Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 38

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Sire, par la dépesche que je vous ay faicte, du premier du présent, j'ay réytéré en la lettre de la Royne, vostre mère, à ce que, du tréziesme auparavant, je vous avoys escript, comme le comte de Lestre m'avoit ouvertement déclaré que, s'il venoit quelque bonne nouvelle de France, sur la reprinse du bon propos de sa Mestresse, qu'il espéroit estre celluy qui vous yroit apporter la jarretyère. Sur quoy attandant qu'il vous playse me mander ce que j'auray à luy respondre, je ne m'advance pas de rendre encores l'autre responce que m'avez mandée du Xe auparavant, touchant le principal du dict propos, parce qu'il semble que voz présentz affères ne perdent rien de laysser cella en quelque suspens, et aussy que l'on ne me presse beaucoup d'y respondre. Néantmoins ung des premiers et fort principal personnage de ce royaulme m'a secrettement adverty que la Royne, sa Mestresse, ayant ung jour, à Quilingourt, faict appeller en sa chambre ceulx de son conseil pour, entre autres choses, fère l'élection de celluy qui vous apporteroit la dicte jarretyère, elle et eulx, par occasion, là dessus, avoyent ramené en mémoyre l'estat de tout l'autre principal propos, et que la matière en avoit esté si avant débatue qu'on avoit jugé expédient de ne nommer encores pas ung pour ceste légation, jusques à ce qu'on eût ung peu mieulx cognu de quelle intention Vostre Majesté seroit vers le dict bon propos, affin que, sellon cella, elle peût, de plusieurs seigneurs de sa court, eslyre lors celluy qu'ilz estimeroyent le plus propre pour bien négocyer cest affère; et qu'il me vouloit bien dire qu'il avoit fort profondément sondé le cueur de sa Mestresse en cest endroict, et qu'il trouvoit, en somme:

Qu'elle ne sçavoit à quoy bonnement se tenir de l'intention de Vostre Majesté; car, parce qu'elle m'avoit tousjours cognu d'une prompte et grande affection à l'entretènement de vostre mutuelle amityé, et à vouloyr, tout ainsy que Voz Majestez estoyent unis par la ligue, vous unyr encores davantage par alliance; et que, toutes les foys que le feu Roy, vostre frère, m'en avoit commandé quelque chose, je la luy avoys non seulement fort volontiers communicquée, mais luy avoys tousjours admené beaucoup de raysons pour l'y persuader, voyant, à ceste heure, que je ne monstroys plus nulle challeur en cella, elle creignoit que Vostre Majesté n'en y eût poinct aussy; néantmoins qu'elle vouloit croyre fermement que le feu Roy, et la Royne, sa mère, avoient jusques icy, ainsy que je l'avoys tousjours assuré, procédé d'une fort droicte intention à vouloir, avec leur honneur et dignité, fère tout ce qu'ilz pourroyent pour conduyre l'affère à bonne fin, et qu'ilz avoient demandé ung saufconduict pour l'entreveue, lequel elle leur avoit une foys accordé, et depuis n'en avoit jamays faict de refus; dont restoit maintenant en Vostre Majesté d'y procéder sellon ces dernières erres, sinon que, pour aulcuns respectz et accidantz, il vous fût survenue nouvelle occasion de ne le vouloyr poinct;

Et que c'estoit tout ce qu'il avoit peu tirer de la dicte Dame, par où je pouvois voyr qu'elle estimoit avoyr bien accomply, de son costé, ce qui touchoit à cella, et qu'elle attandoit, à ceste heure, comme vous entendiez d'y cheminer, du vostre; et que, là dessus, il me vouloit privéement déclarer son opinyon, qui estoit: que, sans remémorer l'amplitude de l'estat ny les excellantes grâces de sa Mestresse, qui estoyent choses notoyres, ny la cognoissance que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviez que celluy qui se vouloit rendre possesseur d'une telle princesse, et posséder avec elle toute sa grandeur, la debvoit, avec beaucoup de soing et avec beaucoup de respectz, très dilligemment poursuyvre, il jugeoit nécessayre, puisque le poinct de l'affère estoit maintenant tout en vostre main, si d'avanture je pensoys que Vostre Majesté y eût encores de l'affection, que tout promptement je vous escripvisse de demander encores l'entreveue, comme chose avec laquelle le bon effaict s'en pourroit facillement ensuyvre, et sans laquelle jamays ne s'ensuyvroit; et que, sellon la dilligence que je vous ferois mettre en cella, se pourroit cognoistre s'il restoit de la disposition, ou non, de vostre costé; car la prolongation ne servoit que de confirmer aulx ennemys les argumentz qu'ilz faisoient contre ce propos, et de mettre les amys en quelque doubte de vostre sincérité; et confessoit estre l'ung de ceulx qui avoient consulté la dicte Dame de ne nommer poinct le personnage qu'elle vouloit envoyer en France jusques à ce qu'elle sceût playnement le cueur de Vostre Majesté, affin de fère allors plus seurement l'élection; car jugeoit n'estre aulcunement raysonnable qu'elle fît partyr ung qui seroit pour résouldre cest affère, sinon à bien bonnes enseignes; et, si elle perdoit la présente occasion de la jarretyère, elle n'espéroit, de longtemps, d'en recouvrer une aultre si honnorable, ny qui peût estre si à propos; et que, quand luy et ceulx qui, comme luy, avoient grande dévotion à cest affère, pourroient avoyr quelque cognoissance de la vraye et certayne intention de Vostre Majesté, je ne fisse nul doubte qu'ilz n'y employassent lors tous les bons moyens et addresses qui s'y pourroient desirer; me priant d'uzer bien secrettement et avec discrétion, de cestuy sien conseil, qui estoit sans le sceu de nul aultre de la compagnye; et qu'il avoit congé d'aller estre quelques jours en sa maison, mais qu'il seroit tout à temps de retour à la court pour servir, aultant qu'il luy seroit possible, en cest endroict.

Voilà, Sire, la substance et les propres termes, en brief, de tout ce qu'il m'a plus au long escript; qui ay retenu l'original de sa lettre devers moy, et ne luy ay poinct faict de responce. Mesmes j'avoys une foys dellibéré de n'en rien mander à Vostre Majesté, parce que celle vostre aultre responce, du Xe du passé, sembloit assez y satisfère; mais il ne faut rien tayre à son prince, comme je ne luy ay jamais faict, ny suis pour jamays le fère. Sur ce, etc.

Ce VIe jour d'aoust 1575.

A LA ROYNE.

Madame, ceste dépesche, que je fay présentement à Voz Majestez, est pour leur fère entendre le contenu d'une lettre qu'ung des premiers et principaulx milords de ce royaulme m'a escripte, à laquelle je ne luy ay rien respondu, et si, ay esté en doubte si je la debvoys entièrement réserver secrette devers moy, affin de ne remuer rien plus en ung affère qui a esté plusieurs foys en vain essayé, et lequel je ne sçay comme, à présent, il est agréable de vostre costé. Mais considérant qu'il fault révéler toutes choses à Voz Majestez, et elles, puis après, en ordonneront comme il leur plerra, et que d'ailleurs, le personnage qui m'a escript est de tel poix et gravité, et si retenu, qu'il ne dict rien à la volée ny sans bon fondement, j'ay enfin prins ceste résolution qu'il ne vous en seroit rien dissimulé. Et seulement je me suis abstenu de vous y adjouxter rien de mon adviz parce que Vostre Majesté void tout à cler ce qui est de dellà, et juge mieulx de ce qui est icy que je ne sçauroys fère; et ne diray que ce mot que ceulx cy temporizeront indubitablement d'envoyer l'ordre jusques à ce qu'ilz pourront avoyr eu quelque notice de l'intention de Voz Majestez en cest endroict. Et sur ce, etc.

Ce VIe jour d'aoust 1575.

CCCCLXVe DÉPESCHE

--du XIIIe jour d'aoust 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Nouveaux armemens faits en Angleterre.--Prochain départ de sir Henri Sidney pour l'Irlande.--Temporisation de Me Quillegrey à Barwich.--Maladie de sir Henri Coban.--Exécution à Londres de plusieurs Hollandais brûlés vifs pour cause d'hérésie.--Méfiance que doivent inspirer les nouveaux préparatifs des Anglais, et un envoi d'argent fait par Élisabeth en Allemagne.

AU ROY.

Sire, ayant sceu que l'admyral d'Angleterre et le gardien des cinq portz, avec les principaulx officiers de la marine, s'estoyent assemblés, la sepmayne passée, à Rochester, où sont les grands navyres de ceste princesse, comme pour y ordonner d'ung armement à fère quelque entreprinse, j'ay envoyé sçavoyr ce qui en estoit; et m'a l'on rapporté qu'on y avoit commandé de mettre promptement huict des grands navyres en estat pour estre prestz de sortir dans dix jours, toutes les foys que le commandement en seroit venu; mais qu'on n'avoit encores rien ordonné de l'advytayllement, et que seulement le dict admiral, estant au dict lieu, avoit envoyé surprendre, en l'embouchure de la Tamise, deux vaysseaulx, où y avoit sept ou huict gentilhommes de bonne qualité, angloix, qui pensoient se desrober de ce pays, lesquelz il a ramenez et sont réservez soubz quelque garde; et qu'il s'apprestoit bien envyron vingt quatre ou vingt cinq vaysseaulx, en demy équippage de guerre, dans ceste rivyère, par des particulliers, qui disoyent vouloir aller, les ungs en Hespaigne, les aultres en Portugal, et les aultres en Barbarye, pour faict de marchandise; dont nous verrons, de jour à l'aultre, ce qui s'en fera. Il semble que, de ceste année, il n'y a pas grande flotte pour les vins à Bourdeaulx, parce que ceste princesse a très rigoureusement deffendu qu'on ne puisse vendre ny achapter en Angleterre, toutz frays et subsides payez, plus haut de dix livres d'esterling la tonne de vin, qui sont cent livres tournoys, là où, à présent, il se vent bien au double.

Le sire Henry Sidney s'en va, du premier jour, passer en Irlande, où l'on pense qu'il y réduyra les choses, et qu'il remettra facillement tout le pays en l'obéyssance de ceste couronne, et le comte d'Essex s'en retournera.

Me Quillegreu a temporisé, plus longtemps qu'on ne m'avoit dict, à Barwic, à cause de ce désordre naguyères survenu entre les gardiens des deux frontyères, et s'il n'en est party depuis dix jours, il y est encores. La Royne d'Escosse se porte bien et cuydoyent aulcuns que la Royne d'Angleterre, sa cousine, s'estant approchée à une journée et demye d'elle, la deût voyr; mais j'entendz que seulement elle l'a envoyée visiter. Me Henry Cobhan, en attandant, icy, sa dépesche pour Espaigne, est tombé malade; néantmoins il espère partyr, aussytost qu'il se portera ung peu bien, et dellibère de fère son chemin par France.

L'on a brullé, ces jours passez, en ceste ville, aulcuns Ollandoys pour cause d'hérésye, parce qu'ilz ne se sont voulus desdire, soubstenans, entre aultres erreurs, qu'il n'estoit loysible aulx Chrestiens d'exercer magistrat.

Je ne veulx pas, Sire, après tant de bonnes parolles et de bonnes démonstrations que j'ay naguyères eues de ceste princesse et des siens, sur la continuation de la ligue, les souspeçonner légèrement; néantmoins ayant sceu que, de trente mille livres d'esterling, que la dicte Dame a dernyèrement empruntés de ceulx de Londres, en ayant receu contant vingt mille, et icelles ordonnées pour la guerre d'Irlande, je crains que des aultres dix mille, lesquelz elle a envoyé remettre en Hambourg, que, si elles ne sont distribuées aulx pensionnayres qu'elle a en Allemaigne, ou bien employées en l'acquit de quelque vieulx partis qu'elle doibt encores par dellà, qu'elles ne soyent convertyes à fère une levée de reytres en faveur des eslevez de vostre royaulme; et que ceste somme soit celle partye de deniers qu'on dict qu'elle est obligée de contribuer en la ligue des princes protestantz pour la deffance de leur religyon, sellon qu'on m'a assuré qu'il est convenu, par articles exprès, avec les dictz princes protestantz que, toutes les foys et pour aultant de vingt mille escus qu'on leur pourra fère fournir en deniers contantz, ilz seront tenus, dans certains jours après, de fère marcher autant de troys mille reytres ou en France ou en Flandres, là où le besoing en sera cognu plus grand; dont Vostre Majesté pourra, par quelqu'ung de ses serviteurs en Allemaigne, fère observer cella.

Je ne puis vériffyer que Mr de Méru ayt emporté plus grande somme de ceste court que les douze centz angelotz que cette princesse luy a donnez; et encores m'a l'on dict que le présent, à la fin, a esté restreinct à six centz angelotz.

Je parachevoys cest article quand la dépesche de Vostre Majesté, du XXIXe du passé, est arryvée, de laquelle j'uzeray en la façon qu'il vous plaist me le commander, la première foys que j'iray retrouver ceste princesse; et incontinent après, je vous manderay ce qu'elle m'y aura respondu. Sur ce, etc. Ce XIIIe jour d'aoust 1575.

CCCCLXVIe DÉPESCHE

--du XXe jour d'aoust 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Arrivée de Mr de Mauvissière en Angleterre.--Refus du roi d'accepter les offres faites par le capitaine Bathe d'une entreprise contre l'Angleterre.--Préparatifs des Anglais pour se tenir prêts à une expédition.--Réclamations réciproques à raison des prises.--Sollicitations de l'ambassadeur afin qu'il lui soit envoyé de l'argent.--Mission qui lui est donnée de se rendre auprès de Marie Stuart et de passer en Écosse.

AU ROY.

Sire, parce qu'il y a huict jours que je ne fay, d'heure à aultre, que regarder si Mr de Mauvissyère arryvera, pour le conduyre incontinent devers la Royne d'Angleterre, laquelle est encores bien loing en son progrès, je temporise d'aller parler à elle du contenu de la dépesche de Vostre Majesté, du XXIXe du passé, jusques à ce qu'il soit icy, affin de fère de tout ung; mais venant de sçavoyr par le Sr de Vassal, lequel ne faict que d'arryver, que le dict Sr de Mauvissyère est desjà en Angleterre, de quoy je loue Dieu de bon cueur, j'espère que, dans ung jour ou deux, nous yrons toutz deux trouver la dicte Dame.

Cependant je ne puis sinon bien fort approuver ce que la Royne, vostre mère, a prudemment advysé de rejetter les offres du cappitayne Bathe comme malhonnestes, et louer infinyement vostre vertu de les avoyr de mesmes mesprisées; car c'est sellon que voz promesses et l'obligation de vostre foy et de vostre sèrement le requièrent, et je mettray peyne de fère voyr à ceste princesse combien ces deux honnorables actes, que luy avez uzé touchant le sire James Fitz Maurice et cestui cy, méritent qu'elle s'acquite de mesmes honnorablement vers Vostre Majesté. Et vous diray, Sire, que j'ay opinyon qu'il y avoit de l'artiffice beaucoup ez offres du dict Bathe, et qu'il cherchoit comme il pourroit trouver le moyen de provoquer sa Mestresse contre vous, et non pas comme il pourroit nuyre à elle, sellon qu'il y en a assez, en ceste court, qui luy en pouvoient avoyr bayllé l'instruction; car, après s'estre eschappé des mains du grand commandeur de Castille, qui l'avoit détenu dix huict moys en prison, à cause qu'il le souspeçonnoit d'estre passé en Flandres pour tuer, de guet à pens, le comte de Vesmerland, aussytost qu'il a esté de retour par deçà, l'on l'a receu et favorizé en ceste court, et ceulx qui manyent les affères ont persuadé à ceste princesse de luy ordonner une pencion de deux centz escuz, l'an, pour toute sa vye, et il ne venoit que de recepvoyr ce bienfaict d'elle quand il est passé en France, avec ce, que je ne pense poinct qu'il ayt eu communicquation avec le comte de Quildar, car l'on l'observe de trop près, ny le dict comte ne se fût jamays commis à luy, car il n'est nullement léger. Mais, quand au cappitayne Morguen, de tant que son offre ne tend à rien qui soit contre sa Mestresse ny contre son pays, ains d'exécuter quelque entreprinse qu'il dict estre d'importance, et laquelle il estime pouvoir conduyre à bon effect pour le service de Vostre Majesté contre ceulx de la Rochelle et les eslevez de vostre royaulme, elle semble avoyr plus d'apparance que l'autre.

Néantmoins luy et les autres cappitaynes angloix, qui sont icy, sont à présent retenus pour la guerre d'Irlande, de peur que le dict sire James Fitz Maurice n'y repasse pour y brouyller les affères. Et puis il semble qu'encor que ceste princesse et les siens ne monstrent pas qu'ilz soyent beaucoup offancez de ce que les Escossoys ont faict en l'assemblée des gardiens de la frontyère du North, ilz en réservent néantmoins une vengeance dans le cueur contre eulx, et si, ont quelque opinyon qu'ilz ayent esté meus à uzer de ceste audace par quelque conseil de France; ce qui faict qu'ilz caressent davantage leurs cappitaynes et leurs soldatz, estimantz qu'ilz en auront bientost à fère. Et depuis troys jours, ilz ont faict sortir troys grands navyres de guerre, de ceulx que je vous ay mandé qu'on apprestoit, et ont envoyé revisiter les fortz qui sont le long de la coste d'Ouest, qui regarde la France, affin de les mettre promptement en deffance, et les garnyr d'artillerye et de monitions et de gens de guerre, ung peu mieulx que de l'ordinayre, sur quelque souspeçon qu'ilz ont que ce, que Vostre Majesté a commandé d'armer des vaysseaulx par dellà pour assurer la mer contre les pirates, ayt quelque aultre chose de caché là dessoubz; de quoy je les mettray bien hors de peyne sur l'assurance de l'amityé que leur avez jurée, si, d'avanture, ilz daignent m'en parler.

Mr de Walsingam me vient d'escripre, du XIIIe de ce moys, que je vueille refraischir à Vostre Majesté la plaincte des marchandz de Londres contre les habitans de St Malo, parce que la Royne, sa Mestresse, en est pressée; et que, quand à la plaincte du sire Lacheroy, de Roan, de laquelle Vostre Majesté m'a naguyères escript, il me mande que la dicte Dame a commandé à son ambassadeur par dellà d'y regarder, et d'en accommoder l'affère sellon que, par les preuves et vériffications du procez, il cognoistra qu'il se debvra fère.

Au surplus, Sire, je reste le plus confus gentilhomme de toutz ceulx qui sont à vostre service pour n'avoyr receu, par le Sr de Vassal, aulcune provision d'ung seul denier de Vostre Majesté, pour me désangager d'icy, qui suis en danger d'y souffrir une très grande honte au préjudice de la réputation de voz affères, par la rigueur que justement m'uzeront, à ceste heure, ceulx à qui je doibs; qui vous supplye très humblement, Sire, y vouloir pourvoyr, et avec ce qui en peut toucher à la dignité de vostre service, avoyr compassion de l'extrême nécessité de vostre serviteur.

Je feray bien tout ce qu'il me sera possible pour avoyr la permission d'aller visiter la Royne d'Escosse et Monsieur le Prince, son filz, de la part de Vostre Majesté, et vous y feray tout le service qu'il vous plaist me commander, sans y espargner ma santé ny mesmes ma vye, s'il est besoing; mais il n'est pas possible que, sans qu'il vous playse me fère envoyer de l'argent, je puisse frayer au voïage. Et sur ce, etc. Ce XXe jour d'aoust 1575.

CCCCLXVIIe DÉPESCHE

--du XXVIIe jour d'aoust 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Callays par la voye du Sr Acerbo._)

Nouvelle répandue à Londres de l'entrée en France du prince de Condé avec une armée.--Secours d'argent donné aux protestans de France et d'Allemagne par les églises d'Angleterre.--Incursion des Anglais sur les frontières d'Écosse.--Craintes pour Marie Stuart.

AU ROY.

Sire, depuis huict ou dix jours en çà, la Royne d'Angleterre n'a poinct arresté en lieu de séjour, où nous ayons peu avoyr accez à elle, et n'en y aurons jusques à mardy prochain, trentiesme de ce moys, que nous l'yrons trouver à Wodstok, à cinquante mille d'icy, où j'espère qu'elle acceptera agréablement Mr de Mauvissière en ma place, ainsy que desjà il a bien cognu, par des démonstrations que mylord trésorier luy a faictes, qu'il sera receu avecques toute faveur d'elle et de ceulx de son conseil. Dont je juge bien que, sellon la dilligence qu'il mect de s'instruyre et de se bien informer de toutes choses d'icy, et pour la bonne affection qu'il monstre avoyr à vostre service, qu'il vous en fera de très bon et très fidelle; en quoy de tout ce que je sçay et que je cognoistray luy pouvoyr donner lumyère en ceste charge que luy avez commise, je vous supplye très humblement, Sire, de croire que je n'y manqueray nullement. Et après que nous aurons parlé à la dicte Dame, nous vous ferons incontinent sçavoyr ce que nous aurons apprins d'elle et des siens, sur les particullaritez que nous avez commandé leur proposer.

Et vous diray cependant, Sire, que la nouvelle, qui court icy, que le Prince de Condé est desjà entré en vostre royaulme avec ung nombre de reystres, donne quelque chaleur à des particulliers de ce royaulme de s'esmouvoyr; et est certain que, oultre les trois navires de ceste princesse, que je vous ay dernièrement escript qui estoient sortis en mer, il y en a cinq de Hacquens, de Thomas Cobhan, de Forbicher et de quelques aultres cappitaynes de mer, qui, dans trois ou quatre jours, doibvent sortir de ceste rivyère en équippage de guerre, et ne se sçayt encores où s'addresse leur entreprinse; néantmoins nous en donnons présentement advis aulx gouverneurs de dellà affin qu'ilz en demeurent apperceus.

Il a esté faicte une secrette ceuillette de deniers par les églyses de ce royaulme, qui monte envyron cinq mille livres esterling, c'est dix huict mille escus, qui doibvent estre prestz en angelotz ez mains d'ung marchant de ceste ville, le premier jour du moys prochain; et présument aulcuns que c'est pour secourir le prince d'Orange, lequel n'a renvoyé si malcontant le docteur Roger, naguyères envoyé d'icy devers luy, comme l'on le publioit; ains j'ay naguyères comprins de certains propos que le docteur fiscal de Bruxelles m'a tenus, lequel j'ay convyé à dîner avec Mr de Mauvissière, que le dict Roger avoit porté offre du dict prince de mettre des places de Hollande et Zélande ez mains de ceste princesse, si elle vouloit prendre la protection du pays, ou aultrement qu'il s'iroit getter ez mains de Vostre Majesté, parce qu'il ne pouvoit plus supporter la guerre; mais, de tant que je n'ay encores la certitude de ce faict, et que, s'il est vray, vous en avez assez de certitude d'aylleurs, je ne m'en estendrai davantage.

Et adjouxteray seulement, icy, que les Angloix sont entrés en armes dans la frontière d'Escoce, pour revencher l'injure que les Escossoys leur avoient faicte; dont, pour accommoder cella, j'entendz que le comte de Houtinthon, président du North d'Angleterre, et le comte de Morthon se doibvent bientost assembler, ce que j'ay grandement suspect pour la personne de la Royne d'Escosse; car ce sont les deux plus viollantz ennemys qu'elle ayt en ces deux royaulmes. Me Quillegreu a desjà veu le dict Morthon, et croy qu'il se trouvera à cest abouchement; et m'a l'on dict qu'il praticque une nouvelle levée d'Escossoys pour la fère passer du premier jour, en Hollande. Et sur ce, etc.

Ce XXVIIe jour d'aoust 1575.

CCCCLXVIIIe DÉPESCHE

--du Xe jour de septembre 1575, à Oxford.--

(_Envoyée exprès jusques à Callays par Jehan Mounyer._)

Audience de présentation de Castelnau de Mauvissière.--Reprise de la négociation du mariage.

AU ROY.

Sire, le dernier du moys passé, j'ay présenté en ce lieu, de Vuodstok, Mr de Mauvissière à la Royne d'Angleterre, et luy ay dict que, m'ayant, Vostre Majesté, octroyé mon congé, vous l'aviez envoyé pour me succéder en ceste charge, et espériez que l'élection luy en playroit, sellon que vous l'aviez ainsy expressément faicte, affin qu'elle luy pleût en toutes sortes, et qu'elle cogneût que vous aviez bien voulu mettre ung ambassadeur prez d'elle, duquel, oultre l'estime que vous aviez de sa suffizance, pour estre ung gentilhomme de longtemps versé en affères d'estat, qui avoit eu de bien honnorables commissions, en paix et en guerre, et aulcunes vers elle, dont il s'estoit tousjours dignement acquité, et oultre, aussy, que vous le teniés pour très loyal serviteur, duquel vous aviez esprouvé le cueur estre bon et droict vers vostre service, et bien incliné aulx choses bonnes, voyre, à celles qui estoient meilleures, vous sçaviez qu'il estoit bien affectionné et dévot aux rares et excellantes vertus qu'il avoit cognues, et souvant publiées, de la dicte Dame; et que luy ayant, Vostre Majesté, fort expressément commandé de la révérer, et de luy complère en tout ce qu'il luy seroit possible, il estoit venu pour nullement n'y faillyr;