Part 37
La dicte Dame m'a respondu qu'elle vous remercyoit bien fort de ce que ne la vouliez légyèrement arguer de parjure, et qu'elle vous promettoit bien que l'intégrité de ses euvres vous rendroit assez manifeste le mensonge de ceulx qui ozoient calompnier la foy et promesse qu'elle vous avoit jurée, sans qu'elle se mît en peyne d'aultrement les convaincre, mais qu'elle ne sçavoit ce qui adviendroit, après le retour de Mr de Méru en Allemaigne, sinon qu'elle s'assuroit bien qu'il n'auroit à se vanter de rien d'elle contre vous, ny à vous fère douloir d'aulcune chose qu'elle eût uzée vers luy, non plus que vous vers elle, en l'endroict du Fitz Maurice; que vous sçaviez assez la résolution qui estoit prinse entre les Protestantz d'Allemaigne de ne manquer de secours à ceulx de leur religyon qui estoyent en armes en vostre royaulme, s'ilz ne pouvoyent avoyr la paix, et qu'elle sçavoyt bien que les forces estoyent prestes, et ne restoit, pour les fère marcher, que quelque argent, en quoy ne me vouloit nyer qu'ung gentilhomme ne fût passé, depuis peu de temps, en ce royaulme pour avoyr l'accomodement de la somme en deniers contantz, ou bien par crédict; mais que, pour le respect de la ligue qui estoit entre vous, quoy qu'on luy représentât l'obligation de la religyon, et que ce n'estoit que pour contre cautionner aulcuns seigneurs françoys bien riches, qui estoyent les premiers et les principaulx obligez, elle ne l'avoit seulement volu ouyr; et, à dire vray, ny la faulte de moyens, ny la faulte d'occasions, ny la faulte de cueur, ne la retardoyent d'entreprendre contre vous, mais c'estoit sa foy et son sèrement et l'amityé qu'elle vous portoit, qui luy faisoyent sentyr qu'elle ne sçauroit, en honneur et conscience, employer son pouvoir, ny mesmes se laysser venir la volonté de vous nuyre, et qu'elle n'yroit jamays que de plein jour et ouvertement en voz affères, ainsy qu'elle desiroit la mesmes clarté de vous vers les siens; qu'elle estimoit que Mr de Méru se rendroit plus ministre de paix que de querelle, quand il seroit avec le Prince de Condé, et qu'elle voyoit bien que toute la difficulté resteroit aulx seuretez, lesquelles elle ne pouvoit cesser de vous supplyer que ne vous sentissiez grevé de les leur accorder bonnes; car ce vous seroit, puis après, ung soulagement incomparable, et qui ne pourroit estre assez prisé, en l'estat de vostre personne et en celluy de voz affères; qu'elle avoit grand plésir qu'eussiez commandé de pourvoyr aulx plainctes de ses subjectz, car c'estoit de là d'où l'on prenoit ordinayrement les plus fortz argumentz pour luy rendre suspecte vostre amityé, et pour bander tout ce royaulme contre voz affères; dont vous supplioyt de n'en laysser la chose sans effect, ainsy que, de ce costé, elle donroit ordre que voz subjectz demeurassent bien satisfaictz et sans plaincte.
Au partyr de la dicte Dame, j'ay communicqué avec les comtes de Lestre et de Sussex, lesquelz monstrans d'avoyr grand contantement que les choses passassent bien, de vostre costé, vers leur Mestresse, m'ont juré toutz deux que, du costé d'elle, elles estoyent pures et nettes vers vous, et que les advis et rapportz qu'on vous avoit faict du contrayre estoyent faulx, et que, de ces huict navyres dont je leur avoys parlé, ilz me promettoyent, sur leur honneur, qu'il n'y avoit rien contre vous.
Me Quillegreu est party pour Escosse, à cause de ce tumulte de Lislebourg contre le comte de Morthon, ainsy que je le vous ay cy devant escript. Sur ce, etc.
Ce XIIIe jour de juillet 1575.
Le cappitayne Morguen, qui est des plus estimez de deçà se offre à vostre service, et dict qu'il fera, s'il vous plaist, que quelques entreprinses, où l'on le veut employer, soubz main, contre vous, seront converties si à propos à vostre prouffit que vous le réputerez à grand service, soit sur mer ou dans la Rochelle: dont vous plerra me mander comme j'auray à luy en respondre.
A LA ROYNE.
Madame, j'ay bien cognu que ceste princesse s'attendoit que je lui deusse maintenant apporter quelque response du propos[5] que je vous ay dernyèrement mandé par le Sr de Vassal; mais je luy ay touché, en passant, que le gentilhomme, que j'avoys dépesché à cest effect vers Voz Majestez, s'estoit, pour quelque accidant, retardé en chemin, et j'espéroys qu'il seroit bientost de retour, icy, avec mon successeur; dont je l'yrois retrouver à Quilingourt, au plus tost et aulx meilleures journées que ma santé le pourroit permettre, affin de luy fère entendre le tout. Et croy, Madame, que sur cella, quand je luy ay demandé si elle avoit encores nommé le seigneur qu'elle dellibéroit d'envoyer en France, et quand il partiroit, qu'elle m'a respondu que, au dict Quilingourt, elle le nommeroit, et que, dans troys sepmaynes, elle le feroit partyr. Dont depuis, le comte de Lestre m'a dict que, si la response venoit bonne, il ne despéroit pas d'estre celluy qui feroit le voïage en France. Et sur ce, etc.
Ce XIIIe jour de juillet 1575.
[5] Du mariage d'Élisabeth avec le duc d'Alençon.
CCCCLXIe DÉPESCHE
--du XIXe jour de juillet 1575.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Heureux effet produit sur les résolutions d'Élisabeth par la conduite du roi à l'égard de sir Jacques Fitz Maurice.--Arrêt mis sur tous les navires marchands armés en guerre.--Retard apporté au départ de sir Henri Coban désigné pour passer en Espagne.--Nouvelles transmises par l'ambassadeur d'Angleterre.--Confiance que l'on peut avoir dans les intentions d'Élisabeth.--Ses favorables dispositions à l'égard de Marie Stuart.
AU ROY.
Sire, ceste princesse s'est trouvée si consolée des propos qu'il vous a pleu luy mander du Fitz Maurice, et d'autres que je luy ay tenus de vostre droicte intention vers le repoz de ses affères, que, depuis, elle a changé d'aulcunes dellibérations, à quoy sembloit qu'on l'eût desjà comme toute acheminée: de permettre à plusieurs gentilshommes angloix de sortyr en ceste mer estroicte, avec leurs vaysseaulx armez, pour maistriser la navigation, et se revencher des prinses que les Françoys leur ont faictes, et, oultre cella, d'arrester les navyres et biens des Françoys ez portz et endroictz où il s'en pourroit trouver par deçà, y ayant encores là dessoubs d'aultres choses cachées, aulxquelles quelques ungs de ceste court vouloient, peu à peu, embarquer leur Mestresse, sans qu'elle en sentît quasy rien, pour vous remuer de la besoigne en France et en Escosse, en faveur des eslevez, si, d'avanture, ilz eussent esté creus; et sembloit qu'à cause de cella ilz la fissent temporiser ez envyrons de ceste ville, sans advancer son progrès, affin de donner chaleur à l'entreprinse; mais elle a mandé que nul vaysseau ayt à sortyr, sans donner caution de douze mille cinq centz escuz qu'il n'atemptera rien contre les amyz et alliez de ceste couronne, et que, s'il y a quelques navyres desjà prests, qu'ilz les envoyent en marchandise affin de ne perdre leur affret; et que le marchand d'Ampthonne aille recepvoyr le payement que Vostre Majesté luy a ordonné sans procéder, icy, à nul arrest: qui sont deux choses qui ont esté incontinent exécutées.
Et la dicte Dame a continué son progrès, faisant encores temporiser Me Henry Cobham sur la dépesche d'Espagne, bien qu'il faict tousjours achemyner ses besoignes à Plemmue, pour s'y aller embarquer; car dellibère de fère son voïage par mer, et croy qu'on luy fera encores attandre la prochayne responce qui doibt venir de dellà, pendant laquelle le docteur fescal de Bruxelles s'est allé promener vers la contrée, parce que toute sa négociation demeure en suspens.
Et sont, à présent, toutes choses, icy, si paysibles qu'il n'y apparoit mouvement ny nouveaulté aulcune, que ce que les nouvelles de dellà la mer y apportent, qui semble que l'ambassadeur d'Angleterre y ayt escript que Mourevert a failly de tuer le Prince de Condé d'ung coup d'arquebouze et qu'il a esté prins; que Vostre Majesté dresse deux grandes armées par terre, et une troysiesme par mer; que, en ung rencontre en Daufiné Montbrun a eu du meilleur contre M. de Gorden; et que, le Ve du présent, il a cuydé avoyr ung gros tumulte à Paris contre les Italiens. Je ne sçay que pourra cella, ny les aultres particullaritez qu'il peut avoyr escriptes davantage, produyre de changement en ceste court; tant y a que j'espère qu'à l'arryvée de mon successeur, lequel j'attendz en très grande dévotion, nous retrouverons la dicte Dame, en quelle part qu'elle soit, tousjours bien persévérante vers Vostre Majesté, sans qu'elle se laysse attirer contre voz affères qu'aultant qu'elle ne le pourra dénier à sa religyon.
Elle est sur le poinct d'envoyer visiter, par ung de ses gentilshommes, la Royne d'Escosse, avec ung présent, de sa part, et luy fère parler de vouloyr elle mesmes fère la despence de sa table, et de ses serviteurs domesticques, du douayre qu'elle a de France. Je ne sçay comme elles s'en accorderont; néantmoins j'ay grand plésir de les voyr mieulx racoinctées qu'elles n'estoyent.
Je n'ay nulle nouvelle d'Escosse, depuis le partement de Me Quillegreu, mais j'attandz de brief, le retour d'ung homme qui me doibt apporter toutes nouvelles de dellà, et je ne fauldray tout incontinent de les vous mander. Et sur ce, etc. Ce XIXe jour de juillet 1575.
CCCCLXIIe DÉPESCHE
--du XXIIIIe jour de juillet 1575.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Demande présentée au nom d'Élisabeth d'une réparation à raison des prises faites par ceux de St-Malo.--Protestation de l'ambassadeur que la réparation sera accordée.--Prise faite par les Anglais d'un navire français.--Voyage de Me Quillegrey.--Entrée en Écosse de plusieurs seigneurs anglais.--Attaque faite contre eux par les Écossais.--Détails sur le séjour d'Élisabeth dans la maison de Leicester.
AU ROY.
Sire, le XXe de ce moys, le juge de l'admiraulté de ceste ville m'est venu communicquer une lettre, que la Royne, sa Mestresse, luy a escripte, par laquelle elle luy mande de me signiffier l'extrême plaincte que aulcuns de ses marchands luy ont faicte contre ceulx de St Malo, qui les ont assaillys en mer, et les ayant combattus, blessez et meurtris, les ont admenez, eulx, leurs vaysseaulx et marchandises, à St Malo, où ne leur a esté uzé d'aulcuns termes de rayson, ny de justice, ains procédé contre eulx comme contre ennemys, prins de bonne guerre. De quoy la dicte Dame se sent très griefvement offancée, ou bien de Vous, Sire, qui n'avez faict sçavoyr à voz subjectz la confédération qu'aviez avec elle, ou bien d'eulx qui, la sachant, ne la veulent observer; et que j'aye à remonstrer à Vostre Majesté que cella, après plusieurs aultres injures, ne peut demeurer sans réparation, et qu'il est expédient ou que Vostre Majesté la luy face fère par ceulx de St Malo, ou que ne trouve maulvais qu'elle la preigne, le mieulx qu'elle pourra, sur eulx.
J'ay respondu au dict juge que j'estoys marry, et sçavoys que Vostre Majesté le seroit bien fort de quoy cest accidant estoit advenu, et qu'il ne failloit que sa Mestresse se mît en peyne de la réparation, car vous la luy feriez fère sans doubte, si ceulx de St Malo se trouvoyent en coulpe, car leur aviez bien permis d'armer contre ceulx de la Rochelle, affin d'assurer la navigation, et mesmes de se revancher d'aulcunes prinses et violences qu'ilz leur avoyent faictes, sellon que, de longtemps, j'avoys communicqué une lettre de Mr de Bouyllé là dessus à la dicte Dame, mais non de passer plus avant; en quoy, s'ilz avoyent excédé la permission contre quiconques eût paix et amityé avecques vous, non que contre les Angloix, qui, oultre d'estre amys, estoyent voz confédérez, que vous les en chastîriez bien; et que desjà, ayant eu le vent de ceste plaincte, je vous en avoys escript, et vous en escriproys, de rechef, sur la remonstrance de la Royne, sa Mestresse, avec le plus d'efficasse que je pourroys, pour fère avoyr rayson et restitution aulx dictz Angloix.
Le dict juge, se contantant assez de ma responce, m'a incontinant introduyt iceulx marchandz, et les patrons des navyres qui, avec beaucoup d'exclamations, m'ont bayllé leurs plainctes par escript. Et, le jour d'après, j'ay receu la dépesche de Vostre Majesté du Xe du présent, contenant une aultre plaincte d'ung navyre françoys qui venoit de Naples, lequel les Angloix ont prins, et l'ont mené en Irlande; dont je n'en agraveray moins à la dicte Dame le cas pour voz subjectz qu'elle a faict à vous celluy des siens; et me comporteray vers elle en toutz les aultres poinctz de la dépesche, sellon que Vostre Majesté me le commande;
Ayant à vous dire, Sire, que, sur ce que j'avoys adverty voz partisans, en Escosse, de l'allée de Me Quillegreu par dellà, et qu'ilz l'observassent de bien près, car je sçavoys qu'on avoit envoyé dix mille escuz devant luy, à Barwyc, pour quelque entreprinse, il est advenu que le dict Quillegreu a temporisé, quelques jours, au dict Barwic; et ayant là receu les deniers, il a dépesché ung de ses gens en Escosse. Et incontinent le filz du comte de Béfort, avec d'aultres gentilshommes angloiz, est entré, comme par manière d'esbat, oultre les frontyères, dans le pays; et a l'on opinyon que c'estoit pour avoyr la personne du jeune Prince; mais j'entendz que quelques Escossoys luy ont couru sus, et à sa compagnye, et qu'ilz l'ont blessé, et mené prisonnyer. De quoy je ne sçay qui en adviendra, et mettray peyne de sçavoyr mieulx ce qui en est, affin de le vous mander; mais je vis ordinayrement en grand peyne des choses de dellà, parce qu'il n'y a nul, de vostre part, sur les lieux pour les conduyre, et je ne les puis bien remédyer d'icy en hors. Et sur ce, etc.
Ce XXIVe jour de juillet 1575.
A LA ROYNE.
Madame, en la lettre que j'escriptz présentement au Roy, vostre filz, Vostre Majesté trouvera tout ce qui me occourt de luy dire, pour ceste heure, des choses d'icy; et, après que j'auray veu ce qu'il vous a pleu à toutz deux me mander par vostre dépesche du Xe du présent, laquelle je viens de recevoyr, et que j'auray pourveu au plus hasté, je vous y feray plus ample responce. Et n'adjouxteray à la présente sinon ce mot de la continuation du progrès de ceste princesse: c'est qu'elle est arryvée le neufvième d'estui cy à Quilingourt, où elle a esté fort honnorablement receue. Et le comte de Lestre l'a logé, elle et ses dames, et quatorze comtes, et dix sept aultres principaulx milords, toutz dans son chasteau, et deffrayé toute la court à cent soixante platz d'assiette, l'espace de douze jours, et despendu, entre aultres choses, sèze pièces de vin et quarante pièces de bierre et dix beufs, chascung jour, avec une si grande abondance de toutes aultres sortes de bons vivres et de fruictz et confitures, qu'on s'en est esbahy; et quatre centz serviteurs habillez à neuf de livrées, oultre les gentilzhommes, vestus de velours pour servir; et les chasses et playsirs des champs, et puis les commédyes et les danses au logis, ordonnées si à propos qu'on n'a veu, de longtemps, rien de plus magnifique en ce royaulme.
Sur quoy l'on faict de diverses interprétations; mais je croy que c'est pour recognoistre ung octroy, que la dicte Dame luy a faict, ceste année, de quelques vaquanz, qu'on estime valoyr plus de deux centz mille escus. Je me fusse trouvé là, ainsi que le dict sieur comte m'en avoit fort pryé, mais je ne me suys estimé avoyr assez de santé pour l'ozer employer, sinon là où l'exprès service de Voz Majestez le requerra; qui vous supplye très humblement, Madame, à ceste heure que Mr de Mauvissière s'est accommodé de ses affères, et qu'il m'a faict estendre ma paciance oultre mon extrémité, qu'il vous playse ne luy comporter plus une seulle heure de dellay, à me venir soulager et relever. Et sur ce, etc. Ce XXIVe jour de juillet 1575.
CCCCLXIIIe DÉPESCHE
--du premier jour d'aoust 1575.--
(_Envoyée exprès à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Détails de la querelle survenue sur les frontières d'Écosse.--État des armemens faits en Angleterre.--Réclamations réciproques au sujet des prises.--Instances des protestans de France auprès d'Élisabeth.--Sa déclaration qu'elle ne peut accorder à sir Jacques Fitz Maurice rien de plus que ce qu'elle avait fait pour lui avant sa fuite.--Espoir que la paix sera bientôt conclue.--Projet attribué au prince d'Orange de vouloir pénétrer en France.--Assurance donnée par Leicester qu'il sera désigné pour se rendre auprès du roi si l'on reprend la négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, le différent, dont je vous ay naguyères escript, d'entre les Angloix et les Escossoys, est advenu de ce que, en l'assemblée et convention des gardiens des deux frontyères, ayant les Escossoys demandé qu'ung gentilhomme des leurs, qui avoit esté admené par deçà, fût là représanté sellon l'ordre des dictes frontyères, les Angloix ont respondu qu'il estoit si malade qu'on ne l'y avoit peu admener, et de cella ont exibé incontinent des tesmoings, qui l'ont ainsy affermé; mais interpellés de l'assurer par sèrement, et y ayant faict difficulté, ilz sont venus en grosses parolles, et des parolles aulx mains et aulx armes: dont quatre Angloix ont esté tuez sur le lieu et plusieurs blessez, et entre aultres le filz du comte de Béfort, qu'on dict estre depuis mort. La Royne d'Angleterre a incontinent envoyé milord de Housdon sur le lieu, affin de pourvoyr, le mieulx qu'il lui seroit possible, à ce désordre. Il semble qu'il y eût, je ne sçay quoy, de caché là dessoubz, qu'aulcuns personnaiges d'honneur de ceste court ne sont pas marrys qu'il ayt esté ainsy descouvert, à la confusion de ceulx qui l'avoient conseillé et de ceulx qui le vouloyent fère exécuter.
Me Quillegreu a passé oultre jusques à Lislebourg. J'espère que bientost j'auray quelque relation de ce qu'il faict par dellà. L'on dict que la fille de la comtesse de Mar, laquelle le comte de Morthon avoit faicte épouser au comte d'Angoux, son nepveu, est morte, et que le dict Morthon pourchasse de le remaryer avec une fille des Amelthons.
Quand à l'estat des choses d'icy, la Royne d'Angleterre est encore à Quilingourt; et vous puis assurer, Sire, que ces cinq grands navyres de guerre, dont l'on vous a parlé, ne sont poinct dehors. Il est vray qu'il s'en appreste troys pour sortyr bientost, et dict on que c'est pour aller contre les pirates françoys et flammantz, qui infestent ceste mer; mais j'entendz que c'est pour se pourvoyr de bonne heure contre les souspeçons, que ceulx cy se donnent, de l'armement que Vostre Majesté faict fère en Normandye et en Bretaigne.
J'ay envoyé représanter la plaincte du navyre françoys, nommé le _Saulveur_, qui a esté prins par les Angloix en revenant de Naples, à la dicte Dame, sellon l'article que m'en avez faict en une lettre du Xe du passé, et sellon une relation que ceulx de St Malo m'en ont envoyée, avec la justiffication de leurs derniers exploitz qu'ilz ont faict sur mer, lesquels je ne sçay comme je les pourray fère bien prendre à ceulx qui s'en pleignent icy fort amèrement. J'estime, Sire, qu'il est expédient de fère voyr cest affère à la justice, affin de conserver la paix et entretenir le commerce d'entre ces deux royaulmes.
Le voïage de Me Henry Cobhan pour Espaigne avoit esté réfroidy, mais je viens de sçavoyr qu'il s'effectuera bientost, et qu'on l'a honnoré de quelque tiltre affin de luy fère tenir meilleur lieu par dellà. J'entendz que, le jour de la Madeleyne, un françoys, naguyères party de Basle, est arryvé en ceste ville, feignant qu'il y venoit chercher Mr de Méru, néantmoins il a incontinent passé oultre vers Mr de Walsingam, à la court. Je ne sçay qu'il y praticquera, et croy bien qu'il y trouvera assez de ceulx qui vouldroyent favoriser la guerre en vostre royaulme; mais j'espère qu'il n'impètrera, pour tout cella, ny les hommes, ny les vaysseaulx, ny tant d'argent de ceste princesse comme il voudroit; laquelle m'a faict prier, touchant ce que luy aviez escript pour James d'Esmont, dict Fitz Maurice, que je vous veuille mander comme elle, ayant cy devant envoyé au gouverneur de la province où il a commis la trahison contre elle, son pardon, et n'ayant, luy, voulu ny daigné aller vers le dict gouverneur pour le demander et l'accepter, elle ne peut, avec son honneur, luy en concéder ung aultre, et que de cella elle remect à Vostre Majesté d'en estre juge.
Je me resjouys infinyement du retour du Sr de Misery et de l'acheminement des depputez. Je croy qu'ilz ne viennent pas, sans apporter une modération de leurs premières demandes, et sans ung suffisant pouvoir d'accepter les bonnes responces que Vostre Majesté leur a desjà faictes, ou bien celles, si besoing est, que voudrez encores leur fère. Et depuis deux jours, est arryvé, icy, ung de la Rochelle, qui assure avoyr veu partyr les Srs de Mirambeau et de Bessons pour aller rencontrer les aultres depputés, portans bonne instruction de ceulx de ce quartier là à la paix. Néantmoins il court, icy, ung bruict sourd que, en Ollande, a esté mis en dellibération, touchant la guerre de vostre royaulme, que, si le prince d'Orange veut entreprendre d'y marcher en faveur des eslevez, et passer en armes par le Brabant, Aynaut et Artoys, affin d'eslever ces peuples là, que iceulx de Ollande le secourront de deux centz mille florins contantz; mais parce que Vostre Majesté doibt avoyr notice de cella, s'il est vray, par une plus seure voye que la mienne, je n'en toucheray, icy, davantage. Sur ce, etc. Ce 1er jour d'aoust 1575.
A LA ROYNE.
Madame, estimant qu'il n'y a poinct de mal que ceulx cy soyent détenus en quelque suspens de ne pouvoir, du premier coup, descouvrir le fonds de l'intention de Voz Majestez Très Chrestiennes touchant le propos qu'ilz m'ont naguyères renouvellé, je leur allègue tousjours quelque occasion du juste retardement de vostre responce; qui seray bien ayse que je ne soys pressé de ne leur en dire rien davantage jusques à ce que Voz Majestez m'ayent ung peu plus expressément respondu aux particullaritez que je leur en ay depuis escripte, du XIIIe du passé, et mesmement sur ce que le comte de Lestre m'a fort considérément dict que, s'il venoit aulcune bonne response de dellà pour le dict propos, il n'estoit pas hors d'espérance qu'il ne fût celluy qui iroyt apporter la jarretyère au Roy, vostre filz. Et cependant je ne veulx obmettre, Madame, de très humblement vous remercyer pour la tant expresse déclaration, qu'il vous a pleu me fère, du contantement que Voz Majestez ont de mon service, et de l'assurance que me donnez de la venue de mon successeur, et de me fère avoyr quelque récompense: qui sont troys choses que Vostre Majesté adaptera à la nécessité d'ung gentilhomme qui en a plus de besoing que nul aultre qu'ayez jamays employé au service du Roy ny au vostre, et qui, sans me confier par trop de mes mérites passez, desire encores de le mériter davantage par nouveaulx services que j'essayeray de vous fère à toutz deux, les meilleurs et avec le plus de soing et de dilligence que mon aage et ma santé le pourront porter, et tousjours avec une singullière fidellité: et par exprès, Madame, j'auray à jamays, pour l'effet que me ferez sentir de ces troys choses que j'ay dict cy dessus, une immortelle obligation à Vostre Majesté. Et sur ce, etc. Ce 1er jour d'aoust 1575.
CCCCLXIVe DÉPESCHE
--du VIe jour d'aoust 1575.--
(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Communication confidentielle, faite par l'un des seigneurs du conseil à l'ambassadeur, de la bonne disposition d'Élisabeth au sujet de son mariage avec le duc d'Alençon.--Nécessité de faire une nouvelle proposition de l'entrevue, si le roi desire que ce mariage s'effectue.--Résolution prise en Angleterre d'attendre une réponse du roi à cet égard, avant de désigner le seigneur qui portera au roi l'ordre de la Jarretière.
AU ROY.