Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 2

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Au regard du propos de Monseigneur le Duc, j'attands, d'heure en heure, Sire, que la dicte Dame me face appeller à Hamptoncourt pour me bailler sa responce. Et le comte de Lestre m'a promis qu'il sera fort dilligent et soigneux de luy recorder qu'elle ne me la vueille plus prolonger; et encores, à toutes advantures, j'envoye le Sr de Vassal présentement devers luy affin qu'il ne l'oublye. Cepandant j'ay visité milord de Burgley, à son commancement de guérison, pour conférer de cest affaire avecques luy, lequel m'a pryé de presser, le plus que je pourray, icelluy affère, et que, nonobstant qu'il soit contredict de plusieurs, que je n'en veuille encores mal espérer. Sur ce, etc.

Ce XVIIIe jour de janvier 1574.

A LA ROYNE.

Madame, premier que la Royne d'Angleterre soit partie d'icy pour aller à Hamptoncourt, encor que ce ayt esté bien soudaynement et à la haste, je l'ay néantmoins fort pressée, et faicte bien fort instamment presser, par milord trésorier et par le comte de Lestre, de me vouloyr fère sçavoyr la responce qu'elle entend fère à Voz Majestez Très Chrestiennes touchant le propos de Monseigneur le Duc, vostre filz; mais il ne m'a esté possible de tirer aultre chose d'elle, sinon que, dans peu de jours, elle me feroit appeler pour me la dire, et que, si elle se trouvoit maintenant un peu longue à se résouldre en cella, qu'elle vous prioit, Madame, de vous souvenir que vous aviés bien esté six moys entiers sans luy mander rien de certain touchant l'entrevue; à l'occasion de quoy elle vous supplioyt qu'à ceste heure vous layssiés compenser la longueur de l'une avec celle de l'aultre. Et bien, Madame, que je n'aye deffally de responce là dessus, elle m'a néantmoins fort conjuré de ne me douloyr de ce petit dellay, qui luy faysoit encores besoing, car m'assuroit qu'il ne seroit long. Et le comte de Lestre a prins en luy de m'envoyer ung de ses gentilshommes pour m'advertyr proprement du jour que j'iray trouver la dicte Dame; mais, ne m'attendant du tout à cella, je viens de luy dépescher, tout à ceste heure, ung des miens, affin de le luy recorder. Et semble qu'elle ayt esté persuadée d'accomplir ce que le duc d'Alve desiroit en cest affaire, qu'elle ne conclûd rien avec Monseigneur, vostre filz, sans avoyr entendu quelz advantages l'on luy feroit proposer pour le filz de l'Empereur; et, possible, aulcuns, en ceste court, s'attendent que le baron d'Aubigny en mette quelque chose en avant, et qu'il ayt charge d'en parler. Et il est bien certain que, toutes les foys que Voz Majestez Très Chrestiennes ont faict attacher chaudement ceste praticque, que, du costé d'Espaigne, l'on n'a fally, soubz aultres prétextes, d'envoyer soubdain icy des ambassadeurs pour y donner tout l'empeschement qu'on a peu; tant y a qu'on me faict accroyre que debvés encores paciemment attandre ceste responce, sans vous désespérer de vostre pourchas.

Et milord Trésorier, avec lequel j'en ay, depuis deux jours, fort estroictement conféré, m'a dict que les adversayres du propos, encor qu'ilz soient en grand nombre, n'ont, jusques à ceste heure, peu prévaloyr contre la dellibération des principaulx du conseil, qui sont fort bien résolus pour le mariage de leur Royne. Sur ce, etc.

Ce XVIIIe jour de janvier 1574.

CCCLXIIe DÉPESCHE

--du XXVIe jour de janvier 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Audience.--Nouveaux retards apportés à la négociation du mariage.--Mission du baron d'Aubigny.--Communication faite par l'agent de la Rochelle.--Assurance donnée par l'ambassadeur que le roi ne veut rien attenter contre cette ville.

AU ROY.

Sire, j'ay esté, le XXe de ce moys, à Hamptoncourt, pour presser ceste princesse de me vouloir fère sa responce sur le propos de Monseigneur le Duc, et elle a monstré qu'elle estoit preste de le fère, et que nulle difficulté, ny argument du passé, y donnoit plus d'empeschement, s'en estant elle, avec ceulx de son conseil, entièrement bien résolue; mais qu'il estoit survenu, de nouveau, aulcuns escrupules, aulxquels elle pensoit que Vostre Majesté pourroit facillement satisfère, lesquels iceulx de son dict conseil jugeoient estre expédient de les oster, premier qu'elle peût bien respondre. Et me les a fort amplement desduicts, et m'a dict qu'elle feroit promptement partir ung courrier, devers son ambassadeur, pour vous faire entendre le tout, affin que Vostre Majesté n'estimât que ceste remise fût sans beaucoup de fondement.

J'ay respondu à toutz ces escrupulles de la dicte Dame, et plus à ceulx dont j'estois adverty qu'elle estoit vifvement touchée dans son cueur, qui estoient véritablement considérables, et desquels elle ne me faisoit poinct de mencion, que à ceulx dont elle me parloit; et l'ay fort adjurée de ne vouloir, pour cella, interposer plus de longueur en sa responce, de peur que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le Duc, ne l'interprétissiés à une manyère de deffaicte; et qu'il n'estoit besoing qu'elle envoyât en France, ny qu'elle attandît aulcune satisfaction de dellà, car ce que je venois de luy respondre pouvoit suffire à elle, et aux seigneurs de son conseil, pour demeurer bien esclarcys de toutz les dicts escrupulles.

Elle m'a réplicqué qu'elle me prioit donc de vouloir fère communicquation, à quelques ungs de son dict conseil, des articles de mes dépesches, que je luy venois de déduyre, affin qu'ilz en peussent prendre aultant de satisfaction qu'elle: comme j'ay faict à milord trésorier et au comte de Sussex. Et suys maintenant à poursuyvre, comme devant, la susdicte responce, laquelle j'espère avoyr bientost. Et pense, Sire, que, par le rapport, que le cappitaine Mazin vous aura faict, de la rigueur qu'on luy a tenue, au repasser en France, Vostre Majesté aura comprins d'où est procédé l'ung de leurs dicts escrupules, qui n'a esté si petit qu'ilz n'en ayent faict tenir les passages sérés, pour quelques jours, et faict surprendre beaucoup de pacquetz; dont encores quelques ungs des miens en ont esté retardés.

Le baron d'Aubigny, après avoyr esté, cinq jours, en ceste court, festoyé et caressé, et l'avoyr ceste princesse fort bénignement ouy, par deux foys, et luy avoyr baillé responce aulx troys lettres, qu'il luy a apportées, du duc d'Alve, du grand commandeur et des Estatz de Flandres, car n'en avoit du Roy d'Espaigne, bien qu'on l'ayt voulu publier aultrement, il a esté favorablement licencié d'elle, avec présant d'une chayne de quatre centz escuz. Et aulcuns luy ont voulu toucher, en passant, qu'elle se vouloit, plus estroictement que jamays, confédérer avec le Roy d'Espaigne, et luy envoyer bientost ou le vicomte de Montégu, ou milord Sideney, et que seulement elle s'entretenoit avec Vostre Majesté pour gaigner temps. Néantmoins, le jour d'après, ung estranger, qui est icy, lequel est fort du party d'Espaigne et inthime amy de Gouaras, m'est venu chaudement rechercher d'une praticque, de laquelle je résous faire cy après mencion à Vostre Majesté; laquelle monstre bien qu'ilz procèdent entre eulx d'une grande deffiance, et que, nonobstant la venue des deux depputés des Pays Bas, qui semblent n'attandre que le retour du dict d'Aubigny à Dounquerque, pour passer deçà, ilz ne s'attandent guyères, de pas ung costé, qu'ilz puissent bien accomoder leurs différants.

Ceulx de la Rochelle, devers lesquels le comte de Montgommery avoit dépesché ung sien secrettère, pour leur donner compte des frays du secours qu'il leur avoit admené, durant ce siège, luy ont renvoyé en dilligence le dict secrettère.

Et despuis, l'agent de la Rochelle m'est venu dire, que, suyvant la promesse, qu'il m'avoit faicte, de me conférer tout ce qui surviendroit, icy, concernant ceulx de sa ville, il me vouloit bien advertyr qu'il avoit receu lettres d'eux, par lesquelles ilz luy confirmoient la vérification de l'entreprinse, qui avoit esté faicte, pour livrer eulx, et leur ville, à un misérable saccagement; non qu'on luy mandât que ce fût, du sceu ny du commandement de Vostre Majesté, mais qu'ilz avoient évité ung très grand et manifeste danger; et estoient encores en quelque frayeur de ce que les garnisons, d'alentour d'eux, se grossissoient et renforçoient, chacun jour, et qu'ils entendoient qu'une nouvelle levée de Suisses avoit esté mandée, et qu'en divers ports du royaulme s'équippoient en guerre beaucoup de navyres. Ce qu'ayants les gentilshommes et aultres de la nouvelle religion eu bien fort suspect, il s'en estoit retiré quelque nombre en leur ville, non qu'ils les y eussent appellés, mais ilz y estoient venus, de eulx mesmes, pour éviter le danger, et pour recognoistre d'où procédoit le fonds de ceste entreprise; et que le dict agent sçavoit bien que iceulx habitants n'avoient aultre affection que de vivre en vrays et loyaulx subjects, sans exception quelconque, que de ce, seulement, qu'il avoit pleu à Vostre Majesté leur octroyer par le dernier édict; et qu'ilz ne cherchoient que la seule seureté, laquelle si se pouvoit trouver, non seulement la ville seroit preste d'obéyr à vostre vouloir, comme elle fera tousjours, mais au simple mandement du moindre de voz officiers; et qu'il me prioit que, de ce costé, je voulusse signiffier ceste leur dévotion et servitude à Vostre Majesté, ainsy qu'il estimoit que, de dellà, ilz envoyeroient ung de leurs habitans pour le vous dire.

J'ay respondu, Sire, que, sans escrupulle aulcun, il se pouvoit assurer que Vostre Majesté garderoit inviolablement son édict à ceulx de sa ville, et qu'ilz n'avoient à souspeçonner ny les garnisons, ny les Suisses, ny les navyres dont ilz parloient: car, oultre que je pensois qu'il n'en estoit rien; encore, par nulle rayson ny par démonstration aulcune, il ne pouvoit estre ny vray ny vraysemblable que les volussiez tourner assiéger, sinon qu'ils se missent tant hors des termes de l'édict que eulx mesmes en fussent l'occasion; et que je craignois assés que ceste tant chaude allarme, qu'ilz s'estoient donnée, les eût desjà tant esmeus, et les fît passer si avant à des exécutions, et à recevoir gens de guerre en leur ville, et, possible, à d'aultres praticques ailleurs, qu'en lieu de se rendre, par iceulx habitants, Vostre Majesté favorable, ilz la provoqueroient contre eulx; et qu'icelluy agent avoit bien veu en quelle bonne sorte vous m'aviés commandé de parler, icy, de leur affère, et comme vous aviés approuvé l'exécution qu'ilz avoient faicte; et j'espérois que, par mes premières, je luy pourrois encores donner si bon compte de toutes ces choses, dont il monstroit d'estre en peyne, qu'à mon advis il en resteroit consolé, et auroit de quoy en consoler ceulx de sa ville; et qu'en ce que je me pourrois employer, vers Vostre Majesté, pour la seureté qu'il m'avoit parlé, et pour leur procurer toute tranquillité, que je le ferois de bon cueur. De quoy il m'a fort remercyé, et, de rechef, m'a promis qu'il ne se traicteroit rien, icy, pour ses habitans que je n'en fusse participant. Et sur ce, etc.

Ce XXVIe jour de janvier 1574.

CCCLXIIIe DÉPESCHE

--du IIIe jour de febvrier 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)

Audience.--Réponse d'Élisabeth sur la négociation du mariage.--Consentement donné par elle à l'entrevue sous la condition qu'elle sera tenue secrète.

AU ROY.

Sire, après que j'ay eu donné une si ample satisfaction à milord trézorier, et au comte de Sussex, sur les escrupulles dont la Royne, leur Mestraysse, m'avoit parlé, qu'elle et ceulx de son conseil ont confessé que c'estoit assés, elle m'a mandé venir, le XXVIIe du passé, à Hamptoncourt; où, d'arrivée, elle m'a grandement remercyé de la franchise, dont j'avoys uzé, à communicquer le propre original de mes lettres à ces deux milords, et qu'elle estoit fort ayse qu'ilz y eussent trouvé cella mesmes que, sur ma parolle, elle leur avoit desjà respondu de l'intention de Vostre Majesté, touchant les dicts nouveaulx escrupulles; et qu'elle vous supplioit bien, Sire, ne trouver maulvais si elle se rendoit ainsy soigneuse de complaire à ses subjects, non à toutz, car ne se vouloit assubjectir à une si grande extrémité, mais à quelques ungs des principaulx qui monstroient avoyr leur fortune et leurs vies entièrement conjoinctes avec la personne, la condicion et l'heureux règne d'elle; et que, de tant que le propos de son mariage estoit principallement fondé sur le contentement de ses dicts subjectz, lesquels se trouvoient, de rechef, escandalizés pour la rumeur des choses qu'on rapportoit de France, elle jugeoit estre fort expédient que Vostre Majesté monstrât, par quelque effect, ainsy comme de parolle, contre ceulx qui machinoient la rupture de vostre édict, que vous voulés surtout qu'il soit inviolablement observé; tendant la dicte Dame, par là, à prolonger encores sa responce, jusques à ce que quelque justice fût faicte de ceulx qui ont troublé les choses de la Rochelle.

A quoy, prévenant son opinyon par des raysons qui seroient longues, à mettre icy, mais auxquelles elle a esté contraincte d'acquiescer, je luy ay faict voyr qu'il n'y avoit lieu aulcun d'uzer plus de remise.

Dont elle a suivy à dire qu'elle me feroit donc la meilleure et plus clère responce qu'elle pourroit. Qui a esté, Sire, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviés si longuement persévéré à pourchasser son alliance, et aviés uzé de si honnorables moyens vers elle, qu'avec la déclaration qu'elle vous avoit desjà faicte de se vouloir marier, elle vous déclaroit, de nouveau, que ce seroit de la mayson de France plustost que de nulle aultre de la Chrestienté; bien que, depuis peu de moys, il luy eût esté offert ung party bien grand et deulx aultres non petitz, fort honnorables, et aulcuns d'iceux assés agréables en ce royaulme, aulxquels elle n'avoit voulu respondre, et n'y respondroit rien tant qu'elle auroit espérance que celluy de Monseigneur le Duc peût réuscyr; lequel, oultre que, pour les grandes et royalles marques de l'extraction d'ung tel prince, et pour les excellantes qualités qu'on rapportoit de sa personne et de ses vertus, il estoit desirable, encor se santoit elle luy avoyr de particulliers debvoirs, qui la rendoient obligée de le préférer à quelque aultre party qui fût au monde; et que pourtant, sur les dernières dellibérations qu'elle avoit tenu de luy, (où l'on luy avoit, de rechef, par une si grande expression qu'elle en estoit demeurée toute esbahye, voulu assurer que la petite vérolle luy avoit layssé je ne sçay quoy de difformité en quelque endroit du vysage, qu'elle ne s'en pourroit jamays contanter, et qu'à ceste occasion l'entrevue avecques luy ne pourroit estre sinon ung commancement de désordre et de beaucoup d'offance entre Voz Majestés Très Chrestiennes et elle), elle avoit si bien débattu l'affère, par le rapport de Me Randolphe, et par le pourtraict qu'il luy avoit apporté, qu'on avoit bien cognu qu'elle vouloit conduyre le propos au desir de Monseigneur le Duc, d'estre sienne, si, en façon du monde, il se pouvoit honnestement faire; et, parce qu'elle ne se pouvoit bien résouldre, ains estoit en très grande perplexité d'accorder l'entreveue en public, pour des grandes raysons qu'on luy avoit alléguées, elle me prioit d'envoyer sçavoyr de Vostre Majesté et de la Royne, Vostre mère, et de Monseigneur le Duc, si vous pourriés trouver bon que la dicte entreveue se fît en privé; auquel cas elle l'accordoit, dès à présent, et me promettoit de me bailler telles seuretés, de sa main propre, si besoing estoit, pour Mon dict Seigneur, comme je les voudrois demander.

J'ay respondu, Sire, que plusieurs inconvénients adviendroient de ceste façon d'entreveue, et luy en ay allégué les raysons qui seroient longues à desduyre, la priant qu'en un acte si honnorable, et qui avoit à se passer entre très grands princes, et lequel estoit poursuyvi, de vostre costé, avecques tout honneur et grandeur, elle ne voulût y fère intervenir des actes petits, bas et cachés, qui n'en feroient que dimynuer la dignité; et pourtant qu'elle vous accordât entièrement l'entreveue, avec l'assurance du mariage, puisque, du contantement et félicité d'icelluy, elle pouvoit estre mieulx assurée par Me Randolphe, et par le pourtraict qu'il luy avoit apporté, que touts ces rapports contrayres, qui estoient notoyrement faulx, ne l'en debvoient mettre en doubte.

Elle a réplicqué que je luy ferois tort, si je ne croyois fermement qu'elle cherchoit de vous pouvoir complère, et de fère que Monseigneur le Duc et elle peussent estre maryés ensemble, car c'estoit ce qu'elle en avoit résolu, et son conseil en estoit bien d'accord avec elle. En quoy elle cognoissoit bien que l'entreveue estoit tousjours fort nécessayre, et, possible, plus pour luy que pour elle; mais que, de la fère publicque, il fauldroit que Monseigneur le Duc y vînt en magnifficence, pour estre tel prince comme il est, et que pareillement elle en uzât beaucoup pour le recevoyr; en quoy concourroient non seulement les yeulx de la France et de l'Angleterre, mais toutz ceulx de la Chrestienté: et si, puis après, le mariage ne succédoit, il y auroit de la matière de discours, et encores, possible, d'offance, beaucoup plus que si elle et luy se voyoient privément, car s'assuroit que si, après s'estre veus ainsy, il restoit aulcune occasion de se plaindre de quelque costé, que ce seroit du sien.

Et, sans que je l'aye peu mouvoir de ceste opinyon, elle s'est, mise à discourir des façons comme il pourroit venir incognu, et comme elle s'approcheroit vers la mer pour estre plus à propos; dont, de ses discours et de ceulx qu'aulcuns de ses conseillers m'ont faict depuis, je laysse au sieur de Vassal à qui je les ay commis, de vous en rendre compte. Et sur ce, etc.

Ce IIIe jour de febvrier 1574.

CCCLXIVe DÉPESCHE

--du IXe jour de febvrier 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Audience.--Négociation du mariage.--Insistance d'Élisabeth, malgré les réclamations de l'ambassadeur, pour que l'entrevue ait lieu secrètement.

AU ROY.

Sire, ayant la Royne d'Angleterre sceu par milord trésorier, lequel, après estre guéry, est, ces jours icy, retourné à la court, que je ne me tenois assez bien satisfait de la responce qu'elle m'avoit faicte, ny de la lettre qu'on m'avoit depuis escripte, elle a baillé charge à Mr Walsingam, venant en ceste ville, de m'y donner quelque si bonne interprétation que j'en peusse rester contant; mais, entendant que je debvois aller retrouver la dicte Dame, il a mieulx aymé que ce fût d'elle que je la receusse que non pas de luy. Et ainsy, après que j'ay eu faict part à la dicte Dame de toutes les particullarités de vostre lettre, du XVIIIe du passé, et mesmement de ce qu'aviés réduy les princes et seigneurs de vostre conseil à procéder, dorsenavant, d'ung bon accord aulx choses de vostre service; et du bon ordre qu'aviés commancé restablyr en vostre royaulme; et de la paciffication qu'espériés bientost du costé du Languedoc, sellon les bonnes nouvelles qu'en aviés freschement receues; aussy de celle qui continuoit vers la Rochelle, et comme l'alarme que s'estoient donnée ceulx de la ville se trouvoit de peu de fondement, dont ceulx qui y avoient accouru s'en estoient desjà retournés presque toutz en leurs maisons; et que néantmoins vous y aviés dépesché Mr de Saint Suplice pour examiner bien le faict, et y fère droictement observer l'édict; luy touchant, à ce propos, ce qui s'estoit entendu, qu'on eût traicté avec elle d'envoyer des forces par dellà, mais que vous n'en aviés rien creu, comme aussy il n'en estoit besoing, veu l'honnesteté dont me commandiés luy offrir beaucoup plus grand chose que cella; puis des remonstrances que son ambassadeur vous avoit faictes pour le commerce des Angloys en vostre royaulme, et pour y avoyr justice et pour leur y estre les anciens privilèges restitués, et pour la satisfaction d'aultres leurs pleinctes du présent, en quoy soubdain vous aviés commandé fère des dépesches à Roanet et ez aultres endroicts pour y pourvoir; je suis enfin venu à luy dire que, touchant le propos du mariage, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le Duc, vous estiés infinyement resjouys de deux choses que je vous avois escriptes: l'une est que Me Randolphe luy eût, par son rapport et par le pourtraict qu'il luy avoit apporté, donné pleyne satisfaction de ce qu'elle avoit desiré sçavoyr, du visage et de la disposition de Mon dict Seigneur, contre les faulx rapports qu'on en avoit faicts; l'aultre, que, sellon les propos que j'avoys depuis ouys d'elle, et sellon ceulx que ses deux conseillers m'en avoient tenus, je vous avois faict espérer qu'elle vous feroit une bonne responce. Dont me commandiés que je la conjurasse bien fort de la vous vouloir fère bientost, ainsy bonne et favorable, comme vostre longue attante et vostre persévérance, et les honnestes satisfactions que vous estiés tousjours efforcée de luy donner, et la conjoincte et constante bonne affection de toutz trois vers elle, la vous faisoient justement mériter.

A quoy elle, monstrant ung singulier plaisir des susdictes particullarités, lesquelles luy avoient osté les souspeçons, où l'on l'avoit volue mettre de vostre costé, m'a respondu plusieurs honnestetés, sellon sa coustume, de la confiance qu'elle prenoit, de jour en jour, plus grande de vostre amityé, et de la parfaicte assurance que vous vous deviés donner pour jamays de la sienne. Et puis, sur le propos de Monseigneur le Duc, m'a dict qu'elle avoit esté en peyne d'entendre que je n'eusse ainsy bien prins sa responce, comme elle pensoit me l'avoyr faicte fort bonne, sellon que j'avoys bien cognu que la perplexité, où l'avoient mise aulcuns, qui avoient naguyères veu Monseigneur le Duc, (lesquels, pour l'acquit de leur loyaulté, s'estoient venus descharger vers elle de ce qu'elle m'en avoit desjà dict), ne portoit pas qu'elle me peût parler plus ouvertement et plus cordiallement qu'elle avoit faict; car estimoit toucher à son honneur, premier que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, azardissiés la venue de Mon dict Seigneur par deçà, qu'elle vous deût clèrement mander tout ce qu'on luy en proposoit, et ce qu'on luy en faysoit craindre. Mais, affin que ne prinssiés argument qu'elle n'eût procédé tousjours fort sincèrement en cest endroict, et qu'elle ne desirât de bon cueur le mariage, s'il plaisoit à Dieu que eulx deux se peussent complayre, et que ne tombissiés en aulcune malle satisfaction d'elle, elle vous avoit bien voulu, de rechef, accorder l'entrevue, en privé, pour estre néantmoins, premier, bien considéré de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et entièrement réglé par l'opinyon que pourriés avoyr que, nonobstant ceste nouvelle confirmation de rapport, la présence seroit pour donner bon succès au mariage: car si ne l'aviés telle, comme aussy, si elle ne s'en estoit réservée une bien bonne espérance vers elle, elle vous supplieroit fort franchement, et de la plus grande affection de son cueur, que vous volussiés déporter entièrement de la dicte entrevue, affin de n'azarder rien de ceste tant bien fondée amityé et confédération, où elle se retrouvoit maintenant avec Vostre Majesté et avec vostre royaulme.