Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 30

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Sire, les propos d'entre la Royne d'Angleterre et moy, desquelz j'ay donné compte à Vostre Majesté par ma dépesche du IIIIe du présent, ont esté de quelque moment à quiéter ung peu l'esprit de la dicte Dame contre la violence des malcontantz et passionnez qui s'efforçoient de l'agiter infinyement et de l'irriter contre vous: car, depuis ce temps, elle a tousjours montré qu'elle avoit reprins nouvelle confiance de vostre amityé, et qu'elle vouloit qu'il demeurât en elle d'incliner ou de n'incliner pas à leurs instances, jusques à ce qu'elle vît plus avant comme vous procèderiez vers elle. De quoy ceulx de son conseil ont esté fort esbahys, et aulcuns d'eux bien malcontantz; mais le comte de Lestre, qui monstre d'en avoyr plaisir, m'a dict que ce ne m'estoit chose fort difficile en l'endroit de la dicte Dame, laquelle avoit bonne opinyon de moy et croyoit que je ne négocyois nullement faulx avec elle, de luy persuader ce qu'elle desiroit le plus en ce monde: qui estoit de se réputer aymée et bien volue de Voz Majestez Très Chrestiennes; et que, par les mesmes raysons qu'elle avoit apprinses en cella de moy, elle s'estoit efforcée de vaincre celles que son propre conseil luy avoit admenées au contrayre, et de surmonter les argumentz desquels les princes d'Allemaigne s'estoient efforcez de luy dessiller les yeulx sur les dangereuses dellibérations qu'ilz disoient estre de longtemps faictes, et se fère encores de présent, contre elle, en France, pour les exécuter, aussytost que Vostre Majesté aura ung peu desmellé ses affères; et qu'ilz luy reprochoyent que non seulement elle procédoit avec peu d'advis, mais avec quelque forme d'injustice contre le bien de sa couronne, de ne se prévaloyr du temps et de l'occasion, et des advantages, que Dieu luy offroit, qui estoient si évidentz que, quand Vous, Sire, seriez beaucoup plus fort, et elle moins puissante, que l'ung et l'autre n'estes, qu'encor vous pourroit elle maintenant assez nuyre; et que, voyant le dict comte que, nonobstant cella, elle se rendoit de plus en plus confidente et toute assurée de vostre amityé, qu'il vous supplioyt que volussiés adjouxter aulx bonnes parolles et promesses, que luy faisiez donner, quelques bons effectz, qui fussent semblables, affin que, par iceulx, luy et ceulx qui luy adhéroyent, en la dévotion et servitude qu'il vous porte, peussent confirmer la dicte Dame en sa bonne opinyon, et rabatre à aulcuns d'auprès d'elle celle qu'ilz avoient au contrayre;

Et que, pour le présent, il me vouloit ramantevoyr ce qu'elle mesmes m'avoit dict du faict de Me Warcop, gentilhomme singullièrement aymé et bien voulu d'elle, que, suyvant la promesse qu'en aviez faicte à milord de North, et l'ordonnance que le dict Warcop a devers luy, signée de vostre main, dez qu'estiez devant la Rochelle, il vous plaise luy fère avoyr rayson de ce navyre de bled qui luy fut lors prins pour avitayller vostre camp; chose, Sire, qui, à la vérité, m'a esté aultant expressément recommandée de la dicte Dame que nulle aultre, depuis que je suis en ceste charge; et que je debvois considérer que ceulx qui luy remettoyent en avant l'intelligence du Roy d'Espaigne, pour la réfroidir de la vostre, avoient de quoy luy représanter, toutz les jours, quelque nouvelle gratiffication du grand commandeur de Castille vers elle et ses subjectz; et qu'il vous supplioyt aussy, Sire, la fère esclarcyr d'ung advis qu'on luy avoit donné qu'il y avoit mandement de Vostre Majesté, en Bretaigne, de fère tenir des navyres prestz pour trajetter bientost des forces en Escosse; et, au reste, que ne prolongissiez plus de l'envoyer visiter, car l'on en arguoyt desjà une fort froide et mal fondée amityé de vostre part.

Sur lesquelles choses j'ay mis peyne de rendre le dict comte bien édiffyé, et de le remplyr de toute bonne espérance de Vostre Majesté, s'estant nostre propos terminé par une fort expécialle recommandation, que je luy ay faicte, des affères de la Royne d'Escosse; en quoy je ne l'ay trouvé mal disposé. Et si, ay cognu qu'il n'y a pour le présent, en cest courte, rien de mal ordonné contre elle.

Or, ayant ainsy ramené la Royne d'Angleterre à meilleure disposition vers Vostre Majesté, et pareillement le dict comte, qui le lendemain est allé, pour dix jours, en sa maison de Quilingourt; et ayant, possible, par là, avec la nouvelle de la reddition de Lusignan, accroché les meilleures et les plus procheynes espérances de ceulx qui sont icy poursuyvantz, ilz se sont advisé de publier aussitost, affin de ralumer le cueur à la dicte Dame et à ceulx de son conseil, qu'on avoit descouvert que les propos de paix, du costé de Vostre Majesté, estoient simulez et pleins de fraude, et que Mr le Prince de Condé armoit à furie pour entrer bientost en France avec douze mille chevaulx, et qu'après troys assautz soubstenus par ceulx de Livron, Vostre Majesté en avoit faict lever le siège pour admener toutes ses forces par deçà, et que deux cornettes de voz reytres s'estoient tournées du costé des eslevez: auxquelles choses, lesquelles j'estime pour la pluspart controuvées, je mettray peyne, par la première dépesche qui me viendra de Vostre Majesté, d'y oposer la vérité que m'en manderez.

Il est naguyères arryvé ung courrier d'Escosse, par lequel le comte de Morthon a envoyé certayne déposition, qu'il a tiré d'ung des gens de Mr de Glasgo et d'ung autre de Mr de Roz, avec les chiffres qu'il leur a surprins; et l'on a mis, icy, ung jeune homme, qui est réputé serviteur secret de la Royne d'Escosse, dans la Tour de Londres, pour le contraindre de les déchiffrer. Je ne sçay encores ce qui en résultera. Sur ce, etc.

Ce Xe jour de febvrier 1575.

CCCCXXXIVe DÉPESCHE

--du XVIIe jour de febvrier 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._)

Annonce d'audience.--Instances des protestans d'Allemagne auprès d'Élisabeth.--Continuation des armemens.--Explications transmises à l'ambassadcur sur les propos rapportés par lord de North.

AU ROY.

Sire, demain, Dieu aydant, je verray la Royne d'Angleterre, à Richemont, pour luy fère bien entendre les particullaritez de l'honneste responce que Vostre Majesté, par la dépesche du XXIIIIe du passé, m'a commandé de luy fère, touchant les fascheux rapportz de milord de North, qui pense bien qu'elle jugera que les choses n'eussent peu passer plus dignement de vostre costé, ny avec plus d'honneur pour elle, ainsy que la sage déduction et bien ordonnée de vostre lettre luy en manifestera la vraye vérité; et le tout y est si bien et si proprement comprins, que je n'auray à y rien adjouxter du mien, sinon que, possible, je y mette quelque mot, non pour plus grande satisfaction de la dicte Dame, mais pour en tirer encores quelqu'une d'elle pour Voz Très Chrestiennes Majestez. Et après que j'auray bien recueilly ce qu'elle m'aura dict là dessus et sur le propos que je luy tiendray davantage de voz présentz affères, je vous en feray, par mes premières, ung plus ample récit; ayant à vous dire cependant, Sire, que, du costé d'Allemaigne, et de la part des eslevez de vostre royaulme, se poursuyt, icy, avec plus vifve instance que jamays, une prompte provision pour continuer et maintenir la guerre. Et je sentz bien qu'on leur faict, peu à peu, filer les responces, sans leur accorder ny leur refuser aussy ce qu'ilz demandent, mais l'on les entretient en bonne espérance, et mesmes l'on leur propose comme présant, et qui se trouvera bien prest au besoing, la pluspart de ce qu'ilz pourchassent, attandant de voyr comme procèdera le propos de paix, après que les depputez auront esté, de rechef, devers Vostre Majesté, et ce qui résultera de la venue du gentilhomme qu'envoyerés pour visiter la dicte Dame. Cepandant ce que je vous ay cy devant mandé, de l'armement de deçà, se poursuyt tousjours avec la description des hommes; et a l'on faict venir aulcuns cappitaynes, qui estoient en Irlande, pour dresser, icy, des compagnyes affin d'aller en ceste expédition, n'y ayant, à présent, au dict pays d'Irlande, depuis la réduction du comte d'Esmont, guyères de contradiction à l'obéyssance de ceste princesse; et mesmes que ung Artus Maurice, qu'on avoit suspect, a esté naguyères resserré, et luy faict on son procès.

Mr de Méru est encores icy, qui va quelquefoys en ceste court, et les ministres traictent ordinayrement avecques luy et il se tient prest pour retourner bientost en Allemaigne; mesmes il fût party plus d'ung moys a, sans quelque advertissement qui luy vint de France, sur le poinct de son partement, et aussy qu'il semble qu'il attande la responce que ceste princesse va ainsy temporisant pour l'aller apporter luy mesmes à Mr le Prince de Condé.

J'entendz que, depuis cinq ou six jours, l'admiral d'Angleterre a envoyé des officiers de la marine visiter les grands navyres de la dicte Dame, comme pour commancer de les apprester pour ce printemps. J'auray l'œil à ce qui s'y fera. Et persévérantz ceulx, qui portent, icy, le party de Bourgoigne, au renouvellement de l'amityé de ceste princesse avec le Roy d'Espaigne, ilz sont fort après à pourchasser que nouveaulx ambassadeurs soient envoyez pour résider près de l'ung et de l'aultre prince. Sur ce, etc.

Ce XVIIe jour de febvrier 1575.

A LA ROYNE.

Madame, je mettray peyne d'exprimer bien à la Royne d'Angleterre, et de ne luy obmettre ung tout seul poinct de ce que le Roy, vostre filz, et Vostre Majesté, par voz lettres du XXIIIIe du passé, me commandés de luy dire touchant les maulvais rapportz que milord de North luy a faitz à son retour de France; et j'espère que la vérité du faict luy fera avoyr regret de s'estre trop tost esmeue du mensonge, et qu'elle se prendra à son ambassadeur de l'erreur qu'il a commis en matyère de si grande conséquence et entre si grandes princesses, comme sont Voz Majestez. Et encores, Madame, que n'ayez jugé d'estre aulcunement expédient d'escripre à la dicte Dame de vostre main, affin de n'user d'interprétation ny d'excuse, là où il n'en est besoing, si ne laysse la satisfaction que luy donnez par les lettres qu'il vous a pleu m'addresser, d'estre si ample, qu'elle aura occasion d'en avoyr tout contantement; et je feray tout ce qu'il me sera possible qu'elle viegne aussy, de son costé, à vous satisfère de ce qu'elle n'a mieulx examiné le faict, plus tost que de s'en courroucer. Et sur ce, etc.

Ce XVIIe jour de febvrier 1575.

CCCCXXXVe DÉPESCHE

--du XXIe jour de febvrier 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Audience.--Satisfaction d'Élisabeth sur les explications qui lui ont été données au sujet des propos rapportés par lord de North.--Menées des protestans sur lesquelles l'ambassadeur attend de nouveaux renseignemens.--Affaires d'Écosse.--Nécessité d'envoyer promptement un agent français dans ce pays.--Nouvelle du sacre et du mariage du roi.

AU ROY.

Sire, j'ay apporté de la satisfaction beaucoup de vostre lettre, du XXIIIIe du passé, à la Royne d'Angleterre, et en ay aussy rapporté beaucoup d'elle pour Voz Très Chrestiennes Majestez, ainsy que ce qui s'est passé entre elle et moy vous le pourra tesmoigner par mes premières, ès quelles je vous en feray l'entier récit avec d'autres choses que j'ay ung peu esclarcyes, que je suis après à les recueillyr, sellon qu'il est expédiant qu'elles viennent à la notice de Vostre Majesté, affin que puissiez mieulx juger comme elles pourront, ou peu ou beaucoup, importer à vostre service. Et je feray cependant, comme j'ay faict tousjours, tout ce qu'il me sera possible pour traverser les affères de ceulx qui pourchassent, icy, les moyens de traverser les vostres. Et j'estime de les leur avoyr desjà beaucoup retardez; mais ilz y sentent je ne sçay quelle espérance (et je crains bien, si la paix ne succède, qu'elle ne leur sera vayne), qui les y faict instamment persévérer; dont les quatre ministres, qui sont préposez en ceste ville, pour le conseil d'estat de ceulx de la nouvelle religyon de France et de Flandres, ayant esté, par diverses foys, en ceste court, et conféré avec Mr de Walsingam et avec Me Randolphe et Me Quillegreu, et aultres de leur faction, sont, il y a six jours, depuis le matin jusques au soyr, tousjours après à dresser quatre grosses dépesches, qui sont, l'une pour France, l'autre pour Ollande, la troysiesme pour Allemaigne et la quatriesme, de quoy je suis fort esbahy, pour Escosse; et font tenir prestz des hommes d'affères et propres à négotier, pour les aller porter; lesquelz n'attandent plus, à ce que j'entendz, de partir, sinon que Mr de Méru, avec lequel les dictz ministres communicquent ordinayrement, ayt esté encores une foys devers ceste princesse, et soit de retour avec une plus entière responce qu'ilz n'ont eu encores d'elle; mais l'audience luy a esté desjà remise deux foys, et je ne sçay qu'est ce qu'il impètrera à la troysiesme.

Le filz ayné de milord de Sethon est venu trouver le comte de Lestre à Quilingourt avec des lettres de recommandation de son père, et d'aultres lettres bien fort favorables du comte de Morthon, et monstre qu'il veut suyvre quelque temps ceste court d'Angleterre; ce que je ne puis avoyr sinon beaucoup suspect, considéré mesmement que son père a tousjours esté tenu pour catholicque et très parcial serviteur de la Royne d'Escosse, sa Mestresse; dont faut dire qu'il y a quelque secrette praticque, qui se mène là dessoubs, depuis la mort du duc de Chastellerault, lequel est naguyères décédé, et que milord Glaude son filz se trouve à présent gendre du dict milord de Sethon. Ung messager qui avoit apporté de mes lettres aulx seigneurs de dellà est revenu sans me rapporter nulle responce par escript, mais il m'a dict, de bouche, ce que je réserve de vous mander bientost par ung des miens qui, de bouche aussy, le vous dira; car ilz me prient de ne le vous poinct escrire. Tant y a qu'il me tarde beaucoup de sçavoyr que le personnage qu'avez ordonné pour aller résider au dict pays y soit arryvé, car il pourra obvier à plusieurs inconvénientz que la longue absence de voz ambassadeurs y pourroit avoyr causez; estant, au reste, Sire, merveilleusement en peyne du bruict qu'on faict courir, icy, de vostre indisposition, laquelle ilz disent que vous a arresté en chemin et vous a retardé de venir à vostre sacre. Je fay bien dévote prière à Dieu qu'il en soit aultrement. Et sur ce, etc.

Ce XXIe jour de febvrier 1575.

Comme je fermoys la présente, l'on m'a adverty qu'ung courrier de Mr le docteur Dayl vient de passer vers Richemont, qui porte la nouvelle du sacre et couronnement, et du mariage de Vostre Majesté, de quoy je loue Dieu. Il y mesle je ne sçay quel rencontre en Languedoc, où Mr d'Uzez a heu du pire. J'espère qu'il ne sera ainsy.

A LA ROYNE.

Madame, les choses n'eussent peu passer avec plus de satisfaction de la Royne d'Angleterre, ny dont vous en eussiez peu tirer plus largement d'elle, sur la faute que milord de North avoit commise entre Voz deux Majestez, ainsy qu'elles ont esté conduictes par l'ordre que m'avez commandé d'y tenir. Qui espère, Madame, que Vostre Majesté aura plésir d'en entendre le discours, lequel, parce qu'il contient des diversitez qui sont assez considérables, et qui conviennent avec d'autres choses que je suis après à tirer d'aylleurs, je réserve de vous mander le tout ensemble par mes premières, avec ung des miens qui vous en récitera ce qui seroit ou malaysé ou trop long de le vous mander par escript. Et cepandant je vivray en peyne du bruict qu'on faict courir icy de l'indisposition du Roy jusques à ce qu'il plerra à Dieu m'en fère ouyr de meilleures nouvelles, et aussy de quelque différant qu'on publye estre advenu entre le Roy de Navarre et Mr de Guyse, jusques avoyr mis la main a l'espée l'ung contre l'aultre; mais j'espère que ces nouvelles seront semblables à plusieurs aultres, yssues de mesme bouticque, qui se sont trouvées faulces, ainsy que j'en prie Dieu de bon cueur. Et sur ce, etc.

Ce XXIe jour de febvrier 1575.

Ceste lettre estoit escripte et signée quand le courrier est passé qui porte l'heureuse nouvelle du sacre et couronnement et mariage du Roy, vostre filz, dont je loue Dieu de bon cueur.

CCCCXXXVIe DÉPESCHE

--du dernier jour de febvrier 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)

Détails de la précédente audience.--Déclaration du roi de la fausseté des propos rapportés par lord de North.--Satisfaction d'Élisabeth de cette déclaration.--Protestation de sa part qu'elle n'a voulu faire aucune offense à la reine.--Plainte d'Élisabeth du silence gardé par la reine-mère à ce sujet.--Communication de la lettre écrite par Catherine de Médicis à l'ambassadeur.--Explications données par Élisabeth.--Assurances qu'elle veut maintenir l'amitié avec la reine-mère et le roi.

AU ROY.

Sire, j'ay esté bénignement et fort bien ouy de la Royne d'Angleterre sur ce que je luy ay dict que jamays chose n'estoit tant venue hors l'opinyon, ny contre l'opinyon de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, que d'avoyr entendu que milord de North luy eût peu fère ung tout seul maulvais rapport de vous deux; car pensiez luy avoyr donné argument de luy en fère plusieurs bons de la droicte et cordialle amityé que luy portiez, et de ce que, plus que nuls aultres ses alliés, vous l'aviez, autant et possible plus en honneur et respect que nul aultre prince ny princesse de vostre alliance; et que cella vous avoit beaucoup troublez de voyr que voz bonnes euvres, voyre les meilleures et les plus pures et les plus courtoyses, dont vous estiez peu advizer vers son ambassadeur, pour honnorer la dicte Dame et honnorer la ligue et confédération qu'aviez avec elle, et la magniffyer devant tout le monde, avec, possible, la jalousye des aultres princes chrestiens, fussent non seulement tenues en peu de compte, mais eussent esté calompnyées et convertyes en une matière d'offance et de courroux; à quoy ne se pouvoit fère que n'eussiez beaucoup de regret, et que ne vous pleignissiez à elle d'elle mesmes, d'avoyr voulu recepvoyr une si male impression de vous, voyre de l'avoyr escoutée, ou mesme d'avoyr souffert qu'elle luy eût esté rapportée; car, encor que toutz deux vouliez librement confesser que vous mériteriez mille et mille indignitez contre vous, si vous aviez faicte ceste cy, dont est question, contre elle, ny contre la mémoyre du feu Roy, son père, si debvoit elle avoyr ainsy jugé de Voz Majestez, comme de princes qui n'estiez ny si mal honnorables, ny si mal nays, ny si imprudentz, que d'avoyr jamays commis une telle erreur que celle là, qui eût esté par trop grande; et que ne sçaviez comme penser de l'amityé qu'elle vous avoit promise, car vous trouveriez très mal appuyez si elle s'esmouvoit ainsy de si légers rapportz, et qu'il faudroit bien qu'allissiez chercher ailleurs d'autres amityez qui fussent mieulx fondées et mieulx qualiffyées que la sienne; bien avois je mis peyne, en vous tesmoignant son courroux, de vous mander, par mesmes moyen, comme elle s'estoit modérée, et comme, enfin, elle mesmes avoit parlé pour vous et pour la Royne, vostre mère, et avoit faict là dessus une très honneste déclaration, qui m'avoit rendu le plus satisfaict gentilhomme du monde, de quoy pareillement Voz Majestez avoient receu de la satisfaction, et pourtant m'aviez commandé de luy en donner à elle une très entière de laquelle j'espéroys qu'elle se contanteroit; et faudroit aussy qu'après qu'elle auroit cognu que trop tost elle s'estoit esmeue contre Voz Majestez, qu'elle s'efforçât de vous donner de sa part quelque contantement.

La dicte Dame, avec un peu de colleur qui luy est montée au visage, m'a soubdain respondu que ce que je venois de luy dire luy faisoit craindre que, possible, j'auroys adjouxté une nouvelle faulte à celle de milord de North, de vous avoyr représanté trop plus aigres les choses qu'elles n'estoient.

Je luy ay réplicqué que, si j'avoys erré, ce n'avoit esté que pour n'errer pas en une matière de si grande importance comme ceste cy, de ne laysser ulcérer son cueur de chose qui procédât de Voz Très Chrestiennes Majestez, ni pareillement les vostres de chose qui procédât d'elle, et qu'elle verroit, par le contenu de ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre, que je n'avoys, de mon costé, rien gasté. Et luy ayant là dessus faict lecture de vostre lettre, elle a curieusement noté les particullaritez, qui y estoient, de l'honneste faveur et des advantages qu'aviez faict au dict de North, plus qu'à l'ambassadeur du Roy Catholicque, ny à celluy de l'Empereur. Et après avoyr bien comprins le tout, elle m'a dict qu'elle seroit par trop marrye, s'il vous restoit aulcune male satisfaction de chose qu'elle eût dicte; et qu'elle vous suplyoit de considérer qu'elle n'avoit peu fère de moins, sur le rapport que son ambassadeur luy avoit faict, duquel ceulx de son conseil et de sa court estoient participans, que de m'avoyr privéement déclaré ce qu'elle en avoit sur le cueur, non qu'elle se fût dès lors formée nulle mauvayse impression de Voz Majestez, mais pour l'oster à ceulx qui la pouvoient avoyr, et aussy pour ne monstrer qu'elle ne prînt à cueur ce qui touchoit l'honneur et mémoyre du feu Roy, son père; et qu'à ceste heure elle sentoit en son cueur une singullière consolation de voyr, par l'évident tesmoignage de vostre lettre, que vostre intention et celle de la Royne, vostre mère, et voz actions vers elle estoient ainsy nettes et pleynes d'une vraye et droicte amityé comme elle le pouvoit desirer, et comme elle vous prioit bien de croyre que vous trouveriez les siennes vers vous toutes semblables, sans qu'il y eût jamays de manquement; et vous remercyoit, de tout son cueur, du soing qu'aviez eu de luy en mander ceste tant pleyne et entière satisfaction, sur laquelle elle desiroit que voulussiez demeurer ainsy bien persuadez d'elle, qu'il n'y avoit que l'extrême desir qu'elle a tousjours eu de se voyr bien aymée de toutz deux, et le regrect qu'elle avoit qu'elle ne le fût, qui l'avoient ainsy troublée et esmeue de ce fascheux rapport; et que néantmoins elle n'y avoit advancé ung mot ny entendu d'en dire ung autre qui peût tourner à vostre offance, car elle en seroit déplaysante jusques en l'âme, et qu'elle me promettoit bien qu'elle parleroit à bon escient à milord de North; m'ayant la dicte Dame, en toutes ses parolles et démonstrations, fort expressément monstré qu'elle ne vouloit entrer en aulcune mauvayse intelligence avec Voz Majestez Très Chrestiennes, si elle s'en pouvoit garder.

Dont je ne l'ay volue ny presser ny convaincre davantage de ce qui estoit advenu, et sommes passez à ce que Vostre Majesté trouvera déduict en la lettre que j'escriptz à la Royne. Et puis, je l'ay ainsy remercyé de l'offre qu'elle vous avoit faicte de s'employer à la paciffication de vostre royaulme, comme me le commandiez par le postscripta de vostre dernière lettre. Sur quoy elle m'a respondu ce que je vous supplye très humblement de vouloyr ouyr du Sr de Vassal, et vouloir bénignement entendre à la très humble requeste qu'il continuera de vous fère pour moy, à ce qu'il vous playse, et pour l'importance de vostre service, et pour mon indisposition et nécessité, accélérer le congé qu'il vous a desjà pleu m'octroyer. Et sur ce, etc.

Ce XXVIIIe jour de febvrier 1575.

A LA ROYNE.

Madame, après avoyr faict lecture à la Royne d'Angleterre de la lettre du Roy, vostre filz, du XXIIIIe du passé, et après m'avoyr, elle, dict avec sa grande satisfaction qu'elle se sentoit fort atenue à luy de ce bon office qu'il faisoit entre Vostre Majesté, qui estiez sa mère; et elle qui estoit sa seur, et qui vous respondoit à fille, elle m'a prié de luy vouloir librement dire qu'est ce que Vostre Majesté particullièrement m'en mandoit.

Je luy ay respondu que, de tant que j'avoys addressé le récit du tout au Roy, vostre filz, que vous luy aviez layssé fère toute la responce, et que me commandiez d'en parler seullement sellon le contenu de sa lettre.