Part 4
Depuis, j'ay envoyé, devers le comte de Lestre, le prier de me mander de la santé de la Royne, sa Mestresse, et de son portement, sellon que j'avoys commandement de Voz Majestez, et de Monseigneur le Duc, de vous en fère sçavoyr, le plus souvent que je pourrois. Et luy ay faict toucher les mesmes poinctz que j'avoys déduictz à milord trésorier, et qu'il voulût prendre occasion de fère voyr à la dicte Dame la lettre que Monseigneur m'avoit escripte de sa main, affin qu'elle cogneût sa persévérance vers elle. Lequel comte, après avoyr fort promptement et très vollontiers satisffaict à cella, il m'a envoyé remercyer infinyement de la négociation que je luy avoys commise à fère, laquelle il me pouvoit assurer que la Royne, sa Mestresse, l'avoit eue très agréable, et s'estoit resjouye, trop plus que ne le me sçauroit exprimer, de la lettre de Monseigneur le Duc, et mesmes d'avoyr veu qu'en termes exprès il y parloit du mariage d'entre eulx d'eux, ce qu'elle avoit bien observé, qu'en nulle de ses aultres lettres il n'en avoit uzé ainsy, et qu'elle ne s'estoit pas contanté de la lyre une et deux foys, car l'avoit relue la troysiesme foys, et l'avoit interprété au dict comte en très bonne signiffication; et qu'il me pouvoit assurer de n'avoyr jamays veu la volonté de la dicte Dame mieulx inclinée vers le mariage, et vers Monseigneur le Duc, que maintenant; et qu'il cognoissoit bien qu'elle avoit grand desir de le voyr, mais qu'elle ne diroit jamays ouvertement qu'il vînt; et que le dict comte, de sa part, ne se présumoit pas tel qu'il ozât, de son costé, le luy mander, car repputoit cella de trop d'importance vers luy, en l'endroict d'ung si grand prince comme est Mon dict Seigneur le Duc; néantmoins, comme son très dévot serviteur et partial de la France, il desiroit et ne se pouvoit tenir de dire qu'il feroit très bien de venir ainsy, privément, comme la dicte Dame l'avoit desjà consenty; et que, demeurant le rapport, qu'on avoit faict de luy, convaincu par sa présence, il ne faysoit doubte qu'il n'obtînt son desir.
Lesquels propos des dicts comte et milord trézorier j'ay bien voulu, Sire, les vous représanter en propres termes, affin que puissiés mieulx juger à quoy pourra réuscyr le voyage de Mon dict Seigneur le Duc par deçà, si, d'avanture, il l'entreprend, sur la responce, que je vous ay desjà mandée; sur laquelle néantmoins, telle qu'elle est, la dicte Dame et les siens se persuadent que, s'il a bonne affection au mariage, qu'il ne diffèrera de venir. Dont ceulx, qui le desirent, ne cessent de me presser que je vous conseille de le haster, et ont opinyon que, par ce moyen, elle et luy se trouveront plus tost maryés que on ne l'aura pensé; et qu'il ne se pourra fère qu'il n'advienne une de deux choses: ou que Mon dict Seigneur l'espousera, ou qu'il emportera aulmoins parolle d'elle qu'elle n'en espousera jamays d'aultre. Et de ma part, Sire, ne sachant à quel grand regret Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, pourriés avoyr ceste venue de Mon dict Seigneur par deçà, et luy encores plus grand, s'il n'y obtenoit son desir, je ne puis, en façon du monde, me contanter que ceulx cy luy en veuillent ainsy laysser l'évènement trop incertain, et se monstrer, en cest endroict, par trop inconstans et muables; dont je ne sçay qu'en dire. Et ay opinion que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Mon dict Seigneur le Duc, pourrés plus prudemment, et avec plus de généreuses et hautes considérations, prendre l'expédient honnorable qui conviendra à cestuy vostre péculier et vrayment royal affère, que nuls aultres ne le vous sçauroient conseiller. Au regard de ce que le susdict ambassadeur a touché, comme de luy mesmes, au Sr Gondy, qu'il seroit bon que envoyssiés, de rechef, quelqu'ung par deçà, ceulx ci n'en sont nullement d'advis; ains disent que, si Monseigneur ne vient, que toutz aultres voyages et dilligences, pour ce regard, seront entièrement innutilles. Disent davantage, quand au commerce, qu'il n'a tenu à la Royne, leur Maystresse, ny à ma sollicitation, qu'il ne soit desjà bien estably, car, à mon instance, plusieurs assemblées ont esté desjà sur ce faictes en ceste ville, mais les marchandz y ont tousjours résisté, et y résisteront jusques à ce qu'ilz voyent une paix plus assurée et ung ordre mieulx estably en France.
Au surplus, Sire, je ne sentz qu'il se face encores, icy, aulcune propre dellibération de guerre pour rien entreprendre hors du royaulme, bien qu'on envoye beaucoup d'artillerye, de toutz qualibres, dans les grands navyres, comme pour en vouloir mettre quelque nombre dehors, à ce prochain primptemps. Mais je ne voy pas haster l'avitaillement, ni les aultres apprestz, pour vous debvoir mettre encores en peyne; et difficilement pourra t on dresser ung armement, aulmoins qui soit de quelque importance, que je n'aye quelque loysir de vous en donner advis. Ces gens de guerre, dont vous a esté faict rapport, sont seulement, ces huict centz soldatz que je vous ay desjà mandé qu'on dépeschoit en Irlande, et cinq centz à Fleximgues. Bien a l'on ordonné de fère bientost les monstres accoustumées du pays, et, quand à ce qui a esté traicté, de jetter des forces de ce royaulme dans le quartier de la Guyenne, qui est entre Loyre et Gironde, et dans la Rochelle, cella a esté plus mis en avant par aulcuns angloys qui sont extrêmes en leurs impressions, que non que la dicte Dame, ny que ceulx de son conseil y ayent presté l'oreille, ny l'ayent trouvé bon, ny que pas ung françoys y soit intervenu. Et croy que j'ay assés suffizamment advéré, tant du costé des angloys que de voz subjectz, qui sont icy, que la dellibération en demeure bien froide; bien que ceulx cy m'ayent, de rechef, ramanteu leur escrupulle de certain apprest de navyres, qu'on leur faict accroyre qui se poursuit fort chaudement en Normandye et Bretaigne, et que Vostre Majesté est après à fère levée d'allemans et suysses, et fère venir des italiens, ce que je leur ay jetté bien loing.
Il y a ung chapellain protestant, qui servoit le comte de Cherosbery, lequel, estant venu defférer icy la Royne d'Escosse, et ayant si fort irrité la Royne d'Angleterre contre elle que sa vye en a esté en extrême danger, il a esté dilligemment observé par ung bon amy, de ceste court, qui l'a faict enfin convaincre d'imposture; dont a esté condempné au pillory, et la dicte Royne d'Escosse demeure, pour ce coup, dellivrée de ce grand danger, grâces à Nostre Seigneur, auquel je prie, etc.
Ce XXVIe jour de febvrier 1574.
CCCLXVIIIe DÉPESCHE
--du Ve jour de mars 1574.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Raymond._)
Conférence de l'ambassadeur avec les députés de Flandre.--Vives assurances de dévouement données par l'agent de la Rochelle.--Mesures prises à Londres contre les étrangers.--Nouvelles d'Irlande.
AU ROY.
Sire, n'ayant, pour ceste heure, à fère sçavoir à Vostre Majesté rien de nouveau, du propos de Monseigneur le Duc, ny d'aulcune aultre chose que j'aye traictée avec ceulx cy depuis ung moys en çà, sinon cella mesmes que je vous ay désjà escript par mes précédentes dépesches, je viendray maintenant à vous dire que les deux depputés de Flandres, après avoyr présenté leurs lettres et leur commission à la Royne d'Angleterre, et luy avoyr exposé le sommayre de leur charge, ilz me sont venus visiter, le jour ensuyvant, et je les ay conviés, pour le lendemain, à vouloir prendre leur dîner en mon logis, où ilz ont uzé assés privément avecques moy. Et, entre aultres choses, m'ont dict qu'ilz espéroient, sellon la bonne démonstration que la dicte Dame leur avoit faicte, et sellon le plaisir, qu'elle avoit eu, de recevoyr de si bénignes lettres, comme ilz luy avoient apportées, du Roy d'Espaigne, que, avant la fin de trois moys, qu'ilz avoient à estre icy, ilz auroient accomodé les affères d'entre les deux pays, chose qu'ilz réputoient estre de grande conséquence pour le Roy, leur Maistre, et pour ses subjectz, et non moins utille et nécessayre à ce royaulme; néantmoins qu'ilz me vouloient fort affectueusement prier que, si je découvrois qu'il se menât quelque praticque, par ceulx cy, en faveur du prince d'Orange, contre le Roy, leur Maistre, que je les en voulusse advertyr, et qu'ilz me feroient le semblable, s'ilz entendoient qu'on y fît rien contre Vostre Majesté; et que, de vostre costé, non plus que du leur, ne se falloit attandre que, pour tous ces bons propos de mariage, lesquels ne servoient que d'une forme d'entretènement, ny pour nulles confédérations et ligues, vielles ou rescentes, les Angloys se divertîssent des intelligences qu'ilz avoient avec les aultres protestants, ny qu'ilz ne broillassent tousjours, aultant qu'ilz pourroient, les affères dedans les estatz de leurs voysins, car c'estoit ce de quoy ilz faysoient leur prouffit, et de quoy ilz estimoient pouvoir mieulx entretenir leur repos. A quoy, Sire, je leur ay fort volontiers acquiescé.
Or, Sire, pour vériffier davantage si l'advis, d'envoyer des forces, d'icy, au quartier de la Guyenne, qui est à l'entour de la Rochelle, et dans la ville mesmes, auroit fondement, j'ay curieusement examiné là dessus, l'ung après l'aultre, toutz les principaulx de voz subjectz qui sont par deçà; lesquels m'ont fort évidemment faict cognoistre que c'estoit chose à quoy nul d'eux n'avoit jamays pensé, ains l'ont détestée avec exécration. Et, entre aultres, le sire Bobineau, agent de la Rochelle, s'est offert à moy de se mettre en lieu où l'on pourroit fère justice de sa personne, au cas que, depuis le dernier édict, il se soit traicté chose aulcune, ny en ayt esté proposé une seule, petite ny grande, à ceulx cy, par ceulx de sa ville, qui puisse estre au préjudice du dict édict, ny contre l'obéyssance et fidellité qu'ilz doibvent à Vostre Majesté; et qu'il me prioit d'approfondir bien cest advis, duquel je luy venois de parler, affin que, par la vérité de ce que j'en trouverois, je vous peusse oster toute la sinistre impression que pourriés avoyr conçue d'eux, car c'estoit ce qu'ilz craignoient le plus au monde, que de vous mettre en quelque souspeçon et deffiance, et que ceulx de sa ville se vouloient maintenant monstrer plus fermes et loyaulx subjectz de Vostre Majesté et de vostre couronne, qu'ilz n'avoient jamays faict; et qu'icelluy agent n'estoit retenu, icy, que pour quelque somme, à quoy ilz estoient obligés vers les Angloys, depuis le siège; et que, s'il vous plaisoit leur fère expédier la commission, que leur avés, longtemps y a, accordée, de pouvoir lever les deniers pour ce payement, que luy se retireroit incontinent d'icy, et l'on verroit que les habitans de la Rochelle n'auroient plus aulcune communicquation avec les Angloys; et qu'il ne me vouloit pas celler qu'il estoit après, maintenant, à achepter quelque quantité de poudre, sellon que, de tout temps, ceulx de la Rochelle estoient tenus d'en avoyr ordinayrement quarante milliers de provision dans leur ville; et, parce qu'après le siège il n'en y estoit point resté, l'on luy avoit mandé d'y en fère venir. Je luy ay respondu que je ferois entendre à Vostre Majesté tout ce qu'il m'avoit dict, et qu'il se pouvoit assurer que vous maintiendriés droictement à ceulx de la Rochelle vostre édict, s'ils se sçavoient contenir de ne l'enfreindre de leur part.
Bientost après est arrivé, du dict lieu de la Rochelle, ung marchant de ceste ville, nommé Landol, qui dict en estre party le Xe du passé; et rapporte que Mr de St Suplice n'a esté qu'ung soyr dans la ville, et que les habitans et ceulx de la nouvelle religion, qui sont aulx envyrons, estoient après à fère leurs monstres et reveues, et que ceulx de Languedoc leur avoient mandé de se mettre aulx champs. Ce qui seroit, Sire, pour esmouvoir assés ceulx cy, si je n'assurois fort fermement que le contrayre est toute la vérité.
L'on a descouvert, en ceste ville, que quelque nombre d'angloys, promptz à la main, estoient toutz pretz de succiter une grande sédicion, par tout ce royaulme, contre les estrangiers, mais il y a esté dilligemment pourveu. Néantmoins, pour mieulx appayser les mutins, il a esté faict une fort curieuse recherche sur les dicts estrangyers, et, de trèze mille sept centz, qui s'en est trouvé en ceste seule ville de Londres, l'on en a banny plus du tiers, presque toutz flammantz, qui ne se rangeoient à nulle église, ny à celle des Angloys, ny à celle des estrangiers. Et leur est commandé de vuyder le royaulme, dans Nostre Dame de mars, sur peyne de prison; dont ilz proposent de se retirer à ceste heure en Zélande, où ilz entendent que Meldelbourg est rendu au prince d'Orange: et plusieurs aultres, en grand nombre, de ceulx mesmes qu'on souffriroit bien de demeurer icy, dellibèrent de s'y en aller.
Il n'est venu, longtemps y a, rien de nouveau d'Escosse, dont ne vous en feray icy mencion; mais parce que je voy praticquer plus souvent Me Quillegrey, en ceste court, depuis huict jours en çà, qu'il n'avoit faict de longtemps auparavant, je souspeçonne que ce ne peult estre que pour quelque voïage en Escoce, ou bien pour l'envoyer en Allemaigne. Je mettray peyne d'en entendre la vérité.
Du costé d'Irlande, le comte d'Esmond va si bien prospérant en ses entreprinses, qu'il a entièrement reprins tous les chasteaulx et lieux forts de son estat, et tient à présent fort à l'estroict la ville de Corc, dont ceulx cy hastent leurs dellibérations et apprestz pour y remédyer; car l'ouverture d'accord qu'on avoit faict au comte d'Essex demeure sans effect. Et sur ce, etc. Ce Ve jour de mars 1574.
CCCLXIXe DÉPESCHE
--du VIIe jour de mars 1574.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Jacques._)
Nouvelle reprise d'armes en France.--Efforts de l'ambassadeur pour empêcher les secours que pourraient donner les Anglais aux protestans de France.--Avis d'une entreprise qui doit être tentée contre Calais.
AU ROY.
Sire, parce que la Royne d'Angleterre veult prendre ung peu de temps à dellibérer de ce qu'elle aura à respondre, sur les lettres que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le Duc, luy avés dernièrement escriptes, et sur la créance que m'avés faicte luy exposer de vostre part, je ne vous diray rien de ce qui s'est passé entre elle et moy là dessus, jusques à ce que je vous manderay du tout sa responce. Et cepandant je vous donray advis, Sire, comme j'ay receu vostre dépesche, du troysiesme du présent, et, avec icelle, la confirmation de ce qu'à mon très grand regret j'avois desjà entendu de la reprinse d'armes, par voz subjectz de la nouvelle relligyon, qui disent estre intimidés de leurs vyes par des advertissementz, qu'on leur donne, que vous les voulés exterminer; en quoy et ceulx qui leur baillent ces allarmes, et, eulx, qui les prennent trop légèrement, sont bien fort à blasmer.
Une entreprinse a esté publiée, icy, fort grande, d'une soublévation générale, en ung mesme jour, de touts ceulx de la dicte nouvelle religion, tant de pied que de cheval, en divers endroictz de vostre royaulme, et qu'ilz avoient prins sept ou huict villes en Poictou, Nantes et Vitry en Bretaigne, Péronne en Picardye, plusieurs lieux d'importance en Languedoc et Daulfiné, failly à surprendre Bordeaulx et Blaye, et que leur armée, près d'Avignon, se trouvoit fort puissante; et estoient prestz d'en mettre une aultre aulx champs du costé de la Rochelle, et que envyron douze centz chevaulx des leurs s'estoient venus joindre à ung rendés vous, près St Germain en Laye, qui avoient contreinct Vostre Majesté et toute la court de desloger, de nuict, et fère une fort soubdayne retraicte à Paris. Il est vray que, quand la dépesche de l'ambassadeur d'Angleterre est arrivée, encore que le courrier ayt faict les choses bien grandes, le comte de Lestre m'a néantmoins mandé que les lettres parloient fort modérément, et ne disoient sinon que Vostre Majesté, estant advertye que ceulx de la dicte nouvelle religyon s'assambloient assés près de St Germain, vous vous en estiés venu à Paris pour y pourvoir.
Maintenant, Sire, je mettray peyne que ceste princesse et ceulx de son conseil entendent mieulx comme le tout va, jouxte ce qu'il vous plaist m'en escripre; et feray tout ce qu'il me sera possible qu'elle et eulx ne se vueillent esmouvoir de rien, bien qu'il ne fault s'attandre, Sire, encor que, par advanture, je pourray bien tirer beaucoup de parolles et de démonstrations bonnes d'elle, que pourtant toutz les siens demeurent paysibles, si les troubles s'eslèvent en vostre royaulme; non plus qu'ilz ne se peuvent contenir qu'ilz ne s'entremettent bien avant de ceulx de Flandres; oultre que la dicte Dame leur en pourra dissimuler davantage sur ce qu'on luy a voulu fère accroyre que ces vaysseaulx de Normandye s'équippoient en faveur d'Adam Gourdon, pour le trajetter, avec de bonnes forces, en Escoce. Ce que je luy ay néantmoins assuré, sur ma vye, que non, ains que c'estoit pour Dantzic, ainsy que vostre dépesche, du XXe du passé, le portoit; et me suis mocqué de ce qu'on luy vouloit imprimer que Vostre Majesté, et le Roy d'Espaigne, aviés une entreprinse, pour ce primptemps, sur l'Angleterre, comme de chose qu'elle debvoit estimer ridicule et pleyne de vanité.
Et, quand à voz subjectz, qui sont par deçà, Sire, je leur feray entendre vostre bonne intention, et mettray peyne de les retenir en la dévotion, qu'ilz m'ont plusieurs foys assuré, qu'ilz avoient à vostre service; et sçay bien que le comte de Montgommery estoit encore, n'y a pas cinq jours, à Gerzé, et que luy, ny son filz, n'en ont point bougé; et que mesmes ilz s'en reviennent, toutz deux, bientost trouver la comtesse de Montgommery, à Hamptonne; d'où, s'il s'approche jusques icy, je ne faudray de le confirmer, le plus qu'il me sera possible, à vouloir demeurer en ce qu'il vous a promis, par l'escript, que je vous ay naguyères envoyé, signé de sa main.
Au surplus, Sire, l'on me vient d'advertyr que environ quarante navyres de guerre, qui sont prestz à sortir de Fleximgues, avec bon nombre de soldatz, et le cappitaine Chestre, angloys, qui embarque encores de nouveau, icy, quatre ou cinq centz hommes pour les passer, à ce qu'il dict, en Hollande, ont une entreprinse sur Callays, par la conduicte d'aulcuns françoys qui ont demeuré longtemps à la Rye, et maintenant sont passés dellà. Dont, encor que l'advertissement ne me viegne de grand lieu, je ne l'ay voulu mespriser, ains ay estimé que, à cause d'icelluy, je debvois renvoyer promptement Jacques le courrier, affin d'en donner advis, en passant, à Mr de Gourdan, et pareillement à Mr de Caillac, à Bouloigne, comme, encores je suys très ayse qu'ayés faict advertyr, tout le long de la coste, qu'on ayt à s'y tenir sur ses gardes. Et sur ce, etc.
Ce VIIe jour de mars 1574.
CCCLXXe DÉPESCHE
--du XVIIe jour de mars 1574.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrettère._)
Audiences.--Consentement du roi à ce que l'entrevue se fasse en secret à Douvres.--Demande d'un délai pour donner la réponse.--Changement apporté dans les délibérations d'Élisabeth par la nouvelle de la reprise des armes en France.--Communication qui lui est faite à cet égard par l'ambassadeur.--Bonne disposition des réfugiés français.--Réponse d'Élisabeth qu'elle consent à l'entrevue, dans l'une de ses maisons, près de Douvres.
AU ROY.
Sire, la Royne d'Angleterre a curieusement, et avec affection, leu les trois lettres, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le Duc, luy avés escriptes, de voz mains, et a esté fort facille de cognoistre, à ses parolles et contenances, qu'elle prenoit ung grand playsir de voyr que toutz troys persévériés, conjoinctement et constamment, vers elle. Néantmoins elle m'a dict, en riant, qu'elle craignoit que, par mes dépesches, je vous eusse parlé ung peu trop licencieusement de l'affection, qu'elle m'avoit privément déclaré, qu'elle avoit à l'establissement d'une mutuelle et perdurable amityé avec Voz Majestez, et que je la vous eusse interprétée à quelque aultre sorte d'affection vers le mariage et l'entrevue; en quoy, si je ne luy avois réservé la modération, qui convenoit aulx filles, elle auroit grande occasion de se pleindre de moy.