Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 16

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De toutz lesquelz propos elle a monstré de demeurer infinyement bien satisfaicte, et a confirmé, tout hault, les mesmes seuretés et resfraychissementz, qu'elle avoit octroyé pour l'armée d'Espaigne; et a remercyé grandement le renvoy des anglois, non pour l'amour d'eux, car estoient, disoit elle, sans adveu et dignes de chastiement, mais pour le respect que le Roy d'Espaigne avoit voulu avoyr à elle; qui luy avoit monstré en cella, et en plusieurs aultres choses, beaucoup de vrays signes de l'amityé qu'il luy portoit; et qu'elle seroit par trop ingrate, si elle ne luy rendoit pareils bons tesmoignages de la sienne, sellon qu'elle se recognoissoit obligée à luy de la vye, et de l'estat, et du lieu qu'elle tenoit; et que, pour luy fère foy de la confiance qu'elle vouloit avoyr en luy, qu'elle ne métroit ung seul navyre de guerre dehors; ains estimeroit que ce seroit luy, puisqu'il avoit, à présent, des forces en mer, qui se trouveroit armé pour elle, si quelqu'ung la vouloit offancer, monstrant cesser de son armement en faveur du dict Roy Catolicque, bien qu'auparavant elle l'eût ainsy résolu de fère.

Néantmoins, sur cette tant ouverte démonstration sienne, il n'y a eu celluy de sa court qui n'ayt mis peyne de monstrer aussy quelque signe de bonne affection, vers le dict Roy Catholicque, au dict don Bernardin, et que la générale inclination de ce royaulme estoit à l'alliance de Bourgoigne.

Or a il eu, depuis, une plus longue et plus privée communicquation avec elle, et a praticqué bien fort estroictement avec milord trézorier, mais beaucoup plus estroictement avec milord de Lestre, et a esté, sellon qu'on m'a dict, bien instruict par Me Athon, qui ne l'a layssé sans guyde et sans le bien addresser en tout ce qu'il a eu à fère. Et après avoyr esté bien caressé, festoyé, entretenu, mené à la chasse, mangé à la table de la dicte Dame, et honnoré d'une chayne de huict centz escus, avec d'autres présentz d'hacquenées et de lévriers, que les seigneurs luy ont donné, il a esté fort gracieusement licencié. Et luy a esté ordonné deux navyres de guerre de la dicte Dame pour le repasser dellà.

Je ne sçay encores sur quoy a esté sa secrette négociation, ny quelles autres bonnes responces il emporta; mais je feray dilligence de vous en pouvoir bientost mander quelque chose.

Cepandant j'ay travaillé de sçavoyr comme la dicte Dame demeuroit bien satisfaicte de Vostre Majesté, depuis ma dernière audience; et il m'a esté rapporté qu'elle avoit esté plusieurs foys en conseil avec les deux milords trézorier et de Lestre, et avec Mr de Walsingam, sur ce que je luy avoys dict et porté par escript; et qu'elle avoit fort curieusement faict examiner le secrettère de son ambassadeur, duquel ne se rapportant sa responce au contenu de vostre lettre, ilz jugeoient que Vostre Majesté avoit plus procédé par conjecture, à l'escripre, que par certeyne science. Et néantmoins le comte de Lestre m'a depuis mandé que la dicte Dame ne vouloit, en façon du monde, que vous demeurissiés sans satisfaction; dont vous escriproit, de sa main, et vous renvoyeroit le secrettère, affin que, s'il ne se pouvoit bien justiffier, vous le fissiez ainsy bien chastier comme sa témérité le méritoit; et qu'elle le feroit passer devers moy, affin que je l'interrogeasse davantage, et m'envoyeroit sa lettre pour Vostre Majesté, ou bien la coppie d'icelle; et que le dict comte me prioit, surtout, que je misse peyne d'oster et d'effacer de vostre opinion que jamays il ayt esté rapporté à la dicte Dame que le Roy, vostre filz, ait mesdit d'elle, car ne l'avoit jamays entendu, ny oncques n'avoit eu peur ny souspeçon qu'il le deût fère.

Je me resjouys infinyement de ce qu'il plaist à Dieu favorizer et facilliter le retour du Roy, vostre filz. C'est ung bien qui se sent grand et universel en toute la Chrestienté, et qui est incomparable à nous, ses subjectz; et m'aperçoy bien que ses affères et ceulx de son royaulme se vont de tant plus relevans que la nouvelle continue qu'il approche. Je vous envoye, de l'extrêt des pleinctes de ceulx cy, celles qu'ilz desirent estre principallement satisfaictes; dont vous plerra y fère pourvoir. Et sur ce, etc.

Ce XXVIIIe jour de juillet 1574.

CCCXCVIIe DÉPESCHE

--du IIIe jour d'aoust 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par Grognet, mon secrettère._)

Arrêt fait à Rouen sur les navires et marchandises des Anglais.--Nouvelles plaintes à ce sujet.--Nécessité de révoquer promptement cette mesure.----Nouvelles d'Écosse et de Marie Stuart.

A LA ROYNE, RÉGENTE.

Madame, jusques à ceste heure, j'ay tenu Vostre Majesté, la plus soigneusement que j'ay peu, bien advertye de l'estat des choses de deçà, et comme l'on a esté, deux et troys, et plusieurs foys, en dellibération de mettre une armée de mer dehors; et comme ceste princesse a esté fort sollicitée de se déclarer pour les eslevez de France, et infinyement pressée, par ceulx qui voudroient bien qu'elle eût desjà rompu avecques vous, qu'elle permît à ses subjectz de prendre leur revenche sur mer des déprédations que les Françoys leur ont faictes; et comme j'ay mis peyne de divertyr ces choses, et de fère que la dicte Dame les ayt mises en suspens, sur l'assurance que je luy ay donnée que Vostre Majesté la continuera en la mesme ligue et confédération avec le Roy, vostre filz, qu'elle l'a eu avec le feu Roy, son frère; de sorte que, nonobstant qu'elle ayt eu quelque peu d'indignation, dans son cueur, de ce qu'il luy a semblé que vous l'aviez tenue trop suspecte, et que, là dessus, l'on luy ayt faict recevoyr, avec trop grande et par trop extraordinayre faveur, ceste dernière légation du Roy d'Espaigne, néantmoins j'avoys desjà tiré d'elle qu'elle persévèreroit très constamment en l'amityé de Voz Majestez Très Chrestiennes, si vous ne vouliés poinct départir de la sienne.

Maintenant j'ay à vous dire, Madame, que, depuis deux jours, les seigneurs de ce conseil m'ont renvoyé une certeyne remonstrance que les principaulx bourgeoys de Londres sont allez présenter à la dicte Dame, et à eulx; et m'ont faict venir les mesmes bourgeoys pour m'en signiffier l'occasion, laquelle est toute fondée sur l'arrest qui a esté faict en Normandye de leurs biens, navyres, marchandises et facteurs. Dont l'allarme en est grande en ceste ville, et n'en est pas petite en ceste court, m'ayantz, des deux costés, faict de fort vifves et fort grandes instances qu'ilz puissent estre promptement esclarcys de l'intention de Vostre Majesté en cest endroict, affin de pourvoyr à leurs affères.

A quoy je leur ay respondu, le plus gracieusement qu'il m'a esté possible, que cest arrest, à mon advis, provenoit de l'ordre que Vostre Majesté avoit auparavant mandé qu'on mît en la frontyère, pour l'assurer à la venue de l'armée d'Espaigne, et au sortyr de celle qui se préparoit, icy, et non pour innover chose aulcune contre les traictez; et que de ce j'en avoys ung grand argument par une lettre de Vostre Majesté, du XVIe du passé, par laquelle me mandiés d'avoyr escript à Mr de La Meilleraye qu'il fît promptement rendre à un angloys son navyre, et marchandises et biens, qui luy avoient esté prins assez près du Hâvre de Grâce, avec toutz les dommages et intéretz, chose qui monstroit bien qu'il n'y avoit aulcune innovation contre ce royaulme: ce qui les a ung peu modérez. Néantmoins, parce que aulcuns de leurs facteurs sont passez icy, toutz effrayez des difficultez qu'on leur a faictes par dellà, ilz m'ont fort pryé d'envoyer ung des miens, tout exprès, devers Vostre Majesté, affin de sçavoyr comme il en va, et ne les en tenir en suspens. Dont, Madame, si avez dezir que les choses s'entretiennent paysibles, de ce costé, je vous supplye très humblement me commander de leur fère quelque bonne responce, et qu'escripviés tout d'ung trein, en Normandye, qu'on lève le dict arrest, et qu'on ouvre le passage aulx Angloys; ayant à vous dire davantage que sur ceste nouveaulté, qu'on leur a faicte par dellà, ilz ont incontinent mandé aulx officiers de la maryne, icy, de fère nouvelles provisions pour leurs navyres, parce que le gouverneur de Fleximgues a desjà achepté et enlevé celles qui estoient auparavant faictes, et les a transportées en Hollande, à cause que l'armée du grand commandeur empesche que nuls vivres puissent venir, du costé de terre, dans les villes et places du dict pays. Et ainsy l'on a commancé de tuer nouvelle cher; mais, à mesure que les choses yront en avant, j'en donray advis à Vostre Majesté, ayant cepandant envoyé le Sr de Vassal, jusques en ceste court, fère, pour ce regard, et sur quelques aultres occasions, une particullière négociation avec aulcuns qui sont de bonne intention. Et j'espère que je pourray contenir encores les choses, et vous mander, dans bien peu de jours, à quoy elles auront à devenir; qui cependant vous supplye très humblement, Madame, de vouloir non seulement dissimuler que demeuriez plus en souspeçon de ceulx cy, et que le Roy pareillement le dissimule, mais que toutz deux monstriés de vouloir prendre de la confiance d'eux, ou certaynement vous les vous acquerrez pour tout déclarez ennemys.

Le secrettère de leur ambassadeur vous sera bientost renvoyé, et la dicte Dame vous escripra, de sa main; laquelle cepandant continue son progrès vers Bristol, bien joyeuse de ce que le comte d'Oxfort est retourné à son mandement, encor que milord Edwart soit demeuré.

Me Quillegreu est encores en Escoce, lequel assure fort que les choses y continuent paysibles par dellà. Et, de faict, le comte d'Honteley est venu à Lillebourg, et le comte de Morthon faict semblant de s'estre fort racointé avecques luy, qui, en ceste confiance, s'en va bientost visiter paysiblement le pays du North jusques à Abredin, car aultrement il n'y fût point allé qu'avec des forces. Il faict réparer le chasteau de Lillebourg. Et milord St Jehan, Escossoys, est venu, depuis peu de temps, en ceste ville, lequel sollicite d'y pouvoir demeurer sans souspeçon, ou bien qu'on luy baille passeport de se pouvoir retirer en France ou bien en Italye. Le Prince d'Escoce se porte fort bien, et la Royne d'Escoce, sa mère, aussy assez bien de sa santé; laquelle envoye ung gros pacquet de lettres à Mr de Glasgo, son ambassadeur, pour le distribuer à Voz Majestez Très Chrestiennes et à ses aultres parantz par dellà. Sur ce, etc. Ce IIIe jour d'aoust 1574.

CCCXCVIIIe DÉPESCHE

--du VIIIe jour d'aoust 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Nouvelles plaintes à raison de prises nouvellement faites sur les Anglais.--Voyage du roi en Italie.--Présence de l'ambassadeur au service célébré à Londres en mémoire du feu roi.

A LA ROYNE, RÉGENTE.

Madame, ce que j'ay respondu, sur la plaincte que les seigneurs de ce conseil m'avoient renvoyée des bourgeoys de cette ville, et la dilligence, qu'ilz ont veu que j'ay mise, de vous dépescher promptement mon secrettère pour aller procurer leur satisfaction, a esté cause qu'on a mandé de cesser la provision des navyres, et que seulement l'on eût à tenir deux centz bœufs à l'herbe, et disposer des aultres victuailles et des hommes et marinyers en façon que le tout peût estre prest, le cinquiesme jour après que le premier mandement leur en seroit faict. Mais, depuis, les mesmes bourgeoys me sont venus crier qu'ung leur navyre, qui estoit de grand valleur, avoit de nouveau esté prins et pillé, dans la rivyère de Seyne, par troys navyres françoys, l'ung du Hâvre, l'autre de Fescamp, et l'aultre de Bretaigne, et qu'ilz n'attandoient sinon l'heure qu'on leur rapportât la perte d'aultres cinq de leurs vaysseaulx, qui ne sont pas moindres, lesquelz on tenoit arrestez dedans la dicte rivyère, et les pirates les attandoient à l'yssue pour les piller; et qu'il n'estoit pas possible qu'ilz peussent plus supporter les grandes injures et violences que les Françoys leur faysoient. A quoy je n'ay eu que respondre, sinon d'assurer ces gens de bien que Vostre Majesté estoit extrêmement marrye que la navigation n'estoit plus seure, et qu'il n'avoit tenu à elle qu'il n'y eût desjà esté pourveu, ayant faict offrir à la Royne, leur Mestresse, de mettre, par commune intelligence avec elle, aultant de navyres de conserve, en mer, comme elle y en voudroit mettre, de sa part, mais qu'elle ny ceulx de son conseil n'y avoient encores voulu entendre; et que tout le désordre provenoit du support qu'on faysoit, en ce royaulme, à ceulx de la nouvelle religion, qui alloient piller les Catholicques. Ce que la pluspart d'eux ont confessé estre vray, et ne l'ont moins détesté que moy. Néantmoins, Madame, je supplye très humblement Vostre Majesté de mander aulx gouverneurs de Normandye que, pour la réputation de la couronne, et pour l'entretènement de la paix, ilz vueillent tenir le faict du commerce et de la navigation en quelque meilleur estat qu'il n'est.

Ceulx cy commencent de n'espérer plus, tant qu'ilz faysoient, l'accord d'entre le grand commandeur de Castille et le prince d'Orange; et si, se parle, entre eulx, que la venue du Prince de Condé est retardée, mais ilz ont bien quelque opinyon que le Roy, à son retour, voudra remettre la paix en son royaulme. Et n'est pas à croyre, Madame, en quelle admiration ung chacung, icy, a ce qu'on escript, d'Italye des grands appretz qui s'y font pour honnorer le passage du Roy, vostre filz, et que toutz les potentats du pays concourent à luy aller au devant. De quoy aulcuns sont aussy aises comme si c'estoit pour leur propre prince; et les aultres en restent touts estonnés: et milord de Windesor, qui est à Venise, en a mandé ung grand discours en ceste court. Dont je verray ce que ceste princesse m'en dira, quand je l'iray trouver, à la première occasion que Vostre Majesté m'en donra, après ceste vostre dépesche, que je viens de recepvoyr, du XXIIIe du passé, laquelle contient bien des matières d'importance, mais non propres pour aller tretter d'icelles seules avec la dicte Dame; et aussy que je me suis arresté icy pour les exèques, qu'on a faictes, le VIIe de ce moys, du feu Roy, vostre filz, assez magnificques; où milord trézorier est intervenu pour la Royne, sa Mestresse, avec plusieurs aultres milords; par où l'on a bien voulu fère voyr qu'on tenoit le deffunct pour ung grand amy et confédéré de ceste couronne, qui est une démonstration qui tend à vouloir persévérer vers le Roy, son frère, si, d'avanture, les choses sont gracieusement conduictes. Je m'y suis trouvé, à l'instance de la dicte Dame et à la leur, avec protestation que c'estoit seulement pour ne refuzer d'assister à l'acte de gratitude de ceste princesse vers le feu Roy, et pour ne la mettre en aulcun doubte que Voz Majestez Très Chrestiennes ne vueilliés persévérer tousjours fort constamment vers elle; mais ce a esté sans y fère ny dire chose qui n'ayt beaucoup plus monstré de n'approuver que de donner tant soit peu d'aprobation à leurs cérymonies. Et me suis excusé d'aller à l'offrande, bien qu'on m'y ayt semond, et qu'on m'ayt remonstré que c'estoit la coustume.

Il y a, icy, encores quelque petit nombre de cappitaines et soldatz françoys, de la nouvelle religyon, qui parlent entre eulx de la surprinse de quelque place en France; mais je n'en puis si tost descouvrir la particullarité. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour d'aoust 1574.

Les choses d'Espaigne se vont fort accommodant avec ceulx cy, et faict on tenir prest un gentilhomme, pour l'envoyer devers le Roy Catholicque, ainsy qu'on faict aussy apprester ung milord, pour le dépescher devers le Roy, vostre filz.

CCCXCIXe DÉPESCHE

--du XIIIe jour d'aoust 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer._)

Irrésolution des Anglais.--Sollicitations des protestans de France pour obtenir des secours.--Instances de l'ambassadeur auprès des réfugiés afin de les engager à recourir au roi.--Nouvelles d'Écosse.--Négociation des Pays-Bas.

A LA ROYNE, RÉGENTE.

Madame, je n'ay pas esté avec milord trézorier durant les exèques, qu'il a célébrées, icy, au nom de la Royne, sa Mestresse, pour le feu Roy, vostre fils, sans le mettre en propos de confirmer, à ce nouveau règne, l'amityé qui a duré tout le règne passé, affin de sentir en quelle disposition sa dicte Mestresse et eulx de son conseil en estoient. Qui m'a respondu honnorablement plusieurs choses, les unes généralles, les aultres particullières, et les aultres indifférentes, lesquelles seroient bien longues à les mettre toutes, icy; mais, en substance, il a esté facille de recueillyr, de son dire, que la dicte Dame et eulx ont remis de prendre leur résolution, vers le Roy, jusques à ce qu'ilz voyent comme il se déportera à cestuy sien advènement à la couronne, et comme il commencera l'entrée de son règne; en quoy ne fault doubter qu'ilz ne remarquent, de près, tout ce qui s'y fera, et qu'ilz ne se forment une impression que la suyte en doibve estre semblable. Bien m'a il dict que ce qu'il estimoit, à présent, estre besoing de plus promptement pourvoyr, estoit celle plaincte de leurs marchandz et subjectz qu'ilz m'avoient renvoyée, à laquelle ils avoient à adjouxter plusieurs excès nouveaulx, qui estoient par trop insupportables, et sur lesquels la Royne, sa Mestresse, ne pouvoit plus dényer sa provision, si elle ne vouloit renoncer à sa couronne; et mesmement que ses subjectz la supplioient qu'aulmoins elle leur permît de se revencher sur les mesmes françoys qui les avoient oultragés et endommagez.

A quoy je luy ay oposé plusieurs raysons, et allégué beaucoup d'inconvénients, qui adviendroient de cella, et luy ay exibé des plainctes, aussi récentes, des nostres, comme estoient celles dont il me parloit des leurs; et qu'en effaict, il falloit que, par commune intelligence, Voz Majestez Très Chrestiennes, et la Royne, Sa Mestresse, fissiés cesser ces désordres, et qu'on ne donnât ny retraicte, ny faveur, en ce royaulme, à ceulx de la nouvelle religyon qui alloient piller les Catholicques, ce qu'il n'a nullement contredict; ains m'a assuré que, sellon qu'il n'avoit jamays approuvé telles choses, il en parleroit vifvement à la Royne, sa Mestresse, laquelle il alloit trouver, le jour ensuyvant, pour luy ramener le comte d'Oxfort, son beau fils. Lequel il espéroit qu'elle le verroit très volontiers pour s'estre bien fort vertueusement acquité vers son service, quand il a esté en Flandres, où non seulement il n'avoit voulu fréquenter le comte de Vuestmerland ny la comtesse de Northomberland, mais ne les avoit voulu ny voyr, ny ouyr, ny nul des fuitifs de ce royaulme.

J'ay depuis receu la lettre de Vostre Majesté, du XXVIIe du passé, laquelle j'ay envoyée communiquer au comte de Lestre par le Sr de Vassal, affin d'en fère part à la Royne, sa Mestresse; et ay envoyé, par mesme moyen, à Mr de Walsingam, une coppye de la patante qu'avez faicte expédier en faveur des Angloix. Il est arryvé icy, d'Allemaigne, ung françoys, qu'on m'a dict s'appeler, de son propre surnom, Poutrin, mais il se faict nommer Dupin, lequel a esté négocier en ceste court, et les ministres, avec aulcuns aultres principaulz protestantz, le sont allez assister. Qui ont, toutz ensemble, ainsy qu'on me l'a rapporté, fort instamment pressé d'avoir argent ou crédit de ceste princesse pour fère la levée, en Allemaigne; mais, après beaucoup de réplicques, d'ung costé et d'aultre, elle les a remis à attandre ung peu que le temps luy appreigne ce qu'elle debvra fère; et ainsy ilz sont temporisans, icy, ceste espérance.

J'ay faict admonester les principaulx françoys de la nouvelle religyon, qui sont encores par deçà, d'aller au devant du Roy, vostre filz, et qu'avec le debvoir de leur obéyssance ilz luy facent eulx mesmes entendre leurs requestes, sur ce qu'ilz desirent de Sa Majesté pour le repos et seureté de leurs personnes, biens et conscience, leur assurant que Vostre Majesté leur assistera. Et ay faict presser le vydame de Chartres, lequel semble s'apprester pour passer en Allemaigne, le chassant d'icy la nécessité, qu'il vueille attandre la déclaration de la bonne volonté et intention de Voz Majestez, à ce commencement de ce nouveau règne.

Je ne sçay encores comme luy et les aultres en uzeront; tant y a qu'il m'a mandé que Vous, Madame, sçavez bien qu'il vous est, et ne peut, ny veult vous estre aultre que très bon et très humble serviteur, et qu'il avoit fondé toute son espérance et la resource de toutz ses affères, sur la bonne opinyon qu'il pensoit que Vostre Majesté eût de luy; mais qu'il avoit bien senty tout le contrayre, en son procès de Chavamoye, et qu'il croyoit estre vray, ce qu'on disoit: que Vostre Majesté ne faysoit bien sinon à ceulx qui s'efforçoient de vous fère du mal.

J'attands, d'heure en heure, le retour d'ung escossoys, lequel j'ay, longtemps y a, faict acheminer à Lillebourg, pour observer Me Quillegreu, et pour me rapporter, au vray, l'estat des choses de dellà, et comme je y pourray escripre, et où adresser mes lettres. Il m'a cependant adverty que la payx s'y entretient aulcunement, et que le comte de Morthon et celuy d'Honteley sont, de vray, assez bien ensemble; et qu'icelluy de Honteley demeure à Lillebourg, pendant que l'autre va tenir la justice à Abredin, et vers le North, (comme ostâges l'ung pour l'autre); et que toutz les grands d'Escosse ont presté l'obéyssance au dict de Morthon, réservé le comte d'Arguil, qui, pour ceste occasion, est mis au ban; et qu'on y parle d'entretenir fermement la ligue avecques la France.

Les depputés, qui vacquent, icy, sur les différens des Pays Bas, sont fort près de conduire l'accord, et m'a l'on dict qu'il se fait quelque forme de récompense aulx mutuelz subjectz, de laquelle l'on pense qu'encore que, de pas ung des costez, l'on ne s'en ayt bien à contanter, néantmoins, parce que les princes ne veulent poinct de différent, que nul ne s'y oposera. Et desjà la flotte des leynes est partye de ceste rivyère pour aller à Bruges, et delà en Anvers, ainsy qu'on avoit auparavant accoustumé de le fère.

Je loue Dieu, de bon cueur, de ce qu'il luy plaist donner toute facillité et bon rencontre au voïage du Roy, vostre filz, et prie Dieu qu'il le vous vueille rendre, bientost, bien sain et bien joyeulx. Et sur ce, etc.

Ce XIIIe jour d'aoust 1574.

CCCCe DÉPESCHE

--du XVIIe jour d'aoust 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Nicolas de Malehape._)

Préparatifs faits secrètement pour secourir la Rochelle.--État de la négociation des Pays-Bas.--Incertitude sur le départ de la flotte d'Espagne.

A LA ROYNE, RÉGENTE.