Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 28

Chapter 283,874 wordsPublic domain

Sire, estant, à l'occasion de vostre dépesche du Ve du passé, allé donner, le premier d'estui cy, les bonnes festes et le bon an à la Royne d'Angleterre, à Ampthoncourt, elle s'est trouvée merveilleusement bien contante des propos que j'ay eus à luy tenir de vostre part; et après qu'elle m'a eu, avec démonstration de beaucoup d'affection, dict qu'elle vous faisoit, de bon cueur, les mesmes bons et honnestes souhaitz que je luy faisois, icy, à elle, et qu'elle desiroit que ce segond an de vostre règne fût en toutes sortes si segond, et bien heureux, qu'il vous peût introduyre en plusieurs aultres années après, qui vous fussent pleynes de félicité, elle m'a prié de vous escripre qu'elle vous remercyoit infinyement de celle forme d'excuse que luy faysiez de ne l'avoyr encores envoyé visiter, laquelle luy estoit ung tesmoignage non petit que vostre intention estoit de vous entretenir en bonne amityé avec elle, puisqu'au milieu des grands et très urgentz affères de vostre royaulme, et mesmement de ceulx où vous vous trouviez à présent enveloppé, ez confins d'icelluy, vers le Languedoc, il vous playsoit d'avoyr en mémoyre ceste visite, sur laquelle elle considéroit assez vos empeschementz; mais elle vous promettoit bien qu'en quel temps qu'elle vînt, elle tesmoigneroit au monde qu'elle l'acceptoit de bon cueur, et qu'elle la recepvoit à très grand honneur, et pour une marque de la plus parfaicte intelligence qu'elle desire avoyr avec quelconque aultre prince qui soit en la Chrestienté; et puisque luy offriez de luy garder sincèrement les droictz de vostre amityé, qu'elle vous prioit de croyre qu'elle vous conserveroit perpétuelle et inviolable ceulx de la sienne, bien qu'elle ne se pouvoit assurer qu'il n'y en eût, près de vous, qui vous persuadoient aultrement, et qui desiroient vous voyr brouillez ensemble, et la troubler à elle en son estat, mais qu'elle ne layrroit, pour cella, de donner foy à ce que luy promettiez, et de souhayter, de tout son cueur, l'establissement de voz affères et la tranquillité de vostre estat; et que la mesmes offre, qu'elle avoit faicte au feu Roy, vostre frère, aulx troubles de son temps, elle la tournoit fère à Vostre Majesté en ceulx qui se sont ressucitez du vostre:

C'est que, si voyez qu'elle puisse quelque chose pour les réduyre à de bons termes de paix, avec la conservation de vostre authorité et réputation, et avec toutz les advantaiges qui doibvent estre réservez à ung roy et prince souverain, qu'elle est preste de s'y employer en la mesme forme qu'elle desire demeurer establie sur ses propres subjectz, et non à rien moins que cella. En quoy s'il luy pouvoit apparoir que eussiez offert aulx vostres, non toutes les condicions qu'ilz voudroient, mais quelques unes, honnestes et tollérables, pour satisfère à leurs consciences, et d'autres pour les rendre aulcunement assurez contre les justes meffiances que vous mesmes jugés bien qu'ilz ont occasion d'avoyr, et qu'ilz ne s'en voulussent contanter, qu'elle les réputeroit lors substretz de la droicte religyon pour entrer en une manifeste rébellion contre Dieu et contre leur prince naturel, et comme telz elle ayderoit, de tout son pouvoir, à les chastier et réprimer.

De quoy l'ayant bien fort remercyé avecques une suyte de toutz les honnestes propos que j'ay estimez convenir à l'expression de vostre bon desir à la paix, sans m'arrester nullement à son offre, sinon de l'assurer que je le vous signiffieroys le plus près que je pourrois des mesmes termes qu'elle me l'avoit dicte, je luy ay satisfaict à ce qu'au reste elle m'a demandé: s'il n'y avoit poinct cependant suspencion d'armes? Que véritablement non, et que j'entendoys que Mr de Bellegarde estoit devant Livron avec une bonne armée et vingt canons; et Mr le maréchal de Retz devant Riez, en Provence, avec une aultre armée et avec une aultre bonne bande d'artillerye; et le duc d'Uzès avec d'autres bonnes forces vers l'autre part de Languedoc; et Mr le maréchal de Monluc avec d'autres en la Guyenne; et Mr de Montpensier continuoit le siège de Lusignan en Poictou: de sorte que Vostre Majesté avoit cinq armées aulx champs, et estiez prest d'introduyre encores bien d'autres grosses levées de reytres et de suisses, et estrangers, et joindre de très grandes forces de voz subjectz pour remédyer, par ce violent moyen, à la trop ostinée opiniastreté à voz subjectz, si les remèdes de vostre clémence et doulceur n'y pouvoient estre applicquez.

De quoy la dicte Dame s'est donnée beaucoup d'admiration, d'où, ny commant, après tant de ruynes et de calamités de vostre royaulme, vous pouvoient maintenant survenir tant de grands et esmerveillables moyenz. Et a adjouxté qu'elle vous prioit, sur toutes choses, de ne vouloir essayer l'extrémité, parce qu'après icelle n'y avoit plus, de ressource. Et puis a faict venir à propos de me dire que, depuis huict jours en çà, je l'avoys cuydé remettre en la mesme détresse qu'elle estoit, lorsque la feue Royne, sa seur, luy faisoit fère son procès dans la Tour sur des parolles qu'on avoit mal entendues d'elle; et qu'elle me pouvoit dire qu'encores jamays elle n'avoit, à son escient, intéressé l'honneur de gentilhomme ny de dame, qui fût au monde, et que pourtant je pouvois croyre qu'elle n'avoit touché ny entendu toucher, en façon que ce fût, à celluy d'une telle princesse comme la Royne, vostre mère; mais qu'elle n'avoit peu fère de moins, pour l'honneur et révérance du feu Roy, son père, que de dire qu'il n'avoit esté honnorable à elle de se mocquer de luy, si, d'avanture, elle l'avoit faict; et qu'elle verroit quelle interprétation elle y voudroit donner.

Je luy ay respondu que, à dire vray, j'estois, l'autre foys, party bien troublé de sa présence, ayant entendu des parolles qui tendoient, d'ung costé, à blasmer la Royne, vostre mère, et par conséquent Vostre Majesté mesmes, et, de l'autre, à mettre de l'altération en vostre mutuelle amityé; et que pourtant j'avoys cherché quelque radresse en cella, mais qu'à présent je demeuroys le plus satisfaict gentilhomme du monde, et me soubscripvois à ce qu'elle m'en avoit mandé, et à ce que présentement elle m'en disoit; dont espérois que bientost il luy viendroit aussy à elle tant de satisfaction, de cest endroict, que les mauvais rapportz en resteroient convaincus. Et suis passé à luy fère une petite négociation pour la Royne d'Escoce, et luy présenter une lettre qu'elle luy escripvoit, et une très belle coyfure de réseil, qu'elle luy envoyoit, fort mignonement ouvrée de la main mesmes de la Royne d'Escosse, avec le collet et manches, et aultres petites pièces appartenantes à cella, que la dicte Dame a eu autant agréables qu'il est possible. Et pense avoyr réduit les choses, entre elles, à quelques bons termes, pour n'estre besoing, Sire, que touchiez rien à l'ambassadeur d'Angleterre du changement qu'elle creignoit, jusques à ce que je vous en auray autrement escript. Et sur ce, etc.

Ce IIe jour de janvier 1575.

_Par postille à la lettre précédente._

Ceste princesse et les principaulx de son conseil m'ont si instamment pryé de remémorer à Vostre Majesté la promesse qu'avez faicte à milord de North, touchant l'affère de Me Warcop, que je vous supplie très humblement, Sire, d'y vouloir fère regarder, et luy pourvoyr; car, avec l'équité de sa cause, il est gentilhomme de mérite, et qui est fort bien veu et bien fort estimé de la Royne, sa Mestresse, et de toute sa court.

A LA ROYNE.

Madame, je suis retourné, ceste foys, si satisfaict de la Royne d'Angleterre, des honnestes et vertueux propos qu'elle m'a tenuz de Vostre Majesté, et de l'obligation qu'elle dict avoyr de vous aymer et respecter par dessus toutes les aultres princesses de la Chrestienté, et de la ferme créance qu'elle veut avoyr, attandu les honnorables offres d'amityé et d'alliance qu'elle a eues plus expresses de vous que de nul autre prince ny princesse qui vivent, qu'il ne peut estre que vous l'ayez volue offancer ny injurier, en vous mocquant et faisant ceste dérision, qu'on luy a dict du feu Roy, son père. Et a si bien rabillé ce que la collère et l'instigation d'autruy luy pouvoient avoyr faict advancer quelque parolle, que j'estime, Madame, s'il vous plaist luy escripre ung bon mot, de vostre main, sur l'interprétation de ce qui peut avoyr esté faict en cella; et que Vostre Majesté l'assure qu'il n'y a eu rien en dérision ny mocquerie d'elle ny du feu Roy, son père, que toutes choses se réduyront entre vous deux en aussy bons termes qu'elles ont esté jamays. Et de tant que cella ne peut estre, en ce temps, ny pour quelles occasions qui puissent survenir, sinon très commode et de beaucoup d'utillité aulx affères de Voz Majestez Très Chrestiennes, et au bien de vostre royaulme, je vous supplye très humblement, Madame, ne la vouloir mespriser. Et sur ce, etc.

Ce IIe jour de janvier 1575.

CCCCXXVIIe DÉPESCHE

--du VIIe jour de janvyer 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mousnyer._)

Nécessité d'envoyer promptement la légation annoncée pour complimenter Élisabeth de la part du roi.--Maladie de l'ambassadeur.--Ses instances pour obtenir son rappel.--Nouvelles des Pays-Bas, d'Irlande et de la Rochelle.

AU ROY.

Sire, ayant, par ma précédante dépesche, donné ung bien entier compte à Vostre Majesté des propos qui ont esté tenuz entre la Royne d'Angleterre et moy, à ce nouvel an, j'ai depuis travaillé, et fais tousjours tout ce que je puis pour entretenir la dicte Dame et ceulx de son conseil aulx meilleurs et plus exprès termes de vostre amityé qu'il m'est possible, affin qu'ilz ne se layssent conduyre, d'ailleurs, à fère des dellibérations qui vous puissent estre nuysibles, ny qui soient pour apporter de l'empeschement à l'establissement de voz affères. Et bien qu'ilz s'assemblent assez souvant pour traicter des entreprinses de l'année où nous entrons, si ne descouvrè je qu'ilz se résolvent, pour encores, à rien de bien certain, jusques à ce qu'ilz puissent voyr quelle yssue prendra le pourparlé de paciffication que Vostre Majesté a commancé avec ceulx de leur religion, car il semble bien, Sire, que la dicte Dame, avec aulcuns des mieulx intentionnés de son conseil, vous desirent de bon cueur la réduction de voz subjectz; mais il est bien certain qu'elle ny pas ung d'eux ne voudroient, en façon du monde, qu'elle advînt par une deffinition d'armes; et je crains par trop, si le dict pourparler vient du tout à se rompre, que leurs dictes dellibérations, avec celles des Allemantz, lesquels, par messagers ordinayres, confèrent quasy toutes les sepmaynes ensemble, ne se résolvent, en faveur de voz dictz subjectz, à vous susciter avec eulx une guerre plus longue et plus pleyne de difficultez et de dangers que n'ont esté les précédantes. Dont, affin, Sire, que, en tout évènement de paix ou de guerre, l'on ne puisse ainsy facillement divertyr ceulx cy de vostre intelligence, comme je voy bien que ceulx qui envyent vostre grandeur, et ceulx qui la creignent, s'efforcent de le fère, je vous supplye d'envoyer bientost visiter la dicte Dame, et la requérir de la confirmation de la ligue; car j'espère, moyennant cella, que je pourray bien, avec le gentilhomme qui viendra pour cest effect, et avec celluy qu'envoyerez me succéder, fère en sorte que les aultres poursuyvans, qui sont à présent icy, demeureront exclus de la pluspart de leurs demandes; et que je pourray laysser à mon successeur les choses de vostre service en très bonne disposition par deçà.

En quoy, Sire, pour l'occasion de mon indisposition, laquelle me rengrège si fort, à toute heure, qu'à peyne ozè je plus habandonner la chambre, je suis contrainct de presser, plus qu'autrement je ne ferois, Vostre Majesté, de la venue des dictz deux gentilzhommes, joinct que Me Wilson a naguyères escript de Bruxelles qu'il avoit obtenu telle expédition qu'il avoit peu desirer sur toutz les poinctz de sa légation, et que le commerce d'Anvers estoit réouvert aulx Angloix, et l'amityé avec le Roy d'Espaigne s'alloit renouer plus estroictement que jamays, se louant infinyement des bonnes chères et des festins et accueils et bons trettementz que le grand commandeur et le duc d'Ascot, et don Bernardin de Mendossa, et aultres seigneurs de celle court luy avoient faict; ce que venant à estre mis en comparayson des choses que milord de North a mal rapportées de France, je sentz bien que quelques ungs s'efforcent d'en relever la part d'Espaigne par dessus celle de Vostre Majesté, dont est besoing de quelque ayde et de quelque prompt entretènement pour y remédyer.

Les choses d'Irlande succèdent, à ceste heure, assez heureusement à ceste princesse depuis la réduction du comte d'Esmont, qui luy a remis cinq fortz entre mains. Et le comte d'Essex en a gaigné deux ou troys, et en faict réédiffyer quatre; dont demande, à présent, ung renfort de soldatz, affin de les garnyr bien très toutz; et si, a prins, à ce que j'entends, Briant Mac O'Nel, qui est escossoys, prisonnyer. Et le susdict comte d'Esmont promect qu'il fera bientost réduyre tout le païs à une bonne tranquillité soubz l'obéyssance de la Royne d'Angleterre.

L'on dict qu'il est party de Flexingues une flote de dix huict bons navyres de guerre pour aller courre la coste d'Espaigne, et se retirer, puis après, en Brouage.

Il y a ung jeune homme, naguyères revenu de la Rochelle, qui rapporte que Mr de La Noue en est party, avec quarante chevaulx, assez malcontant des habitants; bien que les ministres font courir le bruict qu'il est allé, avec troys centz chevaulx, recueillyr aultres troys ou quatre centz chevaulx en Périgort, et six centz harquebouziers; et qu'avec ces forces, et aultres qu'il pourra assembler, il dellibère d'aller combatre Mr de Montpensier, et secourir ceulx qui sont dans Lusignan. Et sur ce, etc.

Ce VIIe jour de janvier 1575.

CCCCXXVIIIe DÉPESCHE

--du XIIIe jour de janvyer 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)

Retards apportés à la négociation de la paix en France.--Démarches faites auprès de Mr de Méru par les protestans.--Mort du duc de Bouillon et du cardinal de Lorraine.--État de la négociation de la paix.

AU ROY.

Sire, avec les honnestes propos d'amityé que j'ay tirés des deux dépesches de Vostre Majesté, du Xe et XIIIIe du passé, qui me sont arryvées le quatriesme et sixiesme d'estui cy, j'ay mis peyne d'entretenir la Royne d'Angleterre, et ceulx qui guident ses dellibérations, en la meilleure disposition que j'ay peu; et ay, par là, assés faict suspendre les responces qu'aulcuns s'efforçoient d'avoyr d'elle sur les présentz affères qui se débatent en vostre royaulme; qui, avec bonnes parolles, les a remys jusques après que, par la procheyne légation que luy envoyerés, elle aura pu cognoistre comme vous entendez de vivre avec elle. Il est vray, Sire, que je sentz bien que, sur les difficultez que l'ambassadeur d'Angleterre a escript qui se trouvoient si grandes, en la paciffication de voz subjectz, que Vostre Majesté perdoit quasy l'espérance de ne les pouvoir plus réduyre sinon par la force, il a esté donné quelque parolle là dessus, qui a beaucoup contanté les poursuyvans. Et a l'on mis en avant je ne sçay encores bonnement quoy, sur la nouvelle qui est arryvée de la mort de Mr de Boillon[3], touchant ses deux places de Sedan et de Jamays.

[3] Henri Robert de La Mark, duc de Bouillon, mort le 2 décembre 1574.

Et le cinquiesme de ce moys est arryvé, en ceste ville, ung provençal, nommé Pierre Garnier, de Marseille, qui monstre estre assés habille homme et homme d'affères; lequel dict que, voyant la guerre en son pays, il avoit volontiers prins l'occasion de s'en esloigner, soubz prétexte de marchandise, et qu'il attandoit de bref ung navyre sien qui luy estoit de grande importance. Et incontinent est allé trouver Mr de Méru, feignant toutesfoys d'estre homme fort indifférent, et de n'avoyr poinct sceu que Mr de Méru fût icy, mais que, pour avoyr esté d'autresfoys fort cognu de Mr Dampville, il luy vouloit bien fère la révérance, et luy a faict les forces de son dict frère fort grandes, de vingt mille harquebusiers et troys mille chevaulx. Dont, bientost après, le dict sieur de Méru est allé à Ampthoncourt négocier quelque chose là dessus avec ceste princesse et avec ceulx de son conseil; et, encores depuis, il y est retourné, quand l'homme du docteur Dayl a esté arryvé, avec la dépesche de son maistre, du XXIXe du passé, par la quelle il assure que Mr le cardinal de Lorrayne estoit trespassé le jour de Noël, qui a esté une nouvelle à ceulx cy non mal agréable, à cause de la Royne d'Escosse, mais j'assure fort que je n'en ay poinct de confirmation. Et semble que le dict Sr de Méru se prépare pour retourner de bref en Allemaigne, et m'a l'on dict qu'il emmeyne avecques luy le jeune Montgommery, frère puyné de celluy qui s'en est retourné à la Rochelle avecques sa femme.

Le susdict ambassadeur d'Angleterre avoit desjà escript, icy, du deppart des depputez de Languedoc, en une certeyne façon qui faisoit assés doubter que vous desirissiés la paix; mais j'ay faict voyr que nul ne debvoit trouver estrange si aviez renvoyé les dictz depputez sans leur accorder celle convoquation qu'ilz demandoient estre faicte à Nismes; car, oultre qu'elle tiroit les choses en longueur, vous leur avez proposé d'autres expédientz qu'ilz n'avoient poinct rejettez, lesquelz ilz estoient allez conférer avec ceulx qui les avoient depputez, en intention d'incontinent après vous venir retrouver, et que cepandant vous dellibériez, avec les depputez de Monsieur le Prince, lesquelz vous attendiez d'heure en heure, de disposer la matière pour la fère venir à quelque bonne conclusion. Ce qui a, de rechef, remis ceulx cy en l'opinyon de la paix. Et le mesmes ambassadeur leur a escript que, depuis la mort de Mr le cardinal de Lorrayne, l'on en avoit plus d'espérance. Et sur ce, etc. Ce XIIIe jour de janvier 1575.

CCCCXXIXe DÉPESCHE

--du XIXe jour de janvyer 1575.--

(_Envoyée exprès jusques à Calays par Jehan Volet._)

Injonction faite à l'ambassadeur d'intercéder vivement auprès d'Élisabeth pour Marie Stuart.--Crainte qu'une pareille démarche ne soit inopportune.--Espoir que la reine d'Écosse est pour le moment hors de danger.--État de la négociation de la paix en France.--Promesses faites par Élisabeth aux protestans de France et d'Allemagne.--Armemens préparés secrètement à Londres.--Nouvelles de la Rochelle.--Négociation de la paix dans les Pays-Bas.

AU ROY.

Sire, à ce premier chef de vostre dépesche, du XXe du passé, que j'ay receue le tréziesme d'estuy cy, par où Vostre Majesté me mande que je m'opose au transport de la Royne d'Escosse, je ne fauldray d'y satisfère, quand j'entendray, par elle, ou que je sentiray, icy, qu'il en sera besoing, bien que nulle autre chose pourra estre prinse en pire part, ny plus mal interprétée de la Royne d'Angleterre et des siens, que l'instance que j'en pourray fère, parce qu'elle et eulx ne sont de rien au monde si jaloux que de tout ce qui, au nom de Vostre Majesté, vient estre dict ou faict en faveur de ceste princesse. Néantmoins je n'obmettray rien de tout ce qu'il vous plaist m'en commander avec la deue observance, toutesfoys, qu'y sera requise, pour n'altérer rien de voz affères par deçà. Dont je loue Dieu que, pour ceste heure, il n'y fault rien fère; car il est desjà pourveu, si plus grand accidant ne survient, qu'elle ne sera poinct changée de la garde du comte de Cherosbery.

Et pour l'autre segond chef de vostre dicte dépesche, j'ay mis peyne de fère voyr, icy, de quelle bénignité vous avez commancé de tretter avec les depputez du Prince de Condé, et combien vous desirez et avez bonne espérance de mettre de bref la paciffication en vostre royaulme. Qui vous promectz, Sire, que les aultres depputez des eslevez de Languedoc ne furent pas plus tost départis d'Avignon, sans avoyr rien faict, que les suppostz de la nouvelle religyon, qui sont icy, n'allassent incontinent à Ampthoncourt, devers la Royne d'Angleterre et devers ceulx de son conseil, y estant lors Mr de Méru, pour leur donner entendre que, sur des difficultez non petites, et sur certeyne forme d'articles qu'ilz leur monstreroient, toute l'espérance de la paix estoit rompue, et que les eslevez se trouvoient sy gaillards qu'ilz se mettroient bientost en campaigne; et que, dans peu de jours, le Prince de Condé seroit prest de descendre, avec de grandes forces, d'Allemaigne en France; dont supplyoient la dicte Dame de se vouloir, à ce coup, bien résoudre de leur donner, sinon ouvertement du secours d'hommes, aulmoins celle faveur de son royaulme, par mer et par terre, que le temps et l'occasion leur pourroit admener d'en avoyr besoing.

A quoy j'entends qu'elle leur a respondu qu'elle estoit en bonne amityé et intelligence avec Vostre Majesté, et ne leur pouvoit, pour ceste heure, rien promettre à vostre préjudice, mais qu'elle se réservoit de leur fère une bien plus expresse responce dans bien peu de moys, qu'elle auroit veu comme vous dellibèreriez de demeurer avec elle, et comme vous entendriez de demeurer avec eulx; et que, si cepandant elle pouvoit estre moyen de quelque réconciliation entre Vostre Majesté et eulx, elle offroit de s'y employer de tout le pouvoir et moyen qu'elle en auroit. Et les a ainsy renvoyez.

Néantmoins il se poursuyt tousjours une secrette dellibération d'armer bon nombre de navyres, et de mettre jusques à huict mille hommes dessus, par apparance d'en vouloir secourir le Roy d'Espaigne, et Guoras s'en entremet aulcunement; mais ceulx qui considèrent l'affère de près jugent que c'est toute aultre chose qu'on couvre là dessoubz. Dont je mettray peyne d'y avoyr l'œil le plus ouvert qu'il me sera possible.

Deux jeunes hommes partys de la Rochelle le segond de ce moys sont arryvez, n'y a que troys jours, en ceste ville, avec quelque commission de passer en Ollande; et ont apporté diverses dépesches à plusieurs, expéciallement à Mr de Walsingam, lequel s'est retiré pour ung moys en ceste ville, affin de se fère panser de son accoustumée difficulté d'urine. Et j'entends qu'ilz rapportent que le Sr de La Noue estoit retourné à la Rochelle, le XXIXe du passé, et pareillement le baron de Miraubeau, et le lieutenant de Poictiers en Brouage, ayantz fally à deux entreprinses, pour lesquelles ilz estoient partys: l'une, de Zainctes, où leurs eschelles pour estre trop chargées s'estoient rompues; et l'autre, de St Jehan d'Angely, où ceulx de dedans, qui estoient de leur intelligence, pour l'espérance procheyne de la paix n'avoient voulu interrompre leur repos, mais que, si la guerre continuoit, ilz faysoient estat de s'en rendre facillement maystres; et qu'ilz n'avoient, de plus près que Barbesieux, approché Lusignan, estantz hors d'espérance de le pouvoir secourir, de quoy ilz vouloient advertyr ceulx de dedans, affin de prendre party, lesquelz estoient en extrême nécessité de toutes aultres choses, ormis de bled et de farine qu'ilz en avoient encores pour longtemps. Et ont les dictz deux rochelloys assés déclaré que ceulx de leur ville et les aultres eslevez de tout ce quartier là inclineroient bien fort à la paix.

Me Wilson a escript, de Flandres, que les choses s'y tournoient fort disposées à la paix, s'estant le grand commandeur layssé entendre que le Roy, son Mestre, pourroit condescendre de retirer les Hespaignols, et laysser à ceulx de la nouvelle religyon la liberté de conscience sans exercisse, et de remettre toutz les anciens privilèges du pays, et confirmer le gouvernement de Ollande et Zélande au prince d'Orange, et de luy rendre son filz qui est en Espaigne; et qu'à cest effect il y avoit des depputés devers le dict prince tant de la part de l'Empereur, comme entreméteur, que ung du conseil d'estat du Pays Bas, pour en dresser des articles. Et sur ce, etc.

Ce XIXe jour de janvier 1575.