Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 20

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Madame, celluy que j'avoys, il y a desjà assez longtemps, dépesché en Escoce, quand Me Quillegreu y alla, est revenu depuis deux jours, lequel m'a rapporté de plusieurs seigneurs, à qui il dict avoyr parlé, et leur avoyr bayllé mes lettres, par dellà, leurs responces de bouche, parce qu'ilz n'ont ozé m'escripre, ne m'ayant apporté que celle seule du comte d'Arguil, et du laer de Quelseit, par escript.

Je m'assure que l'on ne veut souffrir au dict pays, en façon que ce soit, qu'on y propose rien contre la ligue de France; et mesmes le comte de Morthon monstre de ne le vouloyr essayer, par ce, possible, qu'il sent qu'aussy bien il ne le pourroit mener à bout; et qu'encores qu'il se laysse entretenir et poursuyvre par grande instance de Me Quillegreu, sur la consignation de la personne du jeune Prince à la Royne d'Angleterre, qu'il n'y a apparence quelconque, (quand bien l'avarice l'aveugleroit de s'en obliger à elle moyennant quelque somme d'angelotz, ainsy qu'on dict qu'on luy en promect beaucoup), qu'il le puisse néantmoins, sans beaucoup de contradiction, ny sans beaucoup de danger, effectuer; et mesmement, si Voz Majestez Très Chrestiennes faictes voyr et entendre par dellà que vous ne le voulez, ny mesmes n'estes pour souffrir qu'il se face.

Le mesmes messager m'a aussy apporté une lettre du duc de Chastelleraut pour la Royne d'Escoce, et ung petit pourtraict du jeune Prince, son filz. J'advizeray de le luy fère tenir par la plus seure et commode voye qu'il me sera possible; et j'espère que, par cest aultre messager, que j'ay dernièrement dépesché au dict pays, lequel toutesfoys cestuy n'a pas rencontré, les seigneurs de dellà seront davantage confirmés en leur bonne dellibération vers le Roy, vostre filz, et vers sa couronne.

La femme du comte de Morthon est morte depuis quinze jours en çà, au grand contantement de son mary, qui est après à choysir party; et s'espère que, par le moyen de quelque alliance, il se réduyra à plus de modération qu'il n'en a monstré jusques icy.

Mr de Méru est retourné, depuis deux jours, de devers ceste princesse, avec laquelle il a esté huict jours entiers. Et j'entendz qu'il a esté fort humaynement receu d'elle, et que les seigneurs de ceste court luy ont faict beaucoup d'honneur et beaucoup de courtoysyes, l'ont traicté et l'ont accompaigné à la chasse, et luy ont donné tout le playsir qu'ilz ont peu. Et l'ung d'eux m'a mandé que je ne fusse poinct en peyne de chose qu'il peût pourchasser vers elle, car m'assuroit que, si elle n'eût esté bien certeyne qu'il n'avoit à luy parler qu'avec grand honneur et respect de Voz Majestez Très Chrestiennes, et que seulement il la vouloit requérir d'intercéder pour Mrs les mareschaulx, ses frère et beau père, qu'elle ne l'eût aulcunement admis en sa présence. Tant y a que je ne lairay, pour cella, de le fère tousjours observer, affin de vous mander, le plus au vray que je pourray, quelz seront ses déportementz.

J'ay sceu, à la vérité, que la dépesche de Mr le docteur Dayl, du Ve du présent, a engendré assez d'escrupulles en ceste court, mais l'on ne m'a encores sceu bien discerner sur quelles particularités ce peut estre; tant y a que, depuis, est arryvé ung de ses secrettères, nommé Devet, lequel est venu en dilligence, de qui les propos n'adoulcissent pas beaucoup ce que son maistre avoit altéré. Et, auparavant le dict Devet, estoit passé, icy, ung qui se dict serviteur de madame de Ferrare, lequel ne s'est nullement addressé à moy, ains m'a l'on dict qu'il a eu grande communicquation avecques Villiers et avec les aultres ministres françoys qui sont en ceste ville.

Milord trézorier, estant encores le dict Sr de Méru à la court, s'est retiré en une sienne mayson des champs, pour quelques jours, assez près de ceste ville, où il a festoyé les agentz des princes d'Allemaigne; desquelz j'entendz que celluy du comte Palatin est escouçoys, frère de Me Robert Melvin, et les principaulx supostz et entreméteurs de la nouvelle religyon s'y sont trouvez, qui m'ont rendu davantage curieux de fère observer ce qui s'y feroit. Et l'on m'a rapporté que la responce y a esté rendue aulx dictz agentz, et leur dépesche bayllée pour s'en retourner; mais je n'ay encores peu sçavoyr qu'est ce qu'elle contient, ny si Mr le vydame, qui a bien esté au festin, l'a sceue, lequel s'est enfin entièrement résolu de passer avec les dictz agentz en Allemaigne. Mais je croy que ce ne sera sans me venir dire adieu, et je ne fauldray de l'exorter vifvement qu'il ne vueille rien mouvoir par dellà qui puisse estre contre l'intention de Voz Très Chrestiennes Majestez, ny contre le desir qu'il a tousjours montré avoyr à la tranquillité du royaulme. En cestuy mesmes festin du dict grand trézorier m'a esté suscité ung aultre escrupulle, pour la comtesse de Lenox qui s'y est trouvée, et pour avoyr icelluy grand trézorier et Me Quillegreu, et le dict Melvin, agent du comte Palatin, conféré longuement et fort estroictement avec elle; dont, depuis, j'ay sceu qu'elle s'apreste d'aller jusques en une sienne mayson qui est vers le North, et que, de là, elle passera en Escoce, pour visiter le jeune Prince, son petit filz, ce que je juge n'estre à aultres fins que pour essayer de l'avoyr entre ses mains, affin de le transporter par deçà, et que ceulx cy veulent, en toutes sortes, tenter tous moyens à eulx possibles pour surmonter les difficultez qui s'y pourroient trouver. A quoy je vous supplye très humblement vouloir pourvoyr du costé de dellà; car je crains bien fort que, nonobstant ce que m'a rapporté le messager, qui naguères en est venu, je ne pourray mettre assez de suffizans obstacles, du costé d'icy, pour les empescher. Et sur ce, etc.

Ce XXIXe jour de septembre 1574.

Ainsy que je signois la présente, milord de North m'a envoyé dire, par ung sien gentilhomme, que la Royne, sa Mestresse, ayant eu advertissement par son ambassadeur, comme le Roy, vostre filz, estoit arryvé à Lyon, elle luy avoit incontinent commandé de haster son partement pour l'aller trouver, et qu'il dellibéroit de partir, le quatriesme ou cinquiesme d'octobre, mais que, devant cella, il me viendroit visiter, ainsy qu'il avoit commandement de le fère; et cependant me prioit de donner ordre qu'à Bouloigne, et sur les chemins, il peût trouver des chevaulx prestz pour fère meilleure dilligence. Dont présentement j'en fays ung mot de lettre à Mr de Calliac; et je vous suplye très humblement, Madame, de commander ce que Vostre Majesté sçayt estre expédient pour le fère honnorer et bien recevoyr, tant par les chemins qu'arryvant à la court, sellon que ce premier acte, de la confirmation d'amityé d'entre le Roy, vostre filz, et la Royne, sa Mestresse, semble infinyement le requérir.

CCCCVIIIe DÉPESCHE

--du Ve jour d'octobre 1574.--

(_Envoyée jusques à Bouloigne par ung des gens de milord de North._)

Desir d'Élisabeth de conserver l'alliance avec la France.--Départ de lord de North.--Négociations des princes d'Allemagne.--Pacification de l'Irlande.--Nouvelles d'Écosse.

A LA ROYNE, RÉGENTE.

Madame, je n'ay receu les lettres de Vostre Majesté, du VIIIe de septembre, jusques au vingt uniesme jour de leur dathe, à cause que la mer a esté si haulte qu'on ne l'a peu passer, sinon envyron la fin du moys; et, avec icelles, j'ay receu la coppie de la lettre que la Royne d'Angleterre a escripte, de sa main, à Vostre Majesté; en laquelle, encor qu'elle uze de beaucoup de digressions, et d'aulcunes formes de parler qui n'expliquent qu'à demy ce qu'elle a voulu dire; et, en d'autres endroictz, elle s'efforce d'en fère plus comprendre qu'elle n'en veut exprimer, si descouvre elle bien avant de l'intérieur de son cueur; et monstre de l'avoyr grandement esmeu, et que diverses impressions la mettent à ne sçavoyr comme espérer de l'amityé du Roy, vostre filz, ny si elle se doibt résoudre de renouveller la ligue avecques luy, au cas qu'il le luy demande, ou bien si elle doibt retourner à celle de Bourgoigne.

Et en cella, Madame, j'ay à dire à Vostre Majesté que, depuis le passage du Roy, vostre filz, en Italye, et la bonne et grande opinyon qu'on dict qu'ung chascun a conçue de luy, à voyr seulement sa présence, et son maintien, et ses vertueux déportemens, partout où il a passé, joinct sa précédente réputation, et la grandeur et bonne fortune qui l'accompaignent, il n'est pas à croyre combien les agentz du Roy d'Espaigne, icy, se sont imprimés une merveilleuse jalousie de luy; lesquelz travaillent, plus qu'ilz ne firent jamays, de séparer ceste princesse de son intelligence, et mettent toute la dilligence, qu'ilz peuvent, d'entretenir par fréquentes sollicitations et par promesses et présantz ceulx qui sont auprès d'elle, et de gaigner nomméement ceulx qu'ilz estiment qui ont de l'affection à la France; dont n'est sans difficulté qu'on peut maintenant tenir, icy, relevé le nom du Roy et de sa couronne. Néantmoins je ne veux désespérer qu'il n'y trouve encores de la correspondance, parce que ceste princesse, en son cueur, ne le hayt poinct, ains l'ayme, et desire estre aymée de luy, comme de celluy qu'elle estime et prise, sur toutz les princes qui vivent; et si, n'a pas grande inclination à l'Espaigne, ny ne peut encores prendre confiance de ce costé là. Dont se pourra fère, Madame, que, par ceste nouvelle ambassade, qu'elle vous envoye maintenant, si, d'avanture, Voz Majestez la reçoyvent favorablement, et en font ainsy cas, comme elle monstre de l'espérer, que les choses se remettront facillement aux mesmes bons termes qu'elles estoient.

D'une chose ne me puis je assés esbahyr, sur quoy elle s'est peu fonder d'avoyr présupposé, en sa lettre, que Vostre Majesté eust apprins de quelqu'ung de ses conseillers qu'elle se tenoit offancée du Roy, car je luy fis voyr par voz propres lettres que c'estoit de la depposition du comte de Montgommery que Vostre Majesté l'avoit tiré; mais, à dire vray, elle se trouva lors si surprinse, quand je vins à luy toucher ce poinct, qu'elle a bien voulu, depuis, prendre le prétexte de ceste plaincte pour en esteindre si bien, si elle peut, la mémoyre, qu'il n'en soit jamays, en peu ni en prou, aulcune nouvelle, ny de vostre costé ny du sien.

La pluspart de ceulx, qui sont ordonnez pour accompaigner ceste ambassade, sont desjà partis de ceste ville, et milord de North, l'ambassadeur, partira demain. J'ay desjà adverty Mrs de Gourdan et de Calliac, et Mr de Crèvecœur, de son voïage, affin de le fère bien recevoyr, et le fère accomoder de chevaulx en Picardye. Et je vous supplye très humblement, Madame, de commander qu'il soit bien receu et accomodé au reste du chemin, et qu'il luy soit faict honneur et faveur, quand il arryvera vers Voz Majestez; car l'on prendra, icy, un grand argument de vostre intention, sellon qu'on verra que uzerés vers luy. Il a charge, après les complimentz faictz, de parler vifvement à Voz Majestez du faict des déprédations, et semble qu'on desire, icy, que luy faciés avoyr conférance avec les deux du conseil qui sont depputés là dessus.

Les agentz des princes d'Allemaigne viennent de partir, lesquelz, à ce que j'entendz, n'emportent rien de contant, mais seulement une promesse de deux centz mille escuz, qu'ilz ont demandé, qu'on les leur fera fournir de ce royaulme, en espèces, ou par crédit, pour fère les levées, au cas que la paix ne succède en France. Et en y a qui présument que desjà il est allé en Hembourg une partie de ces escus que je vous ay mandé qu'on a nouvellement forgez; dont sera bon d'en fère éventer par dellà la faulceté, affin qu'ilz demeurent descriez. Mr le vydame faict toutes les dilligences qu'il peut pour s'en aller avec les dictz depputés, mais, comme aulcunes nécessitez le convient de s'en aller, aussy il y en a d'aultres qui l'empeschent de partir. Me Astafort, jeune gentilhomme de ceste court, s'est desjà embarqué dans leur vaysseau, et s'en va jusques là où sont les dictz princes, pour revenir bientost rapporter de leurs nouvelles.

Le comte d'Esmont n'a pas esté faict prisonnyer, en Irlande, comme l'on me l'avoit rapporté, ains ceste princesse a si bien accommodé ses affères au dict pays, par voye d'accord, avec présans et promesses, et gracieuses condicions, que le dict comte, avec quatre mille hommes, s'est remis au service d'elle, et Mac O'Nel est repassé en son païs du North d'Escosse, avec quatre mille harquebouziers qu'il avoit admenez. Et, à présent, les officiers et agentz de la dicte Dame vont reprenant la possession des places, sans qu'on leur y face de résistance: vray est qu'on crainct tousjours bien fort l'instabilité de ceste nation.

Ung de mes amys me vient d'advertyr qu'indubitablement la praticque de livrer le Prince d'Escoce par deçà a esté bien fort en avant, et qu'elle a esté sur le poinct d'estre exécutée, si le comte d'Honteley et Me Alexandre Asquin ne l'eussent empeschée; et qu'on présume, en ceste court, que cella est venu de mon advertissement, et qu'il fault qu'on m'observe de plus près. Il y en a aussy qui pensent que, de tant que ceste princesse n'a pas monstré d'en estre trop marrye, qu'elle mesmes, soubz mein, les en a faictz advertyr; tant y a que le voïage, dont je vous ay cy devant escript, de la comtesse de Lenox, pour aller visiter le dict Prince, se poursuit; et je suis après à descouvrir sur quelle intention elle y va.

Il y a icy desjà de longtemps un gentilhomme polounoys, de la mayson d'Alasco, et y en est arryvé encores d'autres, depuis la venue du Roy, qui ne m'ont, ny les ungs ny les aultres, visité; ains ilz sont souvant visitez par les ministres françoys et flammans, qui sont icy; et si, ont esté quelquefoys en ceste court, et de la court l'on a envoyé vers eulx. Il vous plerra me mander si j'auray à fère aulcun office en leur endroict. Sur ce, etc.

Ce Ve jour d'octobre 1574.

CCCCIXe DÉPESCHE

--du Xe jour d'octobre 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Conférence de l'ambassadeur avec lord de North.--Desir d'Élisabeth de connaître les intentions du roi.--Sa réponse aux envoyés des princes d'Allemagne.--Sollicitations pour Marie Stuart.

A LA ROYNE, RÉGENTE.

Madame, premier que milord de North soit party, il m'est venu visiter, et m'a discouru, en général, de la bonne intention que la Royne, sa Mestresse, a vers le Roy, vostre filz, et comme elle desire infyniement de se maintenir en bonne paix avecques luy, et garder inviolablement avec Vostre Majesté la vraye amityé que vous vous estes, longtemps y a, promise l'une à l'autre, et estreindre, s'il est possible, plus fort que jamays, celle en quoy il vous a pleu nourrir tousjours toutz Noz Seigneurs, voz enfantz, avecques elle; dont, s'il peut vous bien explicquer sa commission, tout de mesmes que la dicte Dame la luy a donnée là dessus, il ne faict aulcun doubte que n'en demeuriez très assurée; et que, de sa part, il s'en va très dellibéré de fère, en cest endroict, les meilleurs et plus exprès offices qu'il pourra.

De quoy je l'ay bien fort remercyé, et, après luy avoyr faict aulcunes remonstrances sur les escrupulles qu'on vous avoit suscités, de ce costé, je l'ay exorté de se déporter en façon que, en France et icy, l'on ayt à se louer de son élection à ceste charge. Et parce qu'ung mien amy m'a adverty que, le propre jour que sa dicte Majesté l'a licencié, elle a monstré d'estre aulcunement en peyne de ce que je ne luy allois annoncer l'arryvée du Roy à Lyon, ny luy fère entendre aulcune chose, de sa part; et qu'il y en y avoit, de ceulx qui aspirent à la retirer de l'intelligence de France, qui s'efforçoient de luy en fère une maulvayse interprétation; j'ay, soubz prétexte de visite, envoyé dire à ses plus expéciaux conseillers que je n'attandoys que l'heure qu'il m'arrivast une dépesche du Roy, vostre filz, pour aller trouver la dicte Dame; et que Vostre Majesté m'avoit escript, du VIIIe du passé, qu'il estoit desjà arryvé à Lyon, mais qu'il estoit si empressé, à ce commancement, qu'il n'avoit encores peu ouyr le gentilhomme que je luy avoys dépesché, néantmoins que, dans deux jours, ou troys, il les ouyroit à loysir, et puis me manderoit, par luy mesmes, ce qu'il voudroit que je fisse sçavoyr, de sa part, à la dicte Dame; et que cependant je ne fallisse de vous escripre à toutz deux du bon portement d'elle et de sa santé, dont les priois de m'en vouloir mander.

Sur quoy, après avoyr conféré avec elle, ilz m'ont mandé, par mon secrettère, qu'elle avoit eu très agréable ceste mienne dilligence, et s'en estoit plus grandement resjouye qu'ils ne le me sçauroient dire, et desiroit que j'eusse de quoy lui venir bientost compter des nouvelles du Roy, vostre filz, et que je les luy peusse tesmoigner aussy bonnes, comme elle les souhaytoit pour elles mesmes. Puis l'ung d'eux m'a mandé qu'elle n'avoit, en chose de ce monde, aujourdhuy, le cueur si tendu qu'à ouyr jusques aulx moindres particullaritez qui venoient de luy; et qu'il me pouvoit assurer que, de beaucoup de demandes qu'on luy avoit faictes depuis peu de temps en çà, elle s'estoit tenue ferme à n'en vouloir accorder aulcune, au préjudice de luy, que premièrement elle ne voye comme il se voudra déporter vers elle.

Néantmoins, Madame, je mettray, icy, ceste digression qu'on m'a adverty d'ailleurs qu'indubitablement les agentz des princes d'Allemaigne s'en sont retournés bien contantz des bonnes parolles et promesses qu'elle leur a données; et les dictz conseillers ont davantage dict à mon dict secrettayre qu'ilz avoient entendu que le Roy, vostre filz, desiroit bien fort la paix; néantmoins que les grosses forces, qu'il faysoit marcher, leur faysoient souspeçonner la guerre, et qu'on leur avoit dict qu'il se rendoit beaucoup plus assidu en ses affères que n'avoient faict ses prédécesseurs; et néantmoins se monstroit plus grave, et de difficile accès, que nul d'eux, et que leur Mestresse et eulx estoient à regarder, avec le reste de la Chrestienté, comme il formeroit ses affères, à ce commancement, affin de fère une conséquence comme ilz auroient à procéder tout le reste de son règne.

J'ay, à deux jours de là, renvoyé, encores une aultre foys, devers eulx, pour impétrer aulcunes honnestes et bien raysonnables demandes, que j'avoys à fère à leur dicte Mestresse et à eulx, pour la Royne d'Escosse, vostre belle fille, et pour leur fère voyr ung cahier de plainctes que Mr de La Melleraye m'a envoyé. Et sur ce, etc.

Ce Xe jour d'octobre 1574.

CCCCXe DÉPESCHE

--du XVe jour d'octobre 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Certitude de l'arrivée du roi en France.--Nouvelle répandue en Angleterre que le roi, à son passage en Italie, a formé une ligue avec le pape.--Assurance donnée à l'ambassadeur qu'Élisabeth, pour la combattre, est entrée en ligue avec les princes protestans d'Allemagne.--Efforts des Anglais pour renouer l'alliance avec le roi d'Espagne.--Nouvelles d'Écosse.

AU ROY.

Sire, par ung des gens de l'ambassadeur d'Angleterre, lequel est arryvé icy, le Xe de ce moys, qui est le second courrier qu'il a dépesché à la Royne, sa Mestresse, depuis vostre retour, il l'a advertye comme Vostre Majesté, s'estant expédiée de ses plus pressans affères à Lyon, elle s'acheminoit maintenant à Reyms, pour y fère bientost son sacre et couronnement. De quoy la dicte Dame a estimé qu'elle avoit très bien faict d'avoyr desjà dépesché milord de North pour vous aller saluer de par elle, et estre l'une des premières qui honnoreront et se conjouyront de vostre heureux advènement à la couronne. Et par mesme moyen luy a escript que les depputés de ceulx, qui se sont eslevez en Languedoc et Daulfiné, n'ayantz peu obtenir, ny par leur requeste ny par l'intercession des agentz des princes d'Allemaigne, aulcun exercice de leur religyon, ilz s'estoient retirez, et les dictz agentz départis avec plus d'opinyon, les ungs et les aultres, de la guerre que d'espérance de la paix; et que Vostre Majesté avoit donné charge de parachever ceste guerre à Mr de Savoye, comme pour le déclarer desjà, et l'introduyre par là, à estre cappitaine général de la ligue qu'on présumoit estre entièrement conclue entre le Pape et Vostre Majesté et le Roy d'Espaigne, avec les aultres princes catholicques, contre les Protestantz et contre leur religyon.

Sur lequel advertissement, Sire, la dicte Dame et ceulx d'auprès d'elle se sont de nouveau restreinctz en conseil avec les principaulx personnages de ce royaulme, et ont contremandé les agentz, qui estoient desjà partis, des dictz princes protestantz pour, de rechef, entrer en conférence avec eulx; mais je ne sçay encores s'ilz ont rien changé de leurs précédentes dellibérations. Tant y a qu'ung de ce conseil m'a mandé qu'ilz s'ébahyssoient toutz comme, à l'apétit de troys centz mille escuz qu'on vous avoit offert de prest en Italye, vous vous estiez layssé persuader à la continuation de ceste guerre, laquelle vous ruyneroit de plus de vingt millions, et vous mettroit, possible, en danger de ne pouvoir jamays heureusement jouyr l'amplytude de vostre beau royaulme. A quoy je luy ay respondu que je n'avoys rien entendu des dictz troys centz mille escus, et n'en croyois rien, parce que vous n'estiés prince pour vous mouvoir de cella; et qu'indubitablement vous vouliés la paix, et entendiés de la donner, avec honnestes et raysonnables condicions, à voz subjectz, mais que nul, soubz le ciel, sçavoit mieulx que vous et la Royne, vostre mère, comme vous la leur debviez octroyer, et de quelle façon elle pouvoit estre utille à vostre royaulme; qui vouliez, comment que ce fût, comme chose très juste et très légytime, demeurer Roy et Mestre, et surmonter toutes les désobéyssances et violentes contradictions qu'on atempteroit contre vostre authorité, et ne souffrir uzurper aulcune loy par voz subjectz, sinon celle qu'ilz prendroient de vous, qui rechercheriés tousjours, aultant que vous pourriez, leur solagement et le repoz de leurs consciences; et qu'ilz ne debvoient vous presser de chose qui ne vous semblât loysible, et qui ne vous fût à playsir de la leur concéder.

Et, depuis cella, l'on m'a voulu fère croyre que la dicte Dame avoit passé oultre à se joindre formellement à la ligue, et à s'obliger aulx chapitres d'icelle, pour la contribution et secours, avec les dictz princes protestantz, et avec les dictz eslevez, de France et de Flandres; mais je ne puis ny veulx croyre que, jusques à ce qu'elle ayt entendu comme Vostre Majesté aura receu sa dernière ambassade, et comme il vous plerra uzer vers elle, qu'elle s'oblige à nulle nouvelle ligue, ny qu'elle conclue rien qui puisse directement tourner à vostre préjudice: car j'ay parolle et promesse fort expresse d'elle, et qui m'a semblé partir de son cueur, qu'elle ne le fera nullement. Vray est que je me crains assez qu'on l'ayt persuadée de fermer les yeulx sur les secretz moyenz que les susdictz agentz et les ministres, et aultres plus aspres suppostz de la nouvelle religyon, s'efforcent d'inventer, toutz les jours, pour cuyder maintenir et fortiffier davantage leur cause, ainsy comme, de ceste nouvelle forge d'escuz, dont j'ay cy devant escript, laquelle ilz poursuivent tousjours; et les espèces en sont si belles, sellon qu'ung homme de bien, qui en a veu, me l'a rapporté, et si parfaictement bien faictes au molinet, qu'il ne s'y peut cognoistre, ny au son, ny au poix, ny à la touche, rien de différent d'avecques les bons; et qu'il en est desjà allé, ce m'a il assuré, ung bon nombre en Hembourg, de toutes les dictes espèces, et nomméement cinquante mille, du coing de Vostre Majesté; dont je fay extrême dilligence d'en recouvrer ung des dictz escuz pour le vous fère voyr, et pour, avec telle monstre, me pleindre infinyement à ceste princesse de la tollérance d'une si grande faulceté.