Part 7
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Motifs qui ont engagé Montgommery à reprendre les armes.--Ses instances pour obtenir des secours.--Nouvelle de la fuite du prince de Condé.--Négociation faite, au nom de La Noue, auprès des Anglais et du prince d'Orange, pour qu'ils portent des secours à la Rochelle.--Armemens des Anglais, qui se tiennent prêts à profiter des troubles de France.--Nécessité de reprendre la négociation du mariage.--Effet produit à Londres par la nouvelle de l'arrestation du duc d'Alençon et du roi de Navarre.
AU ROY.
Sire, par des lettres, que le comte de Montgommery a escriptes en ceste court, il s'est voulu justiffier, de sa descente en Normandye, sur des advertissementz qu'il assure luy avoyr esté donnés, de bon lieu, comme l'entreprinse estoit faicte de le tuer, de voye de faict ou par poyson, dans Gersey, et que, d'ailleurs, la Royne d'Angleterre avoit suspecte sa demeure au dict lieu; dont il avoit mieulx aymé aller exposer sa vye, avec ceulx qui estoient en armes en France, que demeurer en ceste peyne, entendant mesmement qu'ilz monstroient de ne les avoyr prinses que pour deffandre leur religyon, et pour éviter une généralle exécution qu'on avoit décrettée contre eulx; et supplioyt ses amys et parantz de luy moyenner quelques forces, de icy, pour le secourir, et des vaysseaulx pour courre la mer, en son nom, et pour fère quelque surprinse par dellà, où il s'en trouveroit la commodicté. A quoy il n'a esté encores respondu, et ne seroient ses instances pour produyre de grandz effectz, n'estoit tant de choses qu'on publie, si advantageuses pour les eslevez, que cella esmeut bien fort les Angloys d'accourir à leur guerre; en quoy n'est de petit moment la fuyte, qu'on assure estre vraye, du Prince de Condé, qui a layssé la charge que luy aviez donnée en Picardye, pour se retirer ou en Allemaigue, ou avec eulx. Et, d'ailleurs, Sire, Mr de La Noue a envoyé icy son ministre, Textor, lequel il a faict passer à la Rochelle pour y prendre mémoyres et instructions; et n'a esté sitost arryvé en ceste ville, que le ministre Villiers, et Bobineau, agent de la Rochelle, et avec eulx Calnar, agent du prince d'Orange, l'ont mené vers aulcuns seigneurs de ce conseil, à la court, où il a négocié bien fort privément avec eulx. Et luy a l'on eu de tant plus de foy qu'il a apporté lettres de fort expresse recommandation du dict Sr de La Noue à Mr de Walsingam; ensemble, ainsy que j'entendz, certayne moictyé de quelques enseignes, que les susdicts de La Noue et de Valsingam s'estoient d'autrefoys my parties entre eulx pour signe de crédict, à celluy par qui ilz les envoyeroient l'ung à l'aultre.
Et je souspeçonne fort que la négociation n'est légère, ny de peu d'importance; de laquelle ce que j'en descouvre, pour ce commancement, est que icelluy Textor rejette bien loing toutz moyens et propos de paix; et qu'il demande assistance d'armes, de poudres et de vivres, offrant, en eschange, du sel et du vin, et aultres marchandises, et pareillement demande quelques vaysseaulx armez. En quoy semble que, pour ce poinct, des vaysseaulx, il traicte aussy avec le dict Calnar d'en avoyr du prince d'Orange; et est en grande espérance qu'il en impétrera d'icy, avec les aultres choses qu'il requiert, et que, de ceulx du dict prince, il les a desjà toutz assurés.
Or, Sire, ayant descouvert ces choses, je m'efforce, par toutz les meilleurs moyens que je puis, et m'efforceray, à toute heure, d'en traverser les effectz, et, possible, en interrompray je la pluspart; mais de ce qui en pourra eschaper, à la desrobée ou soubz aultres prétextes, je me trouve aussy perplex que j'ay esté, les aultres foys, de le pouvoir empescher; mesmement que je viens d'entendre que ceulx cy ont faict résolution d'armer toutz leurs grands navyres, et de mettre bientost les meilleures et les plus gaillardes forces, qu'ilz ayent, en mer, soubz colleur d'assurer ceste coste contre le passage de l'armée d'Espaigne, bien que le depputé de Flandres, qui m'est venu, ces jours icy, visiter, m'ayt dict qu'il a eu une très bonne et fort favorable responce de ceste princesse, quand il l'a priée de vouloir concéder le passage libre et seur, ez rades et portz d'Angleterre, pour l'armée d'Espaigne. Dont semble, Sire, suyvant les précédantz advis que je vous ay mandés, qu'il ne sera que bon qu'ayez aulcunement suspect, et pourvoyés, le mieulx que pourrés, que cest armement ne vous puisse nuyre, non que je descouvre en ceste princesse ny aulx siens, pour encores, aulcune sinistre intention contre Voz Majestez. Et seulement je les voy un peu altérez de ce resfroidissement, qu'il leur semble sentir en Voz Majestez Très Chrestiennes et Monseigneur le Duc, vers le propos du mariage; duquel, si ne mandez bientost quelque bonne responce, il y a grand danger qu'ilz n'accordent du tout, et ne concluent de bien grandes et estroictes intelligences avec le Roy d'Espaigne, m'ayant ung personnage d'authorité, et bien fort principal de ceste court, mandé que, si bientost le party de Mon dict Seigneur le Duc ne se résoult, et l'entrevue ne se fait, qu'il n'en faudra jamays plus parler; car ung aultre propos sera substitué en lieu d'icelluy. Et sur ce, etc.
Ce XIXe jour d'apvril 1574.
Comme je voulois clorre la présente, les seigneurs de ce conseil m'ont envoyé dire que le pacquet de leur ambassadeur estoit arryvé; par où ilz avoient sceu que la fiebvre quarte avoit reprins Vostre Majesté, et qu'il y avoit grand trouble en vostre court, à l'occasion de certaynes praticques qui s'estoient descouvertes; dont aulcuns gentilhommes avoient esté constitués prisonniers, et Monseigneur le Duc et le Roy de Navarre mis en arrest, et voz gardes renforcés, et logés dedans le chasteau de Vincennes, et que tout y estoit si resserré qu'à peyne avoit peu sçavoyr, le dict ambassadeur, qu'est ce que se faysoit dedans; dont iceulx du dict conseil déploroient le présent estat de voz affères. De laquelle nouvelle, Sire, ceste court, avec toute ceste ville, sont si pleines, et y faict on dessus tant de nouveaulx desseings que j'en suis en très grande peyne. Dieu veuille que ce qu'ilz disent, et ce qu'ilz proposent, se trouve, à la fin, tout vain.
CCCLXXVIIe DÉPESCHE
--du XXIIIIe jour d'apvril 1574.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
Audience.--Retard apporté à la réponse du roi, sur l'entrevue, par les nouveaux évènemens de France.--Reproche adressé, en France, à la reine d'Angleterre d'avoir favorisé l'expédition de Montgommery, et trempé dans le complot de Saint-Germain.--Sa justification.--Demandes faites par l'ambassadeur de la confirmation de la ligue, du secours promis par le traité d'alliance, et du désistement de l'entreprise de Montgommery, ou de la remise au roi de sa femme et de ses enfans.--Protestation que l'on doit avoir confiance dans le desir du roi d'accommoder les affaires de la religion en France.--Consentement donné par Élisabeth à toutes ces demandes.--Délibération des seigneurs d'Angleterre.--Conseil donné par Élisabeth au roi d'user de rigueur contre les auteurs du complot de Saint--Germain.--_Mémoire._ État des forces de Montgommery et de La Noue: détails de leurs négociations en Angleterre.--Avis d'une entreprise projetée contre Dieppe.
AU ROY.
Sire, j'ay esté, le XXe de ce moys, donner les bonnes pasques à la Royne d'Angleterre, et luy ay dict que j'avoys expressément différé, cinq ou six jours, de venir fère ce debvoir vers elle, pour attendre qu'il m'arryvât quelque dépesche de France; car Vostre Majesté n'avoit accoustumé, ny la Royne, vostre mère, ny pareillement Monseigneur le Duc, d'estre tant longtemps sans me mander de voz nouvelles, affin d'en fère tousjours part à la dicte Dame, ny sans me commander de vous escripre souvant des siennes. Dont il pouvoit bien estre qu'il y eût quelque chose de ce trouble qu'on publioit de vostre court, qui vous retardoit ainsy; mais que je la supplioys bien de ne croyre que le tout fût vray, car il se cognoissoit facillement que la pluspart de ce qu'on en avoit escript estoit plus recueilly de la paillasse que prins du cabinet; et que n'ayant de quoy traicter maintenant avec elle sur des lettres fresches, je luy racompterois ce que me commandiés par voz précédentes, du XXIIIe du passé: c'est que vous desiriés qu'elle ne voulût interpréter, sinon à bien, qu'au partir de Saint Germain vous n'eussiés prins le chemin de Picardye, comme vous luy aviez promis de le fère, Car aviés esté contrainct de retourner vers Paris, pour pourvoir aux affères qui vous estoient survenus; dont la supplyois qu'elle vous voulût ung peu proroger le temps de l'entrevue, avec promesse que vous la luy viendriés accomplyr, en la façon qu'elle la vous accordoit, à la première sallie que feriés des environs de Paris, après qu'auriés restably la paciffication de vostre royaulme. Et cependant vous vouliés seulement impétrer d'elle que Mon dict Seigneur le Duc peût mener quelques seigneurs et gentilshommes, non en grand nombre, mais de bonne qualité, quand il passeroit de deçà, affin de pouvoir plus honnorablement comparoir en sa présence.
Elle m'a respondu qu'elle me remercyoit infinyement des bonnes pasques que j'estois venu luy donner, lesquelles luy seroient ung passage à plus d'heur, puisque je le luy souhaytois, et qu'elle regrettoit, du plus profond de son âme, que les vostres ne vous eussent esté ainsy joyeuses et pleynes de repos comme elle les vous desiroit, et qu'elle n'avoit peu contenir ses larmes, au récit, de ce qu'on luy avoit escript, du trouble que vous aviés en voz affères publicques de vostre royaulme, et aulx privés de vostre mayson; et que, sellon l'exemple, non trop vieulx, mais bien fort calamiteux, qu'elle avoit en ses cronicques, de la ruyne d'aulcuns roys et des frères des roys d'Angleterre, ses prédécesseurs, par la division, en quoy aulcuns ambicieux subjectz, et pleins de passion, les avoient entretenus, lesquels en avoient esté eulx mesmes les premiers ruynés, elle vous supplyoit, de tout son cueur, Sire, que voulussiés procéder sagement, et par les prudentz advis de la Royne, vostre mère, et par meure dellibération du conseil, sans aulcune perturbation d'esprit, à l'examen de cest affère; et que, de vous proroger l'entrevue, elle ne le vous voudroit pas refuzer; mais pensoit que les choses se trouveroient changées, et qu'elle n'avoit garde de recevoyr vers elle ce que vous jugeriés digne d'estre banny de vous.
Je luy ay réplicqué qu'elle se pouvoit promectre d'avoir aultres nouvelles, et trop meilleures, par la procheyne dépesche qui viendroit de Vostre Majesté, que celles qu'on luy avoit escriptes; et, comment qu'il en fût, que je sçavoys bien que vous luy feriés part de la vraye vérité du tout. Et ay adjouxté qu'elle voyoit bien comme il playsoit à Dieu de vous succiter beaucoup d'affères, par la présumption et trop grande licence d'aulcuns de voz subjectz, dont aviez besoing, plus que jamays, d'estre consolé et assisté des princes de vostre alliance; et que je la supplioys de ne vous vouloir maintenant deffalir, sellon que, en telles grandes occasions, les bonnes et royalles, et généreuses amityés, comme estoit la sienne, se sçavoient bien monstrer; et qu'elle vous fît sentir, à bon esciant, qu'il ne vous failloit recourir, pour tous ces accidantz, à nulle meilleure ny plus certeyne confédération que celle qu'elle vous avoit jurée, affin que, vous tenant ferme à icelle, vous n'eussiés occasion de vous unir, ny vous obliger, à nul aultre nouveau party;
Et que j'avoys ung extrême regret que le comte de Montgommery eût ainsy entreprins d'aller, de l'isle de Gersey, qui estoit à elle, surprendre une de voz places en Normandye, sans considérer le tort qu'il succitoit à la ligue d'entre Voz Majestez, et l'interromption qu'il mettoit au commerce de voz deux royaulmes, et le préjudice qu'il faysoit au bon propos du mariage. Dont je l'avoys desjà supplyée que, pour tesmoigner du déplaysir qu'elle en avoit, elle luy voulût mander de se départir de son entreprinse, et réparer sa faulte, ou qu'aultrement elle vous mettroit sa femme et ses enfantz entre voz mains; et qu'il y avoit deux personnages, de bonne qualité, en Normandye, qui m'avoient escript que, par aulcuns propos du dict de Montgommery, et aultres divers argumentz, il y avoit grande apparance que la dicte Dame eût sceu et tenu la main à l'entreprinse du dict de Montgommery, et davantage qu'elle eût adhéré à ceulx qui, peu auparavant, avoient atiltré leur rendez vous près de St Germain, pour surpendre Vostre Majesté.
Sur quoy, je l'assurois de vous avoyr escript, Sire, que, si rien de semblable vous estoit rapporté, que je vous supplioys très humblement de ne le croyre, car je me voulois soubmettre à telle punition de mort, qu'il vous plerroit me condampner, qu'elle ny ceulx de son conseil n'avoient esté consentz ny sçavantz de l'une ny de l'autre entreprinse, cognoissant qu'elle avoit le cueur si royal et la conscience si bonne, et avoit en si grande recommandation sa parolle, son honneur et la droicture, qu'elle ne voudroit, pour chose du monde, avoyr faulcé les promesses et les serrementz de vostre dernier traicté, ny vous avoyr rendu, en eschange de la grande amityé que luy portiés, et du pourchas que fesiés de son alliance, ung tel trêt d'ingrate et d'ennemye princesse, oultre que les mutuelles lettres, qu'aviez de la main l'ung de l'aultre, vous debvoient assurer de toutes semblables souspeçons d'entre vous; et qu'elle jugoit assez que ceste reprinse d'armes de voz subjectz estoit si inicque qu'elle ne méritoit d'estre favorizée, ains d'estre mortellement poursuivye de toutz les honnorables princes du monde, sellon que je la supplioys de considérer qu'il ne pouvoit estre rien de plus injuste que de ne vouloir avoyr esgard que Vostre Majesté, ayant ung royaulme composé de beaucoup de grandz princes et seigneurs, et de beaucoup de noblesse, et d'ung grand nombre de prélatz et gentz d'église, et de plusieurs bonnes et puissantes villes, de sept ou huict parlementz, et d'une infinité de subjectz toutz catholicques, lesquelz ne falloit doubter que n'eussent en grande révérance l'église romaine, s'ilz voyoient qu'advantagissiez par trop les Protestantz, il n'y eût danger qu'ilz prînssent ung party tout contrayre à celle naturelle affection et vray amour qu'ilz vous portoient. Dont falloit qu'ilz se contentassent de ce que bonnement pouviez fère pour eulx, sans mettre vostre estat en danger; et que, s'ilz n'eussent aulmoins fondé leur reprinse d'armes, sinon sur l'instance d'estre mieulx accomodez de l'exercice de leur religion, sellon que, par le dernier édict de la Rochelle, il ne leur y estoit assez suffizamment pourveu, bien que, pour nulle occasion du monde, les subjectz doibvent jamays recourir aulx armes en l'endroict de leur prince, si seroient ilz encores plus tolérables que de collorer leur grand meffaict, par ung aultre plus grand, de calompnier vostre réputation, qu'ayez voulu, contre votre parolle, surprendre la Rochelle, et décrété une généralle exécution contre eux; chose que la dicte Dame pouvoit juger, par les aultres occasions et grandz empeschementz où vous estiés lors occupé, tant de vostre malladye que de l'expédition du Roy de Pouloigne, vostre frère, et de son passage par l'Allemaigne, et de l'avoyr franchement commis à la foy des Protestantz, et vous estre quasy du tout désarmé, là où ilz demeuroient avec une puissante armée en Languedoc, et d'avoyr approuvé l'exécution que ceulx de la Rochelle avoient faicte contre ceulx qu'ilz accusoient de la conspiration, bien qu'ilz s'en soient purgez à leur mort, et l'ayent prinse à leur dampnation au cas qu'il fût vray, et d'avoyr, en mesme temps, poursuivy, avec plus d'affection que jamays, le propos du mariage d'entre elle et Monseigneur le Duc, combien leur prétexte avoit peu d'apparance de vérité:
Et que pourtant je la supplioys qu'elle me voulût accorder quatre choses; esquelles le droict et l'honnesteté l'obligoyent vers Vostre Majesté: l'une estoit de vous assurer, avec effect, de la confirmation et entretènement de la ligue que vous aviez avec elle, affin que n'eussiez occasion d'en chercher de nouvelle ailleurs; l'aultre, qu'elle vous offrît l'assistance, en quoy la dicte ligue l'obligoit vers vous, et la dényât du tout aulx eslevez, de sorte qu'en nulle façon du monde, ny ouverte, ny dissimulée, ilz ne peussent tirer aulcun secours d'elle ny de son royaulme; la tierce estoit de faire despartir le comte de Montgommery de son entreprinse, ou bien remettre sa femme et ses enfantz entre voz mains, et qu'à cest effect elle fît arrester sa famille; et la quatriesme, qu'elle voulût ainsy juger de Vostre Majesté, comme d'ung prince qui vouloit bien traicter toutz ses subjectz, et accommoder, avec toute seureté, en l'exercice de leur nouvelle religyon, ceulx qui en estoient, aultant que, sans altérer l'estat de vostre couronne, vous le pourriez fère.
Qui a esté ung propos, Sire, que, sur aulcuns advis qu'on m'a donnés, de bonne part, j'ay estimé estre nécessayre que je tînse à la dicte Dame.
Et elle m'a respondu qu'elle réputoit à ung très bon office que je vous eusse ainsy escript à la descharge d'elle et de ses conseillers, et qu'elle appeloit Dieu à tesmoing, et le prioit de fère tomber sur elle la punition de mort, à quoy je m'estois soubmis vers vous, au cas qu'elle ny eulx eussent eu aulcune participation aulx entreprinses de voz eslevez, et que les choses que je luy demandois estoient si raysonnables qu'elle n'en vouloit refuzer pas une; mesmes elle avoit pensé de vous envoyer ung gentilhomme pour les vous offrir; ou bien, encores mieulx que cella: tant y a qu'elle considéroit de ne se debvoir trop ingérer en ceste cause, laquelle sembloit aulcunement appartenir à sa religyon, de peur que, possible, vous eussiés son office plus suspect que agréable, néantmoins qu'elle vous prioit, de tout son cueur, d'adviser qu'est ce qu'il vous plerroit qu'elle fît pour vous, en la présente occasion de voz affères, et qu'elle vous promectoit devant Dieu que, droictement et de bonne affection, elle s'y employeroit.
Et, sur ce, m'a renvoyé aulx seigneurs de son conseil, en l'assemblée desquelz j'ay proposé les mesmes choses que j'avoys faict à elle. Et eulx, après aulcunes excuses de l'occasion que les eslevez avoient de souspeçonner le danger de leurs vyes et de leur religyon, m'ont protesté, avec grands sèrementz, d'estre innocentz de toutes leurs entreprinses, et que, non seulement ilz estoient marris, mais qu'ilz déploroient la désolation de vostre royaulme, et que, pour le bien de leur Mestresse et de sa couronne, ilz voudroient éviter, de tout leur pouvoir, la diminution de vostre grandeur; dont, en ce qu'ilz auroient moyen de la relever et conserver, ilz seroient prestz de s'y employer très volontiers, en la façon que leur Mestresse le leur commanderoit.
Et m'estant, le jour après, arryvée la petite dépesche, que Vostre Majesté m'a faicte, du Xe du présent, laquelle a esté onze jours en chemin, je n'ay eu, par icelle, que adjouxter à ma précédente négociation, ny de quoy leur respondre rien de plus certain sur les particullaritez dont ils m'interrogeoient, que auparavant. Dont j'ay advisé de ne retourner vers elle jusques à la venue de mon secrettère, mais bien leur ay envoyé comunicquer la plus petite des deux lettres de Vostre Majesté, et celle de Monseigneur le Duc, affin qu'ilz vissent que les choses n'alloient de la façon qu'on les leur avoit escriptes. Sur ce, etc.
Ce XXIVe jour d'apvril 1574.
A LA ROYNE.
Madame, ez propos que la Royne d'Angleterre m'a ceste foys tenus, elle a monstré, à bon escient, qu'elle portoit peyne du trouble de voz affères, et plus de ceulx qu'on luy avoit mandé estre survenuz en vostre court que des aultres du royaulme; dont m'a faict les honnestes responces que je mectz en la lettre du Roy; et encores d'aultres, touchant les grandes preuves, que Dieu faict voyr au monde, de vostre grande prudence et de vostre vertu, mettant souvant l'une et l'aultre à des essays si dangereux qu'ung chascun s'esmerveille comme il est possible de vous en desmeller; et néantmoins qu'il vous en faict tousjours venir au dessus. En quoy, si son opinyon vous pouvoit sembler aussy bonne comme elle est loyalle et pleyne d'amityé, elle vous conseilleroit que fissiés si sévèrement punir ceulx, que trouveriés coupables de ces désordres, qu'il servît d'exemple aulx aultres. Et le comte de Lestre, sellon qu'on m'a rapporté, a faict, sur ces nouveaulx accidantz, de bien fort dignes offices vers la dicte Dame et dans ce conseil; et a déclaré qu'il aymeroit mieulx avoyr perdu vingt mille escuz du sien, que si Voz Majestez Très Chrestiennes avoient reçeu de Monseigneur le Duc, ny du Roy de Navarre, le déplaysir qu'on leur avoit escript. Si Vostre Majesté a agréable que la dicte Dame envoye, vers le Roy, ung gentilhomme pour les complimentz que pourriés desirer d'elle, en ce temps, il m'a semblé avoyr comprins d'elle qu'elle le fera très volontiers. Sur ce, etc.
Ce XXIVe jour d'apvril 1574.
OULTRE LES DEUX PRÉCÉDANTES LETTRES, le mémoyre, qui s'ensuit, a esté adjouxté à la dépêche:
Que le comte de Montgommery a escript, du XIIe de ce moys, à la comtesse, sa femme, comme il luy envoyoit la femme de son filz, et qu'elle ne fût plus en peyne de l'ung ny de l'aultre, car leur entreprinse alloit très bien;
Qu'il avoit deux mille cinq centz bons hommes de pied et envyron six centz chevaulx;
Que La Noue luy avoyt escript qu'il mît peyne de le venir bientost joindre, par le passage qu'il sçavoit: et ne le nommoit pas.
Lequel La Noue avoit de cinq à six mille hommes de pied, et envyron mille chevaulx, et assuroit que tout le Poictou, tant Papistes que Huguenotz, estoient unanimes avecques luy.
Que le dict de Montgommery espéroit avoyr bientost prins le chasteau de Valongnes, parce que, par un garçon qui alloit haster le secours, il avoit sceu qu'il n'y avoit plus munition, ny de guerre, ny de bouche, dedans;
Qu'il prioit la dicte comtesse de fère advertyr les soldats françoys, et aultres, de deçà, qui avoient intention de l'aller trouver, qu'ilz se hastassent, pendant qu'il estoit près de la mer, parce que, quand il auroit marché en pays, il seroit difficile de se pouvoir conduyre jusques à luy;
Que, par des lettres de la Rochelle, du premier, de ce moys, lesquelles le Sr de La Mothe Fénélon a trouvé moyen de voyr, semble que le ministre Textor ayt esté seulement dépesché par deçà, de la part du dict La Noue; et que, passant au dict lieu de la Rochelle, il ne luy ayt esté donné aulcune instruction, ny mémoyres, par les habitans; lesquelz monstrent que ceste reprinse d'armes ne leur plaist; et ne s'y joignent qu'à regret, se contantantz de l'édict qui est favorable pour eulx, et qu'ilz sentent qu'il y a, je ne sçay quoy, de trop maulvais, et du désordre beaucoup dans le fondz de l'entreprinse, dont n'en espèrent bien.
Néantmoins leur agent, qui est icy, s'est envoyé excuser, vers le dict Sr de La Mothe, s'il n'alloit plus le visiter comme auparavant, parce que les choses estoient changées, et qu'on s'estoit, de rechef, esmeu en France pour la cause généralle de la religion; de laquelle il pensoit que ceulx de sa ville ne se voudroient séparer.
Celluy, que le dict de La Mothe a faict nommer à Leurs Majestez par le Sr de Vassal, assure fort qu'il a beaucoup de moyen en la dicte ville, et parmy toute la noblesse du Poictou, de leur fère accepter les honnestes conditions de paix qu'il playra au Roy leur offrir, et s'en faict fort, ne luy manquant émulation, ny compétence contre les aultres chefz, et promet de fère ung très grand et loyal service à Sa Majesté.