Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 14

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Et voyant, à ceste heure, le désordre continuer tousjours plus grand sur les siens, et les remèdes de justice leur deffallyr du tout, ainsy qu'il apparoissoit par le faict de Me Warcop, qui estoit fondé en très grande équité; et par celluy de Guyllaume Rutheau, qui avoit obtenu lettres patantes du grand sceau pour estre satisfaict en l'espargne, sellon que ses biens avoient esté prins pour les exprès affères du feu Roy, néantmoins le trésorier de l'espargne en refuzoit le payement; ensemble de plusieurs aultres semblables accidantz de ses subjectz, qui ne cessoyent d'inquiéter la dicte Dame, et ceulx de son conseil, de leurs très lamentables doléances;

Elle, pour ne laysser dépérir le commerce, ny voyr cesser la navigation en son royaulme, qui estoient les deux choses qui principallement maintenoient son estat, avoit advisé que, sans plus m'en parler, ny aller plus à pleincte à Voz Majestez Très Chrestiennes, elle adviseroit des remèdes que, par l'advis de ceulx de son conseil, elle avoit jugé les plus propres et les plus expédientz, pour récompenser et desdomager ses dictz subjectz et leur assurer leurs dictz navigation et commerce, sans, pour ce, altérer la bonne paix qu'elle vouloit droictement garder au Roy, vostre filz, et à son royaulme; et que ce qu'elle en faysoit estoit principallement pour obvier que les choses ne passassent si avant que la dicte paix s'en peût rompre; par ainsy, s'il advenoit que je vîsse ou ouysse parler de quelque nouvel ordre sur la mer, que je n'en prinse poinct d'esbahyssement.

Et, sans passer plus oultre, m'ayant lors exibé ung grand cahier de pleinctes, qu'il disoit n'y avoir esté satisfaict, et ung role de restitutions faictes aulx Françoys à mon instance, il s'est tourné rassoyr.

Et les aultres s'estantz rendus fort attentifs à ce que je respondrois, je leur ay dict, que le propos, qu'ilz m'avoient maintenant faict tenir, venant de la Royne, leur Mestresse, et d'ung si prudent et vertueux conseil, comme le sien, se trouveroit, à mon advis, pour le regard de celle partie qui faysoit mencion de garder droictement l'amityé, très conforme au desir du Roy, vostre filz, et au vostre, de façon que je leur pouvois assurer que Voz Majestez, et toutz ceulx de vostre couronne, l'auroient très agréable; et encores ne pensois je que l'autre partye, qui monstroit avoyr de l'altération, vous peût du tout desplayre, parce qu'elle tendoit à descouvrir franchement les occasions qui avoient commancé de troubler, et qui troubleroient davantage la clerté de ceste amityé, si elles n'estoient remédiées; que le remède n'en seroit désormais difficile, puisque les causes du mal estoient descouvertes, lesquelles ne me sembloient ny si griefves, ny de tel poids, qu'elles peussent esbranler la très solide et très ferme, et très sainctement jurée, bonne amityé qui avoit, depuis quinze ans, prins son fondement sur la mutuelle bonne inclination que Voz Majestez s'estoient réciproquement portée;

Que, touchant les désordres de la mer, et manquement de justice, en France, pour leurs subjectz, j'étois très marry qu'ilz eussent occasion de s'en douloyr, et je m'en voulois douloir avec eulx, n'estant du debvoir de la confédération qu'ilz receussent injure de nous, ny qu'elle ne fût réparée, quand nous la leur aurions faicte, car les trettés le portoient ainsy; mais la malice du temps avoit assez privé en France et l'estranger et le subject de l'ancien ordre de la justice; néantmoins je pouvois tant affirmer, de l'intention et desir de Voz Majestez Très Chrestiennes et de vostre conseil, que les provisions, qui avoient deu en cella procéder de très justes princes, et très sévères et équitables conseillers, n'y avoient jamays deffally; que eulx mesmes estoient ceulx, et je les supplyois de n'estre offancés d'ouyr ceste vérité, qui avoient donné commancement à ce mal: car, jusques en l'an 1568, encor que nos troubles eussent desjà duré cinq ou six ans, les Angloys n'avoient toutesfoys senty de nous, ny nous d'eux, aulcune injure sur la mer; mais, après qu'ilz avoient eu admis, icy, Chastellier Portault comme visadmyral, nonobstant qu'il fût un fuitif condampné à mort par justice, et qu'ilz eurent donné lieu aulx commissions du Prince de Condé et du cardinal de Chastillon et du prince d'Orange, et dernièrement à celles du comte de Montgommery, et que, soubz icelles, ung grand nombre d'angloys, et pareillement beaucoup de fuitifz françoys, escossoys et walons, eurent entreprins, soubz la faveur de ce royaulme, sortantz de leurs portz et y ayantz leur retrette, de piller les Catholicques, et de débiter par deçà leurs prinses, la mer avoit esté incontinent remplye de très grands désordres; et, encor que, depuis, ilz s'estoient efforcez de les réprimer, et que la Royne, leur Mestresse, eût commandé de fère justice, elle n'avoit esté faicte entière, ny à toutz, ny contre toutz. Et bien souvant une partye du principal, avec les frays, ou toutz les deux ensemble y estoient demeurés, de façon que le dommage des Françoys restoit encores et en diminution de leurs biens, et en injure et violence contre leurs personnes, et en perte de navyres, si grande qu'il excédoit de dix mille pour cent celluy qu'ilz m'alléguoyoient de leurs subjectz;

Que je ne voulois nyer qu'il n'y eût à desirer quelque chose de nostre costé, mais beaucoup plus sans comparayson du leur; et, au pis aller, les injures, qu'ils avoient reçues de nous, ne pouvoient estre sinon semblables à celles qu'ils nous avoient faictes, ès quelles nous n'avions jamays tenté aultre remède que de recourir à la Royne, leur Mestresse, et à eulx, de nous fère justice sellon les traictés; et nous estions contantés de celle qu'elle nous avoit administrée, ou qu'elle avoit monstré de nous vouloir administrer, excusans le reste sur la malice du temps; dont je la supplyois, et eulx aussy, qu'ilz voulussent maintenant uzer le semblable, et ne chercher nulz remèdes en cella hors des traictés; et que leurs ambassadeurs avoient naguyères tretté de cest affère avec Voz Majestez Très Chrestiennes, lesquelles avoient prins avec eulx l'ordre que je leur avoys desjà déclaré; lequel, s'il ne leur satisfaysoit assez, qu'ilz en missent quelque autre en avant, et je leur ozois bien promettre que, s'il n'estoit bien malhonneste et inique, que Vostre Majesté le leur accorderoit, et leur feroit voyr qu'elle desire soigneusement conserver le commerce et intelligence de ce royaulme;

Que la Royne, leur Mestresse, ny eulx ne pouvoient, ny debvoient procéder maintenant d'aultre façon; et, pour le debvoir de ma charge, je ne pouvois fère de moins, en cas de quelque nouveaulté en cest endroict, que de les requérir de la vous communicquer, et d'attandre sur icelle vostre consentement, premier que de la mettre à exécution, ou bien leur protester de l'infraction des traictés; que je les priois de considérer que le feu Roy estoit mort leur bon allié et confédéré, et que le Roy, à présent, son frère, selon le troysième article du traicté, avoit succédé en la mesme ligue et confédération, et avoit ung an de terme pour en déclarer sa volonté, et que Vostre Majesté leur promettoit qu'il ne l'auroit poinct dissamblable au deffunct, et, possible, beaucoup meilleure; et aulmoins ne pouvoient ilz, pour chose qu'il eût faicte, depuis son règne, aulcunement juger qu'il la deût avoyr aultre; et pourtant je les priois que la Royne, leur Mestresse, et eulx se voulussent, en l'absence sienne, et à l'advènement sien à ceste grande couronne de France, qui leur estoit voisine, et en l'administration de ses présentz affères ez mains de Vostre Majesté, se déporter en vrays bons alliez et confédérez, et luy ayder et assister, comme à celluy qui debvoit estre, cy après, bien fort à eulx; et de qui, pour estre ung prince nay à toute vertu, creignant Dieu, fort esprouvé aulx armes et aulx affères, et dont la fortune ne se monstroit petite, ny les augures de sa grandeur que très bons, ilz pouvoient espérer et se promettre beaucoup plus que de nul aultre prince de la Chrestienté.

Laquelle responce, qui a esté, en quelque endroict, plus ample et plus expresse, milord trésorier l'a incontinent récapitulée en angloix, à ceulx qui n'entendoient le françoys.

Et après qu'ilz ont eu assez longtemps débattu ensemble, luy mesmes m'a respondu, que ce qu'ilz m'avoient auparavant déclaré de l'intention de leur Mestresse estoit sellon la résollution qu'elle en avoit prinse, à laquelle ne leur pouvoit estre loysible d'y rien oster ou mettre; mais qu'ilz luy rapporteroient fidellement mon dire, lequel leur avoit semblé à toutz honnorable et plein de beaucoup de satisfaction; et que, puis après, elle m'y feroit entendre sa volonté. Il s'est passé, là mesmes, d'autres choses lesquelles je réserve à la prochayne dépesche, parce que cette lestre est desjà trop longue. Et adjouxteray seulement que, samedy dernier, le comte d'Oxfort et milord Edwart de Sommerset se sont desrobez d'icy pour passer en Flandres, de quoy ceste court est assez troublée. Et sur ce, etc.

Ce VIIIe jour de juillet 1574.

L'on me vient d'advertyr, tout à ceste heure, que ceux cy ont, depuis hier au soyr, changé, encores un coup, de dellibération, et qu'indubitablement ilz mettront toutz leurs navyres dehors avant le XXIIIIe de ce moys. J'envoye de ce pas en vériffier l'advis, et incontinent après, je le vous escripray. Le pacquet de Vostre Majesté, du dernier du passé, vient d'arryver. Il est besoing de pourvoyr promptement à la difficulté que, par le postscripte de ma précédente, je vous ay mandé.

CCCXCIIIe DÉPESCHE

--du XIIe jour de juillet 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)

Reprise des armemens.--Intrigues des partisans de l'alliance de Bourgogne.--Suspension des lettres de marque contre les Français.--_Mémoire._ Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh, Leicester et Walsingham, sur la déclaration des seigneurs du conseil.

A LA ROYNE, RÉGENTE.

Madame, ce n'est sans rougir de honte qu'il fault que, par ceste cy, je vous mande, touchant l'armement de ceste princesse, tout le contrayre de ce que, par celle du premier de ce moys, je vous avoys escript: qu'elle l'avoit desjà interrompu, et avoit faict licencier les gens de guerre, et les marinyers, et les ouvriers, et officiers de ses navyres, et faict cesser les provisions des victuaylles, et révoqué toutes aultres commissions en cella, chose que j'ay veue de mes yeulx. Et mesmes la dicte Dame estoit desjà entrée en marché avec le Sr Boyssot, gouverneur de Fleximgues, qui estoit lors icy, pour luy vendre les dictes victuailles. Mais estant, samedy dernier, survenu des nouvelles de France à la dicte Dame, lesquelles j'entendz que ne luy ont pleu; et, bientost après, d'autres, du costé de Biscaye, comme l'armée d'Espaigne se debvoit mettre en mer le cinquiesme de ce moys en nombre de troys centz voylles, toutes à double équippage de guerre; et encores d'aultres fascheuses nouvelles, le mesmes soyr, comme les deux milords, dont je vous ay cy devant escript, s'estoient desrobez pour passer en Flandres, la peur et les souspeçons luy ont renouvellé plus grandz que jamays. Dont soubdain elle a faict contremander ce qui estoit licencyé, et envoyé argent de toutes partz pour haster les soldatz et les maryniers; et maintenant elle faict fère une extrême dilligence de pouvoir, avant le XXVe du présent, mettre ses grands navyres dehors, en nombre de XXV, aultant bien équippés qu'il y en ayt en ceste mer, avec les barques et aultres vayssaulx qui suyvront, oultre les particulliers qui seront bien aultant. Et l'admyral mesmes d'Angleterre se prépare, avec beaucoup de noblesse, pour y aller commander; chose néantmoins qu'à mon advis ne pourra estre si tost preste, et de laquelle j'espère, et desire de bon cueur, que je puisse encores une foys changer les advis que j'auray à vous en mander, non qu'on ne m'ayt donné beaucoup de bonnes parolles d'assurance que rien de cest appareil n'est contre la France. Néantmoins je ne puis fère, pour aulcunes considérations que j'ay, que je ne le souspeçonne beaucoup, et que je ne le rende suspect à Vostre Majesté, veu mesmement la déclaration assez rude que les seigneurs de ce conseil m'ont naguyères faicte, comme je le vous ay mandé du VIIIe; et veu que les ministres françoys de ceste ville, qui sont bien les plus passionnez du monde, sont ceulx qui le sollicitent. Joinct que les partisans de Bourgoigne, lesquelz sont trop plus ferventz, pour ceste heure, que les nostres, et qui sont très bien estipendiés, s'efforceroient de traverser cella, s'ilz sentoient qu'il y eût rien au dommage du Roy Catholicque.

Et à propos des dictz partisans de Bourgoigne, je vous puis assurer, Madame, qu'ilz ont faict tout ce qu'ilz ont peu pour induyre ceste princesse de rompre avecque vous; et n'est sans apparance que, ez praticques qu'avez descouvertes par dellà, il y ayt de leur artiffice beaucoup, sans le sceu et oultre la volonté d'elle. Car desjà ilz avoient tant faict, icy, à la sollicitation d'ung hespagnol, naturalizé en ceste ville, lequel pourchassoit pour luy une lettre de marque contre les Portugoys, que ce conseil avoit résolu qu'on en octroyeroit aussy, avec toutes provisions de représailles, et d'arrest, aulx marchantz angloys contre les Françoys. Et sans ce que la dicte Dame, quand l'on luy en est allé parler, a dict qu'il falloit qu'on m'en notiffiât la déclaration, et qu'on entendît là dessus ma responce, premier qu'elle le consentît, l'on eût desjà passé oultre; bien qu'elle n'a faict grand difficulté de passer la lettre contre les Portugoys. Et c'est sur quoy iceulx de ce conseil m'ont tenu depuis le propos que je vous ay mandé; sur quoy je leur ay faict, sur le champ, la responce, et eulx leur réplicque que Vostre Majesté a veue par ma dépesche du VIIIe de ce moys. Et je joins dans un mémoyre à part ce qui s'en est ensuivy.

Et depuis, Madame, l'on m'a adverty que les dictes lettres de marque ont esté suspendues. Je ne sçay si, à présent, l'on les remettra. Et le Sr Artus Chambernon m'est venu dire que, puisqu'il vous playsoit fère rayson à son fils du dot de sa femme, qu'il garderoit qu'il ne l'allât pourchasser, sinon vers Vostre Majesté, par la voye que luy permettriés de le fère. Et sur ce, etc.

Ce XIIe jour de juillet 1574.

MÉMOIRE.

Madame, après estre levez du conseil, milord trézorier et le comte de Lestre, m'ayantz retiré à part, m'ont remonstré en combien de deffiance de vostre amityé et de celle du Roy, vostre filz, vous aviez mis ceste princesse par les estranges façons dont aviez procédé vers ses ambassadeurs et leurs gens: de les avoir ainsi faict observer comme si vous la teniés desjà pour vostre déclarée et mortelle ennemye, et mesmes de ce tret, qu'aviez faict uzer, par le grand commandeur de Champaigne, au cappitaine Leython, le jour qu'il estoit party de Paris, bien qu'il luy eût dict que ce n'estoit de vostre part; et qu'ilz promettoient à Dieu qu'ilz ne voyoient ny sçavoient qu'il y eût eu, cy devant, ny qu'il y eût, à présent, en l'intention de leur Mestresse, chose aulcune qui vous deût raysonnablement esmouvoyr contre elle; et que, si elle avoit voulu monstrer quelque recognoissance vers Monseigneur vostre filz, de l'obligation, en quoy elle se sentoit estre, de ce que le feu Roy, son frère, et Vous, le luy aviés présenté, et que luy mesmes s'estoit offert à elle, que vous la debviés avoyr segondée en cella, si aviés nul desir de leur mariage, car pouviés croyre qu'elle ne tendoit qu'à fère tout ce qu'elle jugeoit bon pour le bien et contentement de Voz Majestez Très Chrestiennes et pour l'honneur de vostre couronne, et pour conserver et accroystre la réputation de Mon dict Seigneur, vostre filz; et qu'il falloit dire ou que vous estiés fort circonvenue en l'opinyon qu'on vous faisoit prendre de leur Mestresse, ou que vous luy portiés une fort maulvayse volonté.

Je leur ay respondu qu'à dire vray, là où la meffiance pénétroit et pouvoit mettre racyne, qu'elle y suffocquoit facillement toutes les plantes d'amityé; mais que je les suplioys de considérer, par leurs prudences, si, en ung temps qu'il vous estoit advenu, Madame, de perdre le feu Roy, vostre filz ayné, et avoyr absent le Roy, son frère, vostre segond filz, en ung pays très loingtain; et que son royaulme, durant vostre administration, se trouvoit ombragé, en plusieurs endroictz, de diverses guerres intestines, où vous aviés six armées aulx champs pour luy, l'une en Normandye, une en Poictou, une en Gascoigne, une en Languedoc, une en Daulfiné et une aultre en Champaigne, et deux mareschaulz de France prisonnyers, et le Prince de Condé, qui se préparoit en Allemaigne, pour venir, avec nouvelles forces, troubler davantage voz affères; et que le comte de Montgonmery estoit par ce costé descendu en Normandye; et que les eslevez ne faysoient de rien tant d'estat que du secours d'Angleterre; et que plusieurs ministres, et aultres françoys fuityfs, ne cessoient de dellibérer icy, toutz les jours, des moyens d'entretenir la guerre par dellà; et que les gens de leur ambassadeur s'estoient efforcez de mener, jusques en vostre court, de très dangereuses praticques; si toutes ces choses là ne vous debvoient bien avoyr causé de la souspeçon;

Et que je leur voulois librement dire que la Royne, leur Mestresse, et eulx vous debvoient sçavoyr grand gré de l'ordre que vous aviés tenu, là dessus, pour conserver l'amityé; car aviés envoyé Mr Pinart, secrettère des commandementz, devers leurs ambassadeurs pour les prier doulcement d'ouvrir les yeulx sur ces maulvais déportementz de leurs gens, et y vouloir pourvoyr; et m'aviez commandé de déclarer, icy, à leur dicte Mestresse, les poinctz et termes de la dicte pratique; et luy nommer les propres personnes qui la menoient, la priant qu'elle jugeât combien il vous debvoit estre grief, qu'au nom d'elle l'on entreprînt telles choses près de Vostre Majesté, en vostre mayson, et jusques dans vostre cabinet, sans vous en fère part;

Et que vous promectiés à Dieu que vous aviés fermement creu que c'estoit sans qu'elle le sceût, et contre sa volonté, qu'ilz le faysoient; et que cella procédoit de l'artiffice des eslevez, ou bien des ministres réfugiés par deçà: dont l'aviés priée qu'elle fît cesser ces choses, et qu'elle voulût entretenir et nourrir tant de vraye amityé avecques vous, que rien ne se peût traicter de par elle en France, comme vous luy promettiés bien que rien ne se traicteroit de par Voz Majestez Très Chrestiennes par deçà, sans une privée communicquation d'entre vous deux.

En quoy ilz pouvoient voyr combien grande occasion l'on vous avoit donné de souspeçon, et combien vous aviés mis peyne de garder qu'elle ne vînt à altération; et qu'ilz debvoient ainsy juger de Vostre Majesté, comme d'une princesse qui leur aviez conservé, quinze ans durant, l'amityé du feu Roy, vostre filz, et qui luy conserveriés perpétuellement celle du Roy, son frère, et conduyriés à bon effect le propos de Monseigneur le Duc, si eulx mesmes ne vous donnoient occasion d'en uzer aultrement.

Et les ayant layssez en cella, Mr Walsingam m'est venu ramener jusques hors du logis, qui m'a dict que, de tousjours, il avoit plus esté françois qu'espaignol, et pourtant qu'il s'advanceroit de me prier franchement que je me voulusse souvenir combien j'avoys tousjours trouvé sa Mestresse bien inclinée à la France; et combien elle méritoit que Voz Majestez Très Chrestiennes tînsiés en grand compte son amityé, et la traictissiés, en toutes choses, honnorablement et avec dignité, et respect; et que c'estoit une princesse très débonnayre, très vertueuse et paysible, à laquelle falloit donner de la satisfaction; et que pourtant, sur la déclaration qu'elle m'avoit faicte fère par ceulx de son conseil, il estoit nécessaire que Vostre Majesté la contantât honnestement, en faysant avoyr satisfaction, par justice, à ceulx de ses subjectz qui plus luy faysoient de presse.

A quoy je luy ay respondu que, jusques icy, il s'estoit veu beaucoup de correspondance entre Voz Majestez et entre ces deux royaulmes, et que, de vostre costé, il ne s'y trouveroit ny resfroydissement ny diminution; dont luy pouvois promettre que la satisfaction seroit faicte par justice à leurs subjectz, s'il leur playsoit l'administrer de mesmes bonne aulx Françoys par deçà.

CCCXCIVe DÉPESCHE

--du XVIe jour de juillet 1574.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par Jacques._)

Nouvelle suspension des armemens.--Assurances données par Leicester de son affection pour la France.--Avis qu'une audience est accordée à l'ambassadeur.--Affaires d'Écosse.--_Mémoire._ Communication entre l'ambassadeur et Leicester.

A LA ROYNE, RÉGENTE.

Madame, en ce que, par ma dépesche, du XIIe de ce moys, j'avoys présagé que j'auroys encores une foys à vous mander quelque changement de la dellibération de ceulx cy touchant leur armement, je ne m'en trouve nullement déceu, car, sellon que je l'ay dict, et comme je le desirois, mais, certes, plus tost que je ne l'espérois, il est advenu qu'ilz ont, de rechef, depuis peu d'heures en çà, entièrement cassé tout l'appareil de leurs grands navyres. Et ne sçay d'où est procédé ceste tant soubdeyne mutation, car don Bernardin de Mendossa, qui vient de la part du grand commandeur de Castille, n'a point esté encores ouy, et le secrettère de l'ambassadeur d'Angleterre ne fut pas si tost arryvé, samedy au soyr, à Windsor, qu'on envoya icy redoubler le commandement de haster la sortie des dictz grands navyres. Et si, je sçay certaynement que aulcuns ministres furent, le dimanche ensuyvant, appelez à la court, pour encourager ceste princesse à ces deux guerres, de France et de Flandres, et pour luy remonstrer que le salut de ce royaulme et la conservation de leur religion requéroit que l'ordre de son armement ne se trouvât nullement diminué de ce qu'il est, ains plustost augmenté, quand le Prince de Condé entreroit en France, et quand l'armée d'Espaigne passeroit icy, au long, pour aller en Flandres.

Il est bien vray, Madame, que j'avoys desjà eu, en cella, quelque bonne parolle du comte de Lestre, dont je metz le propos à part, qui pense bien que, de luy et de quelques ungs qui n'ont encores perdu toute leur bonne affection vers la France, et de quelques amys du Roy d'Espaigne, est venu maintenant ceste interrumption d'armement; et à luy aussy, plus qu'à nul aultre, j'en rendray, samedy prochain, les grandz mercys, quand j'iray à l'audience à Redinc, à quarante mille d'icy, où ceste princesse m'a assigné. A laquelle je n'obmettray ung seul poinct de toutz ceulx qui sont contenus en vostre dernière dépesche du VIIe du présent, desquelles, en ce qui touche aulcunes particullaritez, bien bonnes et bien desirées du Roy, vostre filz, je m'en conjouys infinyement avec Vostre Majesté; et surtout j'ay bien fort solennisé la nouvelle de son bref retour, car c'est ce qui resjouyt, plus que je ne le sçauroys dire, les bons, et met en terreur et confusion ceulx qui n'ont bonne intention.

Au regard de l'affère d'Escoce, je ne sçay comme bien y pourvoir, car, de s'en adresser au comte de Morthon, ou à pas ung de sa faction, le debvoir ny la rayson ne le peuvent requérir; et je ne sçay à quel, de toutz ceulx de l'aultre party, j'en pourrois escripre, qui n'ayme, possible, beaucoup mieulx que ce que je vous ay mandé succède, au cas que n'y veuillés entendre pour vous, que d'en demeurer là où ilz sont. Dont semble estre expédient que, soubz une colleur, fassiés passer quelque escossoys confident jusques là, par mer, pour y aller manyer ce négoce sellon vostre intention. Et sur ce, etc.

Ce XVIe jour de juillet 1574.

ADVIS, A PART.