Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 31

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Elle m'a réplicqué que cella seroit ung argument, ou que vous seriez malcontante, ou que ne vous souciez pas beaucoup qu'elle le fût, et qu'elle se trouvoit bien empeschée que vous debvoir mander sur ce que le Roy luy faysoit dire, si je ne luy disoys aussy quelque chose de vostre part; et m'a, de rechef, fort conjuré que je ne luy voulusse rien dissimuler de ce que m'en escripviez.

J'ay tiré lors vostre lettre de ma pochète, et, après avoyr pryé la dicte Dame, si, d'avanture, elle y trouvoit quelque marque de vostre courroux, qu'elle voulût considérer que c'estoit l'offance que milord de North vous avoit trop indiscrètement faicte, et celle que depuis, elle mesmes, pour y avoyr trop tost creu, y avoit adjouxtée, qui vous avoient touché le cueur de deux justes dolleurs, desquelles vous demandiez avec rayson d'estre maintenant satisfaicte; dont failloit qu'elle prînt de bonne part tout ce qu'elle y verroit. Et la luy ayant ainsy tout franchement présentée, elle l'a incontinent et bien fort curieusement toute leue jusques à la fin, ensemble l'addition qui estoit au bas. Puis m'a dict qu'elle n'y trouvoit rien qui ne fût en termes très honnorables, et desquels elle ne vouloit fallir de vous en rendre le plus exprès grand mercys qu'elle pouvoit, et qu'elle voyoit bien que la lettre du Roy et la vostre non seulement luy rendoient ung très certain tesmoignage de la grande sincérité de toutz deux vers elle, mais encores du grand soing que l'ung et l'aultre aviez qu'elle demeurât bien esclarcye de tout ce qui y pourroit fère survenir du doubte; et qu'elle ne se souvenoit pas bien si milord de North, en luy faysant le compte du feu Roy Henry, son père, luy avoit aussy parlé du feu grand Roy Françoys, mais que ce n'estoit pas aulmoins à elle, à qui il avoit mal interprété le faict des deux neynes, car ne luy eût layssé passer, ayant entendu qu'elles estoient fort jolyes et bien fort proprement habillées, et qu'elle eût desiré de les pouvoir voyr, et seroit chose qu'elle accepteroit, de bon cueur, s'il vous playsoit luy en fère présant d'une;

Et que, de l'article de Mr de Guyse elle avoit ouy dire jusques aujourdhuy que la coustume de France en estoit aultre, mais, comment que ce fût, si je n'avoys sur ce qu'elle m'avoit dict icy, ny son ambassadeur sur ce qu'elle luy avoit escript par dellà, bien représanté au Roy, et à Vostre Majesté, l'obligation qu'elle recognoissoit vous avoyr à toutz deux, pour la faveur et bon traictement qu'avez faict au dict de North, que de nouveau elle vous en remercyoit le plus grandement et du meilleur cueur qu'il luy estoit possible; et que, de toute la faulte qui pouvoit estre advenue, depuis son retour, elle s'en prendroit, ainsy qu'elle debvoit, entyèrement à luy; et que, pour vostre satisfaction, elle vous prioit, Madame, de demeurer très fermement persuadée qu'elle n'avoit entendu ny entendoit avoyr dict, sinon qu'elle ne pouvoit estimer que fussiez si mal honnorable princesse que d'avoyr voulu mal honnorablement parler d'ung si honnorable prince comme estoit le feu Roy, son père; et que c'estoit le moins qu'elle avoit peu ny deu dire, pour l'honneur de son dict père, à celle qu'elle honnoroit comme sa mère, et de laquelle elle desiroit estre plus singullièrement aymée et bien volue que de princesse de tout le monde.

Et m'ayant fort prié de mesnager ainsy ce propos qu'il n'en peût rester rien d'offance en vostre cueur, comme il n'en restoit ung seul brin dans le sien, et après m'avoyr encores quelque temps entretenu d'aulcunes aultres choses, dont le Sr de Vassal vous rendra compte, elle m'a fort gracieusement licencyé. Et semble bien, Madame, que la grande expression, dont elle m'a uzé sur la déclaration du propos qu'elle avoit tenu de Vostre Majesté, monstre assés qu'elle ne se veut aulcunement despartyr, si elle peut, de celle privée amityé et honneste entretien dont avez de loing uzé l'une avec l'aultre. Et sur ce, etc.

Ce XXVIIIe jour de febvrier 1575.

CCCCXXXVIIe DÉPESCHE

--du VIIe jour de mars 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Audience.--Excuse pour le retard apporté à la communication du mariage du roi.--Méfiance inspirée à Élisabeth par l'alliance du roi à la maison de Lorraine.--Desir qu'elle témoigne de recourir à des alliances hostiles à la France.--Remontrances de l'ambassadeur.--Assurance que le roi veut renouveler solennellement le traité de la ligue.--Plaintes à l'occasion de réjouissances faites à Londres par les réfugiés pour célébrer une victoire remportée par le maréchal de Danville.

AU ROY.

Sire, affin que la Royne d'Angleterre ne peût penser que ne luy eussiez voulu communicquer le propos de vostre mariage, sinon après l'évènement, je luy ay dict que ce n'estoit nullement par vostre coulpe, ny de la Royne, vostre mère, mais par la négligence des courriers, qu'elle recepvoit maintenant beaucoup plus tard ceste nouvelle que Voz Très Chrestiennes Majestez ne l'eussent voulu, et qu'il n'estoit raysonnable qu'on la luy deût tant différer. De quoy elle ne vous en debvoit rien imputer, car n'aviez plus tost esté vaincu des sages persuasions et remonstrances de la Royne, vostre mère, à vous debvoir maryer, affin d'avoyr bientost lignée; et aulmoins n'aviez vous prins plus tost la résolution de le fère qu'incontinent, et devant le mander à nul aultre prince de la Chrestienté, Vostre Majesté m'avoit escript, estant encores en chemin, sur le retour d'Avignon, et deux journées devant qu'arriver à Reims, que je ne faillisse de le notiffier à la dicte Dame; et que, pour la grande et très bonne opinyon que vous aviez de la fille aynée de Mr de Vaudémont, de la mayson de Lorrayne, princesse en toutes sortes bien née et de très illustre extraction, appartenant aulx plus grands princes de la Chrestienté, vous aviez bien voulu tant defférer à vostre propre jugement et à celluy de la Royne, vostre mère, qui l'aviez, l'ung et l'aultre, assez souvant veue et aviez soigneusement, et à loysir, considéré la personne et les belles et excellantes qualitez que Dieu avoit mis en elle, que de la préférer à toute aultre grandeur de party. De quoy vous espériez que la dicte Royne d'Angleterre, pour le debvoir de sa bonne et sincère amityé vers vous, prendroit en elle mesmes ung double plésir de ce bien heureux mariage: premièrement, pour le contantement que vous vous en promettiez; et puis, pour les successeurs qu'elle vous verroit bientost naystre, qui, de père en filz, et d'ayeul en petit filz, continueroient de luy estre, à elle, bons alliez et parantz, et tousjours très bons confédérés de sa couronne.

A quoy la dicte Dame m'a soubdain respondu qu'il y avoit desjà plusieurs jours qu'elle avoit eu, et, possible, plus tost que moy, quelque sentiment de ce propos, sur lequel l'on luy avoit donné de bien diverses interprétations, dont les aulcunes estoient bien fort subtilles, de l'occasion qui avoit meu la Royne, vostre mère, de se pourchasser une telle belle fille; et les aultres estoient des dellibérations que, en faveur de la Royne Très Chrestienne à présent vostre femme, vous entreprendriez d'exécuter ez isles de deçà, pour la restitution de la Royne d'Escosse, sa parante; et que néantmoins, tout ainsy qu'elle ne debvoit nullement, aussy ne vouloit elle parler sinon bien fort honnorablement de l'élection qu'il vous avoit pleu fère en cella, et la louer et approuver de tout son pouvoir, et vous remercyer infinyement, comme elle faisoit, de la communicquation que luy en aviez faicte; et que, pour le regard des deux poinctz que je luy avoys touché, de vostre contantement et de la postérité qu'espériez bientost de ce mariage, que nul, soubz le ciel, en sentoit plus de playsir qu'elle, ny nul vous y souhaytoit plus de faveur et de bénédiction de Dieu, ny nul d'entre toutz voz alliez s'en conjouyroit jamays plus cordiallement, qu'elle faysoit, avec Vostre Majesté; bien me vouloit dire tout franchement, et sans dissimulation aulcune, qu'encor que toutes les plus excellantes et plus desirables perfections, qui se puissent souhayter en une grande Royne, soyent entièrement, et, possible, plus habondamment en la Royne Très Chrestienne qu'en nulle aultre princesse qui vive aujourdhuy au monde, sellon que vous ne l'eussiez aultrement choysie, si desireroit elle, de bon cueur, que vostre élection eust esté d'une aultre mayson, à elle moins ennemye que celle de Lorrayne, et non tant prochayne parante comme elle est de Messieurs de Guyse, lesquels avoient tousjours faict expresse profession de vous pousser, et les feux Roys, voz prédécesseurs, à la guerre contre elle et contre son royaulme; et que aulcuns personnages de bon sens luy avoyent, par de bien sages et bien vraysemblables considérations, évidemment monstré que ce mariage luy debvoit estre à elle très suspect, comme estant ung article du testament de feu Mr le cardinal de Lorrayne, où il ne l'avoit nullement nommée pour l'ung de ses exécuteurs; et qu'ilz la conseilloient que, tout ainsy que vous aviez faict ceste alliance, sans aulcun esgard à elle ny à son estat, qu'ainsy en pouvoit et debvoit elle fère maintenant, sans aulcun respect ny à vous ny au vostre.

A quoy je luy ay réplicqué que je l'estimois princesse de trop bon jugement pour croyre que nulle autre considération au monde vous eût meu, en cest endroict, que la seule persuasion de la Royne, vostre mère, et le beau et très desirable object de la Royne, vostre femme; et que, de tant plus debvoit elle trouver bon ce party que, en le prenant, vous vous estiez si bien senty et appuyé de l'amityé qu'elle vous avoit promise, que vous n'aviez tant regardé à une alliance forte et puissante comme à la fère très honneste et très honnorable; et que, auparavant aussy bien qu'à ceste heure, les troys maysons, de Lorrayne, de Vaudémont et de Guyse, estoient entièrement à vostre dévotion, dont n'estoit depuis advenu chose aulcune de nouveau, d'où elle se deût donner aulcun souspeçon; et qu'il avoit pleu à Dieu joindre, de longtemps, de si bonnes et naturelles forces à vostre couronne que vous n'aviez poinct besoing d'en aller mendier d'autres par vostre mariage; et ne pensois fère tort à nulle aultre grandeur de dire cella de la vostre, que tousjours les Roys de France avoient plus esté appuy et reffuge aulx aultres princes de la Chrestienté qu'ilz ne s'estoient appuyez ny fortiffiez d'eux; et quand à fère, elle, de son costé, sans aulcun respect de Vostre Majesté, quelque aultre alliance pour elle, que, si c'estoit par mariage, vous le luy desireriez tousjours très honnorable et plein de très heureux contantement, mais si c'estoit par ligue ou confédération, que j'espéroys que bientost vous envoyeriez renouveller et confirmer si estroictement celle que vous aviez avec elle, que je m'assurois qu'elle ne voudroit, comme elle ne sçauroit aussy, jamays en desirer de meilleure; et que j'ozois jurer que ceulx, qui avoient ainsy interprêté vostre mariage pour dangereux à elle et à ses affères, n'estoient non plus vrays et purs angloix qu'ilz se monstroient très maulvays françoys.

Elle m'a respondu que voyrement estoient ce des partisans espaignols, qui avoient parlé à elle là dessus, lesquelz ne jugeoient ce qui estoit advenu de vostre mariage estre moins suspect au Roy d'Espaigne qu'ilz le remonstroient très suspect à elle; en quoy, possible, ilz passoyent vers toutz deux trop plus avant qu'ilz ne debvoient; et qu'elle, pour son regard, se reposeroit, pour ceste heure, sur ce que je luy venois de dire de vostre part, attandant que Vostre Majesté accomplyst par euvre ce que je luy avoys déduict de parolle.

Et m'estant là dessus plainct à elle des démonstrations et conjouyssances publicques que les ministres de l'églyse françoyse de Londres avoyent ozé fère d'une victoyre qu'ilz ont publyé que Mr Dampville avoit gaignée en Languedoc, où il avoit deffaict toutes les forces de pied et cheval que Vostre Majesté avoit au dict pays, et tué le général et emmeyné l'artillerye, elle m'a dict que c'estoit chose dont ilz ne luy avoient pas demandé congé de la fère, et qu'elle ne la trouvoit nullement bonne; et que, puisque je m'en pleignoys, elle leur en feroit fère une si bonne réprimande que, s'ilz ne se monstroient, dorsenavant, plus modérez, elle les chasseroit de son royaulme.

Et ayant ainsy layssé la dicte Dame bien contante, je me suys pour ceste foys retiré. Et sur ce, etc.

Ce VIIe jour de mars 1575.

CCCCXXXVIIIe DÉPESCHE

--du XIe jour de mars 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)

Désignation de Mr de La Châtre pour passer en Angleterre, afin de renouveler le traité d'alliance.--Refus du commandeur de Castille d'accepter le secours proposé par Élisabeth au roi d'Espagne contre les Turcs; demande que ce secours soit employé pour la guerre de Hollande.--Dispositions d'Élisabeth à l'égard de Marie Stuart.

AU ROY.

Sire, j'espère que la venue de Mr de La Chastre confirmera grandement ceste princesse vers Vostre Majesté, et la gardera d'obtempérer en beaucoup de choses aulx tant instantes persuasions et vifves poursuytes que luy renouvellent, à toute heure, ceulx qui s'efforcent de la bander contre voz affères. Je luy ay desjà bien fort loué ceste vostre élection comme très digne, et en toutes sortes très bien faicte, sans rien obmettre des honnestes et bien fort bonne qualitez de luy, qui espère qu'elle le recepvra avec toute faveur; et je mettray encores peyne que, d'elle et des siens, sa légation soit la plus honnorée, et qu'il en reviegne le plus d'utillité pour vostre service qu'il me sera possible. Cella est bien à propos qu'il sera icy plus tost que le conseiller de Flandres ny Me Wilson y arryvent, lesquelz, à ce que j'entendz, apportent beaucoup d'ouvertures pour remettre les anciennes entrecours et toutes aultres choses d'entre ces deux pays en plus estroicte intelligence que jamays.

Je ne sçay toutefoys à quel prétexte ceulx cy pourront, à ceste heure, poursuyvre davantage leur armement et appareil de mer, veu que le commandeur de Castille a renvoyé le cappitayne, qui luy en estoit allé apporter l'offre, avec une responce laquelle ne satisfaict ceste princesse et encores moins ceulx de son conseil: car, en la remercyant de sa bonne volonté et de la bonne et prompte disposition de ses subjectz vers le Roy, son Mestre, et la priant et eulx d'y vouloir persévérer, il s'excuse que, de tant que l'offre est faicte pour la mer du Levant contre le Turc, où il n'a nulle charge, qu'il ne la peut accepter, mais qu'il la fera entendre au dict Roy, son Mestre, le plus tot qu'il luy sera possible, en quoy y pourra avoyr de la longueur, à cause que les chemins sont, à présent, interrompus en France; mais que, si c'estoit pour servir en la guerre des Pays Bas contre le prince d'Orange, qu'il l'accepteroit incontinent, et appoincteroit très bien les cappitaynes et soldatz et marinyers et vaysseaulx angloix, qui viendroient à ceste entreprinse, laquelle seroit trop plus agréable au Roy, son Mestre, et non moins honnorable et utille à la dicte Dame et aulx siens que si c'estoit contre le Turc. Sur laquelle responce j'entendz qu'elle et ceulx de son dict conseil se trouvent fort empeschez quelle dellibération y prendre; et néantmoins leur appareil va tousjours en avant.

Les deniers qui ont demeuré quelque temps ainsy dépositez, comme je vous ay mandé, devers ung marchand de ceste ville ont esté, depuis deux jours, apportez chez le grand trézoryer, montantz trente mille escus, en angelotz; je ne sçay encores quel chemin ilz prendront. J'entendz qu'on prépare une dépesche, icy, pour renvoyer Me Quillegreu en Escosse, et qu'il y doibt apporter ung duplicata de celle que les ministres ont esté plusieurs foys assemblez pour la dresser, de laquelle ne se peult encores avoyr aulcune notice quelz chapitres elle contient.

J'ay eu ces jours passez à présenter à ceste princesse, de la part de la Royne d'Escosse, sa cousine, nonobstant la jalouzie que, sur vostre mariage, elle a nouvellement reprins d'elle, troys petites coyfures de nuict, ouvrées de sa main, avec une lettre fort gracieuse et aulcuns propos qu'elle m'a escript, à part, pour luy dire; qui n'a esté sans qu'il y ayt eu de la difficulté et de la contradiction beaucoup, car, après m'avoyr ouy et avoyr uzé de quelque excuse tout haut de ne les pouvoir accepter, elle m'a dict que je seroys trop esbahy, si je sçavoys ce qu'on avoit composé sur les aultres petitz présantz qu'elle avoit desjà receus d'elle par mes mains, et sur ce qu'elle avoit dellibéré de luy en envoyer ung de sa part, comme si desjà la Royne d'Escosse avoit tiré promesse d'elle qu'elle entreprendroit de la restituer par force, et qu'elles en baillassent ainsy de mutuels gages l'une de l'aultre; de quoy, encor qu'il n'en soit rien, l'on n'avoit layssé de luy en escripre des lettres bien expresses d'Escosse et qu'elle estoit en peyne comme en debvoir uzer.

Je luy ay réplicqué que ceulx qui luy escripvoient ainsy sellon leur naturel barbare et meschant, ne sçavoient considérer qu'elle estoit bonne et vertueuse et d'ung cueur si généreulx et royal qu'elle ne pouvoit avoyr à mespris une aultre Royne et princesse, sa parante, en quelle fortune qu'elle se trouvât, ny dédaigner les petitz ouvrages qu'elle luy avoit faictz de sa main, vrays tesmoings de sa sincère affection vers elle, qui n'en pouvoit estre offert de nulles meilleures mains qu'ilz partoient ny receus de meilleures qu'ilz alloient; et que les détracteurs de cella méritoyent tout le mal qu'ilz creignoient leur en advenir et beaucoup davantage, sellon leurs démérites.

A quoy elle m'a dict que, véritablement, ilz parloient sellon eulx, mais qu'elle ne lairroit de fère sellon elle, et qu'elle acceptoit doncques son présent; mais me prioit de ramantevoyr à la Royne d'Escosse qu'elle avoit quelques ans plus qu'elle, et que celles qui advancoient en l'âge, volontiers prenoient à deux mains, et ne donnoient que d'ung doigt. Et ainsy je l'ay layssée assés bien disposée vers sa cousine. Et sur ce, etc.

Ce XIe jour de mars 1575.

CCCCXXXIXe DÉPESCHE

--du XIIIe jour de mars 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon._)

Navires envoyés d'Angleterre pour recevoir Mr de La Châtre.--Méfiances inspirées à la reine contre sa légation.--Rapprochement entre Élisabeth et le roi d'Espagne.--Continuation des armemens.--Nouvelles d'Écosse.

AU ROY.

Sire, j'ay reçeu, le XIIe de ce moys, environ les quatre heures après midy, la dépesche de Vostre Majesté du XXVIIe du passé et celle du IIe d'estui cy, toutes deux, à la foys; et incontinent j'ay envoyé demander en ceste court ung des navyres de guerre de la Royne d'Angleterre pour aller prendre Mr de La Chastre à Bouloigne, affin de le passer plus seurement, et qu'il ne prînt mal sur la mer en venant par deçà. Dont l'on m'a libérallement accordé d'y envoyer deux vaysseaulx passagers de Douvre, les mieulx équippez, sellon le temps et la haste, que fère se pourra: de quoy je fay présentement un mot de lettre au dict Sr de La Chastre affin qu'il temporise ung peu au dict lieu de Bouloigne, attandant les deux vayssaulx, sans se commettre à la discrétion de tant de pirates qui se tiennent ordinayrement en ce destroict. Et sur ce, je vous diray, Sire, qu'il n'a esté plus tost sceu, icy, que Vostre Majesté y dépeschoyt Mr de La Chastre qu'incontinent ceulx qui se veulent formaliser contre voz affères n'aient couru à la court, pour réfroydir ceste princesse et ceulx de son conseil de la bonne réception qu'ilz préparoyent de luy fère; et m'a l'on adverty qu'on y a faict de très maulvays offices contre luy, et qu'on n'a bien parlé de luy. Je remédieray à cella, le mieulx qu'il me sera possible, et, pour le moins, je m'efforceray d'honnorer, autant que je pourray, et luy et la commission, qu'il porte, de Vostre Majesté, et de fère qu'il vous rapporte le plus de satisfaction qui se pourra tirer, de la dicte Dame et des siens, sur les choses qu'il aura à leur dire et proposer de vostre part.

Il est certain que le conseiller de Bruxelles vient en la compagnye de Me Wilson, et dict on que c'est pour résider, à bon escient, ambassadeur, icy, pour le Roy d'Espaigne; ce qu'estant recherché de luy, avec la soubmission qu'il promet de fère prester par les bannys angloix à la dicte Dame, elle se laysse tirer assés de son costé, et s'esloigne d'autant du vostre; et mesmes qu'on luy faict, ainsy que j'en suys bien adverty, avoyr non moins suspect vostre mariage que s'il estoit directement contre tout ce qu'elle pouvoit espérer de paix et d'amityé de Vostre Majesté. L'on ne poursuyt plus, soubz celle colleur de donner secours au dict Roy d'Espaigne contre le Turc, cest armement qu'on avoit commancé, icy, depuis que le grand commandeur a mandé sa response, mais l'on le continue avec aultre tiltre, d'entreprendre un voïage au Cathay, ce qui ne m'est moins suspect que le précédant; dont j'y auray l'œil le plus ouvert qu'il me sera possible.

Me Quillegreu est desjà tout prest pour aller en Escosse avec une dépesche de ce conseil, et bonne somme de deniers qu'il emporte avecques luy. Je ne puis encores descouvrir à quel effect ce peut estre. Il y apporte aussy une de ces quatre dépesches, que je vous ay desjà escript que les ministres ont avec grande curiosité et dilligence dressées: et me tarde beaucoup que le gentilhomme, qu'avez ordonné pour aller résider ambassadeur par dellà, y soit arryvé; car aultrement je crains bien fort qu'il ne s'y face quelque préjudice à l'ancienne alliance qu'avez avec la couronne d'Escosse. Et sur ce, etc.

Ce XIVe jour de mars 1575.

CCCCXLe DÉPESCHE

--du XXe jour de mars 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Efforts de l'ambassadeur pour dissiper les méfiances de la reine d'Angleterre.--Délibération des seigneurs du conseil sur les affaires d'Irlande.

AU ROY.

Sire, j'ay pourveu le mieulx qu'il m'a esté possible à ce que le réfroydissement, où l'on avoit voulu mettre ceste princesse et ceulx de son conseil vers la venue de Mr de La Chastre, n'ayt poinct duré, et m'a l'on desjà promis que le dict sieur sera bien et favorablement receu. Je l'attandz à demain ou après demain, car il y a desjà six jours que je luy ay redépesché son homme, avec l'ordonnance de prendre deux vaysseaulx équippez en guerre à Douvre pour son passage; mais, de tant plus qu'on le sent approcher, plus l'on s'efforce de presser, en ceste court, les instances et sollicitations qui peuvent estre contrayres à sa légation, et ne puis encores bien juger ce qui en réuscyra.