Part 36
Sire, aulcuns particulliers de ce royaulme, qui favorisoient les pyrateries, entendantz que ceulx de St Malo s'estoient mis sur mer pour garder que ceulx de la Rochelle n'en peussent plus fère et n'empeschassent la navigation, avoyent secrettement entreprins d'armer dix ou douze grandz navyres de guerre, en divers portz de ce royaulme, pour courre sus à ceulx de St Malo; de quoy, aussytost que j'en ay eu vent, j'ay faict cognoistre que j'avoys descouvert l'entreprinse. Dont la Royne d'Angleterre a incontinent mandé aulx justices du pays d'ung chascung endroict de fère incontinent cesser le dict apprest, et garder qu'aulcun navyre ne sorte que pour faict de marchandise; et si, d'avanture, il y en a quelqu'ung qui vueille sortyr armé, à cause des pirates, qu'il donne caution de ne rien attempter au préjudice des traités contre les amys et confédérez de ce royaulme. Mais il n'a guyères tardé, après cella, qu'ung advertissement est arryvé comme, depuis le XXe de may dernier, les dictz de St Malo ont prins troys navyres marchands angloix, venant, l'ung de la Rochelle, et les aultres deux d'Espaigne et du Portugal, lesquels, aussytost qu'ilz les ont eus amenez en leur port, les ont faict déclarer de bonne prinse et toute leur marchandise a esté dissipée: de quoy l'on m'a faict une extrême plaincte, et que l'on vouloit sçavoyr de moy si Vostre Majesté prétendoit par là d'ouvrir la guerre à ce royaulme, car n'avoyent entendu qu'il fût prohibé aulx Angloix de traffiquer avec ceulx de la Rochelle, ny aylleurs.
A quoy je leur ay respondu que c'estoit ung faict nouveau, sur lequel je ne leur pouvoys dire aultre chose, sinon que je les assuroys de vostre bonne et droicte intention vers la paix et amityé de ceste couronne, et que, d'ouverture de guerre, il n'en y avoit poinct; dont pourroyent fère leurs dilligences vers Vostre Majesté, et que je les accompaigneroys de mes lettres, et en escriproys aussy aulx gouverneurs de Bretaigne et de St Malo pour leur en fère avoyr rayson et justice; ce qui les a remis en quelque espérance de recouvrer leurs biens.
Néantmoins, parce qu'il y a une semblable querelle contre ceulx de Flexingues, lesquelz ont aussy naguyères prins des navyres angloix bien riches, et qu'à cause de cella ceste princesse les a envoyés sommer, par le docteur Roger de ceste ville, de fère entière restitution de tout ce que ses subjectz leur pourroyent duement vériffyer qu'ilz ont prins depuis troys ans en çà, aultrement qu'elle leur dénoncera la guerre; l'on est sur le poinct de dresser ung grand équippage de mer contre eulx. Il sera bon d'y avoyr l'œil et de fère, affin que cella ne s'addresse contre nous, que l'on sache au vrai, du premier jour, comme aura passé le faict de la prinse de St Malo et en donner quelque rayson par deçà.
Je croy bien que les nouvelles nopces du prince d'Orange, lesquelles leur sont fort suspectes, font qu'ilz prennent plus à cueur qu'ilz n'eussent pas faict les injures de ceulx de Flexingues. Et mesmes j'entendz qu'il y a mille Angloix, près de Bruges, qui se vont enroller au service du grand commandeur de Castille, et qu'il recouvrera dorsenavant beaucoup plus de marinyers de ce royaulme qu'ilz n'ont pas faict; et que Me Henry Cobhan partira bientost pour aller résider ambassadeur de ceste princesse en Hespaigne.
Me Quillegreu n'est encores party pour Escosse, mais on le faict suyvre pour le dépescher, d'heure en heure, et croy qu'on n'attand plus sinon les nouvelles de la paix de vostre royaulme, si elle succèdera ou non, pour le fère acheminer. Et sur ce, etc. Ce IVe jour de juillet 1575.
Il court bruict qu'il est survenu quelque nouveaulté au comte de Morthon en Escosse, et le faict on mort. J'en entendray davantage, affin de le vous mander par mes premières; mais il y doibt avoyr quelque chose, car l'on s'en esmeut assez.
A LA ROYNE.
Madame, il n'y a, à présent, icy, aultre chose digne de Voz Majestez, aulmoins qui soit encores venue à ma cognoissance, depuis mes précédentes dépesches, du XXVIe du passé, et premier d'estui cy, que ce qu'il vous plerra voyr en la lettre que j'escriptz, de ceste dathe, au Roy, vostre filz; en laquelle je luy touche ung faict duquel l'on m'est venu fère grande plaincte, et sur lequel j'estime, Madame, qu'il est expédient d'y fère bien regarder, affin que le cas n'en aylle à plus d'altération; et que, sur ce renouvellement de ligue, les subjectz de ces deux royaulmes, non seulement trouvent une mutuelle seureté, mais qu'ilz sentent beaucoup de faveur et de support les ungs des aultres en leurs communs traffics: aultrement le sèrement du Roy et celluy aussy que ceste princesse a faict seroyent violez, au grand mespris de Dieu, à qui ilz ont esté sollennellement jurés, et à l'offance des hommes, et mesmement des princes et gens de bien, qui en demeureroyent fort scandalisez. Ce que je m'assure que le Roy, ny Vous, Madame, ne voudriez pour aulcun pris que telle chose advînt. Et sur ce, etc.
Ce IVe jour de juillet 1575.
CCCCLIXe DÉPESCHE
--du VIIIe jour de juillet 1575.--
(_Envoyée exprès jusques à Calays par Estienne Jumeau._)
Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh.--Ses plaintes au sujet des secours accordés en Angleterre aux protestans de France.--Ferme assurance donnée par Burleigh qu'Élisabeth veut maintenir le traité.--Nouvelles d'Écosse.--Révolte à Édimbourg contre le comte de Morton.
AU ROY.
Sire, premier que de recepvoyr vostre lettre, du XXIe du passé, j'avoys visité milord trézorier pour retirer de luy aulcuns accomplissementz qui restoient du traicté de la ligue, affin que je les vous peusse envoyer, comme depuis je l'ay faict. Et, par mesme moyen, j'estois entré bien avant avecques luy sur le peu d'observance, qu'on faysoit icy, du dict traicté, luy déclarant ouvertement que Vostre Majesté, par divers rencontres, trouvoit que la Royne, sa Mestresse, en lieu de se trouver amye et bonne confédérée en voz affères, portoit entièrement le party de ceulx qui estoient eslevez en vostre royaulme, comme si elle avoit ligue et confédération avec eulx; et que non seulement elle les admettoit favorablement à parler, icy, à elle, et à ceulx de son conseil, et de s'accomoder de deniers, de monitions et de beaucoup de moyens en son royaulme, mais que, jusques en Languedoc, à la Rochelle et aultres lieux, où la guerre se faysoit, et jusques à Basle, où le Prince de Condé estoit, et en Allemaigne, où il pourchassoit des forces, elle leur faisoit sentir son support et assistance; et que mesmes j'entendoys que Mr de Méru emportoit de l'argent, ou du crédict, d'icy, pour fère marcher les reytres en France, aussytost qu'il seroit arryvé devers le Prince de Condé: ce qui arguoit grandement l'intégrité d'elle et des seigneurs de son conseil, et la rendoit et eulx inexcusables, devant Dieu et vers les princes et gens de bien de la Chrestienté, pour sa foy et sèrement violez; et mesmes qu'elle sçavoit bien que les responces qu'aviez faites à voz subjectz, pour l'exercice de leur religyon, et pour leurs seuretés, et pour tout aultre leur accomodement en vostre royaulme, estoient si bénignes et amples, que je ne pouvois penser à quel aultre tiltre, sinon de pure rébellion et infidellité, ilz vous pourroient plus continuer la guerre; et que si, d'avanture, elle n'estimoit beaucoup plus d'avoir une honneste et légitime confédération avec vous, que non une intelligence malhonneste et de pernicieulx exemple avec eulx, qu'elle le dict ardiment; car il vous seroit moins dommageable de l'avoyr ouverte que non pas secrette ennemye, ou que dissimulée amye.
Il m'a respondu que plusieurs choses du passé debvoient rendre bien advertye la Royne, sa Mestresse, comme se conduyre sur celles du présent, et comme pourvoyr à celles d'advenir, et que jamays princesse ne s'estoit plus franchement commise à l'amityé de nul prince qu'elle avoit faict à celle du feu Roy, vostre frère; duquel elle s'estoit proposée une très grande seureté et un grand repos, soubz la bonne opinyon qu'elle avoit de sa foy, et soubz la loyaulté qu'elle pensoit estre ez promesses qu'il avoit faictes à ceulx de la nouvelle religyon, avec lesquelz elle avoit sa propre tranquillité et celle de son estat comme conjoinctes; et Dieu estoit tesmoing de ce qui estoit depuis advenu, et en monstroit de grands jugementz, dont failloit qu'ilz fussent, à ceste heure, bien soigneulx de fère leurs descouvertes; et que, touchant les responces à voz subjectz, il ne les vouloit débatre, car estimoit que les leur aviez rendues toutes honnorables; bien luy sembloit, à cause des accidantz passez, qu'elles seroient encores plus honnorables et plus utilles, si elles estoient moindres en concession des choses particullières, et plus amples en octroy des seuretez; néantmoins, comment que ce fût, la Royne, sa Mestresse, vous garderoit invyolablement l'amityé et confédération qu'elle vous avoit promise, si vous ne la rompiez de vostre costé; auquel cas Dieu luy avoit donné et luy donroit les moyens et forces pour se garder d'estre offancée, et mesme pour fère offance à ceulx qui la voudroient offancer; mais que vous ne debviez légièrement croyre les advis et maulvais rapportz qu'on vous feroit d'elle: car, parce que voz subjectz, qui estoient en armes, sçavoient qu'elle estoit de leur religyon, ilz se proposoyent plusieurs grands advantages d'elle, et se vantoyent d'avoyr souvant impétré beaucoup de ce qu'ilz n'avoyent rien, affin de tenir leurs affères en réputation, et tirer, par ce moyen, les plus seures et meilleures condicions de paix, qu'ils pourroyent, de Vostre Majesté; et qu'il ne pouvoit, ny debvoit me réveller les secrettes dellibérations de sa Mestresse, mais qu'il me promettoit bien qu'elle ne feroit, ny estoit pour fère chose aulcune contre l'honneur et la grandeur, ny au préjudice de Vostre Majesté. Et s'est mis là dessus à discourir de plusieurs choses, et comme il sembloit que vous en eussiez aulcunes, lesquelles ne vous touchoient guyères en plus de considération que celle de vostre propre bien et prouffit, et que, par nécessité, il failloit ou que prinsiez bien le poinct de ce temps, qui se offroit maintenant, et la présente occasion pour establir ung ordre et ung règlement en voz affères, et pour recueillyr toutz voz subjectz et esteindre leurs partialitez et querelles, ou que fissiez estat de voyr vostre règne augmanter, de jour en jour, en plus de troubles et de dangers, et Vostre Majesté moins jouyssante, toute sa vye, de l'amplitude de son royaulme que nul de ses prédécesseurs.
A quoy je luy ay satisfaict, sellon ce que j'ay estimé convenir à vostre réputation et grandeur, et la bonne intention qu'avez vers voz subjectz, le mieulx qu'il m'a esté possible. Et par ce, Sire, que, dans ung jour ou deux, j'espère aller trouver ceste princesse pour noter davantage comme elle persévère vers Vostre Majesté, et pour luy toucher, avec le plus de discrétion que je pourray, les poinctz de voz deux dépesches du XIIe et XXIIe du passé, et aussy pour continuer vers elle une gracieuse négociation que je luy ay commancée pour la Royne d'Escosse, qui sont desjà aulcunement racoinctées ensemble, je remettray à vous mander, lors, tout ce que j'auray recueilly de ses propos.
Et adjouxteray seulement icy, Sire, que le bruict continue de la mort du comte de Morthon, et que c'est milord de Lentzay, prévost de Lillebourg, qui, avec la commune de la ville, offancée de l'oppression des impostz, luy a couru sus. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour de juillet 1575.
Depuis ce dessus, l'on me vient d'advertyr bien seurement que la commune de Lislebourg s'est véritablement eslevée contre le comte de Morthon à cause de la monoye, mais qu'il s'est saulvé dans le chasteau; et que ceste princesse, dans ung jour ou deux, faict acheminer Me Quillegreu par dellà. Je desireroys, de bon cueur, qu'il y eût quelqu'ung par dellà, de la part de Vostre Majesté.
CCCCLXe DÉPESCHE
--du XIIIe jour de juillet 1575.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Audience.--Communication de la réception faite en France à sir Jacques Fitz Maurice.--Déclaration du roi qu'il ne veut pas soutenir les catholiques d'Irlande.--Conseil donné par le roi à sir Jacques de solliciter sa rentrée en grâce.--Satisfaction d'Élisabeth.--Remontrances de l'ambassadeur sur ce que l'on se conduit en Angleterre comme si la guerre était résolue contre le roi.--Déclaration qu'il a été fait droit en France à toutes les plaintes des Anglais.--Assurance donnée par la reine qu'elle arrête les secours, et qu'elle a formellement refusé de faire passer de l'argent en Allemagne.--Même assurance confirmée par les seigneurs du conseil.--Départ de Me Quillegrey pour l'Écosse.--Proposition secrètement faite de reprendre la négociation du mariage d'Élisabeth avec le duc d'Alençon.
AU ROY.
Sire, m'estant approché, mardy dernier, à troys mille de ceste court, la Royne d'Angleterre m'a incontinent mandé, par ung de ses pensionnayres, que je la vînse trouver à la prochayne forest, où elle estoit desjà, dès le grand matin, à la chasse, et qu'elle ne me vouloit différer aylleurs, ny plus longtemps, mon audience, affin de pouvoir tant plus tost ouyr des nouvelles de Vostre Majesté, lesquelles elle espéroit et desiroit estre bonnes; et que, de là, elle me mèneroit disner chez ung gentilhomme, là auprès, qui luy faisoit ung festin, où elle vouloit que je mangeasse ce jour avec elle. A quoy ayant obéy, et ayant, la dicte Dame, aussytost que je l'ay rencontrée au boys, délayssé ung peu sa chasse pour s'enquérir soigneusement de vostre santé, et l'en ayant amplement satisfaicte, sellon le contenu de vostre lettre du XIIe du passé, de quoy elle a monstré avoyr grand contantement, le surplus des propos ont esté remis jusques après la dicte chasse, et jusques après le dîner, qui a esté somptueux; durant lequel elle a tenu beaucoup de bien honnorables propos de Vostre Majesté et des troys Roynes Très Chrestiennes; et après qu'elle a esté hors de table, elle m'a retiré en ung coing de sale, où je luy ay dict:
Que j'estoys venu luy signiffyer deux vrays tesmoignages de l'indubitable affection que Vostre Majesté avoit de vivre en très bon frère et très parfaict confédéré avec elle; l'ung estoit celle communicquation, que je luy avoys desjà faicte, de vostre convalescence et de la bonne disposition où, grâces à Dieu, vous vous trouviez à présent, après ce petit sentiment de fiebvre qu'aviez eu, au commancement de juing dernier, qui estoit une singullière privaulté que vous luy communicquiez, et qui desiriez l'avoyr mutuelle avec elle, affin qu'ordinayrement elle vous fît aussy sçavoyr comme elle se portoit; et l'autre estoit touchant le sire Jacques Fitz Maurice, l'ung de ses fuitifz d'Irlande, lequel estant passé en France, Vostre Majesté ne luy avoit poinct aiguysé le cueur contre elle, et ne l'avoit animé à luy continuer la guerre ny luy troubler son estat, et ne luy aviez offert vaysseaulx, ny hommes, ny monitions, ny deniers pour le fère, ains l'aviez exorté de retourner à son debvoir de bon subject vers elle, et recourir à sa clémence et bonté, et se remettre, luy et ses partisans, en son obéyssance et bonne grâce; de quoy ne l'ayant trouvé aliéné, vous aviez bien voulu intercéder pour luy par voz propres lettres, lesquelles, avec celles que m'aviez escriptes là dessus, je luy apportoys, affin qu'elle vît comme, par ce bon office, qui ne pouvoit estre ny meilleur ny plus cordial vers elle, ny vers le repos de ses affères, vous desiriez qu'elle peût tout de mesmes recueillyr ses subjectz, qui estoyent escartez, et leur oster l'espouvantement où ilz estoyent, comme vous le desiriez des vostres propres, ainsy que ce temps requéroit qu'on en uzât ainsy; et qu'elle sçavoit assez que mesmement ceulx de la noblesse ne cessoyent jamays, quand ilz estoient hors de leur pays, de praticquer tout ce qu'ilz pouvoient, et de remuer aultant de besoigne qu'il leur estoit possible, pour y estre remis; et quiconques le pensoit aultrement se trompoit bien fort, et que pourtant vous aviez grand plésir de luy fère regaigner ce gentilhomme avec ses partisans, aulx condicions qu'il demandoit, qui estoient beaucoup plus facilles que celles que vous offriez à voz propres subjectz.
La dicte Dame, avec une démonstration de grand ayse sur cest affère, duquel elle estoit assez en peyne, et n'en attandoit pas de si bonnes nouvelles comme celle cy, a tout incontinent prins sa lettre et la mienne et les a curieusement leues. Et puis m'a dict qu'elle vous avoit beaucoup d'obligations, pour l'honnorable déportement dont elle voyoit qu'aviez usé en ce faict, tout aultrement qu'on ne le luy avoit rapporté, et aultrement que le dict mesmes Fitz Maurice ne s'en estoit vanté, et qu'il l'avoit escript à ceulx de son party, en Irlande, par ses lettres de la fin de may dernier, où il les assuroit que Vostre Majesté luy avoit accordé huict vaysseaulx de guerre et deux mille harquebusiers, et luy avoit desjà donné troys mille escuz contantz; de quoy elle avoit maintenant très grand playsir qu'elle vous peût remercyer du contrayre, comme elle faysoit de bon cueur, et vouloit bien que, du discours qu'elle m'avoit faict du dict Fitz Maurice, lequel seroit trop long, je vous disse ceste particullarité: qu'il s'estoit mis sur mer en intention d'aller trouver le Roy d'Espaigne, mais que l'ayant le vent jetté à St Malo, le cappitayne La Roche, qui est, à ce qu'elle dict, ung terrible gallant contre elle, l'avoit avec beaucoup de grandes espérances admené vers vous, où, grâces à Dieu, il avoit trouvé que la matière n'estoit sellon sa disposition; et bien que, jusques icy, il ayt monstré de ne vouloyr poinct de pardon, toutesfoys qu'elle feroit voyr, par son conseil, sur vostre lettre, les condicions auxquelles maintenant il le demandoit, et qu'elle me prioit de communicquer aulx comtes de Lestre et de Sussex, qui estoyent là présantz, ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre.
J'ay suivy à luy dire que, le propre lendemain que Mr de Walsingam m'estoit venu parler, de la part d'elle, du dict Fitz Maurice, j'avoys receu ceste présente dépesche, et avoys esté infinyement ayse de voir qu'avant que je vous en eusse escript, ny que l'ambassadeur d'elle vous en eût rien touché par dellà, vous aviez desjà procédé de vous mesme en cest endroict, comme prince d'honneur et de vertus, et comme vray amy et bon confédéré d'elle, et que je ne voulois doubter qu'elle n'eût la pareille intention vers vous, si toutz ceulx qui estoyent auprès d'elle l'avoyent de mesmes, la priant de prendre de bonne part si je luy disoys aulcunes choses qui l'argueroyent devant Dieu et les hommes d'une grande coulpe, en vostre endroict, si, d'avanture, elle les sçavoyt, ou bien d'une grande négligence vers vostre amityé, si, d'avanture, elle en vouloit estre ignorante: c'estoit que, par divers rencontres et par plusieurs advertissementz de diverses partz, Vostre Majesté trouvoit que, du costé d'icy, en lieu de procéder droictement vers voz affères sellon l'obligation de la ligue, c'estoyent les eslevez de vostre royaulme qui estoient favorablement admis à parler à elle et à ceulx de son conseil, et s'accomoder ordinayrement d'armes, de vaysseaulx, de monitions de guerre, et aultres leurs provisions; et que mesmes j'entendoys qu'il estoit freschement sorty quatre navyres de guerre, et s'en apprestoit aultres quatre pour sortyr, du premier jour, de divers portz de deçà, pour aller, en faveur des dictz eslevez; et que, jusques aulx propres lieux, où ilz faisoyent la guerre en France, et jusques en Allemaigne, où ilz procuroient d'avoyr des forces, ilz sentoyent l'apuy et assistance de l'Angleterre; et nommément, par aulcunes lettres, qui naguyères avoient esté surprinses, il vous apparoissoit que Mr de Méru, au partir d'icy, debvoit emporter des deniers contantz, ou bien du crédict, pour fère marcher les reytres en France, aussytost qu'il seroit arryvé devers le Prince de Condé; ce que, pour estre ces actes par trop ennemys en l'endroict mesmement d'un prince qui la cherchoit d'amityé, et par trop contrayres à la foy et promesse que vous aviez d'elle, et qu'il vous sembloit que ses conseillers n'oseroyent pas, de eulx mesmes, attempter telles choses contre l'honneur de sa parolle, et mesmement, à ceste heure, qu'ilz sçavoient combien vous aviez bénignement respondu à voz subjectz touchant l'exercice de leur religyon, et touchant leurs seuretez, et tout aultre accommodement en vostre royaulme, pour ne pouvoir à nul aultre tiltre désormays, que de pure rébellion et infidélité, vous continuer plus la guerre, vous ne vouliez si mal juger d'elle que cella, ains penser, selon qu'elle n'avoit le cueur bas, qu'elle vous déclareroit plustost la guerre tout ouvertement que de se porter ainsy couverte ennemye ou dissimulée amye vers vous, et que pourtant vous attandriez quelle preuve vous auriez de ses effaictz, premier que d'adjouxter foy aulx lettres et rapportz de ceulx qui vous vouloyent mettre en deffiance d'elle; et que cepandant vous n'aviez layssé de fère pourvoyr, de vostre propre espargne, au marchand d'Ampthonne, dont elle m'avoit dernièrement parlé, et aviez mandé à vostre parlement de Paris d'expédyer favorablement les librayres de Londres, et donné charge à Mr de Chiverny de fère voyr toutes les aultres plainctes de son ambassadeur en vostre conseil, affin d'y satisfère sellon l'obligation des trettés; lesquelz vous vouliez que fussent droictement observez de vostre costé, et desiriez aussy qu'elle les fît mieulx observer du vostre, que jusques icy elle ne l'avoit pas faict.