Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 3

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Je luy ay, par ma réplicque, si clèrement remonstré le peu de correspondance que sa responce apportoit à voz honnorables offres, et aulx honnestes satisfactions que luy aviés données, qu'il sembloit que mal volontiers, et à regret, elle accordât la dicte entrevue, et qu'elle eût comme à mespris, et quasy à honte, ce en quoy vous estimiés l'honnorer et defférer beaucoup à sa grandeur, et que je m'esbahissois comme elle ne s'appercevoit que c'estoit une imposture, par trop impudente, que de luy renouveller plus ce faulx rapport, qui estoit convaincu par le tesmoignage de Randolphe et par le pourtraict, et encores plus convaincu par l'offre de ce qu'on soubmettoit cella au jugement que ses propres yeux en pourroient fère; qui luy engagoys ma vye que, non seulement elle n'y verroit point de deffault, ains qu'elle y trouveroit tant de perfections qu'elle se repputeroit bien heureuse d'estre aymée d'un tel prince, et qu'indubitablement elle viendroit amoureuse de luy. Dont la suppliay qu'elle voulût amander sa responce, affin que vous en peussiés recevoyr plus de satisfaction.

Elle, soudain, appela les comtes de Lestre et de Sussex et les deux secrettères, Mrs Smith et Walsingam, pour leur fère entendre mon instance, sur laquelle, après qu'ilz eurent longuement débattu entre eulx, je ne peus, de toute leur déduction, tirer rien de mieulx que devant, parce que desjà elle avoit mandé à son ambassadeur de vous dire le mesmes que je vous avois escript; sinon, quand au passeport, qu'elle ne luy avoit donné aulcune charge de vous en parler, mais elle me confirma, de rechef, qu'aussytost qu'auriés résolu la dicte entrevue, ainsy en privé, qu'elle ne faudroit de me la fère bailler très honnorable et bien seur, et qu'au reste elle vous rendoit beaucoup de mercys de la tant ample satisfaction que luy avés donnée à ses escrupulles, et de ce que n'en aviés voulu prendre d'elle; qui vous prioit de croyre, Sire, qu'elle n'avoit presté, ny presteroit jamays, l'oreille à praticque quelquonque qui se fît jamays contre vostre estat, et qu'elle estoit très ayse qu'eussiés prins à cueur le traffic de ses subjects en vostre royaulme, comme elle feroit le semblable pour les vostres par deçà; et ne sçavoit à quoy il pouvoit tenir qu'on n'eût desjà conclud ce faict entre les deux pays, comme il estoit porté par le traicté; et ne vouloit, pour la fin, oublyer de vous fayre ung très expécial mercyement pour Me Vuarcop son pensyonnayre, pour lequel elle ne s'estimoit moins gratiffiée, en ce que feriés pour luy, que si la plaincte touchoit à elle mesmes.

Et, après que je me fus ainsy licencié d'elle, j'entretins longuement ses conseillers sur ce que vous trouveriés peu de satisfaction en la responce qu'elle vous avoit ceste foys faicte; mais ilz me dirent qu'il y avoit des considérations qui la contreignent de protester ainsy ces choses premier que de passer plus avant, et qu'ilz ne peuvent encores que fort bien espérer de tout l'affère, me déduysant plusieurs raysons là dessus: lesquelles, pour estre trop longues, je les remettray à une aultre foys, pour adjouxter seulement, icy, Sire, que j'ay baillé à la comtesse de Montgommery les provisions qu'avés octroyées à son mary, laquelle s'en est resjouye infinyement, et les luy a envoyées incontinent, à Gerzé, d'où il en fera la responce et le très humble mercyement à Vostre Majesté. Et sur ce, etc.

Ce IXe jour de febvrier 1574.

A LA ROYNE.

Madame, après avoir debbatu à ceste princesse la forme de sa responce, en la façon que je mande en la lettre du Roy, et trop plus amplement et plus vifvement que je ne le puis pas mander, je l'ay curieusement observée si, en aulcunes de ses parolles, ou de ses contenances, je pourrois noter qu'elle se fût alliennée du propos de Monseigneur, vostre filz; mais, ou soit qu'elle le sçache bien cacher ou bien qu'il soit ainsy, je n'y ay peu cognoistre sinon la mesmes bonne disposition qu'elle a tousjours monstrée vers luy. Dont luy ay touché, en passant, si elle n'entendoit pas que les mesmes articles, qui avoient esté desjà trouvés bons au propos du Roy de Pouloigne, restassent entiers et accordés pour Monseigneur le Duc, et si elle luy feroit pas l'honneur, au cas qu'il vînt par deçà, et qu'ilz se peussent complère, de l'espouser, sans luy donner la peyne de repasser la mer, attandu que ce ne seroit par procureur, ains en personne, qu'il luy viendroit offrir son service. A quoy elle m'a respondu que je ne demandois rien qui ne fût raysonnable, sinon en ce que je pressois un peu trop l'affère, d'aultant qu'il failloit que le mariage fût publicque et solennel, là où l'entrevue seroit privée, et, entre peu, dans une salle. Dont j'estime, Madame, que, si Voz Majestez se résolvent à la dicte entrevue, en privé, car je ne pense point qu'on en puisse obtenir d'aultre, qu'il sera bon que vous réserviés de la fère en la plus commode et honnorable façon que vous jugerés convenir à vostre grandeur, et à la dignité de Mon dict Seigneur, vostre filz; et que les deux pointz, dessus, soient gaignés, premier qu'il passe, affin de prendre tousjours pied, et avoyr des arres, sur ceulx qui artifficieusement subtilisent par trop les points de cest affère, et qui espèrent par là le mener à rupture. Dont vous plerra en toucher quelque mot à l'ambassadeur de la dicte Dame, et le disposer d'escripre tousjours en bonne sorte par deçà, car ses lettres n'y peuvent estre sinon utilles; et me commander, au reste, par le retour du Sr de Vassal, l'ordre qu'il vous plerra que je preigne, car je ne fauldray de bien entièrement l'observer. Et vous remercye très humblement, Madame, de la favorable recordation qu'il vous a pleu avoyr de moy, vers le Roy, pour me fère retenir de son privé conseil, chose que je reçoys en plus grand heur que nulle aultre qui m'eût peu venir de l'élection et bénefficence de Voz Majestez, et en laquelle je regrette infinyement que mon insuffisanze m'en oste le mérite; mais j'espère y apporter tant de dilligence et de fidellité que Vostre Majesté ne se repantira de son bienfaict, pour lequel ce qui me reste de vye sera pour jamays employé à vostre service, aydant le créateur auquel je prye, etc.

Ce IXe jour de febvrier 1574.

CCCLXVe DÉPESCHE

--du XVe jour de febvrier 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Succès remporté par la flotte du prince d'Orange.--Négociation des Pays-Bas.--Affaires d'Écosse.--Excès du comte de Morton; mécontentement des Écossais.--Nouvelles de Marie Stuart.

AU ROY.

Sire, il est venu icy nouvelles, le Xe de ce moys, comme les vaysseaulx du prince d'Orenge avoient repoussé et rompu la flote, que le grand commandeur envoyoit pour avitailler Meldelbourg, et que la ville, à ceste occasion, estoit bien près de se rendre, de quoy l'on a faict diverses démonstrations par deçà, les ungs d'estre marris, mais le plus commun, et en public, l'on a monstré d'en estre fort ayse, mesmement qu'il y avoit beaucoup de vaysseaulx, et de mariniers, et de soldats, angloys, à l'entreprinse. Et le mesmes jour, les deux depputés des Pays Bas, qui avoient attandu à Dounquerque le baron d'Aubigny, sont arryvés, lesquels l'on n'a pas layssé, pour cela, de bien recevoyr, ni eulx de monstrer bonne contenance; et est l'on après à depputer des commyssayres pour vacquer avec eulx à l'accord de leurs différentz. Et se continue la dellibération d'envoyer ou le vycomte de Montégu, ou milord Sideney, en Espaigne, lesquels sont toutz deux à présent en court; mais je ne voy pas qu'ilz soient encore si près de partir, et croy que, si les affères d'Irlande ne pressoient, que l'ung ny l'aultre n'y yroient poinct du tout.

Au regard de l'Escoce, les choses semblent s'y entretenir encores en quelque forme de paix, soubz la prétendue régence du comte de Morthon, bien que j'ay advis qu'il s'y déporte en homme avare, et violent, et dissolu, et que, de toutz les principaulx de la noblesse, il n'a près de luy, à ceste heure, qu'ung seul milord, duquel il entretient la femme, et en entretient encores deux ou trois aultres, maryées, au grand escandalle d'ung chascun; et que, entre aultres, le nouveau comte d'Arguil est très malcontant de luy, de ce qu'ayant demandé de succéder à l'estat de chancellier, ainsy que son frère, à son décès, le possédoit, icelluy de Morthon l'a baillé à milord de Glames; dont ung gentilhomme escouçoys, de bonne qualité, à qui j'ay eu tousjours intelligence, oncle du dict d'Arguil, qui a résidé plus de huict moys en ceste ville, parce qu'il ne pouvoit accorder avec le dict de Morthon, estant, à présent, mandé par son nepveu, et estant peu satisffaict de la façon dont les Angloys ont procédé vers luy, et qu'il void qu'ilz procèdent vers sa nation, m'est venu dire qu'il s'en alloit remonstrer clèrement, aulx principaulx de son pays, comme la Royne d'Angleterre ne cherchoit que leur ruyne et le moyen de les dominer, et qu'ilz se debvoient retirer de toute intelligence et communicquation d'avec elle, s'ilz ne vouloient ung jour estre réputés traistres à leur prince, et de se tenir plus fermes que jamays à l'alliance de France, et qu'il sçavoit bien que les plus grands et les meilleurs du royaulme estoient desjà tout persuadés de cella; dont, s'il plaisoit à Vostre Majesté les assister, et mesmement le dict comte d'Arguil, son nepveu, contre le dict de Morthon, qui estoit du tout angloys, qu'indubitablement ilz le déchasseroient facillement de toute son authorité, et pareillement toute sa faction, laquelle n'estoit, à présent, guyères grande.

Je luy ay respondu qu'il pouvoit hardiment assurer le dict comte d'Arguil; son nepveu, et ceulx de la noblesse, de son pays, que Vostre Majesté, en toutes sortes, dellibéroit de bien soigneusement conserver l'alliance de la couronne d'Escosse; et pourvoir, en tout ce qu'il vous seroit possible, à la protection des princes du dict pays, et à la deffance et repos de tout l'estat; et continuer aulx Escossoys les mesmes entretènementz, pensions, privilèges et faveurs, qu'ilz avoient, de tousjours, eu en France; et n'habandonner nullement ceulx qui, comme gens de bien et bons escoussoys, voudroient suyvre cest honnorable party, que leurs prédécesseurs avoient tousjours tenu. Dont, après qu'il auroit parlé à eulx, s'il me faysoit sçavoyr leur intention, je mettrois peyne de fère en sorte que Vostre Majesté leur feroit santir l'effect et l'assurance de la sienne.

Or, attand le dict gentilhomme son saufconduit, et je desire, de bon cueur, qu'il vous playse me mander ce que j'auray à luy dire ou commettre davantage, pour vostre service par dellà. J'entendz néantmoins que le susdict Morthon a remis milord de Humes, moyennant dix mille livres, en la possession des deux chasteaulx que les Angloys ont rendus, avec obligation qu'il tiendra le party contrayre à la Royne d'Escosse.

J'ay parlé à milord trésorier, suyvant ce qu'il vous a pleu m'escripre, le XIXe du passé, du passeport de madamoyselle de Rallay, et de deux servitteurs, pour venir servir la dicte Royne d'Escosse, et n'ay obmis aulcune sorte de persuasion dont je ne luy aye uzé là dessus; mais il m'a pryé de me contanter, pour ceste heure, de sçavoyr que la dicte Dame se portoit bien et estoit bien traictée, et que la Royne d'Angleterre n'estoit plus si irritée, comme elle souloit, contre elle, ni contre le comte de Cherosbery; et que je réservasse de parler du dict saufconduict, après que je verrois le propos de Monseigneur le Duc acheminé à quelque bonne conclusion. Duquel propos, Sire, la négociation demeure suspendue jusques à la procheyne response de Voz Majestez Très Chrestiennes. Et sur ce, etc.

Ce XVe jour de febvrier 1574.

CCCLXVIe DÉPESCHE

--du XXe jour de febvrier 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)

Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh et Walsingham sur la négociation du mariage.--Affaires d'Irlande.--Détails particuliers donnés par Walsingham.

AU ROY.

Sire, quand la Royne d'Angleterre est partie d'Aptomcourt, pour aller en la mayson du comte de Lincoln, ainsy que je le vous ay mandé par mes précédantes, milord trésorier ne l'a point suivye, ains s'en est retorné reposer en sa mayson de ceste ville, pour achever de se bien guérir, et pour confirmer sa santé, et Mr Walsingam, avecques luy; avec lesquels deux j'ay continué de négocier, aultant que j'ay peu, l'advancement du propos de Monseigneur le Duc. Et le dict grand trésorier m'a faict sçavoyr comme, le jour après que je fûs party d'avec la dicte Dame, il parla longuement à elle, sur la forme de la responce qu'elle m'avoit faicte, et que, sellon aulcunes considérations qu'elle luy avoit sceu bien déduyre, il jugeoit, veu l'estat du propos, qu'elle ne me l'eût peu fère meilleure; et qu'indubitablement elle s'attandoit que Monseigneur le Duc ne refuzeroit de venir ainsy, en privé, avec quelque honneste et honnorable, mais petite compagnye, des mieulx choisis de vostre court, et des siens; et qu'il se pouvoit assurer qu'elle luy feroit tout l'honneur et bonne chère qu'elle pourroit; et que, si elle n'avoit affection et bonne espérance du mariage, elle ne consentiroit, pour chose du monde, que la dicte entrevue se fît, ny en une façon, ny en une aultre; mais que, pour l'incertitude de l'évènement, elle avoit, à toutes advantures, estimé estre trop plus expédient de la fère ainsy, en privé, que non à la descouverte.

Et Mr Walsingam dict que c'est tout le mieulx que la dicte Dame eût peu fère, en la présente disposition du dict propos, et que, si jamays l'on avoit remarqué aulcun indice en elle d'y vouloir, à bon escient, entendre, que c'estoit à présent; et qu'elle se persuadoit que Vostre Majesté, ny la Royne, vostre mère, ne refuzeriés, ny n'auriés aulcunement mal agréable, que ceste privée entrevue se fît; et que, luy, de sa part, espéroit que la présence de Monseigneur le Duc auroit plus d'effect, à mener l'affère à sa conclusion, que nulle aultre chose qu'on y peût applicquer, se persuadant qu'il satisferoit à l'œil de la dicte Dame, ainsy qu'il sçavoit bien qu'elle avoit desjà les aureilles très satisfaictes de la grande réputation de ses vertus; et que deux choses seulement retenoient le dict Mr Walsingam en doubte, l'une que la dicte Dame ne retournât trop facillement, d'elle mesmes, à la naturelle inclination, qu'elle avoit, de ne se marier poinct; et l'aultre, que ceulx, qui luy avoient faict passer beaucoup d'années en ceste opinion, ne la luy temporisassent encores tout exprès, pour enfin ne luy en laysser poinct prendre de meilleure, et que c'estoit ce qui l'engardoit de ne s'ozer entremettre, sinon par mesure, au dict affère. Auquel néantmoins, quand il viendroit à son tour, il vous supplioit, Sire, et la Royne, vostre mère, de croyre qu'il ne faudroit de s'y employer fermement et en homme de bien, comme en chose qu'il réputoit utille et très honnorable à sa Maystresse, et qu'il cognoissoit nécessayre à ces deux royaulmes.

Et c'est la substance de tout ce qui s'est peu tirer de la dernière négociation d'avec les dicts deux personnages; qui pourra, possible, après mes précédantes dépesches, assés servir de responce aulx poinctz de celle de Vostre Majesté, du Ve du présent, que je viens maintenant de recevoir, aulmoins jusques à ce que j'aye, de rechef, veu ceste princesse, ou bien que m'ayés mandé d'aultres plus expresses nouvelles là dessus.

La dicte Dame et ceulx de son conseil sont rentrés en quelque peu de bonne espérance des choses d'Irlande, sur ce que le comte d'Essex a escript qu'il s'estoit retiré, le mieulx qu'il avoit peu, du destroict où l'on l'avoit enfermé; et que aulcuns, des principaulx du pays, luy avoient mandé qu'ilz seroient prestz de se soubmettre à la dicte Dame, si elle les vouloit tenir et traicter comme bons subjectz, et leur laysser paysiblement jouyr de leurs terres, et qu'encores luy payeroient ilz quelque petit tribut annuel, ainsy qu'il seroit advisé; mais qu'il ne pouvoit encores assés bien juger s'ils luy avoient faict tenir ce langage à feincte, ou bien à bon escient. Tant y a que cella venoit d'aulcuns plus authorizés d'entre eulx; et que le comte de Quildar, avec Me Gueret son frère, s'employent de grande affection à réduyre tout le pays en quelque bonne tranquillité, soubz l'obéyssance de la dicte Dame; néantmoins qu'il estoit bien d'advis qu'elle ne layssât, pour cella, d'envoyer tousjours les hommes et les provisions, qu'elle avoit ordonné pour la guerre de dellà, comme, à la vérité, Sire, ceulx, qui cognoissent bien l'Irlande et les Irlandoys, disent qu'elle y trouvera plus de difficulté et de résistance que jamays. Sur ce, etc. Ce XXe jour de febvrier 1574.

A LA ROYNE.

Madame, oultre ce que je mande en la lettre du Roy, des propos de milord trésorier et de Mr Walsingam, icelluy Walsingam a adjouxté davantage qu'il supplioit Vostre Majesté vous souvenir de ce qu'il vous avoit quelques foys dict, quand il estoit en France, qu'il vous failloit réputer vostre poursuyte, touchant le mariage de la Royne, sa Maistresse, comme l'expugnation d'une forte place, où y auroit de la résistance et de la difficulté beaucoup, ainsy qu'il avoit bien trouvé, estant icy, qu'il estoit fort malaysé de conduyre la dicte Dame au poinct d'une ferme résolution de se maryer, et de l'y fère persévérer; et n'estoit moindre la contradiction de recevoir ung prince estranger en ce royaulme: toutesfoys plusieurs poinctz estoient desjà vuydés là dessus qui rendoient, à présent, la matière plus facille; et quand bien Monseigneur le Duc, enfin, ne pourroit venir à bout d'une si haulte entreprinse, comme d'emporter la dicte Dame et ce royaulme, qu'il ne s'en debvoit pourtant donner aulcune honte, non plus que si l'on n'avoit pas prins la place forte qu'on auroit assiégée, pourveu qu'on y eût bien faict son debvoir; et qu'icelluy de Walsingam, voyant les deux principaulx et aulcuns aultres conseillers de la dicte Dame marcher de très bon pied en cest affère, et y avoyr ung très grand desir, il n'en vouloit avoyr ny moins de desir, ny moins d'espérance, que eulx; bien qu'il me vouloit dire, tout franchement, que, à son advis, ny les ungs ny les aultres ne s'en pouvoient encores promettre l'yssue telle, ny si assurée, comme ilz la desireroient.

De quoy, Madame, il se peut facillement comprendre qu'il y cognoit encores des doubtes, lesquelz ne permettent qu'il puisse voyr bien cler dans le fondz de l'affère. Dont estant encores à moy, qui suis estrangyer, plus difficile d'y pénétrer, je suis contrainct d'en demeurer en ung incertain sur le simple recueil, que je puis fère, de la substance et des conjectures des parolles et des démonstrations de la dicte Dame, et de ses dicts conseillers, comme je les vous ay desjà escriptes et mandées, par le menu; et de supplier là dessus Voz Majestez de prendre, de vous mesmes, et avec l'advis de vostre prudent conseil, la résolution que jugerés meilleure et plus honnorable pour Mon dict Seigneur, vostre filz. Et sur ce, etc.

Ce XXe jour de febvrier 1574.

CCCLXVIIe DÉPESCHE

--du XXVIe jour de febvrier 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Négociation du mariage.--Conférence de l'ambassadeur avec Leicester.--Assurance donnée par l'ambassadeur qu'il ne sera pas fourni de secours aux protestans de France.--Dénonciation contre Marie Stuart, et punition du dénonciateur.

AU ROY.

Sire, tous ces jours de caresme prenant, la Royne d'Angleterre a esté convyée par les seigneurs et gentilshommes, voysins de Hamptoncourt, d'aller, de lieu en lieu, fort privément et à peu de compagnye, fère bonne chère en leurs maysons, et n'a esté bien à propos que je la sois allée trouver là; mais j'ay conféré en ceste ville, fort à loysir, avec milord trésorier, des poinctz contenus en la dernière dépesche de Vostre Majesté, et mesmement de celluy où est touché ce que dict l'ambassadeur d'Angleterre à la Royne, vostre mère, le IIIIe du présent, et, depuis, au Sr Géronyme Gondy. Sur quoy le dict grand trésorier m'a respondu que Voz Majestez très Chrestiennes debvoient prendre de très bonne part l'instance du dict ambassadeur, lequel ayant senty, après le retour de Me Randolphe, que le mariage procédoit très bien du costé de sa Mestresse, encor qu'il vît bien aussy que vous y alliés de très grande affection et fort sincèrement du vostre, et que me fissiés encores estre, icy, en mes sollicitations, plustost pressant et importun vers elle que de luy garder la médiocrité; si vouloit il, sellon qu'il voyoit la trempe bonne, vous éguilloner encores davantage, affin de ne la laysser nullement réfroidir; et que le dict grand trésorier me juroit, en sa conscience, qu'il avoit veu la dicte Dame très bien dellibérée de me fère une bonne et bien résolue responce, sans l'intervention d'ung, de qui il ne pouvoit nullement approuver le zèle, lequel, pour l'acquit de sa loyaulté vers elle, luy estoit venu remettre sus le premier escrupulle du visage; et que, contre icelluy, il n'avoit pas craint, la dernière foys qu'il l'avoit veue, de luy dire que j'avoys fermement remonstré qu'après le rapport de Me Randolphe, et après le pourtraict envoyé, et qu'on soubmettoit encores le jugement de ce poinct à l'œil d'elle, je ne pouvois dire sinon que c'estoit une pure imposture et trop grande impudence de révoquer plus maintenant cella en doubte; et que le comte de Lestre, ny luy, ne m'avoient sceu que respondre, ainsy qu'elle mesmes, après y avoyr bien pensé, avoit confessé que, voyrement, n'y avoit il poinct de réplicque; néantmoins qu'il me prioit de supporter ung peu sa Mestresse en cest endroit, veu qu'il n'estoit pas seulement question de conclurre une simple amityé ou une ligue, d'où l'on se peût, de chascun costé, puis après, départir, quand l'on ne s'en trouveroit pas bien, car c'estoit une obligation pour toute la vye, en laquelle n'y auroit jamays plus lieu de repantailles; et qu'il trouvoit la dicte Dame en une très bonne, voyre, en la meilleure disposition qu'il l'eût jamays vue vers le mariage, dont il n'en vouloit sinon tousjours bien espérer; et que, sellon que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, disposeriés Monseigneur le Duc à ceste entrevue privée, le propos pourroit parvenir à sa conclusion. Dont luy sembloit que, sans rien mouvoir, pour ceste heure, je debvois attandre qu'est ce que, par vostre procheyne dépesche, il m'en seroit escript.