Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 35

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Me Quillegreu est commandé de suyvre le progrès, et se tenir prest pour aller en Escosse. Je ne puis encores proprement descouvrir l'occasion de son voïage, sinon ce que je vous en ay mandé par mes précédantes; et, si j'en apprends davantage, je l'adjouxteray à mes premières. Le docteur de Bruxelles continue toujours sa négociation, et mesmement sur le poinct d'envoyer ses ambassadeurs près de l'ung et l'autre prince, et m'a l'on dict qu'il a donné entendre que le Roy d'Espaigne a nommé dom Loys de Sylva pour venir icy; mais ceste princesse, encor qu'elle ait desjà nommé Me Henry Cobhan pour aller en Espaigne, elle ne se haste toutesfoys de le dépescher, et pense l'on que, d'icy à quelques jours, elle l'y pourra bien envoyer, mais non avec commission d'y résider, sinon après que le Roy d'Espaigne l'aura satisfaicte d'aulcuns poinctz qu'il aura charge, devant toutes aultres choses, de luy demander.

Je feray entendre à ceulx de voz subjectz, qui sont encores icy, la droicte et saincte intention que me mandez avoyr à la paix, et verray quel contentement leur auront donné les depputez touchant les bonnes responces que leur aviez faictes; et m'efforceray, au reste, en attandant l'arryvée de mon successeur, qui faict par trop le long, de pourvoir, le mieulx que je pourray, à ce qui surviendra, icy, pour vostre service. Sur ce, etc.

Ce VIIe jour de juing 1575.

CCCCLIVe DÉPESCHE

--du XIIe jour de juing 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._)

Audience.--Acceptation par le roi de l'ordre de la Jarretière.--Instance de l'ambassadeur pour que Leicester soit envoyé en France à cette occasion.--Excuse donnée par la reine.--Mécontentement qu'elle témoigne à l'égard de la France.--Demande qu'elle fait de la communication des articles proposés pour la pacification.--Sollicitations dont elle est entourée afin de la forcer de se prononcer en faveur des protestans de France.--Sa déclaration qu'elle a toute confiance dans le roi et la reine-mère.

AU ROY.

Sire, j'ay esté, ceste foys, assez favorablement receu de ceste princesse, en la mayson de milord trésorier, où elle a séjourné huict ou dix jours, et m'a faict invyter à ung festin qui s'y est faict dimanche dernyer. Elle a esté fort contante de vostre acceptation de son ordre, et m'a pryé que je vous en fisse ung singullier mercyement de sa part, et que bientost elle vous dépeschera ung seigneur de bonne qualité pour le vous apporter; qui aura la mesmes bonne affection à l'entretènement de vostre mutuelle amityé que le comte de Lestre pourroit avoyr, lequel elle ne refuzeroit pas de le vous envoyer, si c'estoit pour occasion qui importât à vostre service; mais, parce que c'est luy qui a la principalle charge de son progrès, et qu'elle dellibère de l'aller fère bien loing vers le North, et mesmes passer, à l'aller et au retour, en la mayson du dict comte, à Quilingourt, elle vous supplye de l'excuser de ce voyage.

Je luy ay fort incisté qu'elle vous contantât de cella, et qu'il luy rapporteroit, à son retour, de quoy estre plus contante et plus joyeuse, et en plus de repos, toute sa vye; mais je ne l'ay peu impétrer. Je ne sçays encores si elle se ravisera; néantmoins, Sire, il est venu fort à propos que Vostre Majesté l'ayt ainsy demandé, car, sans cella, je me trouvoys fort confus sur quelques poinctz que la dicte Dame m'a touché, en passant, avec ung peu d'aygreur; desquels il est besoing que je cherche de descouvrir, au vray, quel en est le fondz, affin de le vous mander. Et je pense bien qu'une bonne partye a procédé de la dernière dépesche de son ambassadeur, et de la créance que me mandez que Jacomo, qui la luy a apportée, a eu à luy explicquer; dont bientost j'en auray quelque esclarcissement, et vous manderay, par mesmes moyen, Sire, ce qu'elle m'a discouru sur le faict de la paix, avecques voz subjectz. Qui ay bien cognu qu'elle n'avoit encores eu la relation de la vraye vérité de voz responces, dont m'a fort pryé de luy vouloir bayller, par escript, le sommayre de ce que vous accordés à voz subjectz pour l'exercice de leur religyon; ce que je ne luy ay ozé promettre, et ne le luy ay pas refuzé, aussy, à cause du postscript de vostre lettre.

Néantmoins je supplye très humblement Vostre Majesté de donner tant de foy à ce que j'ay très soigneusement nothé, et bien curieusement recueilly, des propos et démonstrations de la dicte Dame, qu'elle desire, sans fiction ny ypochrisye quelconque, que puissiez mettre la paix en vostre royaulme; et se trouve assez en peyne comme se desmeller des violentes persuasions à quoy, de toutes partz, l'on la sollicite contre vous, en cest endroict. Qui veulx bien confesser, Sire, qu'elle ne m'a pas dissimulé que, pour aulcunes occasions, et mesmes pour quelque griefve matière d'offance, elle ne soit aulcunement provoquée à vous nuyre.

Mais, enfin, après luy avoyr admené des considérations qui sont venues tout à temps, (et ne failloit pas qu'elles tardassent davantage), elle m'a dict qu'elle ne deffaudra nullement à l'amityé qu'elle vous a promise, si vous ne luy manquez de la vostre; et qu'elle vous prye de ne donner légèrement foy aulx rapportz qu'on vous fera d'elle, comme aussy elle n'en donra poinct à ceulx qu'on luy fera de vous; mais que vous reportiez toutz deux aulx mutuelles actions l'ung de l'aultre, sellon qu'elle ne refuze poinct que vous examiniez bien les siennes; car elle examinera bien fort curieusement les vostres.

Et, pour ceste foys, Sire, je ne veulx mettre Vostre Majesté en allarme d'aulcune chose apparante de ce costé, mais l'on m'a bien dict qu'il s'y prépare quelques contributions de deniers d'aulcuns particulliers protestantz pour envoyer en Allemaigne. Sur ce, etc.

Ce XIIe jour de juing 1575.

A LA ROYNE.

Madame, parce que, dès l'entrée des propos, où la Royne d'Angleterre et moy, après ceulx des honnestes complimentz, sommes ceste foys venus à ceulx de la négociation de deçà, j'ay bien cognu qu'elle estoit esmeue, et avoit le cueur pressé et son esprit en perplexité d'aulcunes choses de France, je l'ay temporisée longtemps sans luy rien contredyre. Et, après, je luy ay faict aulcunes remonstrances, en partye grâcieuses, et en partye avec quelque expression, pour la conduyre peu à peu à parler de Vostre Majesté. Et enfin luy ay dict qu'elle se pouvoit bien souvenir que vous aviez tousjours mis bon ordre que nulz de ses ennemys fussent ouys ny jamays bien venus en France, et qu'à présent ilz en estoient plus reboutez que jamays; dont le Roy et Vostre Majesté la vouliez bien prier que ceulx, qui vous estoyent malveillantz, ne fussent aussy ny bien receus d'elle, ny escoutez de ceulx de son conseil, et qu'elle ne leur voulût donner ny foy ny crédict contre vous.

A quoy elle, après plusieurs argumentz et réplicques, m'a enfin confessé qu'elle ne pouvoit ny vouloit nyer qu'elle ne vous eût plus d'obligations qu'à princesse de la Chrestienté, mais que vous cognoissyez aussy qu'elle n'en estoit ny ingrate ny mescognoissante, et que ses bons déportementz n'avoient esté moindres, ny de moins de prouffit à Voz Très Chrestiennes Majestez que les vostres vers elle; et qu'elle me prioit de vous saluer très cordiallement de toutes ses meilleures recommandations, et de vous prier que voulussiez, à ceste heure, plus que jamays, avoyr ung honneste respect à elle et à son amityé, ainsy qu'elle en avoit tousjours eu, et vouloit de bon cueur avoyr, à vous et à la vostre, et au Roy, vostre filz, et à la sienne, et qu'elle ne m'en diroit pas, pour ce coup, davantage.

Je pense desjà avoyr comprins où cella va; dont par mes premières je le vous manderay, ensemble ce que j'auray plus avant apprins d'aultres choses. Et sur ce, etc.

Ce XIIe jour de juing 1575.

CCCCLVe DÉPESCHE

--du XVIIe jour de juing 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)

Secours d'argent donné par les Anglais aux protestans d'Allemagne et de France.--Refroidissement entre Élisabeth et le prince d'Orange.--Incertitude sur quelque évènement nouveau survenu en Écosse.

AU ROY.

Sire, parce que j'attandz encores une responce de ceste princesse et des seigneurs de son conseil sur ce que j'ay dernyèrement négocyé avec elle et avec eulx, je remettray, jusques à mes premières, affin de fère de tout ung, de vous mander les principaulx poinctz des choses que je leur ay débatues, et de celles que, par aulcunes conjectures et de leurs parolles, je puis avoyr comprinses; lesquelles je mettray peyne, entre cy et là, d'approfondir davantage, affin de les vous escripre plus fondées, pour pouvoir mieulx asseoyr vostre bon jugement. Et vous diray cepandant, Sire, que Mr de Méru est retourné trouver la dicte Dame et iceulx du conseil, le lendemain que j'en ay esté party, sur l'occasion, à mon advis, d'ung qui est freschement arryvé de Basle, qu'on dict estre le mèdecin du Prince de Condé. J'espère qu'il ne m'y aura, quand il s'en sera bien essayé, guyères peu altérer les choses; ny les aultres poursuivantz qui ont esté depuis luy; et ce que je sentz qu'il a plus advancé, icy, est que, par lettres de banque, et par le crédict qu'on luy donne de France et d'Allemaigne, et encores de Flandres, aulx marchandz de Londres, il pourra, avec la faveur d'aulcuns de ce dict conseil, trouver jusques à neuf ou dix mille livres d'esterling, qui est envyron trente mille escuz, à prester avec bon intérest. Et je sçay qu'il y a desjà dix mille angelotz, en espèces, devers certains personnages de ceste ville, que je crains y estre mis à cest effect; mais il n'y a ordre de l'empescher, car la chose va fort secrette et entre personnages de telle authorité et de tel commerce qu'elles peuvent facillement coulorer et couvrir plus grand chose que cella. J'entendz que ceulx de la Rochelle ont aussy faict quelque contract de sel avec ceulx de Hembourg, pour quarante mille escuz, qui doibvent estre fournis en Allemaigne; et disent les ministres que le Prince de Condé arrivera sans doubte, sinon qu'il soit pourveu de plus amples seuretez, et pour plus longtemps, aulx eslevez, que les responces de Vostre Majesté ne leur en donnent; et qu'à ce seul poinct tient toute la difficulté de la paix.

Le sire Philippes Sidney, nepveu et hérityer du comte de Lestre, est revenu, ces jours cy, d'Allemaigne, où il a demeuré envyron deux ans, en la court de l'Empereur, et aylleurs, pour voyr le pays; et a apporté lettres de créance d'aulcuns princes protestantz à ceste princesse. Elle est sur le poinct de redépescher le secrettère Wilx par dellà; et seroit bon que Vostre Majesté fît observer par quelqu'ung, à Strasbourg, le Sr Sturmius; car il est à présent agent de ceste princesse en Allemaigne, depuis la mort du docteur Mont, qui se tenoit à Francfort: et dict on que le dict Sturmius est bien savant aulx lettres, mais qu'il est homme simple et peu entendu en affères d'estat, et que, près de luy, se pourroit descouvrir la pluspart de leurs dellibérations.

Le prince d'Orange est merveilleusement venu suspect aux Angloix depuis la nouvelle de son mariage avec madame de Jouare, et mesmes qu'il estoit desjà en quelque discord avec eulx sur ce qu'ilz l'avoyent sommé de leur laysser la navygation et le commerce libres en Anvers, non seulement des marchandises de ce royaulme et aultres à eulx appartenantz, mais de celles qu'ilz prendroyent, à conduyre, des Hespaignolz et Portugoys et des aultres qu'ilz voudroyent colorer et advouer pour ligues. A quoy le dict prince, nonobstant leurs bravades et menasses, n'a voulu condescendre, sinon seulement pour les marchandises proprement appartenant à iceulx Angloix et pour celles des marchandz advanturiers de Londres; dont y a desjà des lettres de marque expédiées sur quelque occasion contre ceulx de Fleximgues. Et par ce, aussy, que le dict sieur prince ne reçoit plus si volontiers comme il souloit les soldatz angloix à sa soulde, il s'en appreste ung nombre avec leurs cappitaynes pour aller au service du grand commandeur de Castille contre luy. Vray est qu'à ce que j'entendz, l'on propose d'envoyer bientost ung personnage de qualité de ceste court vers le dict prince, en Ollande, pour accommoder toutz ces différandz avecques luy.

Le voïage de Me Quillegreu en Escosse sembloit estre non seulement différé mais interrompu du tout jusques à ce que, depuis deux jours, l'on l'a contremandé en haste à la court, pour le dépescher par dellà, et pour mener avecques luy certain aultre personnage, qu'on nomme Me Davidson, qu'on estyme qui demeurera résidant près du comte de Morthon; ce qui monstre qu'il y doibt avoyr quelque nouveaulté suscitée au dict comte, ou qu'on commence de l'avoyr suspect. Et sur ce, etc.

Ce XVIIe jour de juing 1575.

CCCCLVIe DÉPESCHE

--du XXVIe jour de juing 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)

Détails de la précédente audience.--Motifs qui engagent Élisabeth à refuser de prêter un nouveau serment.--Instances au nom du roi pour qu'il ne soit donné aucun refuge en Angleterre à ses sujets rebelles.--Satisfaction d'Élisabeth à raison de l'acceptation que le roi a faite de son ordre.

AU ROY.

Sire, parmy les propos que j'ay dernièrement tenus à la Royne d'Angleterre, j'ay estimé, pour aulcunes bonnes occasions, qu'il estoit besoing de luy dire que Vostre Majesté se trouvoit de plus en plus très contante de la ligue, naguyères renouvellée avec elle; et que jamays, à quelconque aultre promesse qu'eussiez faicte en ce monde, vous n'aviez plus volontiers adjouxté vostre foy et sèrement qu'à celle de son amityé; et que, si elle desiroit encores quelque aultre chose, pour s'assurer davantage de vous en cest endroict, que vous la luy offriez de bon cueur et estiez prest de l'effectuer; et que pareillement vous me commandiez de vous rendre responce des particullaritez qui touchoient à elle de vous accomplyr, sellon que j'en avoys baillé la nothe par escript à Mr de Walsingam, à qui j'avoys aussy communicqué le pouvoir que m'aviez envoyé pour assister à son sèrement; lequel sèrement je la pryois bien fort ne se grever de vous renouveller, encor que possible le traicté ne l'y obligeât, sellon que vous n'aviez différé de le luy prester à elle, oultre l'obligation du dict traicté, affin qu'il ne demeurât aucun escrupulle entre vous.

Elle m'a respondu qu'elle louoit Dieu de voyr que vostre contantement correspondoit au sien sur la continuation de la ligue, et vostre desir à celluy qu'elle avoit de la bien observer, chose qu'elle prioit Dieu, et l'a dict ung peu en collère, qu'il vous fît quelquefoys cognoistre combien elle vous estoit plus utille que vous ne le pensiez, et plus qu'on ne s'efforçoit de le vous persuader; et qu'elle ne vous voudroit pas différer son sèrement, n'estoit que ceulx de son conseil luy remonstroyent qu'il estoit impertinent de le fère, et que cella seroit remettre en doubte tout le passé, et que son ambassadeur luy avoit aussy mandé que Vostre Majesté demeuroit bien capable et satisfaicte de ce poinct; et qu'au reste je l'excusasse si elle ne vous avoit encores envoyé la lettre qu'elle vous debvoit escripre, de sa main, car, pour s'estre faict mal à un bras, en courant à la chasse, sur ung cheval d'Espaigne, elle n'y avoit peu encores vacquer, mais que, dans quatre ou cinq jours, je l'aurois sans aulcune difficulté.

J'ay suivy à luy dire que, pour ceste heure, doncques, je ne la presserois plus du sèrement, et me contanteroys de vous escrypre sa raison, et m'efforceroys, avec la lettre de sa main et ses aultres honnestes responces, de vous donner le plus de satisfaction d'elle qu'il me seroit possible, et qu'elle se pouvoit vanter d'avoyr acquis en Vostre Majesté le plus grand et le meilleur de tous les amys qu'elle eût peu rencontrer en la Chrestienté, et le plus ferme confédéré que sa couronne ayt eu depuis qu'elle est establye, et que, dorsenavant, nul de ses ennemys, ny nul de ses rebelles, ny nul qui luy voulût mal, ne trouveroyent lieu ny place en France; et que de mesmes vous desiriés, Sire, que nul aussy, qui pourchassât de vous nuyre, en peût trouver près d'elle ny des seigneurs de son conseil, ny faveur aulcune contre vous en ce royaulme; et que de cella vous l'en priez très affectueusement comme chose très raysonnable, et sur laquelle les parolles que me commandiez de luy en dire n'estoient ny légères ny communes, ains d'une grande expression, qui déclaroyent bien que vous aviez une singullière bonne volonté de persévérer à jamays vers elle, et faisiez aussy estat qu'elle persévèreroit très constamment vers vous; et que de cella vous aviez prins une plus grande assurance par ce nouveau et très agréable tesmoignage, qu'elle vous donnoit, de vous avoyr esleu chevalyer de son ordre; de quoy, pour n'emprunpter rien hors de vostre lettre, de ce que me commandiez luy dyre du grand contantement qu'en aviez receu, et de l'infiny mercyement que luy en rendiez, et du debvoir où vous vous mettriez d'honnorer son ordre avec le plus de dignité qu'il vous seroit possible, et du playsir que vous auriez qu'elle le vous envoyât bientost, qui seroit redoublé si elle vouloit que ce fût par le comte de Lestre, je la supplyois qu'elle mesmes voulût lyre ce qu'il vous playsoit m'en escripre, et elle trouveroit que son ordre estoit très bien employé en Vostre Majesté, et que vous sçaviez honnorer grandement ceulx qui vous honnoroyent et honnorer l'honneur qu'on s'efforçoit de vous fère.

Elle a distinctement leu tout l'article de vostre lettre, qui faisoit mencion de cella, et, après, comme toute resjouye et bien fort contante, m'a faict la responce que je vous ay sommayrement comptée en mes précédantes. Et, d'abondant, m'a dict qu'elle vous remercyoit, de tout son cueur, du grand et remarquable honneur que Vostre Majesté faisoit à elle et à son ordre de si favorablement l'accepter, et qu'elle le vous envoyeroit bientost par ung personnage d'authorité, bien incliné à vostre mutuelle amityé, que vous n'auriez moins agréable que le comte de Lestre; duquel elle me manderoit le nom, incontinent qu'elle en auroit faicte l'élection; et néantmoins qu'elle avoit grand plésir qu'eussiez demandé le dict comte, car elle cognoissoit par là que vous vouliez procéder de grande sincérité vers elle.

Dont de ce propos et d'aulcuns aultres que nous avons continué, l'espace de deux heures, Vostre Majesté en entendra davantage par le Sr de Vassal, présent porteur. Et n'adjouxteray rien plus icy, Sire, sinon qu'encor qu'on eût aulcunement altéré la dicte Dame contre vous, j'ay bien cognu qu'elle n'estoit preste, pour cella, de se destourner de vostre amityé s'il vous plaist continuer en la sienne. Je vous envoye la lettre de sa main et la responce que ceulx de son conseil m'ont faicte sur le reste de mes demandes. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour de juing 1575.

CCCCLVIIe DÉPESCHE

--du premier jour de juillet 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Convalescence du roi.--Mort du maréchal de Danville.--Départ de Mr de Méru pour l'Allemagne.--Efforts de l'ambassadeur afin d'empêcher Élisabeth de donner des secours sérieux aux protestans de France.--Assurance qu'elle a formé la résolution de s'en tenir avec eux à de simples promesses.

AU ROY.

Sire, l'on a parlé icy diversement de la qualité et de l'effect de vostre maladye, et je loue Dieu, de bon cueur, et le remercye, bien dévotement, qu'il vous en a bientost relevé, et qu'il n'a permis qu'elle ayt esté si violente ni sy dangereuse comme on le disoit. Je fay présentement ung mot de vostre parfaicte guérison à la Royne d'Angleterre, attandant que, sur l'occasion de quelque aultre vostre dépesche, je l'aille trouver pour m'en conjouyr davantage et plus expressément avec elle.

La mort de Mr de Dampville[4] estoit desjà publiée, icy, sur ung advertissement de l'ambassadeur d'Angleterre, premier que j'ay receu celluy de Vostre Majesté, et n'a esté petite l'émotion qu'on s'est donnée de cella, creignantz les ungs que le party duquel il estoit se doibve trouver, à présent, beaucoup affoybly et débilité par son manquement, et les aultres estiment que, de ce qu'il s'estoit joinct à la cause de la nouvelle relligyon, elle en estoit devenue plus foible, et en recepvoit quelque deffaveur vers aulcuns princes protestantz. Comment que ce soit, s'il estoit occasion que ne peussiez donner la paix à voz subjectz ny la recepvoyr d'eux, Dieu, de qui les jugementz sont toujours très justes et sainctz, la luy vueille octroyer bonne par dellà.

[4] Cette nouvelle était fausse. Henri, maréchal de Danville, frère puîné du duc de Montmorenci, est mort à Agde, le 1er avril 1614, âgé de soixante-dix ans.

Mr de Méru est desjà embarqué pour passer en Hemden ou bien en Hanbourg, affin d'aller trouver le Prince de Condé à Basle. J'entendz que ceste princesse, quand il a prins congé d'elle, luy a faict présant d'envyron troys mille escus; et m'a l'on dict que Wilx va avecques luy, dépesché par aulcuns particulliers de ce royaulme, avec VII mille V{c} {#} d'esterling, qui sont vingt cinq mille escus, avec quelque chayne d'assés grand pris pour fère présent par dellà: dont quelqu'ung a comprins, de certain propos que le dict Sr de Méru a eu à tenir, que ce seroit pour fère marcher bientost deux milles reytres et quatre mille lansequenetz en France. Néantmoins il a faict démonstration, en mon endroict, à son partement, qu'il avoit desir et espérance de la paix; et a dict que, si son frère de Dampville estoit mort, ce qu'il ne vouloit encores croyre, la plus grande perte en seroit à Vostre Majesté, d'autant qu'il luy avoit naguyères escript qu'il ne se trouvoit tant en peyne de combatre contre ceulx contre qui il s'estoit mis, que de vaincre ceulx, avec qui il estoit, pour les retenir en vostre dévotion.

Je rencontre, par toutz mes advis, qu'il n'a poinct obtenu aulcune aultre provision de deniers, ny promesse d'hommes, ny de vaysseaulx, de ceste princesse; et pour le moins ne me trouvè je si veufflé d'elle que, quand aulx hommes et vaysseaulx, je n'aye faict que ouvertement elle a refuzé aulx ministres et aultres poursuyvantz, qui sont icy, d'en bailler; et, quand aulx deniers, si, d'avanture, elle consent, soubz main, à quelque crédict de ses marchandz, ce ne peut estre de grand somme. Et si, luy ay je protesté, il y a plus de six moys, et le luy renouvelle toutz les jours, que vous vous plaindriez d'elle, si les Allemantz marchoient en France, parce qu'on sçayt assez que le Prince de Condé n'a de quoy les y fère marcher, si elle, de son argent ou crédict, ne leur faict des jambes et des pieds. Et je vous supplye, Sire, de ne donner trop de foy à ceulx qui vous cellèbrent la facilité de la dicte Dame à bailler son argent contre vous, ny à vous rompre le traicté; mais bien à ceulx qui la font libéralle de bonnes parolles et de promesses vers ung chascung. Sur ce, etc.

Ce Ier jour de juillet 1575.

CCCCLVIIIe DÉPESCHE

--du IIIIe jour de juillet 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._)

Prises faites sur les Anglais par les navires de St Malo.--Vives plaintes des Anglais, qui veulent considérer cet acte comme une déclaration de guerre.--Assurance de l'ambassadeur qu'il leur sera donné satisfaction.--Menace de guerre de la part d'Élisabeth contre ceux de Flessingue à raison de prises qu'ils ont faites.--Nouvelles des Pays-Bas.--Incertitude sur les affaires d'Écosse.--Instance de l'ambassadeur pour qu'il soit donné satisfaction relativement aux prises faites par ceux de St Malo.

AU ROY.