La Mothe a mandé, par deux voyes, à Mr de Sigoignes, d'y prendre garde;

Que le vidame de Chartres promect bien tousjours de ne s'entremettre de rien contre le service du Roy. Néantmoins il semble que la nécessité le contreigne de sortir d'icy, et qu'il dellibère d'aller trouver le prince d'Orange ou le comte Palatin; dont le dict de La Mothe l'a prié de ne vouloir partir, sans le fère sçavoyr au Roy: et il luy a dissimulé qu'il eût volonté de s'en aller.

CCCLXXVIIIe DÉPESCHE

--du dernier jour d'apvril 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Nouveaux détails de la précédente audience---Efforts de l'ambassadeur pour rassurer Élisabeth sur la crainte d'une ligue, formée contre elle, par le roi et le roi d'Espagne.--Grands armemens faits à Londres.--Nouvelles d'Irlande.--Secours préparé pour Montgommery.--Projet d'Élisabeth d'envoyer un député en France.

AU ROY.

Sire, je vous ay mandé, par mes précédentes, comme, entre aulcuns propos de ma dernière audience, la Royne d'Angleterre m'avoit touché, en passant, qu'on avoit opinyon que Vostre Majesté s'estoit, de nouveau, ligué avec le Roy d'Espaigne contre les Protestantz; et que, sans la faveur et assistance qu'aviez promis de luy fère, il n'eût poinct entreprins d'envoyer son armée de mer par deçà, parce qu'il n'y avoit pas ung port qui fût à sa dévotion. A quoy ma responce a esté que Vous, Sire, et luy, pareillement, aviez assez à fère, chascun en vostre propre estat, sans vous obliger, ny vous entremettre, de celluy de l'aultre, et que voz prétancions estoient diverses, tendans, les vostres, principallement à troys choses: à bien assurer la paix en vostre royaulme, bien establyr les affères du Roy de Pouloigne, vostre frère, et conduyre à quelque bonne fin le propos que pourchassés d'elle avec Monseigneur le Duc, vostre aultre frère; et qu'en tout cella Vostre Majesté n'avoit besoing de se liguer contre les Protestantz; et que le Roy d'Espaigne prétandoit, de son costé, de saulver ses Pays Ras, et de soubstenir la guerre contre le Turc; dont elle pouvoit voyr que vostre intérest et le sien n'avoient rien de commun; et que vous estiés entré en ligue avec elle, en laquelle, si elle vouloit bonnement et droictement persister, vous n'aviez garde d'en chercher d'autre, mais, s'il vous apparoissoit qu'en lieu de vous ayder, elle s'efforçât ouvertement, ou soubz main, de vous nuyre, qu'elle vous donroit grande occasion de rechercher le Roy d'Espaigne, et de prendre party avecques luy; néantmoins que je ne pensois qu'il y eût, à présent, aultre chose, entre vous deux, sinon, possible, qu'il vous avoit demandé le passaige libre pour son armée, comme j'estimois qu'aussy avoit il faict à elle, et que, à mon advis, ny vous, ny elle, ne voudriés, en une si juste entreprinse, comme sembloit estre la sienne, le luy refuzer.

Elle m'a réplicqué que, voyrement, luy avoit, le Sr de Sueneguen, depuis huict jours en çà, parlé du dict passage, et luy en avoit baillé lettre de son Maistre; et qu'elle luy avoit respondu qu'elle s'esbahyssoit par trop comme, en tant d'ouverte amityé, que le Roy d'Espaigne luy monstroit, il luy portoit une si occulte inimytié que d'entretenir et extipendier ses rebelles, en ses pays, et mesmes qu'il les retiroit près de luy, ainsy comme, à présent, elle entendoit qu'il avoit faict venir en Espaigne Wesmerland, Acres, Merley, et aultres, leurs semblables; et qu'elle me vouloit dire, en ung mot, qu'elle ne creignoit nullement le Roy d'Espaigne, et qu'elle avoit desjà pourveu qu'il ne luy peût, avec sa grande armée qu'il préparoit, ny avec ses nouvelles ligues, ny avec l'intelligence de ses rebelles, fère aulcun dommage.

Dont j'entendz, Sire, qu'elle a mandé renforcer d'armes et d'artillerye, d'hommes et de monitions, toutz les forts, qui sont le long de la coste, et toutz les portz de ce royaulme, et ordonné de mettre en mer toutz ses grandz navyres, excepté seulement quatre; et qu'il en sortira six, devant le XVe de may, avitaillés pour deux moys, ainsy que desjà l'on faict venir trois mille marinyers pour mettre dessus; et, dans le Xe de juing, sortiront les aultres XVIII avitaillés pour ung moys; mais toutz extrêmement bien pourveus de toutes choses nécessayres pour ung combat. Néantmoins elle n'a ordonné encores, pour toute ceste dépence, que trente cinq mille escus, d'extraordinayre, là où il en fault quatre vingtz mille, si toutz les navyres sortent, oultre le coust des poudres. Et plusieurs particulliers, à la chaleur de cest armement, arment aussy en divers endroictz de ce royaulme. Ce qui semble requérir, Sire, que, le long de vostre coste, l'on soit adverty de mettre toutes choses en bon estat et de s'y tenir sur ses gardes.

Au regard des choses d'Irlande, il semble que ceste princesse les veuille terminer par accord, et, à cest effect, elle a envoyé, ez archives de Windesor, fère chercher certaynes capitulations, faictes envyron l'an quarante cinq, par aulcuns principaulx O'Nels du pays, avec le feu Roy Henry, son père, affin de les renouveller avec eulx.

Et quand aulx choses de France, le jeune La Moyssonnyère, normand, s'appreste, le plus secrettement qu'il peut, pour aller trouver le comte de Montgommery, avec quarante ou cinquante françoys qu'il ramasse par deçà. Et, au reste, il ne se remue rien, à présent, entre les Angloys, de ceste matyère, attandant que les nouvelles, qui viendront, tant de vostre court, que du costé des eslevez, leur monstrent comme s'y gouverner; dont je prie Dieu qu'elles soient sellon vostre desir. Et sur ce, etc.

Ce XXXe jour d'apvril 1574.

_Par postille à la lettre précédente._

Je viens, tout à ceste heure, d'estre adverty que, sur une dépesche, qui est arryvée du docteur Dayl, ceste princesse a prins une soubdayne résolution de vous envoyer, dans deux ou trois jours, ung gentilhomme. Je mettray peyne d'entendre, le plus avant que je pourray, de sa légation, affin de la vous mander; et ne le lerray partir, s'il m'est possible, sans l'accompaigner de l'ung des miens, tant pour l'observer que pour le fère bien recevoyr.

CCCLXXIXe DÉPESCHE

--du IIIe jour de may 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)

Audience.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle a résolu d'envoyer le capitaine Leython en France pour s'informer de la santé du roi, connaître le véritable état des choses, offrir sa médiation, et savoir les causes de la mise en arrêt du duc d'Alençon.--Efforts de l'ambassadeur pour retarder le départ du capitaine Leython.--Crainte que lui inspire cette mission.--Prière pour qu'un bon accueil soit fait à l'envoyé d'Élisabeth.

AU ROY.

Sire, suyvant ce que je vous ay mandé, par le postille de ma précédente, du dernier du passé, que ceste princesse avoit dellibéré d'envoyer ung gentilhomme devers Vostre Majesté, elle, premier que de le dépescher, a bien voulu m'en parler, et m'a envoyé prier que je la vînse trouver à Grenvich; auquel lieu, après aulcunes parolles de la diverse façon de ceste audience, en laquelle elle se trouvoit requérante, au lieu que j'avoys accoustumé tousjours de requérir, elle m'a dict:

Qu'ayant considéré la diversité des choses qu'on mandoit de France, elle avoit escript à son ambassadeur qu'il fît dilligence de sçavoyr, le plus près qu'il pourroit, le vray estat d'icelles, affin qu'elle peût uzer, là dessus, vers Vostre Majesté, du debvoir, en quoy vostre commune confédération, et vostre mutuelle amityé, l'obligeoit; et qu'il luy avoit freschement escript qu'il avoit eu deux audiences de Voz Majestez Très Chrestiennes, et qu'encor que ne fussiés bien guéry de la fiebvre quarte, que néantmoins vous n'aviez layssé de bien fort bénignement l'ouyr, et pareillement la Royne, vostre mère, l'avoit escouté, aultant qu'il avoit voulu, et luy avoit amplement respondu; et que, de là et d'aulcuns aultres advertissementz, qu'on luy avoit donné, d'ailleurs, il l'avoit maintenant esclarcye, le plus qu'il avoit peu, comme le tout alloit, dont estimoit toucher maintenant à elle de vous envoyer visiter sur trois occasions:

L'une, de vostre malladye, pour vous tesmoigner combien elle en avoit de déplaysir, et combien, de bon cueur, elle desiroit vostre santé; l'autre, sur les troubles de vostre royaulme, pour vous offrir ce qu'estimeriés qu'elle peût fère pour la conservation de vostre authorité, car elle seroit preste de vous y assister de toute sa puissance; et la troysiesme, pour se condouloir de ceste plus privée et domesticque calamité du souspeçon, qu'on vous avoit donné, de Monseigneur le Duc, vostre frère;

Et que, sur ceste dernière, elle me vouloit dire librement que, si, en nulle des deux entreprinses, de St Germain, ny du boys de Vincennes, ny en nulle aultre occasion du monde, Mon dict Seigneur se trouvoit, peu ny prou, coupable vers la personne ny l'estat de Vostre Majesté, qu'elle protestoit de ne le voyr jamays, car elle n'avoit d'amityé avecques luy, qu'aultant que Vous mesmes et la Royne, vostre mère, y en aviez voulu mettre; et n'y en pouvoit jamays avoyr d'aultre que celle que vous y establiriés, parce qu'elle faysoit principalement estat de la vostre. Néantmoins, si les choses alloient ainsy, comme aulcuns disoient, que Mon dict Seigneur eût esté adverty, par des siens, de prendre garde à luy, parce qu'on vouloit attempter à sa personne, et que, sur cella, il eût pensé de se retirer en quelque lieu pour, de là en hors, fère entendre son faict à Vostre Majesté, et à là Royne, vostre mère; et que, pour ceste occasion seulement, vous fussiés entré en quelque deffiance de luy, qu'elle estimoit que, pour chose si légière, Vostre Majesté luy debvoit avoyr espargné l'escorne et l'escandalle de mettre en doubte qu'il ne vous ayt tousjours esté très fidelle et très obéyssant frère et subject; et qu'elle vouloit encores passer oultre, de tant que Vous et la Royne, vostre mère, l'aviez tant honnorée que de la rechercher d'alliance pour luy, et que luy mesmes s'estoit offert à elle, bien qu'ilz ne fussent, ny, possible, seroient jamais l'ung à l'autre; néantmoins y ayant, elle, faict desjà quelque responce, si, d'avanture, aulcuns particulliers s'estoient cependant ingérés de mener une si pernicieuse trame que de vous avoir faict mettre la main sur luy, en deffaveur du dict propos, et pour l'interrompre, qu'elle estimoit toucher, par trop, à son honneur, de s'en ressentir contre eulx, en toutes les façons qu'elle pourroit, et qu'indubitablement elle se mettroit en son debvoir de le fère; et que ces trois occasions l'avoient faicte résoudre de vous envoyer promptement le cappitaine Leython, espérant qu'auriés agréable, et prendriés de bonne part sa bonne et saincte intention; laquelle ne tendoit qu'à vostre honneur, et à l'honneur des vostres, et à vostre repos.

Je luy ay respondu que je ne pouvois sinon beaucoup louer, et la remercyer infinyement du propos qu'elle me venoit de tenir, voyant la grande considération, qu'elle y avoit, de la santé de Vostre Majesté, du repos de vostre royaulme, et de l'union de Mon dict Seigneur le Duc à vostre parfaicte intelligence; et que sa légation là dessus ne pourroit estre sinon très honnorable pour, elle, et convenable au besoing qu'aviez d'estre, en ce temps, visité, conseillé et assisté des princes de vostre alliance; et que, pour le regard du dernier poinct, je luy avoys faict voyr ce que Mon dict Seigneur le Duc m'avoit luy mesme escript, du Xe du passé, comme il n'avoit eu, ny n'auroit jamays, aultre volonté que de se conformer, en tout et par tout, à la vostre; et que je la supplioys de ne vouloir penser aultrement de luy qu'ainsy que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, en avoient respondu à son ambassadeur; et que, si elle vouloit avoyr pacience de dépescher le dict cappitaine Leython, jusques à ce que j'eusse receu lettres de Vostre Majesté, je l'informerois si clèrement de la vérité de ce qui en estoit, qu'elle le pourroit, puis après, fère partir avec plus de fondement.

Elle m'a réplicqué que les advertissementz, qu'elle avoit, n'estoient légiers, ny vains, et que pourtant elle ne vouloit plus temporiser là dessus, et si, vouloit que le dict Leython fût plus tost par dellà, qu'on ne sceût qu'elle le vous eût dépesché.

J'ay adjouxté que je la supplioys donc de deux choses: c'est que je le peusse accompaigner d'ung mien gentilhomme, pour le fère traicter et bien recevoyr partout, et qu'elle le voulût adresser seulement à Voz Majestez, et le charger de ne fère, ny dire, ny uzer, en ce temps, sinon ainsi que luy ordonneriez.

Elle m'a respondu qu'elle m'accordoit volontiers ce dernier, et mesmes de ne voyr poinct Mon dict Seigneur le Duc; s'il ne vous playsoit, mais qu'au reste il n'estoit poinct besoing de tant de traictement au dict Leython, et qu'elle vouloit qu'il y allât fort secrettement. Et puis a adjouxté certaynes plainctes d'aulcuns de leurs navyres marchandz, qui ont esté nouvellement assallis par des françoys, et du peu de justice qu'on leur administroit en France; ce qui animoit les Angloys de s'en vouloir revencher.

A quoy je n'ay esté court de luy bien respondre que ceulx, qui faysoient l'injure et la violence, se pleignoient. Dont, Sire, ayant considéré le langage et les contenances de la dicte Dame, l'altération en quoy son ambassadeur, qui est par dellà, semble l'avoyr mise, l'estroite négociation que le Sr de Montleroy, venant de Ollande, a eu avec aulcuns de son conseil, premier que de se rembarquer pour la Rochelle, et l'advancement qui se met en l'accord des Pays Bas, je suis tombé en de nouvelles souspeçons; lesquelles il vous plerra entendre du Sr de Sabran, présent porteur, qui, pour en éviter encores de plus grandes, je l'ay bien voulu joindre au voyage du dict cappitaine Leython. Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de may 1574.

A LA ROYNE.

Madame, encor que le prétexte, que la Royne d'Angleterre prend, d'envoyer présentement Me Leython, cappitaine de Grènezay, devers Voz Majestez, soit sur une occasion si honneste et pleyne d'honneur que je n'ay ozé bonnement le luy contredire, si ay je essayé, par divers moyens, de l'en divertyr; ou aulmoins qu'elle voulût prolonger son partement, jusques à ce que j'aurois receu quelque pacquet de France, par où elle peût donner plus de fondement à ce voyage; mais il semble que le docteur Dayl la luy ayt baillée si chaude, qu'elle prend pour ung grand poinct d'honneur de ne temporizer en cella une seulle heure. Dont, de tant que plusieurs choses concourent maintenant avec ceste cy, je fay aulcunes conjectures là dessus qui ont beaucoup de vraysemblable; lesquelles le Sr de Sabran, qui va avec le dict Leython, vous dira; et je supplie très humblement Vostre Majesté de les considérer, et qu'au reste elle veuille fère bien recevoyr, et fère bien traicter et gratiffier le dict Me Leython, parce qu'il est tenu en quelque bon compte de sa Mestresse et en ceste court, et est parant, et bien fort favory, du comte de Lestre.

J'ay admené beaucoup de raisons à la dicte Dame pour la persuader que, sans s'arrester à l'apparence des choses, qu'aulcuns qui, possible, ne les cognoissoient ny les entendoient, luy pourroient avoyr escripte, elle voulût demeurer ferme au bon propos dont Voz Majestez Très Chrestiennes l'avoient recherchée, et la recherchoient encores, plus que jamays, pour Monseigneur le Duc. A quoy elle m'a respondu qu'il falloit que le temps luy monstrât comme elle auroit à s'y conduyre, et qu'elle avoit à vous fère une querelle de ce que vous aviez aulcunement dissimulé à son ambassadeur la détention de Mon dict Seigneur le Duc.

Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de may 1574.

Je vous suplie très humblement, Madame, de monstrer au dict Leython que Voz Majestez ont très bonne opinyon et grande confiance du comte de Lestre; car il importe de tout ce que pouvez desirer de ce royaulme, que le reteigniés en vostre dévotion, et est nécessayre que le gratiffiés de quelque honneste présent.

CCCLXXXe DÉPESCHE

--du Xe jour de may 1574.--

(_Envoyée jusques à la court par l'homme de Mr Brullard._)

Audience.--Complot de Saint-Germain.--Arrestation de Coconas et de La Mole.--Dispositions prises par le roi pour rétablir la paix.--Justification du duc d'Alençon et du roi de Navarre.--Intercession d'Élisabeth en faveur de La Mole.--Déclaration concernant Montgommery.--Assurance donnée par l'ambassadeur à Élisabeth, que Mr de Montmorenci n'a pas trempé dans le complot.--Plaintes d'Élisabeth au sujet des prises faites sur les Anglais.--Nouvelle de l'arrestation de Mrs de Montmorenci et de Cossé.

AU ROY.

Sire, sur le retour de mon secrettère, je suis allé dire à la Royne d'Angleterre, qu'après avoyr longuement desiré sçavoyr de voz nouvelles et de celles de vostre santé, et de ce qui se faisoit près de Voz Majestez Très Chrestiennes, il vous avoit pleu m'en mander bien largement pour en fère bonne part à elle; et qu'en premier lieu, me commandiés de l'assurer de vostre convalescence et bon portement, et, après, de luy représanter fort expressément, le bien et consolation que, par aulcunes de mes lettres, et par des propos de son ambassadeur, vous aviez receu, ez présentz accidans de voz affères, d'avoyr comprins qu'elle en portoit peyne, comme si elle santoit du trouble aulx siens; et mesmement de ce qu'on luy avoit rapporté qu'il y avoit quelque chose meslé de Monseigneur, vostre frère, et pareillement des honnorables responces qu'elle m'avoit rendues, sur le faict du comte de Montgommery; qui estoient démonstrations que vous recognoissiés procéder d'une très bonne affection qu'elle vous portoit, et qui vous estoient si utilles et propres, en ce temps, qu'en nulle aultre sayson du monde, elle vous pourroit mieulx fère gouster le fruict, qui vous restoit, d'avoyr longuement entretenu une pure et ferme amityé avecques elle: dont l'en vouliés remercyer de tout vostre cueur, et la suppliés de croyre qu'elle n'employeroit jamays aulcune sorte d'honnesteté, ny de courtoysie, vers prince du monde, qui les receût avec plus de profonde recognoissance, que vous fesiés; qui vous assuriés qu'elle les accompagneroit toujours de semblables bons effectz, ainsy qu'elle ne debvoit fère aussy aulcun doubte de ne trouver une parfaicte correspondance en Vostre Majesté, sur toutz les affères et accidans qui luy pourroient jamays survenir; et que, pour ne luy celler rien de ce qui vous estoit advenu, vous me commandiés de luy en dire toutes les particullarités jusques à la plus moindre.

Dont luy ay récité, Sire, le contenu de vostre lettre du XVIIe du passé,[1] en ce qui concernoit l'entreprinse de St Germain en Laye, qui avoit esté descouverte, et comme, depuis, l'on l'avoit volue exécuter, ou bien une semblable, au boys de Vincennes; à quoy vous aviez très bien remédyé, et comme aviez faict constituer prisonnier le comte de Couconnas, La Mole, et aultres, qu'on souspeçonnoit y avoyr tenu la main; lesquels aviés renvoyés à vostre parlement de Paris pour en fère justice; la volontayre confession, qu'ilz avoient faicte, d'avoyr voulu suborner Monseigneur le Duc, et le Roy de Navarre, et d'avoyr faict atiltrer chevaulx, avec le rendés vous, pour les substrère de court, et les desjoindre d'avec Voz Majestez Très Chrestiennes; la déclaration que Mon dict Seigneur le Duc, et le Roy de Navarre, s'appercevans de la tromperie qu'on leur avoit uzée, vous estoient venus fère, où n'aviez trouvé qu'une très honneste signiffication de n'avoyr, l'ung ny l'aultre, jamays eu aultre volonté que de suyvre entièrement la vostre; le poinct de la déposition du dict Couconnas, touchant le comte de Montgommery, et l'instance que vous faysiés là dessus à la dicte Dame d'y pourvoir; la retraicte du Prince de Condé vers Sedan, sur ung faulx donner entendre; et comme vous aviez envoyé après luy pour le bien informer, et le rappeller en la charge de son gouvernement; les nouvelles que Monsieur de Montpensier et monsieur de La Vauguyon, du costé de Poictou, et monsieur de Matignon, du costé de Normandye, et monsieur de La Vallete, du costé de Gascogne, vous avoient mandées, touchant les bons exploitz qu'ilz avoient exécutés contre les eslevez, lesquels vous estimiés que bientost seroient réduictz à ne mespriser poinct la paix, ainsy que vous dellibériés, plus que jamays, de la leur donner, et de l'establir en vostre royaulme, sellon qu'aviés envoyé la traicter et la conclurre près de monsieur le mareschal Danville, avec ceulx de Languedoc, par Mr de St Suplice et de Villeroy, et avec ceulx de Poictou et de la Rochelle par Mrs Strossy et Pinard; et que, à deffault qu'ilz ne la voulussent accepter, que vous fesiés tenir quatre mille reytres en vuartguelt, et une levée de six mille suysses toute preste pour les y contraindre.

[1] Voir le _Supplément à la Correspondance Diplomatique de La Mothe Fénélon_. Cette lettre est inédite, elle ne se trouve pas dans la collection publiée par Le Laboureur.

Et puis ay adjouxté, Sire, qu'encor que toutz ces affères vous pressassent beaucoup, et vous empêchassent de satisfère à ce qu'aviez mandé à la dicte Dame, de vouloir venir en Picardye, pour conduyre l'entrevue qu'elle vous avoit accordée, que néantmoins vous la suppliés, de bon cueur, qu'elle ne voulût en rien changer sa bonne dellibération, en cest endroict, tout ainsy que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, demeuriés très constantz et immobiles en l'affection d'estreindre, de plus en plus, par ce bon propos de mariage, et par tous les bons moyens qui se pourroient trouver au monde, une perdurable et inviolable amityé et alliance avec elle; et qu'aussytost que sentiriés ung peu de relasche en voz dicts affères, vous ne faudriés de vous acheminer à Bouloigne.