Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 29

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Je viens d'estre adverty que quelques cappitaynes et gentilzhommes angloys, où y a des françoys meslez, s'apprestent à grand haste, comme de eulx mesmes, d'aller tanter quelque entreprinse par dellà la mer. Dont je supplye très humblement Vostre Majesté d'envoyer tout promptement refrayschir aulx cappitaynes et gouverneurs de la frontière de deçà qu'ilz ayent à se tenir sur leurs gardes.

CCCCXXXe DÉPESCHE

--du XXIIIIe jour de janvyer 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Continuation des armemens pour une entreprise secrète.--Vive recommandation de l'ambassadeur en faveur du comte d'Oxfort qui passe en France.--Bruit répandu à Londres d'une défaite essuyée par les catholiques dans le Dauphiné.--Nouvelles des Pays-Bas.--Saisie de lettres qui paraissent concerner Marie Stuart.

AU ROY.

Sire, suyvant l'advertissement dont, au pied de ma dépesche du XIXe du présent, j'ay faict mencion à Vostre Majesté, comme aulcuns gentilshommes et cappitaynes angloys s'apprestoient, comme d'eux mesmes, de fère une entreprinse de par dellà la mer, j'ay mis peyne de le fère sçavoyr aulx gouverneurs plus voysins d'icy, qui ont la charge des places au long de la coste de deçà, lesquels j'espère que s'en tiendront plus apperceus. Et en confirmation de cella, je suis adverty que, toutes les nuictz, l'on tire secrettement des armes et des monitions de guerre de la Tour de Londres pour les envoyer ez portz, et les distribuer aulx cappitaynes et soldatz qui sont volontayres, et aulx vaysseaulx de l'entreprinse qui sont toutz de particulliers.

Il sembloit que le comte d'Oxfort deût estre le chef de la dicte entreprinse, mais il prend ung aultre chemin, ayant tant faict qu'il a impétré de la Royne, sa Mestresse, son congé pour aller fère un voïage en Italye; et dellibère partir dans huict jours, et passer par France, faisant estat de séjourner ung moys à Paris; et monstre, Sire, d'estre grandement dévot à Vostre Majesté, ayant voulu suplyer la Royne, sa Mestresse, de trouver bon qu'il se peût offrir à vostre service, mais l'on l'a adverty que, parce qu'il est notoyrement réputé fort partial pour la Royne d'Escosse et nepveu du feu duc de Norfolc, qu'elle tiendroit cella pour trop suspect; néantmoins il dellibère de bayser très humblement les mains à Vostre Majesté, et ne refuser d'obéyr à ce qu'il vous plerra luy commander. Et parce qu'il est quasy le premier comte et grand chamberlan d'Angleterre, et comme le premier de la noblesse du pays, et le mieulx suivy et de trop plus d'espérance que nul aultre seigneur du royaulme, il vous plerra, Sire, commander qu'il luy soit faict quelque honneur et luy soit porté faveur et respect, en passant par vostre royaulme; car, oultre son mérite, toute l'Angleterre et ceste court mesmement s'en sentiront infiniement gratiffiez. Les partisans de Bourgoigne luy promettent qu'il aura charge au service du Roy d'Espaigne, aussytost qu'il arryvera en Italye, et le pressent d'aller trouver dom Johan d'Austria, ne luy manquant lettres de banque et crédict, et deniers contantz, pour fère une honneste despence par dellà; mais il monstre d'avoyr plus d'inclination à vostre service qu'à celluy du dict Roy d'Espaigne.

L'on a faict courir, icy, le bruict qu'il y avoit eu ung gros rencontre en Daulfiné, où avoit esté, de chascun costé, asprement combatu, avec si divers évènementz que les vostres avoient eu du pire; et néantmoins Monbrun estoit demeuré prisonnyer. Ceulx de ceste court m'en ont envoyé demander des nouvelles, mais je leur ay respondu que je n'en avoys poinct.

Le ministre Feugré est depuis quatre jours retourné de Hollande, duquel je ne puis encores bien descouvrir qu'est ce qu'il rapporte de dellà, sinon qu'il assure que, succédant ou ne succédant poinct la paix en Flandres, ceulx de la Rochelle, premier que les gallères de Vostre Majesté sortent de la rivière de Nantes, auront des navyres, de Ollande et Zélande, assés pour suffire pour garder le hâvre de Brouage, et leur rade de Chef de Boys.

Mr de Méru continue de s'apprester pour retourner en Allemaigne; néantmoins quelques françoys qui le suyvent monstrent estre de l'entreprinse des Angloix. Le provençal Pierre Grenier, de Marseille, dont, cy devant, je vous ay faict de mencion, monstre de vouloir passer en Ollande, et n'attend plus que le vent. Je ne sçay si c'est pour y praticquer quelque chose ou pour y chercher son repoz; mais, quoyqu'il se monstre personnage fort composé, il a néantmoins négocyé avec ceulx qui s'entremettent des praticques.

J'entendz qu'il a esté surprinz à Barwyc des lettres en chiffre, qui venoient ou à la Royne d'Escoce ou à moy; de quoy il y a ung peu d'altération en ceste court: et a l'on prins quelques ungs en ceste ville qui sont réputez serviteurs secretz de la Royne d'Escosse, lesquelz l'on a mis dans la Tour. Je ne sçay si cella produyra quelque autre chose plus rigoureuse contre elle, mais je y pourvoyray du meilleur remède qu'il me sera possible. Sur ce, etc.

Ce XXIVe jour de janvier 1575.

CCCCXXXIe DÉPESCHE

--du XXIXe jour de janvyer 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)

Continuation des armemens.--Secours d'argent envoyé d'Angleterre aux protestans d'Allemagne.--Projets d'Élisabeth sur l'Écosse.--Réclamation faite par l'ambassadeur au roi, en faveur des réfugiés de Rouen, afin d'obtenir la restitution de leurs biens.--Instance auprès de la reine-mère pour l'engager à faire donner satisfaction à la reine d'Angleterre.

AU ROY.

Sire, j'ay receu, le XXIIIIe de ce moys, deux dépesches de Vostre Majesté, l'une du dernier du passé, et l'aultre du second d'estuy cy, par lesquelles j'ay eu assés de quoy esclarcyr les derniers bruictz qu'on faisoit courir du maulvais succez des choses de Languedoc, et du peu d'espérance de la paix; de quoy j'espère que, demain, je rendrai ceste princesse plus capable de la vérité de ce qui en est, et mieulx édiffyée de vostre intention vers elle, et de vostre desir à la tranquillité de voz subjectz, et repos universel de la Chrestienté, et encores de la particullarité de Mr de Dampville, qu'on ne s'est efforcé de le luy persuader; et n'obmettray de luy relever d'autant plus la réputation et bon progrès de voz affères qu'on met peyne de les luy représanter bien bas et en ung fort maulvais estat; et feray, en somme, tout ce qui me sera possible vers elle, que les dellibérations et apprestz, que je voy fère par les siens, demeureront interrompus, ou aulmoins que l'effaict n'en aille que le moins que fère se pourra contre le service de Voz Majestez.

L'armement, dont je vous ay cy devant escript, se continue toujours sans aulcun doubte, et pareillement le transport des armes et des monitions vers les portz; et est advenu que, depuis quatre jours, sous colleur d'ung festin, l'on a mené essayer des armes dans la Tour de Londres à plus de deux centz gentilshommes, comme pour une soubdeyne et secrette entreprinse; de quoy j'ay prins ung peu d'allarme, et en envoye présentement donner aulx gouverneurs de voz places, qui sont plus voysins d'icy. Et d'ailleurs j'ay entendu qu'on dresse secrettement ung party, avec aulcuns marchands de ceste ville, pour fère remettre en Allemaigne trente mille angelotz en espèce; de quoy j'ay mis gens après pour approfondir à qui et comment le payement s'en fera. Et me vient on aussy d'advertyr que ceulx de ce conseil dellibèrent de proposer, avec invincibles argumentz, à leur Mestresse, qu'elle doibt effectuer les praticques qui souvent ont esté mises en termes: de conclurre une ligue avec les Escossoys et s'attribuer la protection du jeune Prince d'Escosse et de sa couronne, durant sa minorité, et luy procurer le mariage d'une des filles d'Espaigne, en le déclarant successeur de ce royaulme. Qui est cause, Sire, que je supplye très humblement Vostre Majesté de fère passer promptement en Escosse le gentilhomme qu'avez dellibéré d'y envoyer résider, affin qu'il n'y laysse rien passer qui soit au préjudice de vostre ancienne alliance de dellà. Et sur ce, etc. Ce XXIXe jour de janvier 1575.

Aulcuns de voz subjectz de Normandye, qui sont icy, me sont venus remonstrer que la cour du parlement de Roan, sans avoyr esgard à la réservation portée par voz lettres patentes du XXVIIe jour de décembre dernier, ny aulx attestations que, suyvant icelles, je leur ay baillées de leurs paysibles déportementz, elle leur a faict saysir leurs biens; et sur la main levée que leurs procureurs ont demandée, elle les a renvoyez à Vostre Majesté. Dont je vous supplye très humblement, Sire, que, de tant qu'ilz ont la promesse de Vostre Majesté, et que voz lettres patantes contiennent nomméement leur réserve, qu'il vous playse mander, par seconde jussion, à vostre dict parlement de Roan, de ne leur saysir leurs biens, et, si saysis estoient, leur en fère la main levée. Et j'estime que cela reviendra au bien et réputation de vostre service.

A LA ROYNE.

Madame, attandant les aultres choses que je pourray recueillyr plus amples des propos que j'auray demain avec la Royne d'Angleterre, je mande cepandant à Voz Majestez celles qui me sont venues à notice, lesquelles je metz sommayrement en la lettre que j'escriptz au Roy, vostre filz. Et ne veulx rien adjouxter, icy, davantage sinon vous supplyer très humblement, Madame, que, sur la dépesche que mon secrettère vous a apportée, du XXVIIIe du passé, il vous playse m'y fère avoyr bientost quelque responce, par laquelle je puisse lever à ceste princesse toute la male satisfaction que les fascheux rapportz, qu'on s'est efforcé de luy fère de Voz Majestez, luy ont peu mettre en l'opinyon.

Et sur ce, etc. Ce XXIXe jour de janvier 1575.

CCCCXXXIIe DÉPESCHE

--du IIIIe jour de febvrier 1575.--

(_Envoyée exprès jusque à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Audience.--Questions faites par Élisabeth sur l'état des affaires de France.--Assurance donnée par l'ambassadeur qu'il n'a point été livré de bataille en Languedoc.--Nouvelles du siège de Livron.--Persévérance du roi à desirer la paix.--Confiance que le prince de Condé partage ce desir.--Ignorance de l'ambassadeur sur la déclaration attribuée au maréchal de Danville.--Volonté du roi de conserver l'alliance avec Élisabeth.--Instances pour qu'elle refuse les secours qui lui sont demandés par les rebelles.--Sollicitations d'Élisabeth pour engager le roi à accorder la paix.--Offre de sa médiation.--Nouvelles de la prise de Lusignan par Mr de Montpensier, et de divers assauts donnés à Livron.--_Avis à la reine-mère._ Plaintes de l'ambassadeur sur le retard mis à lui envoyer de l'argent.

AU ROY.

Sire, il a esté facille, dimanche dernier, à Ampthoncourt, de juger que je y venois desiré de la Royne d'Angleterre pour luy compter des nouvelles de Vostre Majesté, et de celles de voz affères; car, de tout le moys passé, elle n'en avoit poinct ouy de bien vrayes, et le bruict en avoit semé de si incerteynes que, monstrant d'estre bien fort ayse qu'elle peût, à ceste heure, sçavoyr ce qui en estoit, après s'estre soigneusement enquise de vostre santé et du bon portement de la Royne, vostre mère, elle m'a incontinent demandé de ces combatz et rencontres qu'on disoit estre advenuz en Languedoc? Et des termes en quoy vous estiez de la paix? Et où estoit Mr le Prince de Condé? Et si les levées, qu'on bruyoit si fort qu'il avoit toutes prestes en Allemaigne, commançoient poinct de marcher? S'il estoit vray que le mareschal Dampville eût faict une déclaration qu'elle avoit naguyères veue, ou bien si c'estoit chose supposée? Et si vous approchiez poinct en çà, pour venir à vostre couronnation et sacre? Se pleignant bien fort que son ambassadeur estoit paresseux, ou bien que ses dépesches demeuroient en quelque part arrestées, car elle ne pouvoit rien entendre de luy.

Je luy ay respondu que ce que j'avoys à luy dire, de la part de Vostre Majesté, estoit proprement la satisfaction des choses qu'elle venoit de me demander; et que, grâces à Dieu, Voz Majestez Très Chrestiennes estoient en bonne santé; et que de rencontre ny combat il n'y en avoit poinct eu, parce que les eslevez n'avoient poinct de forces en campaigne, ny de quoy y en mettre pour s'opposer aulx vostres; et seulement au siège de Livron, ayantz quelques gentilshommes de bonne volonté voulu recognoistre la bresche, il y en avoit eu de ceulx du dehors une vingtaine de blessez, mais beaucoup plus grand nombre de ceulx de dedans; que, touchant la paciffication, vous persévériez en ce qu'aviez faict cognoistre à voz subjectz, et l'aviez manifesté à toute la Chrestienté, que c'estoit la chose que plus vous desiriez en ce monde, luy particullarisant l'article, que me faisiez dans vostre lettre, des allées et venues des depputez, et que vous luy promettiez bien que vous condescendriez à de si bonnes et si honnestes condicions vers voz subjectz, pour le faict de leurs consciences et pour leur repos, et pour la seureté qu'ilz demandoient, qu'ilz ne les pourroient refuzer, sinon qu'ilz voulussent du tout renoncer au respect et révérance, et à la fidellité et subjection qu'ilz vous debvoient, sans qu'il fût besoing pour cella d'assembler voz Estatz, ainsy que les ministres, lesquelz ne cherchoient que d'alonger les matières, et d'esjamber tousjours quelque chose sur l'authorité des princes, monstroient que, indiscrètement et contre tout ordre, ilz les vouloient requérir, car vous le feriez bien de vous mesmes;

Que Mr le Prince de Condé estoit à Basle, inclinant bien fort à la dicte paciffication, et ne hastoit guyères les levées ny les forces d'Allemaigne; desquelles je voulois dire librement à la dicte Dame que j'avoys opinyon qu'elles ne bougeroient nullement, si elle, ou son crédit ou ses deniers contantz, ne les faisoit marcher, comme je sçavoys qu'elle en estoit fort pressée et fort sollicitée toutz les jours, et que pourtant vous auriez occasion d'en imputer à elle tout le mal, si, d'avanture, elles descendoient en France;

Que je n'avoys poinct encores veue celle déclaration, dont elle m'avoit parlé, de Mr Dampville, laquelle pouvoit estre aussytost supposée que vraye; mais, quoy qu'elle eût ouy dire de l'occasion de son malcontantement, il estoit certein, et Vous, Sire, l'affirmiez ainsy sur vostre honneur, que ne luy aviez rien promis à Turin que ne luy eussiez depuis invyolablement tenu. Dont ay fait peser à la dicte Dame ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre, et qu'en effect il n'y avoit, ny ez actions ny ez intentions de Vostre Majesté, rien que ce que convenoit d'avoyr à ung magnanime et très excellent prince, et autant orné de toute vertu qu'il y en eût jamays eu en France; et que Dieu vous avoit faict si généreulx que vous ne pouviez estre vaincu par force, et si clément qu'à peyne seriez vous jamays surmonté de bénignité. Dont estant tel, et que d'autrefoys vous luy aviez esté à elle dévot serviteur, et maintenant estiez devenu son frère, je la supplyois qu'elle voulût nourrir une bien bonne et germeyne amityé avecques vous, sellon que vous luy en rendriez une semblable très constante et perdurable à jamays;

Et que desjà sur ce qu'elle m'avoit faict vous escripre, le troysiesme de décembre, de la sincérité et droicture dont elle dellibéroit de procéder vers vous, que vous veuillez tant honnorer sa parolle, et y defférer si grandement, que ne feriez difficulté de vous y commettre et vous y reposer sans escrupulle ny meffiance quelconque; et que désormays vous vous promettiez d'elle toutz les bons tours, de vrayement bonne seur et bonne amye, que vous proposiez de les luy rendre semblables de très bon frère et de très bon amy, et de ne deffallir d'aulcun bon et honnorable office que verriez pouvoir fère pour elle, qui fût digne de sa grandeur et non indigne de la vostre, ainsy qu'ung gentilhomme de bonne qualité que faysiez desjà préparer pour l'envoyer visiter, aussytost que seriez, pour vostre sacre et corronnation, arryvé à Reyms, envyron la my febvrier, le luy tesmoigneroit davantage. Qui ay bien voulu, Sire, luy fère ceste expression de vostre bonne intention vers elle, affin de m'oposer à ceulx qui s'efforçoient de luy préoccuper et engager la sienne contre vous.

A quoy elle m'a respondu qu'elle estoit de tant plus ayse d'entendre la bonne disposition de Voz Très Chrestiennes Majestez qu'on luy avoit rapporté que la Royne, vostre mère, estoit bien malade, dont elle prioit Dieu de bon cueur pour le bon portement de toutz deux; qu'elle avoit playsir que ceulx qui avoient publyé ces combatz et deffaictes de Languedoc fussent trouvez menteurs, et voudroit de bon cueur qu'il y eût desjà abstinence d'armes, affin que les nouvelles playes ne rendissent celles du passé incurables;

Que, de plus en plus, elle louoit et approuvoit vostre saincte dellibération de vouloir apayser les troubles de vostre royaulme par la voye de douceur, et qu'en cella sentoit elle de vous porter tant plus de bienvueillance par dessus toutz les aultres princes ny princesses de vostre alliance, que plus que nul d'eulx elle desiroit de bon cueur que, establissant très bien vostre règne, vous espargnissiez le sang et la vye et la désolation de ceulx qui, de l'un et de l'aultre costé; sont toutz vostres;

Que j'avoys tort de la vouloir tant sonder, comme je faisois, sur le secours que les pouvres protestantz cherchoyent d'avoyr de leurs frères d'Allemaigne, car elle ne me sondoit pas de celluy que vous y pourchassiez; et qu'elle ne vouloit nyer qu'elle n'y eût du crédict assez, mais que vous cognoistriez aussy bien qu'avoit faict le feu Roy, vostre frère, que jamays les Roys de France n'avoient trouvé tant d'amityé en la couronne d'Angleterre que quand elle l'avoit tenue; et que, de tant auriez vous plus grand preuve d'elle, qu'elle estoit à toute heure infinyement tentée et sollicitée contre vous;

Qu'elle ne doubtoit que les ministres ne demandassent la tenue des Estatz, et que, possible, ilz n'eussent supposé celle déclaration de Mr Dampville; car, puisqu'ilz s'eslevoient jusques à vouloir pénétrer ez secretz de Dieu au ciel et en ses jugementz, ilz s'atribuoient encores plus licentieusement de s'entremettre des trônes des princes en terre, mais qu'il n'y avoit poinct de besoing d'Estatz, là où vous mesmes pouviez bien pourvoir; et qu'elle tenoit le mareschal Dampville pour ung si gentil chevalier et si loyal serviteur, à l'exemple de ses prédécesseurs, à vostre couronne, et si expéciallement dévot à Vostre propre Majesté qu'elle ne faysoit doubte qu'il ne se rengeast facillement à tout ce que luy commanderiez, pourveu que ne cherchissiez la ruyne de luy ny celle de ses frères.

Et puis est retournée aulx levées d'Allemaigne, et comme princesse fort pressée de fournir deniers, ou d'employer son crédict, ou de fère quelque aultre résolution, à son regret, contre Vostre Majesté, m'a dict que, pour Dieu, elle vous prioit de fère la paix, car aultrement vous ne pourriez éviter beaucoup de grands inconvénientz; et que, si aviés besoing de quelque prince estrangyer, de vostre alliance, qui s'en meslât, parce que maintesfoys les parties mesmes n'ozoient proposer tout ce qu'elles desiroient, qu'elle ne vouloit pas entreprendre de s'y offrir, mais que, si Vostre Majesté l'avoit agréable, c'estoit bien l'œuvre aujourdhuy de ce monde à quoy elle s'employeroit le plus volontiers, et pouviez estre très assuré qu'elle vous y considèreroit en tout et partout ainsy Roy et Maistre comme elle desiroit demeurer Royne et Mestresse sur ses subjectz; et que, sur ce que je luy avoys déduyt de vostre bonne et constante amityé vers elle, qui estoit ce qui l'avoit, plus que tout le reste, souveraynement contantée, qu'elle vous en remercyoit de tout son cueur, et sçavoit qu'entre les particulliers mesmes les loix de l'amityé estoient vénérables et dignes de grande observance, mais qu'elles l'estoient davantage sans comparayson entre les princes, parce que, des bons effectz qui en provenoient, ilz en demeuroient entre eulx très contantz, et si, leurs communs subjectz en sentoient de très grandes commodictez; et que, s'il estoit intervenu là dessus quelque première coulpe entre vous et elle, qu'elle ne l'avoit nullement commise, et que sans doubte ce ne seroit aussy elle qui commanceroit de commettre la segonde; et qu'elle avoit grand plaisir que vous approchissiez à Reyms pour vostre coronnation et sacre, d'où celluy que luy envoyeriez seroit le très bien venu, et qu'elle mettroit peyne de le vous renvoyer contant.

Qui est en substance ce que, pour ceste foys, j'ay recueilly des propos de la dicte Dame, remettant ce qu'il y pourroit avoyr de surplus à la procheyne dépesche, parce que ceste cy est desjà trop longue. Et sur ce, etc.

Ce IVe jour de febvrier 1575.

Mr de Walsingam me vient de mander la reddition de Lusignan à Mr de Montpensier par composition, moyennant ostages qu'il a baillez pour la tenir; et qu'il a esté donné trois assautz à Livron qui ont esté bravement soustenuz, où le cappitayne de la place est mort, mais que soubdain il y en a esté subrogé ung autre, et que deux centz soldatz de la part des eslevez y sont entrez.

ADVIZ, A PART, A LA ROYNE MÈRE.

Parce que c'est icy le VIIIe moys que je n'ay receu nul argent, et que je vis sur le crédit que me faict le Sr Acerbo avec gros intérest, et que le Sr Sardiny luy a escript qu'il ne peut acquitter les mandementz dont Mr le trésorier de l'espargne m'a dressé sur luy, parce qu'il ne reçoit, ce dict il, rien des assignations que Voz Majestez luy ont bayllées, je suys sur le poinct d'estre habandonné du dict Sr Acerbo, et d'estre pressé de ce que desjà je luy doibs; et que je seray contrainct de cesser ma mayson, avec beaucoup de honte et avec détriment du service de Voz Majestez. Dont je vous supplye très humblement, Madame, commander au dict trésorier de l'espargne qu'il me vueille fère payer d'iceulx mandementz qu'il m'a desjà bayllés, ou m'en assigner de meilleurs, et qu'il mande que mes deniers ne soient plus retardez, car Vostre Majesté sçayt que je suis par trop pauvre pour pouvoir advancer.

CCCCXXXIIIe DÉPESCHE

--du Xe jour de febvrier 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Favorable disposition d'Élisabeth à l'égard de la France.--Conférence de l'ambassadeur avec Leicester.--Nécessité de faire en France quelque démonstration d'amitié.--Vive intercession pour qu'il soit satisfait à la plainte de Mr Warcop.--Bruits répandus par les protestans pour exciter Élisabeth à la guerre.--Nouvelles d'Écosse.--Mesures prises pour déchiffrer les lettres saisies, adressées à Marie Stuart.

AU ROY.