Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 6

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Mesmes il m'a esté signiffié que ceste princesse et les principaulx, d'auprès d'elle, ont esté très marrys d'ouyr publier par deçà qu'il y eût mauvayse intelligence entre Vostre Majesté et Monseigneur le Duc, et que vous eussiés, pour cella, faict quelques rigoureuses démonstrations à luy, et au Roy de Navarre, à Monsieur le prince de Condé et Monsieur de Montmorency; dont envoyèrent sçavoyr ce que j'en entendoys, et qu'ilz ne pouvoient, ny vouloient, croyre qu'il en fût rien, car les lettres de leur ambassadeur n'en parloient nullement; et que cella estoit venu d'ung messager ordinayre, qui n'estoit poinct angloys, lequel, estant party de Paris, le VIIIe du présent, avoit semé ce bruict. Et à peyne, Sire, ay je eu déchiffré la vostre, du VIIe du présent, laquelle a séjournée, pour l'occasion du temps, huict jours entiers, à Callays, que milord trésorier et le comte de Lestre, chacun de sa part, m'ont envoyé ung gentilhomme pour m'advertyr que, par les plus rescentes du dict ambassadeur, lesquelles estoient du XVe de ce moys, il apparoissoit que le susdict bruict estoit faulx, et qu'il ne se pouvoit desirer plus de vraye et cordialle amityé, entre deux frères, qu'il s'en voyoit entre Vostre Majesté et Monseigneur le Duc, et que vous luy portiés plus de faveur que vous n'aviez jamais faict, ensemble au Roy de Navarre et aulx aultres deux. Et ont adjouxté qu'avec Mr de Turène, et Mr de Torcy, estoient venus vers Vostre Majesté trois gentilshommes, de la nouvelle religyon, de ceulx qui ont nouvellement prins les armes, pour se rendre plus assurés de vostre bonne intention vers eulx, et qu'ilz s'en estoient retournés bien fort satisfaictz; et que d'ailleurs vous aviés envoyé le Sr Strossy à Mr de La Noue, en Poictou; dont se vouloient conjouyr, avecques moy, de ce que les choses prenoient ung chemin pour retourner à la paix, sans passer à plus d'altération. De quoy je les ay envoyés infinyement remercyer par le Sr de Vassal, et que cella monstroit combien l'affection de leur Mestresse, et la leur, estoient très bonnes vers le bien de voz affères, et qu'ilz seroient marris qu'il vous y succédât mal.

Or, est il bien certain, Sire, que, sur le renouvellement des présents troubles de vostre royaulme, il a esté tenu, icy, diverses assemblées de conseil; et plusieurs dellibérations y ont esté mises en avant, ainsy que Vostre Majesté en a eu, comme je voy, quelque sentiment; mais, encor qu'on y ayt procédé aulx opinions, et que tel peut avoyr monstré d'incliner bien fort à la guerre ouverte, qui, possible, est plus remis que nul des aultres, je ne puis toutesfoys descouvrir qu'on en soit venu encores à quelque conclusion. Et je mettray peyne, aultant qu'il me sera possible, s'il s'en faict aulcune, que l'effect d'icelle ne passe oultre, sans que je vous en puisse donner quelque advertissement; ne voulant toutesfoys mettre en doubte que, si ce nouveau feu s'allume davantage, ceulx cy ne facent ouvertement, ou soubz main, tout ce qu'ilz pourront pour le fomenter.

Le comte de Montgommery est si près de la coste de dellà, et si esloigné d'icy, que Vostre Majesté peut avoyr, plus souvent et ordinayrement, nouvelles de luy, que non pas moy; tant y a que je souspeçonne fort, parce que le Sr de St Ouan, de Gersey, a faict, icy, de nouveau, quelque provision d'harquebouzes et pistollés, que ce ne soit pour en accomoder davantage le dict de Montgommery.

L'oncle du comte d'Arguil estoit desjà party pour Escosse, quand vostre dépesche est arryvée, mais je l'ay, avant son partement, si bien instruict des mesmes choses, que m'avez escriptes, que j'espère qu'il les sçaura très bien représanter par dellà. Et sur ce, etc.

Ce XXVIIIe jour de mars 1574.

CCCLXXIIIe DÉPESCHE

--du IIe jour d'apvril 1574.--

(_Envoyée jusques à la court par Anthoyne Laguète._)

Audience.--État des négociations en France pour rétablir la paix.--Réception faite au roi de Pologne dans ses états.--Nouvelle de la descente de. Montgommery en Normandie.--Protestation d'Élisabeth qu'elle a ignoré cette entreprise.--Doute sur la vérité de cette nouvelle.--Assurance donnée par l'ambassadeur qu'Élisabeth ne veut fournir aucun secours aux protestans de France.

AU ROY.

Sire, je loue Dieu que ceulx, qui se sont eslevez en vostre royaulme, ayent prins l'expédient d'envoyer sçavoyr, par le Sr de Guyteri, la vérité de ce qu'on les mettoit en doubte, et qu'on les intimidoit de la volonté qu'avez vers eulx, et qu'il ayt eu de quoy leur rapporter, de la part de Vostre Majesté, qu'ilz ont esté trompés, et qu'ils trouveront tousjours trop plus de bonne seureté, en la protection de vostre parolle, qu'en tout l'effect des armes qu'ilz ont reprinses. Ce que ayant faict sçavoyr à la Royne d'Angleterre, et comme vous attandiés, par Mr de Torcy et Mr de Turène, lesquels vous aviés renvoyés, avec le dict de Guyteri, vers eulx, et par le Sr Strossy, qui estoit allé devers le Sr de La Noue, en Poictou, et pareillement du costé de Mr le mareschal d'Envylle, qui traictoit aussy de quelque moyen de paix, avec ceulx de Languedoc, bientost quelque bonne responce de leur modération, je l'ay assurée qu'incontinent après vous aviés dellibéré de leur bailler ceste ampliation de vostre édict, dont je luy avois parlé, qui les debvoit contanter; et, par ainsy que vous ne doubtiés que, dans bien peu de jours, tout ce renouvellement de troubles ne cessât. Et luy ay compté, Sire, la bonne et desirée nouvelle qu'aviés receue du couronnement du Roy de Pouloigne, vostre frère, et comme les Poulonnois, pour le grand contantement qu'ilz avoient de le voyr, luy avoient remis beaucoup de ces condicions, aulxquelles les ambassadeurs, qui luy avoient apporté les décrets de son élection, l'avoient obligé, de sorte qu'il se trouvoit aussy absolu prince, sur ce grand royaulme, que quelque aultre roy qui fût en la Chrestienté; et que vous desiriés qu'elle participât à l'ayse, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le duc, en santiés, ainsy que vous la feriés toujours participer aulx profictz et advantages qui vous en viendroient, sellon la plus estroicte amityé et confédération qu'elle avoit avecques Vostre Majesté; et que cella vous faysoit davantage desirer que l'honneste pourchas, auquel vous persévériés toujours de l'alliance d'elle avec Mon dict Seigneur le Duc, vostre frère, peût réuscyr à bon effect, affin que l'union indissoluble, d'entre ces trois grandes couronnes, fût plus craincte et respectée par toute la Chrestienté; et que vous estiés bien marry que ces nouveaulx désordres retardassent vostre venue en Picardye, mais que vous espériés y avoir bientost pourveu, pour, incontinent après, vous y acheminer. Dont m'assurois qu'aussytôst que vous auriés veu la dernière responce, qu'elle vous avoit mandée, que vous m'escripriés tout ce que pourriés fère en cella, affin de l'en advertyr. Bien estois je en grande perplexité comme Vostre Majesté pourroit prendre ce qui se publioit, icy, que, de l'isle de Gersey, qui est à elle, le comte de Montgommery fût descendu, en armes, au pays de Normandye, chose qui estoit toute contrayre à la promesse et au sèrement, et à la teneur du dernier traicté de ligue, qu'elle avoit faicte avec Vostre Majesté; et que je demeurois le plus infâme gentilhomme du monde, et la parolle d'elle ne se pouvoit non plus saulver, si elle n'y pourvoyoit, et ne vous en faysoit fère une bien prompte réparation; car m'avoit fait vous escripre, encores depuis ung moys, que vous la trouveriés, en touts ces nouveaulx accidantz, et en l'occurrence de toutz voz affères, très bonne amye, et vrayement germayne bonne seur.

La dicte Dame, premier que respondre à ces poinctz, m'a prié de luy dire qu'est ce que je sçavoys de vostre santé, et si vous estiés bien dellivré de la fiebvre quarte, et s'il y avoit apparance qu'eussiés eu ce grand malcontantement, contre vostre frère et contre vostre beau frère, comme on l'avoit publié par deçà.

Je luy ay respondu que, grâces à Dieu, la fiebvre vous avoit, il y a longtemps, du tout layssé, et que vous estiés, à présent, aussy dispos et gaillard que fûtes oncques, et qu'il ne se pouvoit imaginer une plus parfaicte et cordialle amityé, entre deux frères, que celle qui se voyoit entre Vostre Majesté et Monseigneur le Duc; et que vous n'estiés moins assuré de sa volonté que de la vostre, ny n'aviés plus de fiance en vous mesmes que en luy; et le semblable du Roy de Navarre; et que ce faulx bruict estoit sorty de la malice de ceulx, à qui il faysoit bien mal qu'il n'estoit vray, et qui voudroient bien voyr de la division en ce premier lieu, ainsy qu'ilz l'entretiennent ez aultres lieux, qui suyvent après.

Lors, elle a suivy à dire, qu'elle remercyoit Dieu, de très bon cueur, que la disposition de vostre santé et celle de voz affères allassent trop mieulx qu'on ne le disoit, car avoit entendu que vous estiés encores bien fort maigre et foible; dont vous prioit de ne mesprizer aulcun bon régyme, qu'on vous ordonnât, pour vous bien remettre du tout; et qu'elle avoit bien rejetté cest aultre fascheux bruict, de Mon dict Seigneur le Duc, et des aultres seigneurs, qu'on mestoit au compte, comme du tout faulx; mais quiquonques l'eût inventé, c'estoit bien tout le pis qu'il pouvoit fère contre vostre grandeur et contre la réputation de voz affères, dont elle avoit ung très grand playsir d'estre bien assurée qu'il n'en fût rien, et que vous eussiés, au reste, ung si bon desir, conjoinct avec beaucoup d'espérance, que ces nouveaulx troubles ne passeroient oultre, sellon que proposiés d'adjouxter quelque déclaration à vostre édict pour contanter ceulx de la nouvelle religion, affin de les mettre en plus de repos, en leurs maysons; et que surtout elle se conjouyssoit avec Vostre Majesté, et bien fort expéciallement avec la Royne, vostre mère, des bonnes nouvelles qu'aviés reçues du Roy de Pouloigne, lesquelles elle vous prioit de croyre qu'elle les santoit, aultant et nullement moins, que si elle fût sa propre seur de sang, comme elle l'estoit d'estat; mais, en ce que vous auriés veu, depuis, de la responce qu'elle vous avoit faicte au propos de Monseigneur le Duc, elle croyoit bien que ce ne seroit pour vous apporter ung si grand contantement comme du costé de Pouloigne; aussy falloit il qu'il vous y survînt du tempérament, de quelque aultre costé; bien pensoit que ne le jugeriés chose de mespris, et qu'elle verroit maintenant à quelle dellibération Vostre Majesté en voudroit venir.

Et, quand à la descente du comte de Montgommery en France, que c'estoit chose qu'elle ne sçavoit, et ne la pouvoit aulcunement croyre, veu ce qu'elle luy avoit deffandu, lorsqu'elle luy avoit permis d'aller à Gersey, pour y sçavoyr nouvelles de ses affères: qu'il se gardât bien de vous fère, de ce lieu là, non seulement ennuy, mais de ne vous y donner aulcune souspeçon de luy; dont ne luy pourroit avoyr faict une plus mortelle offance que d'avoyr attempté de descendre en armes par dellà, et qu'elle désavoueroit le premier angloys qui le rencontreroit, s'il ne le tuoit, desirant que vous croyés et espériés d'elle, Sire, qu'elle, persévèrera droictement en la vraye amityé, qu'elle vous a jurée, si vous ne commancés de luy fallir de correspondance.

Et n'ay veu, ny peu nother chose aulcune, de la dicte Dame, qui m'ayt semblé tendre, sinon à cella mesmes, que je vous ay mandé par mes précédantes. Et, pour le regard de ce dernier poinct, du comte de Montgommery, toutz les seigneurs de ce conseil m'ont fermement assuré qu'ilz n'en sçavoient du tout rien, et ne le pouvoient croyre. Néantmoins, puisque Mr de Matignon vous l'a mandé, il le peut mieulx sçavoyr, estant voysin du lieu, que non pas nous, qui en sommes bien loing, et d'où souvant il fault attandre beaucoup de jours le temps, premier qu'il en viegne des nouvelles; et quoy que soit, ny en ceste court, ny en ceste ville, l'on n'en a rien de certein.

Et, au regard de préparer icy une aultre descente de plus grand nombre d'angloix par dellà, soubz colleur d'équipper en guerre plusieurs navyres marchandz, je sçay qu'il s'en équippe voyrement quelques ungs, pour aller en Hespaigne, et en Barbarye, et non ailleurs, bien que je loue infinyement l'ordre que Vostre Majesté a donné de fère advertyr, par toute la coste, qu'on ayt à s'y tenir sur ses gardes; car, en nulle façon du monde, se pourroient garder les Angloys, si la guerre de voz subjectz continue, qu'ilz ne s'en vueillent mesler, tout ainsy qu'ilz font du costé de Flandres. Mais pourtant je vous supplye très humblement, Sire, de ne vous esmouvoir, pour encores, des bruictz et rapportz qu'on vous pourra donner des dellibérations de deçà, car ne se pourra dresser aulcun appareil de guerre, qui soit d'importance, sans que je vous en donne advis, de quelque temps devant. Et sur ce, etc.

Ce IIe jour d'apvril 1574.

Il y a homme, en ceste ville, qui assure d'avoyr layssé le comte de Montgommery, le XVIe de mars, à Gerzé, et les seigneurs de ce conseil jurent qu'à tout le moins ne peut il estre vray qu'il ayt tiré ny poudres, ny amres, ny aulcune artillerye, de ce royaulme; et que, si luy mesmes est descendu en Normandye, il a si grandement mespris contre la Royne, leur Mestresse, et contre son estat, qu'on mettra peyne de l'en fère amèrement repantir.

CCCLXXIVe DÉPESCHE

--du VIe jour d'apvril 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Meusnier._)

Délibération des seigneurs du conseil sur l'entreprise de Montgommery.--Déclaration de la reine d'Angleterre que les armemens, faits à Londres, ont pour objet d'observer la flotte espagnole qui doit se rendre dans les Pays-Bas.--Nouvelles de Flandre et d'Écosse.--Disposition favorable d'Élisabeth à l'égard de Marie Stuart.

AU ROY.

Sire, après que j'ay eu faict ma plaincte à la Royne d'Angleterre de la descente du comte de Montgommery en Normandye, et de ce que, de l'isle de Gersey, qui est à elle, il a dressé toute son entreprinse par dellà, et en a tiré les poudres, les armes, l'artillerye et les monitions qu'il a voulu, elle a proposé le faict en son conseil, avec démonstration, sellon qu'on me l'a bien fort assuré, qu'elle en estoit grandement offancée. Et Me Pollet, gouverneur de la dicte isle, qui, plus d'ung moys auparavant, estoit icy, a esté appellé, lequel s'est efforcé de monstrer qu'il ne pouvoit estre que cella fût vray, et qu'aulmoins estoit il très certain que luy, ny son lieutenant, n'en estoient nullement consentantz. Dont, sur ce doubte, l'on a envoyé devers la comtesse de Montgommery, à Hamptonne, pour en avoyr la certitude; laquelle a mandé qu'elle n'en sçavoit du tout rien, et que, si son mary avoit faict ce voyage par dellà, qu'il le luy avoit desrobbé, et qu'elle n'avoit eu nouvelles de luy, ny n'en estoient venues aulcunes de Gersey, à cause du vent contrayre, plus de troys sepmaynes avoit. Et, là dessus, le dict Pollet a esté renvoyé à sa charge pour en donner promptement advis, et n'y a eu celluy, de tout le dict conseil, qui n'ayt advoué à la dicte Dame que le comte auroit bien fort mespris contre elle, s'il avoit entreprins la dicte descente, et qu'elle la luy debvoit fère réparer. Et elle a déclaré davantage qu'elle ne vouloit, en façon que ce fût, que hommes, armes, vaysseaulx, ny nulle aultre assistance sortît de ce royaulme pour ceulx qui s'estoient eslevez contre Vostre Majesté.

Dont je verray, Sire, comme cella s'observera; et en continuant ma remonstrance du dict de Montgommery, quand la surprinse qu'on dict qu'il a faicte de Carantan sera mieulx advérée par deçà, et allant souvant à plaincte pour les aultres supportz, que j'entendray que les dictz Angloys feront aulx dictz eslevez; qui, à mon advis, ne se pourront tenir qu'ilz ne leur en facent quelques ungs, je mettray peyne de vous destourner tout le mal, que je pourray, de ce costé; et essayeray ce que m'avez mandé, de la susdicte comtesse de Montgommery, ayant cepandant, Sire, prins parolle d'aulcuns principaulx de son conseil, oultre celle de la dicte Dame, de vous pouvoir assurer, qu'encor qu'elle prépare des forces, par mer et par terre, et qu'elle en ayt desjà de prestes, que néantmoins sa présente dellibération n'est de les employer nullement contre Vostre Majesté. Et je sçay bien, Sire, que, par icelles, elle, en tout évènement, se veult trouver pourveue, pour le passage de cette grande armée qui doibt venir d'Espaigne, au secours des Pays Bas, quand elle arryvera en la mer de deçà; et aussy que les choses d'Irlande la pressent assez, et qu'elle ne se peut jamays tenir assez assurée de celles d'Escosse. Néantmoins la naturelle inclination, que les Angloys ont contre la France, et leur commune religyon avec ceulx qui ont prins les armes par dellà, me faict vous supplyer très humblement, Sire, de ne laysser rien de si exposé, de leur costé, que l'occasion les puisse convyer d'entreprendre; car, encores qu'en toutes les parolles et démonstrations de la dicte Dame, si elle n'est bien la plus faulce et simulée princesse de la terre, elle face tout semblant d'avoyr bonne intention vers Vostre Majesté, et mesmes d'estre bien inclinée au party de Monseigneur le Duc, vostre frère, s'il advenoit que les Angloys fissent quelque exploit en France, qui réuscyst, advantageux pour les prétencions de ce royaulme, indubitablement elle l'advoueroit; et quand bien elle n'auroit volonté de le fère, ses subjectz l'y contreindroient; dont se fault tenir sur ses gardes.

Les depputez de Flandres continuent de vacquer tousjours à leur commission, bien qu'à dire vray il semble qu'ilz y vont lentement, et qu'ilz praticquent d'aultres choses d'importance en ceste court, lesquelles je mettray peyne de sçavoyr au vray, affin de le vous mander. Et ayant recherché, jusques au fondz, quelle estoit celle entreprinse qu'on m'avoit adverty sur Callays, j'ay trouvé qu'elle estoit sur l'Éscluse, et qu'avec les navyres qui partoient d'Ollande et les angloys, qui s'embarquoient lors, icy, le dict prince d'Orange prétandoit d'emporter le dict Éscluse, et se fère, incontinent après, maistre de Bruges, pour y avoyr encores ung butin plus riche que celluy de Meldelbourg.

J'ay, ces jours passés, escript, par deux diverses voyes, en Escosse, et ay mandé au Sr de Quelsey la responce que m'avez commandé de luy fère. J'espère que, dans peu de jours, j'auray responce des principaulx seigneurs du pays. J'entendz que le comte de Morthon a faict appeller le comte d'Arguil pour venir rendre compte d'aulcunes bagues, qu'il prétend que la comtesse d'Arguil, sa femme, veufve du feu comte de Mar, retient, de celles de la couronne; et l'a faict venir au ban pour le fère déclarer forfaict, d'où l'on crainct, icy, que les armes s'en repreignent par dellà. Et le susdict Quelsey m'a layssé, par mémoyre, de supplyer très humblement Vostre Majesté qu'il vous playse octroyer vostre ordre au dict d'Arguil, ainsy que son feu père l'avoit.

J'ay supplyé, le plus humblement que j'ay peu, la Royne d'Angleterre de vouloir fère responce à certaynes lettres, que la Royne d'Escosse luy a escriptes, et l'ay sondée fort doulcement de quelle affection elle estoit, à ceste heure, vers elle; qui m'a, en très bonne sorte, respondu qu'elle luy escriproit, ou aulmoins escriproit au comte de Cherosbery tout ce qu'elle avoit à luy respondre; et qu'elle vouloit que je luy escripvisse ardiment qu'elle n'avoit, à présent, aulcune aultre nouvelle offance contre elle, que la recordation de celles qui estoient déjà passées; et a commandé de fère seurement conduyre à la dicte Dame les coffres et besoignes, et lettres, qui luy estoient freschement arrivées de France. Vray est qu'elle a voulu que ce ayt esté par des serviteurs du dict Sr de Cherosbery, et non par ceulx qui les avoient menés jusques icy. Sur ce, etc.

Ce VIe jour d'apvril 1574.

CCCLXXVe DÉPESCHE

--du XVe jour d'apvril 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)

Prise de Carentan par Montgommery.--Désaveu que font les Anglais de cette entreprise.--Desir d'Élisabeth que l'entrevue soit accordée.

AU ROY.

Sire, le jeudy de la sepmayne saincte, et non plus tost, est arrivée à ceulx cy la certitude de la descente du comte de Montgommery en Normandye, et de la surprinse qu'il a faicte de Quarantan; et j'entendz que le mesme advis porte qu'il estoit bien près d'avoyr aussy Valoignes, et que Mr de Torcy avoit parlé à luy, le XXIIe du passé, et luy avoit monstré des articles, de la part de Vostre Majesté, aulxquelz il avoit faict la responce, qu'il a mandée par deçà; et que son frère avoit été tué, de guet à pens, par le commandement de la Royne. Dont vous puis assurer, Sire, que ceste princesse et ceulx de son conseil ont faict grande démonstration d'estre fort malcontantz du dict comte, et m'avoit esté donné espérance qu'il luy seroit escript de s'en retourner, et d'amander la faulte qu'il avoit faicte, ou aultrement, que la dicte Dame s'en ressantiroit; dont suis attandant ce qu'elle y voudra fère, car n'a encores bien résolu, en son conseil, comme y procéder. Et je vous supplye très humblement, Sire, vous souvenir comme, dès le commancement de janvyer, je vous advertys du voyage du dict de Montgommery à Gersé, et comme il falloit que le fissiés observer de dellà, parce qu'il estoit tout auprès de vostre coste, et bien fort esloigné d'icy, et que mandissiés advertyr, tout au long des places de la mer, de se tenir bien sur ses gardes; dont je fus infinyement ayse, par une dépesche du moys de febvrier dernier, que Vostre Majesté me mandoit d'y avoyr très bien pourveu.

Or, Sire, ce que j'estime pouvoir maintenant fère est de retenir ceste princesse, et pareillement ceulx de voz subjectz, qui sont encores par deçà, le plus que je pourray, en vostre dévotion, et garder qu'ilz ne suyvent ny favorisent l'entreprinse du dict de Montgommery. En quoy j'ay faict desjà, et continueray ordinayrement de fère, les plus exprès et les plus ardentz offices qu'il me sera possible. Et, quand à l'heure présente, je ne sçaurois desirer rien de mieulx, de ceste princesse, que ce que sa parolle et tout son semblant monstrent de vouloir fère bonnement pour vous, en l'occurrence de voz présentz affères; et que, pourveu que luy faciés sçavoyr, ou bien qu'elle puisse cognoistre ce que desirés d'elle, elle promet de très volontiers s'y employer.

Ung de ses principaulx conseillers, sur une nostre privée communicquation, m'a faict sçavoyr que la dicte Dame et ceulx de son conseil ne furent oncques mieulx disposés qu'à présent au propos du mariage, parce qu'ilz prévoyent, plus que jamays, par une occulte nécessité qui est dans cest estat, qu'elle et toutz eulx sont ruynés, si elle ne se marye. Et néantmoins il leur semble que le docteur Dayl y a senty du réfroydissement, de vostre costé, non que les termes, dont Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, luy avez uzé, en sa dernière audience, n'ayent esté bons et fondés en rayson, mais il luy a semblé n'y avoyr cognu la mesmes affection que devant; et qu'icelluy conseiller desireroit, au cas que Voz Majestez ne peussent, pour encores, s'approcher de ceste frontyère, qu'elles fissent aulmoins venir Mon dict Seigneur le Duc à ceste entrevue privée; où il me pouvoit assurer qu'il seroit receuilly et reçu de bon cueur; et que desjà ceste princesse avoit préparé ce qui faysoit besoing pour aller là où elle prétandoit de le rencontrer; et, quoy que ce soit, il me vouloit assurer, sur son honneur et sur le péril de son âme, que la dicte Dame ny ceulx de son conseil n'estoient consantz, ny sçavantz, de l'entreprinse du dict de Montgonmery, ains se tenoient fort offancés de ce qu'il l'avoit faicte; et que c'estoit chose très assurée qu'il n'avoit admené ny hommes, ny monitions aulcunes, de ce royaulme, et n'en tireroit la valeur d'ung soul; comme à la vérité, Sire, sellon le rapport que j'ay de l'estat du pays d'Ouest, il ne s'y prépare, pour encores, rien en faveur de luy. Et sur ce, etc.

Ce XVe jour d'apvril 1574.

CCCLXXVIe DÉPESCHE

--du XIXe jour d'apvril 1574.--