Part 23
J'ay retiré, avec assez de difficulté, ung passeport, signé de huict de ce conseil, pour envoyer ung des miens porter les lettres de Vostre Majesté en Escosse; mais je suis tousjours en peyne de ce que j'ay mandé, par mes précédantes, que le comte de Morthon ne voudra, en façon du monde, recepvoir personne qui n'ayt addresse au Prince d'Escosse comme à Roy, et à luy comme à régent. Dont attandray encores le segond commandement de Vostre Majesté là dessus. Et vous diray cependant, Sire, que j'ay faict une négociation, depuis huict jours, en quelque endroict de ce royaulme, par laquelle j'espère qu'il sera mis assez d'empeschement à celle tant chaude praticque, qu'on menoit, d'avoyr le dict jeune Prince d'Escosse par deçà, et que les picques, qu'on nourrissoit entre ceste princesse et la Royne d'Escosse, demeureroient pour la pluspart esteinctes. Du Rua n'a point encores esté renvoyé par le vidame, et sont, toutz deux, avec le prince d'Orange. Ce qu'il a publié, que les affères alloient bien, de là où il venoit, semble avoyr esté plus dict à artiffice, pour le cuyder ainsy fère acroyre, que pour la vérité. Car l'on a, depuis, remarqué que les ministres ont esté fort troublés du peu d'espérance, qu'il leur a donnée, que les forces d'Allemaigne vueillent marcher pour eulx, s'il n'y a du contant, ou assurance de plus grand somme, qu'ilz n'ont moyen, pour encores, de fournir, ny de bailler respondant. Et vouloit le dict Rua destourner le vidame de n'aller poinct par dellà, l'assurant qu'il n'y advanceroit rien. Néantmoins les ministres, pour maintenir, par ung aultre endroict, leurs affères en réputation, publient que Mr le maréchal Dampville s'est ouvertement déclaré pour eulx, et qu'il s'est saysy de Beaucayre, Montpélier, Aygues Mortes et Narbonne; et que le cappitaine Montbrun a deffaict sept enseignes de gens de pied de Vostre Majesté, et qu'à Lusignan, ceulx de dedans ont faict une si brave sallye, qu'ilz ont mis en roupte tout le camp de Mr de Montpensier: et s'y mesle, je ne sçay quoy, de Mr de Savoye, ez dictz propos, que je n'ay encores bien comprins. Sur ce, etc.
Ce XIIIe jour de novembre 1574.
ADVIS, A PART, A LA ROYNE.
Madame, en ceste conférance, que j'ay eue avec le comte de Lestre, oultre les propos que je déduictz en la lettre du Roy, vostre filz, qu'il m'a tenuz, il m'a dict davantage que la Royne, sa Mestresse, ne se pouvoit donner, à ceste heure, tant de repos, du costé de France, comme elle avoit faict jusques icy, parce qu'on luy avoit révellé que Vostre Majesté ne l'aymoit nullement, et que toutes ces honnestes démonstrations, dont uziés vers elle, n'estoient que pour l'entretenir, pendant que le Roy, vostre filz, et Vous, estiés bien empeschés ailleurs; mais que, toutz deux, luy gardiés une dangereuse pensée, pour l'effectuer, quand le temps vous y pourroit servir;
Néantmoins qu'elle résistoit fort à ceste persuasion, et desiroit, plus que chose du monde, qu'elle peût cognoistre qu'il en alloit aultrement, car, si elle se pouvoit bien assurer de vostre droicte amityé, encor qu'elle se sentît bien avoyr des ennemys près du Roy, néantmoins elle n'auroit plus à estre ny en difficulté, ny en doubte, d'aulcune chose de dellà.
Sur quoy j'ay admené au dict sieur comte la pluspart des évènementz, qui ont apparu en la Chrestienté, depuis que Vostre Majesté manye les affères de France jusques à maintenant; et que l'ordre et succez d'iceulx avoit bien peu fère voyr à la Royne, sa Mestresse, que, oncques, il ne luy estoit advenu de rencontrer une si constante amye, ny sy persévérante, en toutes occasions, comme Vostre Majesté luy avoit toujours esté.
Et l'ay pryé qu'il voulût bien remarquer cella pour en rendre capable sa Mestresse, et pour la mettre hors de ceste faulce et fascheuse impression qu'on luy avoit voulu donner. Ce qu'il a monstré de beaucoup gouster, et m'a promis de fère en sorte que sa Mestresse le gousteroit, et s'en contanteroit.
Et me remettant, Madame, pour ceste foys, de toutes aultres choses au contenu de la lettre du Roy, vostre filz, je adjouxteray seulement, icy, une nouveaulté qui est arrivée, en ceste ville, le VIe de ce moys, qu'après la première marée du matin, ainsy que l'eau commançoit à baysser, une aultre marée est soubdain revenue, qui a remonté: et est venue si haulte qu'elle a inondé bien avant dans le pays, chose que ceulx cy ont prinse pour un grand présage et y donnent diverses interprétations.
CCCCXVIIe DÉPESCHE
--du XVIIe jour de novembre 1574.--
(_Envoyée exprès jusques à Calays par Jehan Volet._)
Conférence de l'ambassadeur avec les seigneurs du conseil.--Retour en Angleterre du frère de lord de North.--Nouvelles de la Rochelle.--Mécontentement d'Élisabeth contre la comtesse de Lennox, au sujet du mariage de son fils avec la fille du comte de Schrewsbury.--Défense qui lui est faite de continuer son voyage en Écosse.--Nouvelles de ce pays.--_Avis à la reine-mère._ Conférence de l'ambassadeur avec Walsingham.
AU ROY.
Sire, les sept premiers et principaulx du conseil d'Angleterre, avec d'autres seigneurs de ceste court, sont venuz, le jour de St Martin, prendre leur dîner en mon logys, et Mr de Walsingam, qui estoit l'ung d'eux, m'a dict qu'il avoit charge de me fère les recommandations de la Royne, leur Mestresse, et m'assurer qu'encor qu'elle fût absente elle desiroit de communicquer, aussy bien que eulx, qui estoient présentz à ceste conjouyssance, que je cellébroys, de l'heureux retour de Vostre Majesté; et que, non seulement elle leur avoit volontiers donné licence d'y venir, ains avoit prins grand plésir de voyr que, allègrement et fort vollontiers, ilz y venoient. Pour laquelle honneste démonstration d'elle, j'ay pryé le Sr de Walsingam de luy dire que, mille et mille foys, je luy baysois très humblement les mains, et que je ne fauldroys de le signiffyer à Vostre Majesté. Et vous puis dire, Sire, quand à iceulx seigneurs du conseil, qu'il n'y en a eu pas ung qui n'ayt mis quelque honneste propos en avant pour honnorer vostre valeur et vertu, et pour cellébrer les rares et excellantes qualitez que Dieu a mis en vostre personne; monstrans ung singullier desir que l'amityé puisse continuer, bonne et droicte, entre Vostre Majesté et la Royne, leur Mestresse, avec une bonne et parfaicte intelligence entre voz deux royaulmes.
Sur quoy je leur ay remonstré que c'estoit de eulx mesmes que principallement avoit à dépendre le succez de ce grand bien, parce qu'ilz guidoient les intentions de leur Mestresse, et régloient les actions de ses subjectz; et que je les priois qu'à l'appétit et persuasion d'aulcuns, qui se faisoient, à crédit, et sans aulcune juste occasion, eulx mesmes malcontantz, ilz ne voulussent dellibérer chose aulcune, ny en dissimuler nulle aultre, par deçà, qui peût susciter de l'altération en ceste bonne amityé: car pouvoient penser que ce ne seroit par injures et déplaysir, ains par honnestes gratiffications, et mutuelles bénefficences, que la dicte amityé se rendroit perdurable.
Ilz m'ont répliqué que pleût à Dieu que toutz ceulx de vostre conseil fussent d'aussy bonne intention vers la dicte amityé, et aussy promptz de la vous persuader, comme ilz la desiroient de leur part, et estoient prestz de la conseiller toujours à leur Mestresse; et qu'encor que, quelquefoys même, ilz ne le vouloient pas nyer, ilz prêtassent l'oreille aulx malcontantz, sellon qu'il n'estoit pas expédient de la leur fermer du tout, si me prioient ilz de croyre qu'ilz sçavoient assez bien comme s'excuser, et se couvrir de leurs importunitez, et qu'en effect vous ne trouveriez que toute bonne correspondance en leur Mestresse, et en eulx, et en tout ce royaulme, pour veu qu'ilz peussent cognoistre de la disposition bonne en Vostre Majesté.
J'ay à eulx toutz, en général, et encores à quelques ungs, en particulier, aprofondy davantage ce propos, parce que, le jour précédant, estant la nouvelle, dont j'ay faict mencion en la fin de ma dernière dépesche, arrivée, j'eus advertissement que Me Quillegreu, lequel est assez dilligent de brouiller tousjours les affères, estoit aussy allé trouver Mr de Méru, et avoit assemblé les plus aspres ministres chez luy, et puis l'avoit mené à Amtoncourt. De quoy m'estant imprimé beaucoup de souspeçon, j'ay bien voulu tout clèrement la leur descouvrir, mais ilz m'ont pryé de n'estre en peyne, et n'en vouloir encores donner, de cest endroict, à Vostre Majesté; car vous estiez en très bons termes avec la Royne, leur Mestresse, pour establir une mutuelle et très ferme assurance entre vous, et que pourtant il se failloit bien garder de ne rien précipiter.
Et s'en estantz, le jour d'après, iceulx seigneurs tournez vers leur Mestresse, ilz ont trouvé que le frère de milord de North estoit arrivé, lequel, en passant, a tenu à ceulx de ses amys, qu'il a rencontrez en ceste ville, plusieurs propos de fort grande satisfaction, du lieu d'où il venoit. Et j'ay aussytost envoyé en court, pour observer, au vray, le rapport qu'il y feroit.
Ceulx de la Rochelle ont faict une fort ample dépesche aulx ministres et aultres de la nouvelle relligyon, qui sont icy, du XIIIIe du passé, par où j'entendz qu'ilz monstrent de desirer la paix, et qu'ilz ont, au retour de Roger, vostre valet de chambre, que leur aviez envoyé, dépesché incontinent le Sr de Bessons vers Vostre Majesté; et néantmoins, pour n'espérer telles condicions de seureté, ny tant d'exercisse de leur religyon comme ilz desireroient, ilz remonstrent qu'ils font cepandant grand dilligence de se munir, par terre et par mer, et de pourvoyr leur ville, pour soubstenir la guerre; et sollicitent ceulx de deçà de leur moyenner du secours pour le besoing, et de leur envoyer des armes et des pouldres, et aultres monitions. En quoy je mettray peyne de leur y estre le plus oposant qu'il me sera possible. Les dictz ministres font un grandissime cas de la conversion du Sr Dampville, et disent qu'il a de grandes forces aulx champs, qui marchent pour eulx, et beaucoup de bonnes et fortes places à sa dévotion. Et m'a l'on confirmé, qu'ilz continuent de mesler Mr de Savoye fort avant au discours de ces choses; et que bientost l'on me sçaura dire en quelz propres termes ilz en parlent, dont je ne fauldray d'en advertyr incontinent Vostre Majesté.
Il est advenu que la comtesse de Lenox, faysant son voïage vers le North, s'est rencontré avec la comtesse de Cherosbery, et a moyenné, pour le jeune comte de Lenox, son filz, le mariage de la fille de la dicte comtesse, bien qu'elle en fût en termes avec la duchesse de Suffolk, pour le filz de la dicte duchesse; et ont passé oultre à fère les nopces, sans attandre la volonté de la Royne d'Angleterre; laquelle s'en trouve si offancée qu'elle a contremandé la dicte comtesse de Lenox et son filz; et pense l'on qu'elle les fera mettre dans la Tour. Duquel évènement je suis, d'ung costé, bien ayse, parce que le voïage de la dicte comtesse demeure interrompu, et qu'elle n'yra poinct en Escosse; et, d'ailleurs, je crains qu'ayant faict amityé avec la comtesse de Cherosbery, elle la rende ennemye de la Royne d'Escosse.
J'ay sceu que, en Escosse, les choses se maintiennent encores assez paysibles, et que le comte d'Athol, qu'on disoit avoir esté tué, se porte bien, et n'a eu nul mal; et que le comte de Morthon a esté fort malade, mais qu'à présent il est guéry, et qu'encor qu'il continue de se fère haïr, il se faict néantmoins tousjours craindre et obéyr. Sur ce, etc. Ce XVIIe jour de novembre 1574.
Je viens de recepvoyr vostre pacquet, du dernier du passé, sellon lequel Me North a grande occasion de bien cellébrer la faveur et bon traictement, que milord de North, son frère, a receu de Vostre Majesté.
ADVIS A PART, A LA ROYNE.
Madame, je racompte sommayrement, en la lettre du Roy, ce qui s'est passé avec les seigneurs de ce conseil, quand je les ay festoyés, le jour de St Martin, en mon logis; et adjouxteray davantage que, le mesmes jour, j'ay tiré, à part, Mr de Walsingam pour luy dire que Voz Majestez Très Chrestiennes avoient plus de plésir de son advancement, et de le voyr monter en authorité, en ceste court, que de gentilhomme qui fût en Angleterre, pour la bonne opinyon qu'aviez conceue de sa vertu et de sa suffisance; et n'y avoit qu'une seule chose qui vous mît en suspens de luy, c'est que vous l'aviez ung peu cognu extrême au faict de sa religyon, dont creigniez qu'il se formalizât, et qu'il se rendît plus parcial, qu'il n'estoit besoing, près de la Royne, sa Mestresse, pour ceulx qui s'estoient eslevez en vostre royaulme.
En quoy j'estois bien ayse qu'il eût gousté, depuis qu'il estoit dans ce conseil, mieulx qu'il n'avoit faict auparavant, les poinctz qui appartiennent à la souverayne authorité d'ung prince, pour considérer qu'ayant le Roy, vostre filz, premier que de venir à la couronne, exposé mainte foys et azardé fort courageusement sa propre personne pour la religyon catholicque, c'estoit bien tout ce qu'avec sa réputation il pouvoit fère, pour ceulx de l'autre religyon contrayre, que de leur octroyer l'entière restitution de leurs biens, la seureté de leurs personnes, et la liberté de leurs consciences; et que, si, dorsenavant, sa Mestresse et ceulx de son conseil favorisoient leur opiniastreté, ny pareillement celle des malcontantz qui leur voudroient adhérer, qu'il failloit qu'elle et eulx confessassent de soustenir ung très maulvais exemple de rébellion, dans l'estat du Roy, qui seroit, possible, quelque jour, de très grand préjudice au leur.
A quoy il m'a respondu qu'il baysoit très humblement les mains de Voz Majestez, et qu'en mettant toute la peyne, qu'il pourroit, d'honnestement s'employer près de la Royne, sa Mestresse, pour vostre service, il s'efforceroit d'esgaller ses actions à la bonne opinyon qu'il vous playsoit avoyr de luy; et qu'il ne voyoit pas que la dicte Dame ny les siens eussent à se formalizer beaucoup pour les eslevez de vostre royaulme, si leur octroyés, ou ne leur octroyés poinct, tout ce qu'ilz demandent de leur religyon; et que, sellon son advis, s'ilz obtenoient de leur prince l'entière liberté de leur conscience, qu'ilz debvoient, attandant mieulx, louer Dieu, et se contanter; mais qu'il y avoit bien aultre chose qui mouvoit sa Mestresse, c'estoit de voyr que toutes les dellibérations du Roy, vostre filz, s'alloient formant par ung conseil qu'elle avoyt très suspect, et que, si ne luy faisiés cognoistre qu'elle peût establir très confidemment une bonne intelligence avec Voz Majestez mesmes, sans danger d'estre interrompue par ceulx qu'elle a opinyon que ne la voudroient pas, qu'il me vouloit librement dire que vous ne trouveriez jamays que meffiances et difficultez, et très grandes escrupulles, du costé d'elle.
Et bien que je me soys efforcé de luy rabatre ceste sienne impression, comme très mal fondée, il a monstré d'entendre si parfaictement tout ce qui dépandoit de ce poinct, et toutes les circonstances d'icelluy, que je n'en ay peu tirer aultre chose, sinon que, pour la fin, il m'a dict qu'il supplioyt très humblement Voz Majestez de croyre que, estant parfaictement angloix, nul seroit jamays meilleur françoys, en Angleterre, que luy; et que bientost il reviendroit en ceste ville, tout exprès, pour me visiter, et pour conférer privéement de toutes choses avecques moy.
CCCCXVIIIe DÉPESCHE
--du XXIIe jour de novembre 1574.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Satisfaction d'Élisabeth à raison de l'accueil fait en France à lord de North, son ambassadeur extraordinaire.--Desir des protestans du Poitou et de la Rochelle de faire la paix.--Description de phénomènes atmosphériques survenus en Angleterre.
AU ROY.
Sire, j'entends que, de la lettre que milord de North a escripte, et du rapport que son frère a faict, il demeure ung très grand et souveraynement bon tesmoignage de Vostre Majesté en ceste court, et que toutz deux ont loué bien fort à la Royne, leur Mestresse, l'honnorable façon de laquelle il vous a pleu recepvoyr sa légation; et vous ont attribué, sur ce qu'ilz ont peu comprendre de la gravité de voz responces, et de la dignité de voz actions et de vostre royalle personne, toutes les excellantes et plus belles parties qui se pourroient desirer en ung prince. De quoy aulcuns eussent bien voulu qu'ilz eussent moins dict, et moins escript, et qu'ilz eussent espargné la vérité; mais ilz ont parlé droictement, et si, ont fort assuré qu'aviez bonne inclination à la paix, et que néantmoins vous n'obmettiez une de toutes les provisions qui estoient nécessayres pour une bien forte guerre; en quoy toutes choses vous y alloient, de jour en jour, succédant sellon vostre desir. Bien est vray qu'ilz avoient opinyon que, de la déclaration de Mr Dampville vous pourroit survenir des difficultez nouvelles, et non petites, en la dicte guerre, et du retardement beaucoup en la paix, toutesfoys qu'ilz avoient cuydé sentir que ceulx de la nouvelle religyon ne se fioient que bien à point de luy, et qu'ilz creignoient que, pour retirer son frère aysné, et fère revenir ses aultres frères, et accomoder ses affères, il pourroit bien entreprendre de vous fère quelque extraordinaire service à leurs despens.
Sur quoy il m'a esté mandé que la dicte Dame avoit seulement respondu qu'elle s'estoit toujours bien attendue, que vous uzeriés de quelque bonne démonstration vers elle, mais non de si grande et si pleyne d'honneur et de faveur, comme aviez faict en l'endroict de son ambassadeur, dont elle vous en avoit beaucoup d'obligation; et qu'elle se resjouyssoit bien fort qu'eussiez la volonté d'amortir ces émotions de vostre royaulme par la voye de douceur, sellon qu'elle réputoit estre une chose trop plus heureuse que recouvrissiez de voz subjectz, avec leur amour et bienveillance, en leur donnant la paix, l'obéyssance naturelle et parfaicte qu'ilz vous doibvent, que si, par une définition de guerre, vous ne regaignés sur eulx que une domination pleyne de terreurs, d'espouvantement, et d'indignation cachée dans leurs cueurs; et qu'au reste elle vouloit suspendre son jugement du faict de Mr Dampville jusques à ce qu'elle en sceût mieulx la vérité. Et j'estime, Sire, que les choses demeureront en cest estat jusques au retour de milord de North, lequel l'on espère que pourra estre icy à la fin de ce moys.
L'on m'a raporté que ceulx de Poictou et de la Rochelle, par le discours de leurs lettres, qu'ilz ont escriptes par deçà, du XIIIIe et XVIIIe du passé, monstrent, à bon escient, qu'ilz desirent la paix; et que, regardans à plus de choses que ne font ceulx qui les incitent à la guerre, mandent à leurs agentz que, s'ilz peuvent trouver de bonnes et seures condicions vers Vostre Majesté, qu'ilz sont toutz résolus d'y entendre; et que ce sont ceulx de la noblesse qui principallement les y persuadent. De quoy les ministres de ceste ville, qui creignent quelque diminution en leur religyon, s'en trouvent grandement escandalizés, et s'en esmeuvent, plus que je ne le sçauroys dire, et ne layssent nulle pierre à mouvoir pour interrompre ce bon euvre, sollicitantz ung chascun, et veillantz, jour et nuict, pour dresser des remonstrances et une longue responce par dellà, affin d'y divertyr les gens de bien de ce bon et sainct propos, et les abuser d'une veyne espérance de secours d'Angleterre, d'Allemaigne et de Flandres; et font tenir prest ung Lachemaye, qui, naguyères, en est venu, pour le renvoyer avec ceste ample dépesche. Dont je desireroys, Sire, que fissiez uzer de quelque dilligence vers les dictz de Poictou et de la Rochelle, pour prévenir vers eulx la malice des dictz ministres; et, de ma part, j'essaye bien, par les meilleurs moyens que je puis, de fère escripre l'agent de la Rochelle et les aultres, qui sont de ce quartier là, tout au contrayre de leurs dictes dépesches. J'entendz que, depuis deux jours, les dictz ministres font courir, de main en main, une déclaration qu'ilz disent venir de Mr le Prince de Condé, et quelques aultres escriptz que je n'ay peu encores recouvrer; mais je feray dilligence de sçavoyr que c'est, pour en advertyr Vostre Majesté.
Il semble que, sur ce malcontantement, que la Royne d'Angleterre a conceu de la comtesse de Lenox, qu'elle dellibère de renvoyer Me Quillegreu en Escosse. Je ne sçay à quelles fins; mais je feray observer l'occasion pour quoy c'est, affin de pourvoyr, le mieulx que je pourray, qu'il n'en viegne détriment à vostre service. Et sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de novembre 1574.
La dicte Dame et les siens sont aulcunement espouvantez des prodiges, qui apparoissent par deçà; et mesmes que, depuis la double marée, du VIe de ce moys, il a esté veu de grands brandons de feu, en l'ayr, qui ont rendu les deux nuicts, du XVe et XVIe du présent, aussi lumineuses et clères comme de plein jour, encor qu'il ne fît poinct de lune. Et ont continué les dictz feux, en diverses figures, depuis les deux heures après minuict, jusques envyron les huict heures du matin, que le soleil estoit desjà bien haut. Sur quoy, aulcuns astrologiens de ce royaulme ont esté mandez; mais ne sçay encore quelle signiffication ils y donnent.
CCCCXIXe DÉPESCHE
--du XXVIIe jour de novembre 1574.--
(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Danger de la reine d'Écosse.--Prière de Marie Stuart au roi pour qu'il la prenne en sa protection.--Instances des protestans de France auprès de Mr de Méru.--Résolution des habitans de la Rochelle de se défendre jusqu'à la dernière extrémité.--Changement apporté dans les bonnes dispositions des Anglais par la violation de la capitulation de Fontenay.
AU ROY.