Part 33
L'on m'a dict aussy que la dicte Dame a eu des lettres d'ung sien serviteur secret, qui est en Escosse, lequel la mect en peyne des choses de dellà comme si la part françoyse y estoit plus relevée que jamays, et que le comte de Morthon soit pour s'y laysser ramener; ce que j'estime luy avoyr esté escript à poste par la praticque d'aulcuns d'auprès d'elle. Tant y a qu'elle a faict une prompte dépesche à Barwyc, par laquelle elle mande qu'on en examine bien le faict, affin d'envoyer, puis après, Me Quillegreu par dellà, s'il est cognu qu'il en soit besoing.
L'ung des principaulx entreméteurs de la paix des Pays Bas a escript à ung sien amy, en ceste ville, et j'ay veu la lettre, que, encor que les choses semblent estre accrochées à des difficultez non petites, et mesmement au poinct de la religyon, et à la tenue des Estatz, et à fère sortyr les estrangers hors du pays, si voyoit il néantmoins qu'on en viendroit, à la fin, en accord. Et semble bien à ceulx cy que la nouvelle qu'ilz ont: comme l'Empereur s'en va conclurre le mariage du roy de Hongrye, son filz ayné, avec la fille du duc de Saxe, facilitera davantage le dict accord, et baillera ung grand moyen au dict roy de Hongrye de parvenir à l'élection du roy des Romains. Et sur ce, etc. Ce XXe jour d'apvril 1575.
CCCCXLVIe DÉPESCHE
--du XXVIe jour d'apvril 1575.--
(_Envoyée jusques à Calais par le secrétère du président de Toulouze._)
État de la négociation de la paix en France.--Assurance que les préparatifs faits en Angleterre sont dirigés contre l'Irlande.--Conférence de l'ambassadeur avec l'envoyé du roi d'Espagne.
AU ROY.
Sire, à l'occasion du retour du Sr de Vassal et de la dépesche qu'il m'a apportée, de Vostre Majesté, du XIIIe de ce moys, j'ay estimé qu'il estoit expédient d'informer ung peu mieulx ceste princesse et les siens de voz nouvelles et de l'estat des choses de dellà, qu'il ne sembloit que leur ambassadeur les leur eût ainsy proprement escript comme elles sont: car ilz tenoient entre eulx que le traicté de paciffication en vostre royaulme ne prenoit aulcun bon commancement; et que Mr de Beauvoys La Nocle, qui estoit venu, jusques bien près de Paris, pour vous apporter les articles de la demande des eslevez, ayant eu advertissement qu'on luy vouloit fère ung très maulvais tour, s'en estoit fouy en la plus grande haste qu'il avoit peu, et qu'encor qu'on s'efforçât de traicter avec les aultres depputez, et que l'on en corrompît quelques ungs, que néantmoins tout ce qu'ilz feroient n'auroit point d'aucthorité, et qu'il estoit tout apparant que, sans la liberté des deux mareschaulx et sans le consantement des aultres troys frères de Montmorency, l'accord ne succèderoit jamays; que cepandant la guerre continuoit tousjours, et qu'en la Guyenne au comte Martinengue avoit esté deffaictes quatre ou cinq compagnies d'arquebuziers, et luy contrainct se saulver dans ung prochain fort; et que Vous, Sire, sentiez plus et estiez beaucoup plus fasché que Mr de Turène eût prins les armes que de tout ce que Mr de Dampville, son oncle, avoit faict jusques icy; et que ceulx de la Rochelle avoient gaigné une victoyre sur mer contre les Bretons; que Vostre Majesté se trouvoit en une extrême nécessité d'argent, et que mesme la Royne Veufve, par faulte que ne luy en pouviez bailler, demeuroit d'aller voyr sa fille jusques à Bloys, avec d'aultres particullaritez qui n'estoient à l'advantage de voz affères.
A quoy, par le contenu de ce qu'il vous avoit pleu m'escripre, et de ce que le dict Sr de Vassal m'avoit rapporté de parolle, il y a esté satisfaict le mieulx que j'ay peu, de sorte que chascung demeure maintenant plus capable de la vérité. Et ne sentz poinct, Sire, que cella ayt faict, ny soit pour fère encores de mutation icy; ains j'espère que, venant bientost, icy, l'acte de vostre sèrement et de vostre plus ample confirmation du traicté de ligue, et la lettre de déclaration que ceste princesse attand de vostre main, qu'elle persévèrera plus constante que jamays vers Vostre Majesté, se commançant desjà bien à cognoistre que l'emprunct des deniers et l'apprest qu'elle a commandé de fère, ainsy que par ma précédante je le vous ay escript, est principallement destiné pour l'Irlande.
J'ay, ces jours passez, pryé le docteur fiscal de Bruxelles à dîner en mon logis, et l'ay honnoré comme ambassadeur d'Espaigne. Néantmoins il m'a dict que ceste princesse, avec beaucoup de faveur, l'avoit bien receu, non à dire vray pour ambassadeur, mais pour agent, sur les lettres qu'il luy avoit apportées du Roy, son Mestre, par lesquelles il promettoit d'observer et tenir ce que desjà avoit esté, et seroit, après, négocyé par luy; et que, en attandant la détermination que le dict Roy, son Mestre, et elle prendroient sur la mutuelle résidence des ambassadeurs de l'ung auprès de l'autre (et qu'en cas qu'ilz s'en accordassent que seroit luy ou bien don Bernardin de Mendossa qui seroit ordonné en ceste place), il continueroit de mettre à effect les aultres bons accords, qui estoyent desjà comme arrestez entre ces deux pays pour leurs commerces et entrecours. Et en devisant avec luy, il m'a discouru ce qui s'estoit passé jusques icy au traicté de la paix de Flandres, et que, encor que les depputez se fussent retirez, et que le comte de Sualsembourg s'en fût retourné vers l'Empereur, ce n'estoit que pour en venir tant mieulx à une bonne conclusion; et que, ce matin mesmes, il venoit de recepvoyr des lettres de dellà qui le mettoient hors de tout doubte que la dicte paix ne deût bientost et bien heureusement succéder, parce qu'on l'advertissoit qu'ung bien honneste moyen de seureté avoit esté mis en avant, lequel le Roy Catholicque ne refuzeroit nullement de bayller; et que le prince d'Orange et les eslevez s'en tiendroient pour bien contantz. Et sur ce, etc.
Ce XXVIe jour d'apvril 1575.
CCCCXLVIIe DÉPESCHE
--du dernier jour d'apvril 1575.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Audience.--Négociation de l'ambassadeur pour Marie Stuart.--Arrivée à Londres des députés de Bâle, chargés de solliciter des secours pour les protestans de France.--Élection du roi comme chevalier de l'ordre de la Jarretière.
AU ROY.
Sire, parce que la Royne d'Angleterre avoit monstré de ne prendre en bonne part la négociation que luy aviez faicte fère pour la Royne d'Escosse, affin de mieulx cognoistre si ce qu'elle nous en avoit respondu luy partoit, à bon esciant, de dedans du cueur, ou si c'estoit artiffice, je luy suis allé dire que j'avoys à luy fère ung peu de querelle de la rude responce, qu'elle vous avoit mandé, sur les honnestes propos que luy aviez faict tenir par Mr de La Chastre en faveur de ceste princesse.
A quoy soubdain, sans me laysser passer plus avant, elle m'a respondu que je serois tout esbahy, si je sçavois ce qu'elle avoit faict davantage, car, par la lettre qu'elle avoit escripte, de sa main, à la Royne, vostre mère, elle luy avoit mandé qu'elle ne luy layrroit passer ceste grande faute d'avoyr permis que Vostre Majesté fût entrée en renouvellement de ligue avec elle par ung si mal considéré commancement que celluy là; et mesmes s'estoit pleincte à elle que je ne m'estois monstré, icy, guyères moins ambassadeur de la Royne d'Escoce que le vostre.
A quoy aussy, en ryant, je luy ay dict que, en cuydant taxer d'erreur Voz Très Chrestiennes Majestez, elle ne prenoit pas garde qu'elle manifestoit proprement le sien de vous reprocher les honnestes offices que faisiez pour vostre belle seur et parante, et pour vostre principalle allyée; lesquels offices je sçavoys qu'elle mesmes jugeoit assez que, sans grand reproche, vous ne les pouviez obmettre, et qu'il failloit bien qu'elle pensât de ne vous avoyr jamays pour amy, si elle ne vous vouloit aymer avec toutes les circonstances de vostre honneur et dignité; et que, pour mon regard, je n'avoys jamays attainct de fère, à beaucoup près, pour la dicte Dame, tout ce que Vostre Majesté m'en avoit commandé, dont je ne creignoys d'estre blasmé de l'excez; et que, de tant que je sçavoys qu'à présent elle n'avoit aulcune matière d'offance ny de courroux contre elle, que je ne layrroys pourtant cella de luy communicquer une sienne lettre que j'avoys naguyères receue, laquelle luy feroit venir à regret que, pour son regard, elle ne vous eût plus agréablement satisfaict.
Et, la luy ayant baillée, elle l'a fort volontiers serrée dans sa pochette, et m'a pryé de la luy laysser pour la lyre à son loysir. Qui ay bien cognu depuis, Sire, qu'elle y avoit trouvé des particullaritez qui l'avoient contantée, dont elle a contanté aussy de quelques aultres la dicte Dame; et a permis que Me Jehan de Compiègne, son tailleur, avec plusieurs besoignes qu'il a apportées de Paris, la soit allé trouver.
Ceste difficulté n'a esté sitost vuydée qu'il s'en est présenté incontinent une aultre, plus grande, de troys gentilshommes, l'ung françoys, l'autre allemand et l'autre flammand, lesquelz, ayant esté naguyères dépeschés par l'assemblée qui a esté tenue à Basle, sont venus incister à ceste princesse et au clergé de ce royaulme en des demandes bien grandes pour ceulx qui ont prins les armes en faveur et deffence de ceulx de la nouvelle religyon; lesquelles demandes je n'ay peu encores bien approfondyr, à la vérité, quelles elles sont; tant y a qu'il semble que les évesques d'icy y vont assez inclinant. Néantmoins il a esté si bien pourveu au reste, que je ne descouvre nullement que ceste princesse ny ceulx de son conseil ayent, pour encores, aulcune dellibération de leur rien accorder.
Et, au contrayre, il est advenu, contre ce qu'ilz espéroyent, et au regret de plusieurs aultres poursuyvantz en ceste court, que le jour de St Georges, et tenant le chapitre de l'ordre de la Jarretyère, à Grenvich, la dicte Dame a faict que Vostre Majesté y a esté esleu chevalyer du dict ordre; dont le comte de Lestre s'en est incontinent envoyé conjouyr avecques moy, avant qu'il en ayt esté rien divulgué. Et, le jour ensuyvant, elle a envoyé troys honnestes gentilshommes de sa court, du nombre de ses pensionnayres, dont l'ung est son parant, devers moy, pour me notiffyer la dicte élection, et comme elle n'avoit voulu permettre que ce chapitre se passât sans qu'elle se fît; et qu'aussytost qu'elle entendroit que Vostre Majesté l'auroit agréable, elle ne faudroit de vous dépescher ung personnage d'honneur et ung seigneur de qualité pour vous aller apporter le dict ordre. Je l'ay infinyement remercyée de ceste marque, et de l'évident tesmoignage qu'elle vous rend, en cella, de son indubitable amityé, et que je ne tarderoys de le vous fère bientost sçavoyr; luy osant desjà bien advancer cella, en vostre nom, qu'elle n'eût peu fère eschoyr ceste élection en l'endroict de nul autre prince de la Chrestienté qui mît plus de peyne d'honnorer son ordre, et de l'accepter en très bon gré, que Vostre Majesté feroit: dont vous supplye très humblement, Sire, m'y fère promptement, et par voz premières, ung mot de responce. Sur ce, etc. Ce XXXe jour d'apvril 1575.
CCCCXLVIIIe DÉPESCHE
--du VIe jour de may 1575.--
(_Envoyée à Callais expressément par le Sr Biscop._)
Vives instances des députés de Bâle à l'effet d'obtenir des secours pour les protestans de la Rochelle.--Réclamations des Anglais pour que justice leur soit rendue en France.--Nouvelles d'Écosse.--Plaintes de l'ambassadeur à raison du dénuement où il se trouve.
AU ROY.
Sire, comme ceste princesse estoit après à dellibérer, avec ceulx de son conseil, si elle debvoit, ou si elle ne debvoit pas, fère promptement mettre les douze navyres, dont je vous ay cy devant escript, (sçavoyr est: six des siens, et les six aultres des particulliers), en mer, il y en a qui sont expressément allez la persuader que, pour occasion du monde, elle ne voulût laysser de les fère sortir, attandu que, de Normandye et de Bretaigne, il y en avoit desjà ung bon nombre sur mer dehors. Et s'en est bien peu failly, à l'instance des depputez de Basle, et d'aulcuns venus de la Rochelle, lesquelz se sont tout à poinct présentez là dessus en ceste court, lorsque Mr de Méru y estoit, que la résolution n'en ayt esté prinse, et mesmes que aulcuns de ce conseil, qui inclinoyent à cella, opinoient que ce seroit chose fort à propos pour favoriser l'entreprinse d'Irlande. Mais, quand j'ay eu, soubz main, remonstré qu'il ne pourroit estre que Vostre Majesté n'en prînt de la jalousye, attandu que vous aviez faict donner advis à la dicte Dame de tout ce que vous aviez sur mer, et de ce qu'entendiez y mettre davantage, ensemble de son armement; et que vous sçaviez assez que, pour l'Irlande, il ne luy faisoit besoing d'aultres vaysseaulx que de passagers pour y trajetter des hommes; et que je croy aussy que, en mesmes temps, le conseiller fiscal de Bruxelles, (lequel est après à renouveller les accords d'entre les pays du Roy d'Espaigne avec ce royaulme, d'autant que leur trefve, qui n'avoit esté prinse que pour deux ans, est expirée, à ce premier jour de may), a aussy remonstré que son Mestre auroit cella pour suspect; il a esté résolu que, pour ceste heure, cest armement ne passeroit plus oultre, et qu'il seroit remis jusques à ce que la dicte Dame vît si, pour quelque occasion qui luy peût cy après survenir, qui luy fût plus grande qu'elle n'en avoit à présent, elle seroit meue de le parachever.
Et sur cella j'entends qu'il luy est arryvé, de son ambassadeur, ung pacquet, lequel luy a donné assés de satisfaction du bon rapport qu'a faict d'elle et des choses de deçà Mr de La Chastre, et comme il vous a pleu commander à icelluy mesmes Sr de La Chastre, et à Mrs de Limoges et de Chiverny, d'aller apporter beaucoup d'honnestes et agréables mercyementz, de vostre part, à son dict ambassadeur; ce qui l'a grandement contantée. Mais il semble bien qu'il ne luy ayt donné guyères d'espérance que vueillés pourvoir aulx particullières demandes qu'elle vous a mandé fère pour aulcuns de ses subjectz. De quoy elle et ceulx de son conseil demeurent fort escandalizés, et disent qu'il n'est pas possible que l'amityé se puisse conserver entre Voz deux Majestez, si la justice n'est mutuellement, là et icy, administrée à voz communs subjectz. Et pour ceste occasion, ilz m'ont faict tomber une lettre entre mains que Me Chambernon m'a escripte pour fère que, par la presse que cestuy faict de son affère, Vostre Majesté cognoisse combien ceste princesse est pressée, de plusieurs aultres des siens, de leur pourchasser quelque rayson et restitution en France.
J'ay faict recepvoyr en bonne part à milord de St Jehan, l'escossoys, la responce que m'aviez commandé de luy fère, lequel se contantera qu'il vous playse luy envoyer une vostre lettre de protection; car il proteste que ce n'a esté pour gain ny pour ambition qu'il s'est adressé à Vostre Majesté, ains pour la servitude qu'il vous porte, et pour la naturelle affection qu'il porte à vostre couronne, et qu'il espère bien de fère que ce tesmoignage de vostre faveur, que vous luy donrez maintenant, servira de beaucoup à establir l'authorité de vostre nom et celle de vostre alliance en Escosse, et qu'il vous y regaignera cinq centz, voyre mille gentilshommes pour fère entièrement ce que vous leur commanderez. L'on m'a dict que, au dict pays, la noblesse et le peuple sont après à déposer, toutz d'ung accord, le comte de Morthon de la régence pour la bailler à l'ung des enfans du feu duc de Chastelleraut, ou bien au comte de Honteley: qui seroit chose peu agréable en ceste court. Je mettray peyne d'en avoyr plus de certitude, affin de le vous mander par mes premières. Et sur ce, etc.
Ce VIe jour de may 1575.
_Par postille à la lettre précédente._
Sire, vostre service souffre icy du détriment beaucoup, et moy de la honte bien grande et une nécessité insupportable, pour le tort, que le Sr Scipion Sardiny me faict, de ne me vouloir payer les assignations que Mr le trézorier de l'espargne m'a, dez l'année passée, baillée sur luy; qui vous supplye très humblement luy commander qu'il ayt à les acquitter tout promptement aulx Srs Macey et Cevany pour le Sr Acerbo Velutelly; lequel prétend de me fère mettre en arrest, pour troys mille escus qu'il m'a desjà advancez, et pour l'intérest des troys foyres que le dict Sardiny a layssé passer sans le vouloyr contanter.
CCCCXLIXe DÉPESCHE
--du XIIe jour de may 1575.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Intrigues pour forcer Élisabeth à prendre le parti des protestans de France.--Négociation du roi d'Espagne avec l'Angleterre.--Affaires d'Écosse.--Nouveau danger de Marie Stuart.--Poursuites faites à raison de lettres qui lui ont été adressées.--État de la négociation de la paix en France.
AU ROY.
Sire, celluy secrettayre Wilx, angloys, qui accompaignoit le secrettayre de Mr de Méru, quand il fut prins à Bouloigne, est retourné, icy, depuis quatre ou cinq jours, avec plusieurs lettres et dépesches qu'il a apportées d'Allemaigne et de Basle à ceste princesse, et à ceulx de son conseil, et pareillement à Mr de Méru, et aulx ministres françoys et flammantz qui sont en ceste ville. Et soubdain, ceulx, qui sont superintendantz des affères de ceulx de la nouvelle religyon, se sont assemblez pour dellibérer du contenu des dictes dépesches; et, le lendemain, Mr de Méru, avec l'ung d'eux, est allé à Grenvich, où il a estroictement conféré avec troys de ce conseil: et y est convenu ung nommé le Sr de Martinez, agent de Mr de Laval, et troys cappitaines ou gentilshommes françoys, de ceulx qui souloyent suyvre le feu comte de Montgommery. Dont j'entendz qu'il y a esté mis en avant beaucoup de propositions pour essayer de tirer d'icy, en une façon ou aultre, des deniers et des hommes et des vaysseaulx, et aultres moyens, en faveur des eslevez de vostre royaulme; et mesmes de fère que ceste princesse se voulût déclarer pour eulx en ce qui concerneroit la deffance de leur religyon, luy assurant le dict Wilx, oultre la teneur des lettres, que, pour chose très certayne, le Prince de Condé armoit bien grossement. Et celluy, que j'ay mis après pour descouvrir ce qui résulteroit de toutes ces dellibérations, m'a mandé qu'il n'estoit pas possible, pour encores, de le sçavoyr, parce que nulle chose au monde estoit menée plus secrettement ny plus à couvert que ceste cy; néantmoins, sellon qu'il le pouvoit comprendre pour la démonstration que faisoyent les plus passionnez, il sembloit bien qu'ilz ne peussent aysément mouvoyr la dicte Dame à leurs desirs, mais qu'il estoit bien à craindre qu'enfin ilz obtînsent d'elle qu'elle dissimuleroit ce que le clergé et les particulliers de ce royaulme voudroient fère en cest endroict. Sur quoy, Sire, au premier sentiment que j'auray de chose aulcune qui puisse, tant soit peu, manifester leurs dictes dellibérations, je ne faudray de vous en donner incontinent advis, vous voulant cependant bien assurer que la dicte Dame n'a envoyé aulcun nouveau mandement à ses navyres, et qu'elle a faict surçoyr, pour quelque temps, l'emprunct des deux centz mille escus dont je vous avoys faict mencion.
Les choses, que le docteur fiscal de Bruxelles avoit à négocyer en ceste court, ne sont si facillement venues à conclusion comme il espéroit; et semble qu'elles vont en longueur. Néantmoins il se promect de fère que la mutuelle résidance des ambassadeurs sera accordée entre le Roy, son Mestre, et ceste princesse; par le moyen de quoy toutes les aultres difficultez seront bientost vuydées entre eulx; et il en est entré en plus d'espérance, depuis troys jours qu'il a eu à présenter à la dicte Dame une lettre, de la main de son dict Mestre, qui la remercye sans fin de l'honneste offre qu'elle luy avoit faicte de ses navyres et hommes contre le Turc; et y a adjouxté beaucoup de bonnes et expresses parolles d'amityé qui l'ont grandement contantée.
L'on a eu craincte, icy, de quelque altération vers le North, d'autant que d'Escosse l'on avoit transporté en la frontyère de deçà, ez mains de milord de Scrup, gardien d'icelle, une jeune hérityère, bien riche, contre le vouloyr du comte de Morthon, qui prétandoit d'en avoyr la garde noble, et de la maryer à quelqu'ung de ses parantz; mais la Royne d'Angleterre a mandé qu'on la luy rendît, dont cella n'a passé plus oultre.
Il se faict, icy, une grande recherche sur la Royne d'Escosse; et a l'on mis desjà cinq personnages de qualité dans la Tour, et examiné deux milords, et envoyé quérir troys serviteurs du comte de Cherosbery pour vériffyer par qui et commant ont esté conduictz les pacquetz et chiffres de la dicte Dame, et quelle négociation elle en a menée avec Guoaras; agent du Roy d'Espaigne. Je fay tout ce que je puis pour modérer cella, et ne discontinue poinct, pour toutes ces traverses, les gracieuses négociations; et de fère ordinayrement tenyr de petitz présentz et des lettres et aultres honnestes entretiens, de la part de la dicte Dame, à la Royne, sa cousine, laquelle ne les a encore rejettez; mais je crains fort que ses ennemys parviendront enfin à ce qu'ilz prétandent: de la fère oster des mains du comte de Cherosbery. En quoy je feray bien tout ce qu'il me sera possible pour les en garder.
L'on m'a dict que les ministres françoys, qui sont icy, ont receu freschement une forme d'articles que les depputez, qui sont à Paris, leur ont envoyé, avec les responces de Vostre Majesté; et qu'ilz disent qu'ilz ne voyent pas, par là, que les choses aillent ainsy clères et nettes, comme il seroit requis pour parvenir à une bonne paciffication. Sur ce, etc. Ce XIIe jour de may 1575.
CCCCLe DÉPESCHE
--du XVIIIe jour de may 1575.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Chevalyer._)
Résistance d'Élisabeth aux sollicitations des protestans de l'Allemagne et de la Suisse.--Négociation des Pays-Bas.--Poursuites à raison des lettres adressées à Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse.
AU ROY.
Sire, il a esté, à ce coup, bien difficile de résister à l'effort qu'avec les dépesches d'Allemaigne et de Basle, et l'instante sollicitation d'aulcuns, qui sont icy, l'on a faict à ceste princesse, pour la cuyder tirer au contrayre party de voz présentz affères; et me suys trouvé assez empesché comme y remédier, parce que je n'avoys de quoy luy aller ouvrir aulcun propos, qui vînt de vostre part, pour m'achemyner à ceulx qu'il y failloit oposer. Néantmoins il a pleu à Dieu ne me deffaillyr en cest endroict par la bonne inclination que la dicte Dame a de vous garder la paix, et de ne rompre d'amityé avecques vous. J'entendz qu'elle a pryé aulcuns de ses plus expéciaulx conseillers d'adviser des expédientz honnestes comme la descharger elle, et se descharger à eulx, de ces tant grandes importunitez; et que, en quelle sorte que les choses puissent aller pour ceulx qui recherchent de la faveur et du secours de son royaulme, elle ne vouloit estre meslée avec eulx en rien qui luy peût susciter de l'altération avec Vostre Majesté ny avec le Roy d'Espaigne, jusques à ce qu'elle vît mieulx comme, l'ung et l'autre, vous déporteriez vers elle. Sur cella, l'on n'a pas ozé la presser davantage de l'armement de ses navyres, lesquelz demeurent en ung demy appareil; et si, s'est contantée, quand à l'emprunt de deux centz mil escuz, que ceulx de Londres luy en ayent presté contant, pour ung an, soixante six mille, affin de les employer en sa guerre d'Irlande.
Les négociations de Flandres ne s'advancent guyères, parce que le docteur de Bruxelles est ung peu malade; et ceulx cy ne veulent procéder à la publication contre les fuitifz des Pays Bas que le plus tard qu'ilz pourront. Néantmoins aulcuns des principaulx de ceste court monstrent de prendre bien à cueur que les choses demeurent imparfaictes avec le Roy d'Espaigne.